CHAPITRE III
Dans le chapitre précédent, nous avons pu jeter quelques regards sur Du Cerceau lors de son séjour à Rome, l'accompagner pendant plusieurs de ses journées d’études et le voir travailler comme si nous étions véritablement à ses côtés. 11 ne sera pas inutile à présent, avant d’envisager dans leur ensemble les résultats de son voyage, de considérer dans les œuvres de Du Cerceau quelques cas particuliers curieux en eux-mêmes et instructifs, aussi à un point de vue plus général, en ce qu’ils augmentent le contingent de nos observations et permettent de saisir sur le vif comment il se fit, qu’à cette époque si intéressante, les œuvres du pays qui avait produit le style de la Renaissance agirent sur l’esprit des artistes étrangers venus pour demander à l’Italie le secret de cet art nouveau, qu’ils rêvèrent d’introduire dans leurs patries respectives. Et, sous ce rapport, peut-être serait-il difficile de trouver, autre part, une source d'informations qui nous fasse pénétrer à ce point dans l’âme d’un artiste de la Renaissance française. Car où chercher en Europe un œuvre d’ensemble aussi riche que varié comparable à celui de Du Cerceau ? Où chercher des renseignements aussi sûrs, car ils sont authentiques et immédiats ?
Revenons aux dessins de la bibliothèque de Munich.
Voici par exemple le Palais dell’ Aquila, construit par Raphaël dans le Borgo Nuovo, à Rome, et dont nous avons vu Du Cerceau relever le plan dans ses moindres détails. Eh bien, nous en retrouvons également la façade dans un des recueils manuscrits de Du Cerceau, dans le charmant volume de miniatures appartenant à M. Eoulc. Nous la reproduisons dans notre figure 8 à la grandeur de l’original. Mais de quel nom Du Cerceau ne l’a-t-il pas affublé ? 11 l’appelle la Maison de Tarqnin. Ce qui est plus singulier encore, c’est qu’Androuet paraît tenir à ce nom; en effet, la figure 9 reproduit un dessin qui se trouve dans le volume H de M. Destailleur et qui est puisé à la même source, mais avec l’étage supérieur en moins ; et, ici encore, Androuet l’appelle : Le Pallais antique de Tarquin. Il nous montre par là qu’il n’attache pas grande importance à doter la demeure du roi romain d’un étage de plus ou de moins.
Nous avons déjà dit, à l'occasion de la figure 3, que les cent repré-
sentations du volume G se retrouvaient identiques et avec les mêmes inscriptions dans le volume d’un anonyme flamand, chez M. Destailleur'. Or, en admettant même que le recueil de Du Cerceau soit une copie de ce dernier, quel intérêt Androuet avait-il à défigurer les noms des édifices, et à en revêtir plusieurs autres à peine âgés de vingt ans, des noms de propriétaires de l’ancienne Rome ? Au moment où
FIG. 10. — ESTAMPE ü’UN ANONYME ITALIEN DE LA FIN DU XVe SIECLE.
(Cabinet des Estampes, à Paris.)
Du Cerceau revenait en France, la Renaissance s'affirmait et commençait à s’étendre parmi un plus grand public. Le nombre des personnes désireuses de se faire une représentation plus exacte de l'idéal antique que l’on rêvait de ressusciter allait en augmentant; et ce que Léon X avait commandé à Raphaël d'exécuter, c'est-à-dire une restitution de la
i. Un autre souvenir du palais dell’ Aquila se trouve dans une façade du recueil L, fol. i5 et 16, mais ici Du Oerceau ne s’est servi en quelque sorte que du cadre pour y introduire des de'tails et une ordonnance assez differents.