‹ Les ducs de BourgogneChapitre 5 sur 164 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

INTRODUCTION

avons lieu d'espérer de nouvelles et importantes découvertes l.

1 MM. Rumohr, Gaye, Galandi et d'autres ont ouvert la voie; M. Passavant, dans le Kunstblatt de 1841, et, plus tard, dans son Histoire de Raphaël (I, p. 430), adonné l'extrait suivant d'un livre de comptes de la confrérie du Corpo di Cristo d'Urbino :

1474, ottobre , 25 , fiorini 300. — A altro Giusto da Guanto depintore per fiorini 250 d'oro a lui promessi per sua fatica per depingere la tavola délia fraternita.

1475. Giugno 5. . . E piu tela a mtro Giusto depentore che diceva voler fare un insegna bella per la fraternité.

Un prince peut agir sous l'impression d'un caprice; un seigneur fixe son choix sous l'influence de la mode, mais voyez -vous cette réunion d'Italiens , ce conseil chargé des intérêts de toute une confrérie, décidant que la somme d'argent amassée à grand'peine pour faire exécuter le tableau de leur chapelle, sera donnée, dans cette ville d'Urbino, bientôt le berceau de Raphaël et déjà la voisine de Perouse, atelier célèbre du grand Vanucci, sera donnée, disons-nous, à un peintre inconnu que recommandent seulement sa patrie, la Flandre, et son maître Jean van Eyck ou plutôt Roger vander Weyden ! Nous verrons plus tard quel rapport ce Juste de Gand peut avoir avec un Jean d'Allemagne qui peignait en 1444, à Venise, aux applaudissements de la ville, avec un Justus de Alemania qui ornait de ses compositions à fresque les couvents de Gênes en 1451.

Vers 1490, un peintre de la ville d'Urbin, qui se croyait poëte, écrivait une chronique rimée, cadre commode pour faire passer sous les yeux de son héros, le duc Frédéric d'Urbino, toutes les célébrités de la peinture. 11 commence par les grands peintres qui sont la gloire des Pays- Bas; il les place en tête comme étant d'un autre âge, comme ayant dépassé tous les peintres dans la science de la perspective et l'habileté du relief, rangeant après eux leurs successeurs et comme leurs créatures : Gentil da Fabiano, Jean Belin et les autres , jusqu'à ces deux jeunes gens : Perugin et Léonard da Vinci :

A Brugia fu tra gli altri più lodato Il gran Joannes, el discepol Rugero Con tanti d'alto merto dotati Délia cui arte e sommo magistero Di colorire furno si excellenti Che han superato spesse volte il vero.

Ma nell' ltalia in questa età présente Yi fu il degno Gentil da Fabriano , Giovan da Fiesol frate al bene ardente , E in medaglie ed in pictura il Pisano , Frate Filippo e Francesco Pesselli Domenico chiamato il Veneziano , Massaccio e 1' Andrien , Paolo Occelli , Antonio e Pier si gran disegnatori ,

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Si je n'appuie pas autant sur les mérites de la statuaire flamande, je n'ai cependant omis aucun renseignement sur les sculpteurs, et je n'en reconnais pas moins sa grande influence dès la seconde moitié du quatorzième siècle. Elle l'exerça dans un rayon plus restreint , parce qu'on n'envoie pas au loin la pierre comme la toile et le bois, parce qu'on ne promène pas dans le monde les statues comme les tableaux de ces autels portatifs qui formaient l'attirail obligé de tout prince ou seigneur, en voyage, à la guerre, en lointain pèlerinage. Cependant là où pénétra cette influence, elle a laissé des traces profondes. L'imitation aveugle de la nature fit son succès, et ce principe envahissant sapa, vers 1350, et remplaça bientôt les nobles traditions de notre école française du treizième siècle. A ce style sévère et gracieux à la fois, qui semble dans quelques tournures , dans la pose des têtes , dans le jet des draperies , une lointaine émanation de l'école où s'inspira

Pier del Borgo antico piu di quelli.

