CHAPITRE VIII
Des publications de Du Cerceau; leur caractère, leur destination.
ous avons déjà indiqué quelle fut la grande résolution prise par Du Cerceau, aussitôt après son retour
d’Italie, c’est-à-dire de répandre le plus complètement possible en France, grâce à ses publications, la connaissance de l’architecture antique ou plutôt italienne — afin de mettre sa patrie à même de lutter avec ce pays et de l’affranchir des artistes et ouvriers italiens si nombreux alors en France. Pour montrer clairement que telle était bien sa pensée, nous commencerons par laisser Du
Cerceau parler lui-même. Il dit d’abord de ses travaux qu'ils avaient pour but de « servir à ceux qui sont curieux de l’antiquité, et encore plus (à mon jugement) à ceux qui sont maistres en l’architecture, lesquels y pourront trouver plusieurs beaux traits et enrichissements pour aider leurs inventions » h
Du Cerceau développe dans une autre occasion sa pensée en
précisant le champ plus étendu sur lequel il espère exercer cette influence : « Cependant cette mienne petite oeuvre de Grotesques pourra servir aux orfèvres, paintres, tailleurs de pierres, menuisiers et autres artisans, pour esveiller leurs esprits, et appliquer chacun en son art, ce qu’il y trouvera propre... » 2 C’était, du reste, l'habitude à cette époque d’énumérer sur les titres des ouvrages la liste la plus longue possible des personnes auxquelles la publication pourrait être utile. Réclame habile, qui est en outre un signe des temps. C’était en
effet tout le corps des artisans d’une nation qu’il fallait familiariser avec ce nouveau style, non plus national, mais étranger, dans tous les pays hormis l'Italie.
1. Dédicace du livre des Edifices antiques romains au duc de Genevois et de Nemours. 1584.
2. Dédicace du Livre de Grotesques à M"’° la duchesse de Ferrare. i566.