‹ Les ducs de BourgogneChapitre 29 sur 164 · CXX1X · texte numérisé non relu

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génieux, défrayaient avec la richesse de leur architecture les goûts de leurs coreligionnaires aussi bien que ceux des chrétiens. Au quatorzième siècle, l'architecture française et la sculpture avaient à peine débordé sur les Pyrénées l, que la Flandre vint à sa suite imposer son programme et ses séduisantes qualités2. Jean van Eyck aborde à Gascaes, le 1 5 décembre \ 428. Son arrivée à la cour du roi Jean Ier, prince magnifique et ami des arts3, est tout un

extraits) et on conserve encore dans toute l'Europe ce vieil usage des mannequins habillés, mais il était réservé au quinzième siècle, en dehors de l'Espagne , comme il l'est aujourd'hui partout , à quelques images saintes qui viennent en ligne directe de l'époque où la statuaire se résignait à ne produire que ces sortes de poupées. Devons-nous conclure de cette description des sépulcres royaux de Séville que l'Espagne en était encore là, au beau milieu du quatorzième siècle , ou bien étaitce une exception , une sorte de représentation officielle maintenue par la tradition et l'étiquette? Tant y a que ces mannequins articulés, dépouillés de leurs ornements les plus précieux par le roi de Castille , en 1357, n'existent plus, et qu'on ne rencontre en Espagne aucune statue très-ancienne, mais une foule de mannequins habillés, du même genre que les figures royales de Séville, et les seuls représentants de la statuaire du moyen âge.

1 Ce caractère français est évident, à l'aspect des monuments, et il pourrait être admis, à priori, comme conséquence des relations politiques, commerciales et de voisinage, la voie de terre unissant ses facilités à la voie de mer pour rendre plus fréquentes et plus actives les relations entre les extrémités des deux pays.

2 La statue de Pierre le Cruel, commandée par sa petite -fille vers 1400, et conservée dans le couvent de Saint-Dominique à Madrid, porte ce caractère d'individualité propre, à cette époque, à la statuaire flamande, et à elle exclusivement.

3 Les dernières années du long règne de Jean Ier firent développer, à l'abri de la prospérité et de la paix , une véritable renaissance des arts. Pour l'architecture, je citerai le couvent de Batalha, construit, en conséquence du vœu que prononça le roi , le 1 4 août 1 385 , avant de remporter la victoire d'Aljubarrota. Souza, le chroniqueur, s'exprime ainsi :

u El rei chamara de longas terras os mais célèbres arquitectos, que se sabiao; convocara de todas as partes officiaes de cantaria destros e sabios, convidara a

IIe PART. — TOM. I. i

INTRODUCTION

événement. Déjà les artistes des Pays-Bas avaient fait pénétrer, par les voies du commerce, à cette

huns com honras , a outros com grossos partidos , e obrigara a outros com tudo junto. »

Quels étaient ces architectes renommés et ces tailleurs de pierre consommés dans leur art? qui le demandera aux archives? Pour la sculpture, la même autorité, Luiz de Souza, est notre seul guide. Jean 1er aurait commandé, en 1400, aux artistes employés à la cour de Bourgogne, un tombeau en bronze doré pour couvrir les restes de son fils , jeune enfant mort à l'âge de dix ans. Ce monument se voit encore dans la cathédrale de Braga. Il aurait également fait exécuter dans les mêmes ateliers, en 1404, la statue en albâtre du patron de l'église de Bemfica. Enfin, pour la peinture, nous avons la décoration de la salle des Pies, d'as Pegas, dont la tradition raconte l'origine romanesque.

M. le vicomte de Santarem a publié, en 1836, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, une intéressante Notice sur les manuscrits à miniatures qui se trouvent en Portugal. Mais il paraîtrait qu'il y a fort peu de manuscrits dans ce pays, car le spirituel auteur parle très-longuement des manuscrits écrits et ornés par les Lusitaniens et les Turdetains lors de la conquête du Portugal par les Romains. Quant aux manuscrits du quinzième siècle, il en cite un que l'on conserve dans les Archives du royaume (Torre de Tombo), et dans lequel on voit les dessins de toutes les villes fortifiées du royaume à cette époque, un livre d'heures du roi Édouard; et puis, parmi les manuscrits d'Alcobaça, il mentionne : une Bible qu'on disait avoir été prise par le roi Jean Itr, à la bataille cV Aljubarrota, au roi Jean II de Caslille, avec V autel portatif qui se trouve dans le fameux panthéon de ce roi, au monastère de Batalha. D'ailleurs pas un seul renseignement puisé aux sources, pas un seul nom d'enlumineur. M. de Santarem croit fermement que l'école de peinture du Portugal dérive, dès le treizième siècle, de la France, et qu'eue date du retour d'Alphonse III, comte de Boulogne, qui fit dans ce pays une longue résidence; il parle aussi de pensions payées à des artistes portugais à la fin du quinzième siècle pour aller étudier leur art en Bourgogne; mais il ne cite aucun texte à l'appui de cette assertion. C'est, en résumé, ce qui a été écrit de mieux sur la matière et ce qui nous fait désirer davantage que l'on explore avec soin les archives municipales, ecclésiastiques et royales du Portugal.

La Bibliothèque Nationale de Paris, si riche en tous genres, possède plusieurs manuscrits portugais dont les ornements, les peintures et jusqu'à l'écriture sont tellement flamands, qu'à première vue on serait tenté de les prendre pour des productions de la ville de Bruges ou de Gand , et l'on verrait dans l'un d'eux le portrait d'un seigneur de Bourgogne , si nous ne savions que c'est le portrait authentique de l'infant don Hcnrique. Ce dernier manuscrit (supplém. françois, folio 236) con-

INTRODUCTION

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