CHAPITRE VI
le chœur de l’église de la madeleine, a montargis
11 n’y a rien d'étonnant à ce que Du Cerceau, bourgeois de Montargis, comme le désigne le duc de Nevers ’, architecte de la princesse, qui y résida pendant les quinze dernières années de sa vie, ait exécuté quelque autre édifice à Montargis. C'est même dans cette ville que serait, au dire de Berty, le seul monument pour lequel notre artiste aurait donné des plans : le chœur de l’église principale de cette ville, l’église de la Madeleine.
L’historien Guillaume Morin s’exprime ainsi à ce sujet : « Du temps de Mmc d’Este, duchesse de Ferrare, les habitants et bourgeois de Montargis se cottisèrent pour faire bastir le chœur d’icelle (église) en la forme qu’il se void à présent. Le dessein en fut projetté par Du Serseau, l’un des plus ingénieux et excellens architectes de son temps... Le commencement fut sous le règne de Henry second, et fut parachevé l’an 1608 2. » Morin, ainsi que le remarque Berty, a dû naître avant la fin du xviü siècle, peut-être même avant la mort de Du Cerceau .
Cet édifice a donné lieu à des appréciations contradictoires. Berty le qualifie de « triste édifice », M. de Montaiglon, au contraire, me La désigné comme fort intéressant. Et c’est à l’avis de ce dernier que je me range entièrement, après l’avoir visité, regrettant seulement que le temps ne m’ait pas permis d’en faire autre chose que les croquis aussi sommaires et imparfaitement rendus que ceux reproduits dans la figure 36. Ils n’ont d’autre but que de faciliter la description de l'édifice et son intelligence pour le lecteur.
Il s’agissait sans doute de remplacer un chœur préexistant, plus ancien ou contemporain de la nef actuelle, qui doit remonter aux vingt premières années du xme siècle, et de raccorder la partie neuve au
employée vis-à-vis d’une princesse aussi bonne qu’instruite, dénote des services n’ayant pas simplement un caractère passager.
x. Dans le passage cité par Berty, p. 106, d’après le Traité des causes et des raisons de la prise d’armes faite en janvier 1089, dans les Mémoires du duc de Nevers, pages 28 et 29.
2. Histoire générale des pays Gastinois, Sénonais et Hurepois ; Paris, 1 G3o, in-40, page 20. (Ouvrage posthume.)
transept actuel. L'architecte chargé de ce travail résolut de faire contraster son œuvre, autant par son élévation que par l’abondance de lumière, avec les parties basses et plutôt sombres de la construction antérieure de la nef et du transept. Le croquis D montre le plan inférieur avec les chapelles. Le bas-côté, terminé à angle droit, pourtourne le rond-point formé par cinq côtés d’un octogone ; l’expression de bascôté ne lui convient même pas, car, ainsi que le montre la coupe C, ces collatéraux ont sensiblement la même hauteur que le chœur luimême. Au-dessus des chapelles, les collatéraux passent du carré à l’octogone comme le montre le croquis B, et les trois côtés de cet octogone extérieur sont occupés entièrement par les trois grandes fenêtres à meneaux que l’on aperçoit mieux de l’extérieur dans le croquis A. La nef centrale du chœur n’ayant aucune fenêtre directe, ses piliers sveltes se détachent en sombre sur ces trois grandes verrières et sur celles qui se trouvent au-dessus de chaque chapelle, et produisent un effet tout particulier. Les détails de l’intérieur appartiennent plus au dernier gothique qu’à la Renaissance, tandis que, à l’extérieur, contemporain cependant de l'intérieur, nous ne rencontrons, sauf dans les meneaux, qui rappellent ceux de l’église Saint- Eustache, à Paris, que des formes du nouveau style. Les quatre piliers voisins du transept sont des colonnes lisses sans chapiteaux, montant jusqu’à la naissance des nervures des voûtes, tandis que, dans les six piliers du rond-point, les profils de ces nervures descendent jusque près du sol.
A l’extérieur, j’ai été tout d’abord frappé par une certaine parenté entre les colonnes placées devant les arcs-boutants, leurs proportions, leur galbe, leur dessin, l'exécution même des détails, et les ordres qui décorent la façade de l'église Notre-Dame, ainsi que l’ensemble de celle de Saint-Pierre, à Tonnerre. (Ces deux monuments révèlent un architecte du goût le plus exquis ; nous n'avons rien rencontré jusqu’ici de supérieur, à cette époque, en France.) Les profils y dénotent une étude intelligente de ceux de Bramante dans le Milanais, à Canepanuova à Pavie, à la cathédrale de Corne en particulier, et du modèle de Rocchi pour la cathédrale de Pavie. Le chœur de Montargis, plus