CHAPITRE VI
trophées dans la frise, les mutules carrées, la même alternance de petites portes et d'arcades dans les grandes et petites travées, la même superposition de niches et de panneaux dans ces dernières; la même disposition des fenêtres, supportées par des figures assises sur les archivoltes inférieures, pénétrant dans les coupures de l’architrave et de la frise; au-dessus de la corniche, dans l’estampe, nous voyons les lucarnes surmontées des mêmes frontons que les fenêtres de l’attique dans le document III et le couronnement de la fenêtre du milieu de cet attique formé d’une façon identique au fronton central à Charleval.
Ces rapprochements suffisent ; nous sommes en présence d'une nécessité convaincante, qui nous oblige à dire que le document III se rapporte à Charleval et représente une partie d’un projet primitif pour cette résidence commencée par Charles IX, car entre le dessin et les parties gravées par Du Cerceau existent aussi des différences qu’il n’y aurait pas eu grand sens à vouloir introduire après coup.
De qui maintenant est ce projet? Nous savons par plusieurs exemples que Du Cerceau a reproduit parmi ses Plus excellents bâtiments de France des projets non exécutés ou exécutés partiellement ; tels sont ceux pour les Tuileries et pour Verneuil ; il n’y a absolument rien d’étonnant dans ce fait, qui n’entraîne nullement pour conséquence que Du Cerceau doive être l’auteur de projets inexécutés, si par hasard nous trouvons de ces projets primitifs dessinés par lui, car il pouvait les avoir copiés, soit en vue de la gravure, soit simplement parce que le projet lui plaisait.
A première vue, il se pourrait donc que nous fussions dans l’un de ces deux derniers cas. Toutefois, plusieurs faits nous amènent à d’autres conclusions.
Et d’abord la circonstance que sur les cinq représentations de Charleval, données par Du Cerceau dans le second volume de ses Plus excellents bâtiments de France , les trois derniers représentent des projets différents « délibérées faire ».
Ce sont :
i° « Le plant tant du bastiment que du iardin ainsi qu’il a esté commencé par Charles g. »
2° « Face commencée dedans la basse court. » (Fig. 42.)
3° « Diversités d’ordonnances délibérées faire à la basse court par le dehors. »
40 ce Diversitez d’ordonnances délibérées faire à la basse court par le dehors. »
5° « Diversités d’ordonnances délibérées faire à la basse court par le dehors. »
N’y a-t-il pas déjà dans cette proportion des projets par rapport aux parties commencées, comme l’aveu de l’intérêt particulier attaché par Du Cerceau à ces projets, et le désir d'en perpétuer le souvenir? La même impression d’intérêt ressort de plusieurs passages du texte consacré à Charleval et aussi du fait même que Du Cerceau nomme la personne, le sieur Durescu1, qui désigna au roi le site de Charleval, puis il continue : « Le Roy feist composer un plan digne d’un monarque, dont ie vous ay figuré le dessein et feist besongner après et commencer un corps à la basse court, qui contenoit en longueur neuf vingts tants de toises et le fondement faict, esfleurant le premier étage, y establissant les offices. La dessus le Roy mourut qui fut cause que toute l’armée demeura. Ce non obstant durant son vivant il feist dresser le iardin, duquel ie vous en ay figuré le plan. 11 fut achevé d’accoustrer avant son décès. Si ce lieu eust été parfaict, ie crois que c’eust esté le premier des bastimens de France, pour la masse dont il a esté fourny. Il est vray que le commencement de la maçonnerie estoit de pierre de Cartier et brique. Or quand il faut faire compte d’un œuvre, on estime toujours la maçonnerie entièrement faicte de pierre de Cartier, exceder tout autre, excepté si la maçonnerie
1. Ce fait est confirmé par les renseignements suivants dont je suis redevable à mon cousin M. François H. Delaborde, archiviste aux Archives Nationales, et qui m’autorisent à fixer le commencement des travaux en l’année 1572. M. Delaborde me signale un dossier de 65 pièces relatives aux achats faits au nom du roi pour la commodité des bastymens qu’il plaist à sa dicte Majesté faire audit Noyon. La première de ces pièces est du 27 janvier, la dernière est du 28 août 1572 (nouveau style). Le dernier acte où figure le nom de Noyon est du 27 janvier, le premier où figure celui de Charleval est du 28 mai. Tous les achats sont faits par l’intermédiaire de Jean Fereyç seigneur de Durescu, chevalier, conseiller du Roi, intendant de scs finances et superintendant de ses bastymens audit Noyon. Les vendeurs en reçoivent le prix des mains de Michel Sublet, conseiller du Roi, trésorier général de son artillerie et par lui commis aux frais et dépences desdits bastymens audit Noyon. Les Comptes des Bâtiments du roi, dont l’édition préparée par Léon de Laborde a été publiée après sa mort, vont jusqu’en 1671 inclusivement, et ne contiennent pas un mot sur Charleval.