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INTRODUCTION
Dinant, de Furnes, d'Alost, etc., etc.1 , dans les archives communales de notre Flandre française 2 et dans les archives ecclésiastiques conservées dans les
égale en Belgique, et dont M. Gachard nous a donné une bonne description. Je ne sais quel sort la mort de M. Goethals-Vercruysse réserve à sa bibliothèque; mais je ne puis croire qu'on laisse, par une négligence trop commune, se disperser la collection qu'il avait formée avec autant de suite que de bonheur. J'ai particulièrement intérêt à m'enquérir du sort de deux registres de la chambre des comptes de Lille, distraits de ce dépôt, sans doute en 1793 (voir page vu), et qui se sont réfugiés dans cette bibliothèque particulière :
Compte de Guy Guilbaut, gouverneur de la dépense générale, ordinaire et extraordinaire de Philippe duc de Bourgogne , des recettes et dépenses par lui faites, du Ie' janvier 1426 au 31 décembre 1427.
Compte de Richard Juif, maistre de la chambre aux deniers du duc de Bourgogne, pour un an , commençant au l'r janvier 1440 et finissant au 31 décembre
1 Les richesses des archives communales du département du Nord ne peuvent être estimées d'après les rapports de MM. les maires , analysés par M. Le Glay (Notice sur les Arch. comm. de Lille, in-8°, 1840). Des liasses de papiers antiques, des fardes de papiers illisibles, ainsi s'expriment les administrateurs des communes, excitent plutôt qu'elles ne découragent la curiosité. On sait d'ailleurs l'importance des archives de Cambrai, Valenciennes, Dunkerque, etc., etc., et on apprendra, non sans étonnement, quelles ressources peuvent offrir de petites communes comme celles de Linselles , Lambersart, etc., etc.
Pousser jusqu'à Dusseldorf , jusqu'à Aix-la-Chapelle, jusqu'à Cologne , ce n'est pas se perdre dans un autre ordre de recherches, dans le domaine d'une autre partie de l'histoire de l'art au quinzième siècle; c'est au contraire se retrouver au sein de cette grande activité stimulée par les Flandres sur la rive gauche du Rhin. Les Archives royales de Dusseldorf comprennent tous les documents sur l'archevêché de Cologne, sur les provinces limitrophes, et, ce qui ne nous intéresse pas moins, tous les actes de la famille de Clèves, ces grands seigneurs protecteurs des lettres et des arts à la cour de Bourgogne.
2 Mon travail dans l'ancienne chambre des comptes de Lille m'obligea de prolonger mon séjour dans cette ville au delà de mes prévisions, et je n'ai pu explorer, même sommairement, les Archives communales du département du Nord; je réserve cette partie de ma tâche. On conserve à Lille différents inventaires de ces dépôts, dressés par Godefroy. Ils sont précieux, puisqu'ils remplissent, autant que faire se peut, les lacunes produites par les révolutions; mais, pour mes recherches, ils ne m'ont offert aucune ressource. Je lis dans le tome I, pag. 341 : Lettre du comte Robert du 1 janvier 1298, qui veut que Vonpasse dans les comptes pour faire lescel de la comtesse cent dix livres dix sols
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cathédrales et les églises 1 , quand les commissaires de la République ne les ont pas visitées.
— à la veuve de maistre Jean du Parket qui avait peint la salle à Arras. J'espère mieux des Archives d'Arras.
Au reste, on découvre de tous côtés des renseignements qui viennent confirmer les indications fournies en si grande abondance par mes extraits. Ainsi je lis dans un mémoire de M. Ph. Baert sur les sculpteurs et architectes des Pays-Bas : M. Bouhelier d'Audelange, procureur général de la chambre des comptes de Dôle, a découvert les lettres patentes de Philippe le Bon, datées de Chatel d'Edin et du 7 juillet 1448, par lesquelles ce prince fait don d'un journal de vigne à Jean Girard de Salins, pour le dédommager de ce qu'on a tiré dans une de ses vignes l'albâtre employé au mausolée de Philippe le Hardi. Je renvoie aux nos 4 363 et 1368 de ce volume. J'exprimerai le regret de voir paraître dans les Bulletins de la Commission d'histoire , recueil si bien rédigé et souvent si fortement nourri , de voir publier, dis-je, en 1848, avant qu'il ne se soit convenablement complété, un dictionnaire des sculpteurs et architectes belges qui , pour tous les temps antérieurs au seizième siècle, enregistre trois artistes seulement, dont un espagnol; et cependant l'auteur n'a pas l'excuse de s'être arrêté à un choix, car il s'exprime ainsi : Dans les époques reculées, le nombre des concurrents est si petit que les moindres mérites nous ont paru devoir suffire pour assigner une place à ceux qui nous ont laissé quelques productions de leur ciseau.