Duo giovin par d'etate e par d'amori, Leonardo da Vinci e'1 Perusino.

Ce poète peu connu , ce peintre sans talent , est un homme célèbre, c'est Giovanni Santi, le père de Raphaël. 11 écrivait ces vers en 1485- 90 ; ils sont l'oppression de l'opinion des Italiens sur l'école flamande, en présence d'un Léonard da Vinci et d'un Perugin. A quel diapason devra-t on mesurer cette admiration, en 1430, lors de la venue des premiers tableaux de Jean van Eyck, en l'absence de talents italiens qu'on pùt lui comparer? Ce sera la partie la plus intéressante de notre travail, comme elle a été le sujet de nos méditations les plus longues.

Le mss original de ce poème, un volume in-folio, est conservé dans la bibliothèque du Vatican, sous le n° 1305. Mss Ottobon. 11 est de deux cent vingt-quatre feuillets, écriture du quinzième siècle. M. Passavant l'a publié par extraits à la fin de son excellente Histoire de Raphaël.

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Phidias, succède peu à peu des qualités de modelé et une science anatomiqne qui lui manquaient, mais malheureusement en même temps toutes les prétentions du tourmenté et une recherche étudiée de la naïveté. Cette mode dura pendant près de deux siècles.

Les relations des ducs de Bourgogne, avec l'Europe entière et l'Orient , n'étaient pas seulement le résultat d'une grande puissance et d'une inépuisable générosité, c'était aussi le but d'un gouvernement qui devait favoriser, par tous les moyens, l'exportation des produits variés de la maîtresse industrie du monde. Ces relations devinrent le fil conducteur, le courant électrique de Y influence exercée sur tous les points par l'art flamand. Il importait, par conséquent, de présenter le tableau de ces communications fréquentes, actives, étendues. Mais ce chapitre des Ambassades, Missions et Messageries, a pris dans mes extraits une importance très-grande et un ca^ ractère historique étranger à des recherches spéciales sur les arts. Je me suis décidé à le détacher de mon travail 1 pour en former une publication à part que

1 J'ai fait des exceptions, dans ce nombre il faut compter l'envoi de Jean van Eyck, de Bruges à Lisbonne, en 1428, pour faire le portrait d'Isabelle de Portugal, la future troisième épouse de Philippe le Bon et la mère de Charles le Téméraire (voir n° 858). Il existe une relation fort curieuse de l'ambassade de messire Jehan, seigneur de Roubaix, dans la suite duquel se trouvait le grand peintre. Nous en possédons deux rédactions, l'une en portugais, l'autre en français; la première se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris dans un recueil de pièces, sur l'histoire de Portugal (sous le n° 10,245, du fonds françois, in-folio, 18 feuillets de papier vergé et réglé en rouge, sans marques dans le filigrane. Belle écriture ronde de la première moitié du quinzième siècle). La seconde est conservée dans les archives royales de la Belgique

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j'ai proposée, à la fin de Tannée 1847, au comité des monuments écrits, placé près du ministre de l'in-

à Bruxelles, dans le deuxième registre aux chartes de la Chambre des comptes de Brabant. C'est une copie de la fin du quinzième siècle.

