‹ Les Du CerceauChapitre 47 sur 230 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

allusion dans le passage suivant : « . Geste maison fut baillée à

Madame Renée de France, fille du roi Loys 12e, mariée au Duc Hercules de Ferrare, pour partie de son appanage. Laquelle estant vefve, et retirée en France l’an i56o trouvant ce lieu ainsi beau, et tel que dessus, toutefois fort descheu et demoly, et par ce moyen rendu quasy inhabitable, l'a amplement réparé, embelly et enrichy d'aucuns nouveaux bastiments, iardins, et autres commoditez, tel qu’on le voit à présent, et y a fait sa demeure ordinaire iusques à son trépas. »

Le château de Montargis est détruit; les quelques fragments que

FIG. J)5. - BERCEAU CONSTRUIT PAR DU CERCEAU DANS LES JARDINS DE MONTARGIS.

Tiré des Plus excellents bâtiments de France.

l’on aperçoit de l’extérieur paraissent appartenir à la partie médiévale de cette résidence1. Dans les planches que Du Cerceau a consacrées à le représenter, on ne se trompera pas en assignant au maître les belles « Galleries de charpenterie lesquelles de présent sont couvertes de lierre », analogues aux berceaux qui existaient à Gaillon, à Blois et ailleurs, inspirés de celui que Bramante exécuta dans les jardins du Vatican, et que Du Cerceau, « architecte du Roy et de Madame la

1. Nous engageons les personnes de'sireuses de ve'ritîer si, dans ces restes, il peut s’être conservé quelques vestiges des travaux de Du Cerceau, à en solliciter l’autorisation préalable auprès de la propriétaire, MUo Chardon, afin de ne pas se trouver en présence d’un concierge inébranlable, qui évidemment ne se doute pas qu’il existe des « intérêts archéologiques », et devant la résistance duquel nous avons dû renoncer à entreprendre cette vérification.

Duchesse de Ferrare », comme le désigne Jacques Besson, a représenté ici à une si grande échelle (voyez fig. 35) ; on devra lui attribuer aussi les nombreuses portes monumentales formant points de vue dans les allées, et les couronnements de murs, dont le style correspond si bien à tant de compositions analogues dans les recueils de dessins de Du Cerceau.

Les planches relatives à Montargis appartiennent encore complètement à la deuxième manière de Jacques Androuet et ont par suite été gravées assez longtemps avant la publication du premier volume des Plus excellents bâtiments de France, en i5y6, mais assez peu de temps après l'arrivée de la duchesse à Montargis, en i56o, et peu après l’exécution de ces travaux d'installation. Les paroles mêmes de Du Cerceau confirment notre interprétation, car déjà en i 566, dans la dédicace du Livre des Grotesques ', il écrit à Madame Renée de France : « Si Dieu m’eust donné telle comodité de pouvoir, comme il a mis en moy le bon vouloir, et affection en vostre endroit (Madame), je n'eusse esté si long temps sans récréer vostre esprit de quelques liuvres de mon art et labeur. Entre autres, je vous eusse présenté celuy des Bastimens singuliers de France... » Il résulte de là qu'en 1 566 , depuis longtemps déjà et par conséquent bientôt après l'arrivée de la duchesse, en i56o, Du Cerceau désirait témoigner à la fille de Louis XII sa reconnaissance en lui offrant le livre des Bastimens singuliers de France.

En résumé, les premiers travaux de Du Cerceau pour la duchesse de Ferrare eurent lieu immédiatement après l’arrivée de cette princesse à Montargis ; les planches consacrées par Androuet à ce château ont donc dû être terminées avant 1 566, peut-être même achevées pendant la première guerre de religion qui causa tant de pertes à Du Cerceau et à toute sa famille, et durant laquelle il est fort possible qu’il se fût retiré à Montargis. Plus loin, enfin, Du Cerceau confirme deux fois lui-même qu’il est au service de la princesse 2.

1. Voyez le texte complet que nous reproduisons parmi les dédicaces.

2. « Et maintenant qu’il a pieu à vostre bonté me retirer à vostre service, j’ai dérobé quelques

heures du jour et de la nuict pour ramasser un heure de grotesques . », puis il « souhaite à jamais

d’emploier à vostre service »... et signe « vostre très humble et très affectionné serviteur », expression qui T

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