‹ Les ducs de BourgogneChapitre 3 sur 164 · AULTRE RECEPTE EXTRAORDINAIRE · texte numérisé non relu

AULTRE RECEPTE EXTRAORDINAIRE

Dépense de ce présent compte.

Deniers paiez à officiers qui en donnent comptes ,

Gages et pencions,

Ambaxades, voiaiges et messegeries ,

Deniers paie's tant ès mains de Monseigneur le duc comme par son ordonnance, Deniers paies aux secrétaires, Frais et perte de monnoye , Deniers paie's en l'acquit de Monseigneur le duc, Dons et recompensations,

Escuierie, achat de chevaulx, voictures, painctures et aultres choses touchant ladite escuierye ,

Achat de draps d'or, d'argent et de soye, pelleterye, tappisserie et aultres choses ,

Achat de joyaulx, vaisselles d'or et d'argent ,

Offrandes et aulmosnes ,

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Achat d'artillerie, cannons, bombardes, coulerines et autres choses touchant ladicte artillerie., Deniers rendus et non reçus ,

Despence extraordinaire et paiemens des gens d'armes , Despence commune.

Ces rubriques indiquent, par elles-mêmes, que tout se rencontre dans ces comptes, depuis les ambassadeurs jusqu'aux galopins de cuisine , depuis les armures, les colliers d'or émaillés, jusqu'aux chaises de retrait , jusqu'aux salaires des bourreaux *.

Tout en entreprenant un dépouillement complet de cette vaste comptabilité, qui ne réunit pas moins de cent treize registres de 800 à \ ,500 pages chacun, je ne pouvais songer à le faire régulièrement. Donner pour chaque compte les rubriques générales, le résumé de chaque chapitre , le chiffre total de chaque recette et de chaque dépense , résumer ensuite la recette générale et la dépense totale , c'eût été sans doute faire un travail complet , mais c'était aussi tripler l'étendue que je me réservais, car il fallait alors opérer de la même manière sur les registres qui n'offrent aucun intérêt, comme sur ceux qui ont fourni des renseignements utiles. Je n'écris pas l'histoire financière , administrative et militaire des ducs de Bourgogne; j'écris l'histoire des arts sous leur règne et leur impulsion. On voudra bien se placer à mon point de vue.

J'ai conservé partout la manière de fixer les dates

1 A Jehan de Rectre, maistre de la haulte œuvre, — pour mectre à gehaine et

torture certaines personnes lviii sols.

(Compte de 1460-61.)

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en commençant l'année à Pâques. Rien n'est plus facile que de les réduire d'après le système en usage aujourd'hui1, système qui fut établi dans tous les Pays-Bas par un édit du 1 5 juin 1 575 2.

On trouvera, dans mes extraits, des articles dont la liaison avec le reste du travail pourra sembler difficile à saisir. J'ai pris tous les prétextes pour traiter plusieurs points intéressants de la vie privée du quinzième siècle. Par exemple, la duchesse de Bourgogne laisse son écharpe en gage, le duc envoie sa vaisselle à la Monnaie, n'en voilà-t-il pas assez pour m' autoriser à exposer le système finan-

1 Pasques tombait, ainsi qu'il suit, depuis l'année 1384 jusqu'en 1483. La lettre M désigne le mois de mars, la lettre A le mois d'avril.

17 — A, Il

a En France, l'édit de Charles IX est du mois de janvier 1563. II y eut des provinces dans les Pays-Bas qui suivirent toujours la manière de compter l'année à partir du 1er janvier ou de la fête delà Circoncision ; d'autres, comme par exemple dans l'évêché de Liège, commençaient l'année à Noël.

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cier, ou plutôt la pénurie financière , qui faisait du luxe une ressource dans les temps de crise , et de la vaisselle brillante exposée sur les dressoirs , tout le crédit des grands et des petits î

Je n'ai enregistré que le plus petit nombre des dons du jour de Tan et des présents faits à toute occasion. J'ai choisi les particularités qui, dans cette procession interminable d'achats et de dons, pouvaient servir au tableau de l'entourage des princes, de leurs moyens d'influence et de patronage près et loin d'eux , à leur cour et dans les cours étrangères.