Quel est l'original? MM. Gachard, Reiffenberg et Warnkœnig , fort compétents dans ces matières, désignent le français. Je penche pour le portugais, voici mes raisons. La rédaction française porte ce titre : Copie du verbal du voyaige de Portugal, qui se feist de par feu MS le bon duc Philippe de Bourgoingne en l'an mil quatre cens et vingt huyt, pour amener en ses pays de pardeça madame Elisabeth, infante du roy de Portugal, — sa compaigne. Ce préambule, à lui seul, indique une traduction et l'écriture est de la fin du quinzième siècle. Les noms portugais sont très-peu dénaturés; les noms anglais sont écrits comme les prononceraient des Portugais et comme les donne la rédaction portugaise, ainsi Pleume — Pleuma pour Plymouth. Falemne — Falemna pour Falmoutli. Des phrases sont mal comprises : MdS avoit fait mener plusieurs charioz et dames richement ouvrez , l'original a un sens : El dito senhor avia mandado prober de muchos carros pera las damas mui ricamente obrados. D'autres phrases ont été omises faute de les pouvoir traduire : ainsi, lors de l'arrivée de l'infante dans la cour de l'hôtel de Bruges et lors de la réception qui lui est faite par la duchesse de Bedford, sœur du duc, il y a dans la rédaction française une lacune, tandis qu'on lit dans le portugais : Quando ella fue cheguada enel patio de la dita casa, fue con mucho acalamiente deçendida de su liera, i saliola a recebir la antes dita senhora duqsa de Bedfort , hermana del di/o senhor.

La rédaction portugaise, au contraire , dénature tous les noms flamands, ce qu'un traducteur français attaché à la cour de Bourgogne n'aurait pas fait devant un original régulièrement écrit :

Jehan de Ro ibaix — Juam do Ruwaes.

André de Toulongeon — André de Toroljon. Jehan de Eyk. — Juan de ïel.

Elle donne tous les noms portugais avec le degré d'exactitude qu'on a l'habitude de trouver chez les écrivains du quinzième siècle, et elle transforme les noms étrangers suivant la prononciation de son idiome. La copie est du temps; elle a tous les caractères d'une relation originale. Je reproduis ici les deux passages où il est question du portrait de l'infante peint par Jean van Eyck et de son envoi en France. M. de Santarem, réservant l'exactitude diplomatique pour le Corpus mon. Lusit., n'a donné qu'un extrait de ce document, dont il a modifié le stjle et chargé l'orthographe. Je reproduirai plus tard, en entier, la relation si curieuse de cette ambassade.

E por delante delos quales algunos delos otro dia de manhana, algunos otros dias seguintes el negoçio fue mas en particular, en diversas vezes abierto y traido ade-

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struction publique. Il allait être pris une décision, et l'approbation du savant directeur des Archives du ministère des affaires étrangères me donnait lieu de croire qu'elle serait favorable , quand la révolution de Février 1848 vint mettre en suspens , comme elle mettait en doute , la continuation de toute entreprise littéraire. J'ignore quand il sera permis de reporter vers ce passé magnifique , les yeux fixés par la sollicitude sur l'humiliation du temps présent.

L'histoire générale d'un siècle entier est écrite dans ce chapitre des ambaocades, chevaucheurs et messagers de pié; c'est aussi l'histoire particulière des ducs de Bourgogne; elle trahit leurs préoccupations politiques et leurs tendances, elle montre leurs goûts, soit dans les objets qu'ils envoient, soit dans ceux qu'ils reçoivent en présent; enfin, et ce n'est pas sans intérêt , elle marque chaque jour leur passage dans telle ville , leur demeure dans tel château: tableau tranquille de leur vagabonde existence.

La générosité fastueuse de ces princes s'étendit jusqu'à la dévotion , jusqu'à la charité. Le chapitre des offrandes à toutes les chapelles, des dons à toutes

lante, y en conclusion fue delho ablado hecha una ciedula por escrito, y iunta miente conesto los ditos enbaxadores hizieron pintar muy al natural la figura de la dita dama infanta dona Isabel por un honbre llamado maestre Juan de yel, moço de camara del dito musignor de Borgoigna, eçelente maestro en artede pintura.

