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ment les inventaires de nos rois , de nos princes et de quelques seigneurs; les catalogues de leurs bibliothèques, leurs actes privés, leurs testaments, les descriptions de leurs fêtes et de leurs enterrements, les lettres missives, et enfin les trésors trop longtemps cachés du cabinet généalogique.
Les copies. Il fut un temps, d'heureuse mémoire, où en pleine paix, en plein exercice de l'autorité, on eut comme un vague pressentiment des dangers que courraient un jour, par la guerre ou les révolutions, les collections provinciales et étrangères. On décida qu'on demanderait à la science de désigner les documents les plus précieux et qu'on ne reculerait devant aucun sacrifice pour en obtenir des transcriptions. Cet exemple, parti du sommet, descendit l'échelle de toutes les classes de collecteurs, et on vit les communautés et les particuliers prendre de tous côtés des copies. De cette tendance proviennent les 500 Colbert, les 182 volumes du même nom, les 182 d Enans, les fonds de Dupuy, de Doat, de Decamps, de Brienne, de Gaignières, etc., etc. Bien que le point de vue ne fût pas toujours assez général , bien qu'on puisse trouver le choix trop limité et l'exactitude des copistes souvent contestable, cependant , et surtout pour notre but , ces copies sont fécondes en utiles renseignements.
La Bibliothèque Nationale est comme une planète brillante entourée de ses satellites. Nos bibliothèques publiques et particulières forment son cortège. Il
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n'en est pas une qui ne puisse être utilement mise à contribution.
Je voudrais n'avoir pas à parler des objets d'art de nos collections. Il y a dans cet examen plus de honte et de regrets que d'orgueil et de satisfaction. Les révolutions semblent avoir le sentiment de leur existence éphémère; faute de pouvoir construire, elles abattent; n'ayant pas le temps d'élever un monument, elles creusent un abîme et s'en vont avec la satisfaction d'avoir laissé une trace. J'ai interrogé nos collections publiques et particulières, nos musées de Paris et de la province, nos églises1; que
1 Le tableau de la Descente de Croix, transporté à Saint-Denis par M. Alex. Lenoir, après la dispersion du Musée des Petits-Augustins, et placé pendant plusieurs années dans le cabinet de l'architecte de la cathédrale, fut reconquis en 1846 par M. de Cailleux pour les collections du Louvre. C'est un des plus précieux monuments de la peinture française en lutte avec l'art flamand dans la première moitié du quinzième siècle. La même vue du Louvre, qui, dans ce tableau est prise en face de la porte d'entrée sur la rivière, se retrouve prise de côté dans le Crucifiement de la Cour d'appel. Ce sont les mêmes tours, les mêmes murs, et sur le quai : Vàbrevouet de la rue des Poulies (livre de la taille de 1292), ou, comme l'appelle Sauvai : Vabrevoir du Petit- Bourbon. Jusqu'à présent, malgré les consciencieuses recherches de M. Taillandier, nous ne pouvons savoir pour qui et à quelle occasion un élève des van Eyck vint à Paris faire ce beau tableau, qui était exposé avant la révolution de 89 dans la grand'chambre du parlement, et qui orne aujourd'hui la salle de la Cour d'appel (ancienne Cour royale). J'espère être plus heureux lorsque je ferai le dépouillement régulier des registres du parlement (Décisions du Conseil). On y consignait les acquisitions ordonnées par le Conseil , comme les donations acceptées par lui; dans les deux hypothèses, l'entrée du tableau dans le palais a dû être enregistrée. M. Taillandier a accepté trop facilement la tradition qui attribue ce tableau à Jean van Eyck. Cette opinion ne résiste pas à cinq minutes d'examen. M. Waagen n'hésite pas à reconnaître là une œuvre très-remarquable de Hemling ; seulement, en raison de certaines défaillances de trient trop évidentes, il l'attribue à sa jeunesse. Je me réserve de prouver que cette opinion n'est pas
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de pertes, que de lacunes, que de ruines! J'ai trouvé cependant de côté et d'autre quelques monuments authentiques qui suffiront pour marquer le moment précis de telle ou telle influence de Tart flamand sur l'art français.