Si on lit sous la rubrique : Escriptures pour les besoingnes et affaires de monseigneur le Duc , que des scribes écrivent hâtivement, jour et nuit, quinze cents lettres de convocation pour une prise d'armes, ou de nombreux billets de faire part pour un accouchement; si ces convocations, ces avis, sont de toutes sortes et de tous les jours; si cette hâte s'accroît chaque année à partir de \ 420 , ne sera-ce pas comme une vue sur la découverte de l'imprimerie 1 ,

1 Jusqu'à présent je n'ai rien trouvé, dans ces comptes, qui ait trait à l'invention de l'imprimerie , je n'ai pas même rencontré la preuve que Philippe-le-Eon ou son fils Charles aient utilisé ce mode économique et rapide de reproduction, qui semblait si bien venir en aide à leur vasle et active administration. Ces princes magnifiques dédaignaient-ils l'imprimerie et la gravure, et les considéraient ils comme des expédients de petites gens ? Nous le saurons.

Si, en 1450, on lit dans le compte de Guillaume Poupet : A Colart Mansion, escripvain , pour un livre nommé Romuleon, en ung volume, couvert de velours bleu, acheté de lui liih livres,

c'est l'écrivain qui figure et non pas l'imprimeur, dont on ne se soucie pas davantage que de son collègue Dieric, fils de Jean, l'imprimeur. Ce dernier est porté sur le registre des comptes de la confrérie des libraires

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appelée et rendue nécessaire par cette activité industrielle et ce luxe, de plus en plus populaire, qui faisait des ducs de Bourgogne, les promoteurs les plus influents d'un mode quelconque de reproduction rapide à la fois et économique !

J'ai extrait quelques pages seulement des chapitres : Vêtemens, Chapellerie , Chaussures, etc., etc. J'aurais pu fournir à des volumes in-folio , en citant les noms de tous les brodeurs 1 , tailleurs de robes , cousturiers, chaussetiers , pourpointeurs , etc. Les souverains étaient encore, au quinzième siècle, ce qu'ils avaient été dans tout le moyen âge ; de grands enfants, dont le plaisir consistait à briller par la richesse et la variété des costumes , la pompe et l'éclat des solennités; ils étaient en outre les grands pourvoyeurs non-seulement de leur famille , de leurs serviteurs, de leurs officiers, mais de tous ceux qui prenaient part à une ambassade, à une noce, à une fête, à un tournoi. Il m'a semblé qu'il suffisait, pour donner une idée de ce luxe et de cette générosité , d'extraire littéralement le chapitre des dépenses occasionnées par une ou deux de ces fêtes. Je réserve

de Bruges, en 1457 et 58. Les renseignements sur les débuts de celte grande invention doivent être cherchés ailleurs, et ils concourent tous à la réhabilitation des Pays-Bas dans leurs droits légitimes. Nous y apporterons notre concours.

1 Les brodeurs, comme les tapissiers, étaient souvent des artistes; pour pinceau ils avaient leur aiguille. Quelques lambeaux d'anciennes broderies, conservées dans nos églises et nos musées, portent avec elles la trace d'un grand talent. Restait à savoir si le brodeur suivait sa pensée ou le patron d'un peintre. J'ai noté tout ce qui m'a semblé du domaine des arts.

IIe part. — tom. (. (>

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pour le texte le tableau de l'activité industrielle de cette contrée privilégiée, et les considérations qui naissent du détail des objets manufacturés et de leur prix. En procédant ainsi, j'écarte le caractère puéril, trop souvent attaché à ces recherches, je leur donne une importance historique.

J'ai enregistré tous1 les médecins, ils étaient maîtres ès arts. Ce soin, qui n'a pas exigé plus d'une page ou deux, se rattache à d'autres recherches au moyen desquelles je suis parvenu à présenter, dans une suite non interrompue, la liste des médecins attachés à la cour de France , depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne de Louis XIV. On remarquera qu'au quinzième siècle le médecin était parfois aslronomien, c'est-à-dire qu'il mettait son ignorance au service de la crédulité de ses maîtres. L'histoire de ce temps offre de fréquents exemples de la faiblesse de l'esprit associée à la plus forte énergie du cœur. Je n'ai pas étendu ma complaisance jusqu'à la rubrique Apoticairie, et, cependant, ces dépenses si fréquentes signalent chaque fois les per-

1 Je dis tous, c'est-à-dire tous ceux que les comptes de finances de l'ancienne Chambre des comptes de Lille ont enregistrés. Le règne de Charles le Téméraire a subi , par la désorganisation de l'ancien mode de perception et de contrôle, des modifications qui ont dû avoir pour résultat d'isoler les dépenses de l'hôtel , et ces comptes particuliers ou spéciaux sont perdus. Ainsi s'explique pourquoi je n'ai recueilli les noms d'aucun des médecins de ce dernier souverain, bien que nous sachions par les Mémoires des bénédictins qu'il en avait un du nom de Gonsalves de Vargas (Gondessalves de Verges), et que le corps de ce malheureux prince fut reconnu sur le champ de bataille de Nancy par Lobo, Portugais, l'un des médecins attachés alors à sa personne.