M. Al. de la Fons-Melicocq a publié un volume sur les artistes et les ouvriers du nord de la France et du midi de la Belgique; Béthune, in-8°, 1848. C'est le résultat de ses recherches dans les archives du département de l'Oise. Je réserve mon opinion sur la forme détestable adoptée dans la rédaction de cet ouvrage, le fond en est excellent. Je prendrai quelques noms :
1412. — Jacques Kechelare et un nommé Cristojlc, mâchons de Tournay, sont consultés sur la manière de l'aire la teraisse d'une grosse tour, dont on confie l'exécution à Gautier Martin, maistre des œuvres de la ville de Gand. Le travail terminé, on consulta M. Martin d'Arras, Jehan Mynal, pensionnaire de la ville de Lille , et Bacheler, également pensionnaire de l'église de Terewane (Thérouanne).
— 1437. — Pol Pinchon, maçon du trésorier du duc de Bourgogne, au château de Bruay. — 1439. — Maistre Anthoine Haneron , estudiant en l'université de Louvain, recevoit trois lots de vin, en faveur de ce que naguères pour l'amour et l'honneur de Bethune, dont il est, il avoit visité et fait visiter par plusieurs notables clercs estudiants ausdites escolles, certains jus de personnages que les compaignons jueurs de pluisseurs bonnes villes avoient joué audit lieu de Bethune , à l'instance de gaigner les pris. — 1447. — Jehan Pinchon, maistre maçon du duc de Bourgogne, en son château de Hesdin; Robert Willocque (alias Willoigne), maistre machon et pensionnaire du duc, en son chastel de Lille. — 1480. — Collard de Handrecies, maistre des œuvres de la comté d'Artois.
1 Je donnerai un exemple des ressources inattendues offertes par ces dépôts. La sainte image de Notre-Dame-de-Grâce, conservée comme re-
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On pourrait croire que j'ai poussé ainsi les investigations jusqu'à leurs dernières limites. On se tromperait. Partout où est parvenue l'influence de l'école flamande , poussée au loin par la puissance bourguignonne, des recherches peuvent être tentées avec succès. Nous avons parlé de l'Italie, nous pourrions citer l'Allemagne, arrêtons-nous un instant dans la Péninsule.
Les arts furent en Espagne et en Portugal, pendant le quinzième siècle et presque tout le seizième, sous la domination exclusive des artistes flamands.
lique dans l'église du Saint-Sépulcre, fut apportée de Rome à Cambrai, disent les Actes capitulaires, et donnée à la cathédrale par le chanoine Foursy de Brusle en l'année 1451. Cette image fit des miracles, et ils contribuèrent à répandre l'opinion que saint Luc en était le peintre. J'ai discuté ailleurs, à propos de quelques anciennes têtes de Christ, cette bien ancienne tradition de l'apôtre-artiste, et j'ai repoussé la sotte supposition que le nom du peintre Lucca Santo en ait été l'origine, comme il peut en donner l'explication. Ici il nous suffira de rappeler, d'après les Mémoriaux de Saint-Aubert, que le 25 août 1457 MS de Bourgogne alla veyr et saluer l'tjmage de Notre-Dame, qui est en la chapelle de la Trinité, qui fu f aide de la main de M. S. Luc, comme on croit. Les registres capitulaires nous apprennent que Pierre Cristus (selon moi le même peintre qu'on désigne ailleurs sous le nom deChristophsen), peintre de Bruges, diocèse de Tournay, fit, en 1454, à la demande du comte d'Étampes, trois copies de cette image, dont une fut donnée à l'hôpital de cette ville et s'y est conservée. Ce fait est d'autant plus curieux que nous avons moins de renseignements sur cet artiste, un des plus anciens élèves ou imitateurs de Jean van Eyck, et qu'il confirme en même temps les indications données anciennement à Vasari, qui l'appelle Pietro Cri4a; à Guichardin, qui le nomme Pierre Criste, et les dates fournies par ses tableaux. Voici les deux articles des Actes capitulaires :
« Concluserunt domini imaginem bss Ygis quœ legavit Mgr Furseus du Bruille, archid. Valenchen. ponenda esse in capella stse trinitat. » (Séance du 13 août 1451.)-
« Ad requisitionem illustris dni comitis de Stampis, Petrus Cristus pictor incola Brugen. Tornacen. Dioc. depixit très imagines ad similitudinem illius imaginis bse Mar. et SancUe Virg. quœ in cappella est trinitat. collocata. » (Séance du 24 avril 1454.)
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Pour en donner la preuve , pour marquer l'époque précise de cette émigration du nord au sud , pour suivre et décrire la marche de cette influence que tous les monuments de l'art rendent évidente et incontestable, il faudrait entreprendre, dans ces deux pays, un travail analogue à celui que nous avons commencé en France et en Belgique ; car, après les grands ouvrages de Murphy 1 et du comte Alexandre de Laborde2, mon père, après l'ouvrage récent de M. Raczynski3 et la mission de M. Gachard à Madrid,
1 The Church of Batalha. London, folio 1795 L'auteur, M. Murphy, est fort maltraité, pour avoir estropié ou inventé des noms d'artistes, par l'auteur d'un intéressant travail que l'Acalémie de Lisbonne a inséré, en 1827, dans le tome X, p. 1C3 de ses Mémoires, sous ce titre : Memoria historica sobre as Obras do Real Mosteiro de Santa Maria da Victoria , chamado vulgarmenlc da Batalha, por D. F. Francisco de S. Luiz.