Esto echo los ditos enbaxadores casi alos xij de ebrero seguinte enbiaron al dito musignor de Borgogna quatro mensaieros , dos por mar i dos por terra, conviene a saber : por mar Pedro de Baudri, escudero copero del dito senhor, y un porsuivant d'armas llmado Tre enti. Y por terra Aiuan de Varsi, escudero, i un otro porsuivat d'armas, llamado Porteioya. Por los quales mensaieros, i por cada uno dellos ellos escrevieron al dito musignor de Borguona todo lo que avian alhado, i lo que hasta estonçes avia sido hecho tocante la materia del dito casamiente, asimismo le enbiaron la figura de la dita dama hecha por la pintura, como dito es.

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les églises va chaque année grossissant. J'en ai extrait les articles qui offraient des particularités curieuses, un renseignement utile ou seulement une indication féconde. Ainsi je vois, dans le compte de 1441-42, une offrande à Nostre-Dame de Leyde, une autre à Nostre-Dame de Harlem , une autre enfin à l'église Nostre-Dame fondée en son ostel de La Haye en Hollande. Peut-on oublier qu'un inventeur encore obscur, que des artistes d'un grand talent, sous la pression de cette activité surprenante donnée aux arts et à l'industrie, travaillaient déjà dans ce coin du monde à créer l'imprimerie qui devait le régénérer!

J'ai usé de la même réserve pour ces messes sollicitées et payées de tous côtés en nombre prodigieux. Elles se répètent chaque année , comme cet article : Pour faire dire et célébrer m messes , ensemble trois services solempnels pour le salut et remède des âmes de feu Messeigneurs , les prédécesseurs de Monseigneur . (Compte de 1425-26.)

Le chapitre des aumosnes prend , après la mort de Jean Sans-Peur, un développement sensible. Peu à peu ce service devient si actif qu'il exige un employé, commis au gouvernement des aumosnes. Je n'ai pu résister au plaisir de citer quelques articles ; ici c'est une pauvre femme qui a perdu sa vache, là un officier qui a été dévalisé par les écorcheurs; partout se révèle un soin paternel pour de vieux serviteurs , une constante sollicitude à réparer les maux de

IIe PART. — TOM. I. C

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la guerre, à compenser même les dégâts minimes occasionnés par les meutes de chiens. Le surnom du bon duc est inscrit dans ces articles. Ils sont innombrables et toujours d'une rédaction simple et touchante : A demoiselle Claire de Rouvre , poure gentilfemme, pour don à elle fait, pour Dieu et en aumosne, pour elle aidier à vivre, cxvm sols. (Compte de 4*31*38.)

J'ai dû omettre tout ce qui concerne les armements et les gens de guerre , cette rubrique à elle seule peut faire l'objet d'un travail et fournir la matière d'une volumineuse publication. Elle aurait un vif intérêt, puisqu'elle permettrait d'exposer l'organisation ou plutôt le manque d'organisation de l'état militaire de ces princes belliqueux , en faisant connaître comment on remplaçait les troupes et les armements réguliers. Elle serait d'une grande utilité pour la connaissance des changements successifs introduits dans les armes blanches, et des divers perfectionnements apportés dans les armes à feu, depuis les canons, dont on faisait usage en Flandre dès 1 346 avec de grands périls, à en juger par les accidents, les morts et les blessures mentionnés dans les comptes1, jusqu'au fusils, qui entrèrent dans la

1 M. Dumortier a pris le soin et m'a évité la peine d'extraire du registre de cuir noir des Archives de Tournay un passage fort curieux sur l'introduction ou la première fabrication des canons dans cette ville, française alors, mais qui se trouve aujourd'hui en Belgique :

Corne li consaulx de la ville euist ordené par aucun raport que on leur en fist que Pieres de Bruges , potiers d'estain, savoit faire aucuns engiens, appiellés

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devise de Philippe le Bon et figurent la batterie, la partie la plus difficile à produire de l'arme que nous appelons fusil; enfin, et c'est là le côté qui m'a fait regretter son omission, elle donnerait les noms de tous les armuriers du quinzième siècle , souvent artistes habiles, et la description de leurs œuvres, quelquefois des chefs-d'œuvre.

