CHAPITRE IV
Quelques particularités sur la manière de travailler de Du Cerceau.
a série d’observations que nous allons exposer maintenant fait, en quelque sorte, suite à celles qui ont été examinées clans le chapitre précédent. Si toutefois nous en formons un groupe à part, c’est qu’ici Du Cerceau, au lieu de reproduire plus ou moins fidèlement tel modèle italien, intervient lui-même comme artiste, en prenant l’original connu pour point de départ de nouveaux groupements des masses qu’entraînent à leur suite des modifications dans leur ordonnance. Nous obtiendrons ainsi quelques renseignements précis sur la nature du talent de Du Cerceau — qui, dans l’état de nos connaissances sur cet homme remarquable, nous seront fort utiles — et, en outre, nous serons par cela même mis en rapport avec quelques particularités curieuses de la manière de travailler de cette personnalité aussi attrayante que singulière.
Voici, par exemple, dans notre figure 12, la reproduction de l’une des compositions du livre des Moyens Temples de Du Cerceau. En la comparant, dans notre figure 10, à l’édifice représentant le Temple de Salomon sur une gravure d’un Italien anonyme de la fin du xve siècle, dans lequel on a parfois voulu reconnaître, à tort, paraît-il, une œuvre de Baccio Baldini, toute explication devient superflue pour démontrer que Du Cerceau s’est inspiré de cette même composition, car l’évidence de ce fait se manifeste immédiatement. Ee fronton, de forme demi-circulaire au lieu d’être en segment de cercle, constitue la principale différence. Parmi les pièces au trait, sous le n° 7, nous décrivons une autre gravure de Du Cerceau, antérieure à celle des Moyens Temples, et avec des différences légères dans les proportions, où le temple de Salomon est devenu LE TEMPLE DE PAIX
A ROMME. Dans le recueil H, fol. 2, nous retrouvons cette composition, et, clans le recueil J, nous en voyons deux autres représentations; l'une (fol. 2), à peu près identique à celle de l'estampe, l’autre (fol. 88), que montre notre figure 11, ayant servi de motif central à une composition de Du Cerceau dans laquelle il a ajouté tout un corps
TEMTLVM SALOMON T S
FIG. I 3 . — DESSIN D’UN ANONYME FLAMAND. (Collection de M. Destailleur.)
de batiment dans le fond, terminé par des sortes de tours ou pavillons. En considérant 1 estampe italienne on serait tenté de croire que Jacques Androuet, dans ce dernier croquis, a eu la fantaisie de rapprocher les tours des deux bâtiments séparés, du motif central, et de former ainsi un nouveau groupement. Cette idée semblera surtout permise si l’on \oit comment Du Cerceau a opéré dans la figure 14, relativement à la