soutenable, et cela à l'honneur de ce délicieux peintre. J'apprends par M. Taillandier que M. Passavant, lors de son dernier voyage à Paris (1846), était d'avis qu'Hugo van der Goes pouvait être l'auteur de ce tableau. J'avais eu aussi cette idée. Je suppose que le savant écrivain de la Vie de Raphaël aura trouvé de l'analogie entre notre tableau et celui que montre depuis quatre siècles l'église Santa-Maria Nuova de Florence. Je n'ai pas le souvenir de cette auivre assez présent pour la prendre pour guide ; mais , en m'en rapportant à d'autres pages de ce peintre, je suis disposé à me rapprocher de cette opinion.
Le tableau de la Cour d'appel est évidemment un produit de la décadence de l'école primitive des Pays-Bas; mais il est encore assez rapproché du maître pour présenter de grandes qualités. Le groupe de la Vierge et de l'une des Maries qui la soutient dans sa défaillance, réunit, à l'expression de la vive douleur, la grâce naïve et charmante d'une compassion tendre et finement apprêtée. Les traces de la décadence sont évidentes dans l'expression et le dessin du Christ sur la croix. Jamais Jean van Eyck, jamais Hemling n'auraient laissé à cette têîe souffrante une telle nullité de sentiment ; jamais ils n'auraient donné à ce corps dégingandé une telle difformité de proposions. La décadence est encore sensible dans l'absence d'effet général et dans le ton des carnations, dont la couleur est brillante mais creuse, dont les lumières sont argentines sur fond gris comme les rayons de la lune sm une mare. La grande école de Bruges a été, dans la seconde moitié du quinzième siècle, le point de départ de deux tendances particulières, de deux protestations en clair et en diaphane contre le coloris solide, chaud, mais un peu brun de ses chefs. De ces deux tendances, l'une, la bonne, a été suivie par Quintin Messys et Lucas de Leyde; l'autre, la mauvaise, par Gérard van der Meire, Hugo van der Goes, et plus tard par Mabuse. Le tableau de Paris, production distinguée de l'école llamande, appartient à cette seconde déviation. 11 a été peint à Paris même; la vue du Louvre, prise du quai Conti avec l'hôtel de Nesle sut le premier plan, ne laisse aucun doute à cet égard, et cette échappée de nature est la meilleure partie du tableau, celle dans laquelle le peintre a le mieux rappelé le talent de ses maîtres. Mais à quoi bon discuter ? L'épée d'Alexandre n'est pas plus souveraine qu'un petit article des vieux registres des comptes pour délier ces nœuds gordiens de l'histoire des arts. Or, je n'ai pas perdu l'espérance de trouver ce renseignement.
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J'espère beaucoup de l'ensemble de ces recherches, sans me faire illusion toutefois, et sans croire que j'entre dans un domaine inexploré, sur une terre inconnue. Tous les documents que j'indique, et que je cherche encore, ont déjà fixé l'attention des savants d'un autre âge, des archivistes et des archéologues de tous les temps. Il suffit d'examiner les travaux entrepris par ordre de Louis XIV et de LouisXV, ou sous l'impulsion des bénédictins, pour acquérir la conviction que tout est fait; seulement il reste beaucoup à refaire, car une même pensée n'a jamais dirigé un travail suivi de la nature de celui que j'entreprends, et cet ensemble fait entrevoir des résultais aussi nouveaux qu'importants. Puissent des temps meilleurs accorder à ces innocentes poursuites le calme et la protection dont elles ont besoin ! La vie, toujours si triste, donne du charme aux rêves d'avenir comme aux retours vers le passé ; mais encore faut-il, pour voler vers l'un ou vers l'autre, quelque sécurité dans le présent.