‹ Les Du CerceauChapitre 29 sur 230 · Voyez Bibliographie : Monuments antiques, note (G · texte numérisé non relu

Voyez Bibliographie : Monuments antiques, note (G

édifice fantastique, si notre mémoire ne nous trompe, fait partie également de la série originale italienne à laquelle une partie des Moyens Temples est empruntée, ainsi que nous le verrons plus tard. Or voici, parmi les grandes feuilles connues sous le nom de Compositions d’architecture, celle que montre notre figure 16, une invention de Du Cerceau qui procède de la figure précédente au moyen de la transformation méthodique que nous allons indiquer. Androuet a commencé par doubler la composition de la façade, qui s’est trouvée avoir quatre avant-corps au lieu de deux; puis, supprimant les tours qui s’élevaient sur les croisées de ces sortes de transepts, il a remplacé ces parties hautes en élevant sur les murs des trois travées en retraite de hauts pignons dont la forme rappelle ceux qui se voient dans les œuvres de la Renaissance, en Allemagne et dans les Pays-Bas, mais traités pour le détail dans le goût des lucarnes françaises de l’époque de Henri II.

Si l’on doit convenir que l'échelle des ouvertures dans les pignons est un peu grande par rapport à celles de la partie ancienne de la composition et si l’on peut en dire autant de la longueur des termes par rapport aux pilastres inférieurs, il faut reconnaître que l’ordre observé par Du Cerceau, l’alternance des frontons inférieurs des avantcorps, avec ceux des parties hautes, en retraite, produit un rythme puissant qui révèle chez Androuet une entente véritable des grandes lois de l’architecture. Et de même que l’ordonnance de détail dans les différentes représentations de la composition simple, ainsi que nous l’avons dit plus haut, est toujours variée, — sauf à conserver au rez-de-chaussée des parties en retraite une travée du milieu plus large, — de même en agrandissant la composition, Du Cerceau a transformé le détail dans le goût du style Henri II, plus italien que français, en l’améliorant même, car le détail de l'original italien, du moins la plus ancienne reproduction que nous en connaissions, rappelle plutôt les œuvres d’un « intarsiatore » que celles cl’un architecte.

Nous possédons en outre (feuille 39 du volume de M. Lesoufaché) le croquis d’une première transformation de cette composition primitive, un acheminement vers celle qui vient de nous occuper. Au lieu de doubler la longueur totale, Du Cerceau a augmenté la largeur de la partie

PREMIERS ESSAIS DE C r.AVURE

[ .preuve lavée Cad in et des Estavnp es , à Paris

F 1 g ’ l6- “ Réduction d’une estampe de du cerceau parmi les «compositions d’architecture».

(Collection de M. Foule.)

centrale, en retraite, de manière à y obtenir cinq travées, et c’est l’axe de celle du milieu qui devient celui de toute la composition ; Du Cerceau, ayant ajouté un troisième étage au lieu de simples pignons, réservait quatre de ces travées pour des fenêtres, et traitait celle du milieu exactement comme les avant-corps, c’est-à-dire avec le motif: d'arcade du rez-de-chaussée trois fois superposé formant balcons. Aux deux extrémités de la façade en retraite, il ajoute une loggia à deux étapes, surmontée d’un toit en forme de demi-dôme. Ici encore Du Cerceau obtenait un ensemble qui ne manquait pas de bonnes qualités.

Ce que nous avons vu Du Cerceau faire dans ces deux derniers cas est une image fidèle de ce qui se passait alors dans toute l’Europe, à l’égard de l’art italien. On s’emparait de tous ses motifs, on les arrangeait à sa guise et selon ses besoins en y ajoutant, en y retranchant selon le goût et l’intelligence de l'artiste, afin de répondre au goût et aux habitudes des différents peuples. On conçoit dès lors facilement que ces opérations qui créèrent les différentes écoles de la Renaissance en Europe obtenaient des résultats plus ou moins heureux selon le degré d'affinité de race et de génie et de climat de ces pays avec l’Italie. Et c'est ce qui explique pourquoi la Renaissance en France a pu produire des œuvres dont l’esprit était le plus en rapport avec celui qui avait présidé à la formation même de ce style dans sa patrie véritable, bltalie. Mais c'est là une considération qui trouvera mieux sa place alors que nous résumerons l'ensemble de l’œuvre de Du Cerceau.

Avec de la patience, un peu de bonheur et une connaissance approfondie de l’art italien, non pas tel que nous le voyons maintenant, mais tel qu'il se révélait avec maintes richesses disparues depuis, il serait facile de multiplier les rapprochements du genre de ceux que nous venons de faire. Ceux-ci, toutefois, suffisent à établir nettement les rapports signalés, d’autant plus que l'occasion se présentera encore à nous de compléter ces aperçus intéressants et assez nouveaux, croyonsnous, sur tout un côté de la nature du talent de Du Cerceau et de ses

œuvres.

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