2 La date d'un ouvrage suffit pour expliquer ses lacunes. Le Voyage et Y Itinéraire d'Espagne seront longtemps encore des ouvrages utiles, et ils resteront toujours comme un beau monument du dévouement d'un particulier aux artset à la science. Le moyen âge n'était, ni en 1 803, datedu voyage de mon père, ni en 1800, date de la publication de son ouvrage, à l'ordre du jour; on étudiait l'antiquité, et sans transition on passait à l'art moderne. C'est ainsi que, pour tous les connaisseurs, la peinture débutait en Espagne sous Philippe III, et mon père ne la recherche pas au delà, mais il la juge sainement : C'est ce moment qu'il faut étudier pour connaître la véritable école espagnole qui a un caractère particulier que n'ont point les autres écoles. Elle* tient V intermédia ire entre V école italienne et flamande; plus rapprochée de la nature que la première, elle est plus noble que la seconde, et participe des beautés de toutes les deux. (Tome IV, page 34.)
3 Les Arts en Portugal, lettres adressées à la Société artistique de Berlin. Paris, in-8°, 184G. M. Raczynski nous fait assister candidement à ses hésitations, à ses incertitudes. C'est un peu long, et tant de redites ont le tort de grossir le volume , et le tort plus grave d'étouffer les renseignements originaux que l'auteur doit au vicomte de Juromenha et à M. Berardo, hommes instruits, qui semblent disposés à entreprendre des études sérieuses dans les archives. Nous sera-t-il donné enfin d'entrer plus avant dans le mystère de ces origines des arts en Portugal? A M. Raczynski revient le mérite d'avoir soulevé un coin du voile;
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nous n'avons appris qu'une chose, c'est qu'il nous reste immensément à apprendre.
Au treizième siècle , les arts étaient exclusivement arabes dans la Péninsule 1 . Les Maures , artistes in-
il l'a fait d'une main légère, avec un esprit quelque peu fantasque et distrait; confions maintenant l'achèvement de l'entreprise à des caractères sérieux , méthodiques et précis.
1 Pour l'architecture c'est un fait acquis, toute réserve gardée pour quelques importations de style roman et gothique de côtés et d'autres. Quant à la peinture et à la sculpture , les données nous manquent presque entièrement ; et cependant il est impossible qu'en cherchant bien dans cette Espagne couverte de ruines de tous les âges, on ne trouve pas de monuments, et, dans les riches archives, d'amples renseignements. Quelques manuscrits ornés de miniatures, exécutées dans ce style lâché qui appartient aux Saxons, ne peuvent être, avec les peintures de l'Alhambra, tout ce qui nous reste de l'activité portugaise et espagnole pendant plusieurs siècles.
La sculpture et ses monuments , d'ordinaire si durables , n'ont pas laissé plus de traces. Faut-il en conclure que l'Espagne n'eut une statuaire qu'au quatorzième siècle ? Un passage extrait par Zuniga (Anales ecles., II, 142) d'une notice manuscrite de l'année 1345 tendrait à le faire croire. On trouvera la traduction de ce curieux document dans l'histoire de don Pèdre , de M. Mérimée, histoire qui est elle-même un habile tableau de mœurs de l'Espagne au quatorzième siècle; je lui emprunte ce passage :
« Qui voudra savoir comment sont honorés le roi don Fernand le Bon , saint qui gagna Séville , et la reine dona Beatriz sa femme, et le roi don Alphonse son fils , en la chapelle de la sainte et noble église de Sainte-Marie à Séville , comme aussi des richesses d'or et d'argent et de pierres précieuses, en oiront ci-dessous le récit»
«Premièrement, se voit l'image de Notre-Dame, qui paraît vivre en chair et en os, avec son fils au bras, en un tabernacle plus haut que ne sont les rois, grand à merveille , tout couvert d'argent; et notez que l'image de Notre-Dame est faite par art mécanique, si , qu'on la lève et l'assied quand on la veut vêtir, elle et son fils. Et leurs draps sont de cramoisy, manteaux courts et longs et robes.
m Devant l'image de Notre-Dame , au bas, il y a trois tabernacles tous couverts d'argent, tout pareillement semés de châteaux , lions, aigles et croix, où sont les figures des rois. A la main gauche de l'image de Notre-Dame, dans sa chaire, est le bon roi don Fernand assis en sa chaire, et de l'autre côté la reine Beatriz assise aussi en sa chaire, toutes lesquelles chaires sont couvertes d'argent. Les trois sont vêtues de leurs grands manteaux et robes, et dit-on qu'en dessous ont leurs chemises et toiles de dessous.
»Les trois sont assis en leurs niches ou tabernacles, assis sur leurs chaires d'argent , avec leurs sépulchres au-devant , tous couverts d'argent , avec cierges allumés, où se brûle de jour et de nuit mainte arrobe de cire, et au-dessus quatre lampes d'argent allumées de jour comme de nuit. »
On conservait dans d'autres pays (j'en donne des preuves dans mes
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