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sonnes qui ont fait usage des médicaments et la date de leur maladie , noms et dates souvent utiles à l'histoire.

Les ménestrels, les baladins et des officiers de la cour passeront en assez grand nombre sous les yeux du lecteur. Ces citations n'ont besoin ni d'excuse ni d'explication, et j'aurais pu les multiplier à l'infini, si j'avais transcrit les traitements annuels et les gratifications périodiques. Il suffisait à mon but, d'une seule mention, et si parfois elle s'est répétée , c'est qu'un détail ajoutait alors quelque nouvelle particularité et permettait d'apprécier, autrement qu'on ne l'a fait , ces existences où la distinction de l'esprit contraste avec l'humilité de la position , humilité compensée, sinon par la confiance, au moins par la familiarité du Prince.

On s'étonnera peut-être de trouver les fous, les sots et les bâtards cités autant de fois. Au xvc siècle, le tableau de la vie privée n'aurait , à la cour surtout, ni couleur ni intérêt, si ces personnages en étaient exclus. J'ai trouvé, dans les habitudesde ce monde à part, un des chapitres les plus piquants de mon ouvrage , car les fous étaient parfois gens fort sérieux, envoyés en missions difficiles; les bâtards, par contre, formaient, autour de Philippe le Bon , un tableau d'intérieur passablement bouffon. Cette petite famille, qui semble une école tant elle devient nombreuse, tant elle est de physionomies variées, trouve, dans

l'affection de son chef, une sollicitude traduite par

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les comptables de la manière la plus plaisante. A partir des comtes de Flandres1, les articles de cette nature figurent dans les registres, mais ils y sont rares, clair-semés, tandis que sous leurs successeurs, et particulièrement sous Philippe le Bon , on se perd au milieu des dots données par le duc à ses maîtresses en les mariant avec ses familiers ; des pensions payées à ses bâtards pour leur éducation et le faste de leur état; des charges et des missions qu'il leur confie , tout cela compliqué bientôt par l'entretien des bâtards de ses bâtards.

Le luxe des ducs de Bourgogne avait fait des orfèvres les associés et les aides de leurs tailleurs ; les vêtements étaient littéralement couverts par les brillants produits de leur métier. Or, dit Martial d'Au-

1 Au quatorzième siècle le bastard de Flandres jouait dans l'histoire le même rôle que le grand bastard de Bourgogne au quinzième. Ils occupaient une position moyenne entre les grands seigneurs et les princes du sang; ils jouissaient d'une faveur sans bornes, au grand étonnement des étrangers (voir le voyageur baron de Rosmital, en 1446), faveur légitimée par les qualités guerrières les plus brillantes et les moins contestées. On trouve dans les Archives de Lille ces deux pièces :

Mandement du 20 aoust 1380 , donné par le comte de Flandres à son receveur Henry Lippin , pour qu'il paie 491 livres 15 sols pour les dépenses de le Haze, son fils bastard , au siège d'Audenarde. (Original en parchemin , scellé.)

Lettres donnée? par le comte à Lille , le 7 février 1382 , par lesquelles il donne des biens confisqués à son bâtard, Jean dit Sans Terre. — Autres lettres données à Arras, le 22 novembre 1383.

J'aurai souvent occasion de citer la collection des 182 Colbert (Bibl. Nat.); j'y trouve l'acte suivant en copie authentique :

« Philippe, etc., etc. — Comme nostre amé et féal chevalier et chambellan, messire Jean, seigneur deDrincam, bastard de Flandres, fust allé au service et en la compagnie de nostre très cher et très amé fils le comte de Nevers, au voyage qu'il a naguères fait es parties de Grèce et de Bulgarie. — Et comme il y est mort, laissant un fils, le duc lui donne « la seigneurie de Stuerveld, qui lui est escheue, pour cause de bastardise , de son chambellan, messire Louis, dit le Haze, bastard de Flandres, Donnée à Conflans, lèz Paris, 6 juillet 1398. » Fol. 55, vol. 25.

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