J'aurais voulu donner plus de détails sur les travaux d'architecture entrepris par les ordres des ducs de Bourgogne ; mais ce chapitre des comptes , bien que fort étendu, m'a laissé dans des doutes sur ce qui appartenait à l'art et ce qui tient du manœuvre. Avant tout, il est bon de le remarquer, il ne se trouve pas dans ces registres la trace d'un seul édifice, encore debout, dont le plan et l'exécution appartiennent en entier à ces princes. Des réfections, c'est-à-dire des reprises, des additions, des surhaussements, voilà à quoi se réduit le chapitre de la bâtisse. J'ai cherché attentivement , dans ces gros travaux de maçons , charpentiers, quareurs de bois, serruriers , verriers, couvreurs , et même dans ceux des jardiniers et des

connoilles, pour traire en une boine ville quand elle seroit assise, liquels Pieres fu mandés et li commanda li dis consaulx que il en feist I.

On sait la suite: le canon fut essayé hors de la porte Morelle, et la pierre alla frapper la tête d'un habitant, malheur qui nous a valu l'insertion de ce fait dans le Journal Municipal , à la date du mois de septembre 1346. La transcription de M. Dumortier manque d'exactitude diplomatique, j'ai noté dans ce court passage vingt et un changements d'orthographe, que rien ne motive.

Les mêmes archives conservent un mandement de Charles VI, du 24 septembre 1383, où il est question des canons et des canonniersde Tournay qui lui vinrent en aide à la bataille de Roosbecque.

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manœuvres , s'il ne s'y montrait pas quelque ouvrage d'art; ne découvrant rien, je me suis abstenu1. Quant aux moulins, je n'en parle pas, et cependant leurs incessantes constructions et reconstructions m'ont assez fatigué.

1 J'ai observé la même règle dans tout ce dépouillement; j'y étais porté par le peu de considération que je professe pour l'architecture gothique du quinzième siècle et particulièrement pour le gothique flamand. Les comptes de la recette de Flandres et du receveur de Bruges, pour les années 1470 à 1477, contiennent le long détail des nombreux changements opérés dans les bâtiments , particulièrement dans l'hôtel ducal à Bruges. J'ai vainement cherché une participation de l'art dans la besogne courante de ces nombreux ouvriers, et j'ai écrit néant au bas de tous ces comptes. Dans un autre endroit , devais-je extraire cet article :

A. Pierre le Bout, verrier, demourant à Bourbourg , pour verrières que madite dame la duchesse luy fit faire , au dit lieu, en l'ostel de Saint Bertin , où elle fut

logée durant ce qu'elle fut au Bourbourg vu fr. mi s.

(Compte de 1438-39.)

Mais il est évident qu'il s'agit uniquement de vitres blanches nécessaires à la duchesse pour se garantir du froid , et sauf le nom d'un vitrier, qui ne fut peut-être jamais peintre, je ne vois pas l'utilité de cette citation. On m'objectera, je le sais, que tous les artisans du moyen âge étaient artistes; je l'accorde au treizième siècle, je le conteste au quinzième. A cette époque, les statuts des métiers, les privilèges des confréries et, plus que tout, les mœurs établissaient déjà, à grand'peine il est vrai, une distinction qui, pour n'être pas rigoureuse, n'en fut pas moins réelle. Je citerai en preuve une décision inscrite dans le Répertoire des causes et questions, conservé dans les Archives de la ville de Namur. Je l'emprunte à M. J. Borgnet :

« L'an 1421, comme les quatres mestres (chefs du métier ou de la confrérie) des mestiers des merchiers avoient trait en cause Annitul le voirier nouvellement venu demorer à Namur, pour devenir de leur dite frairie, ledit Annieul disoit que point n'en avoit à devenir, car le mestier des voiriers, ne ouveraige de voirre ne se contenoit point en leur Chartres; et ils disoient que leur Chartres ne denommoient point tous les mestiers de leur frairie, mais aucuns et en général tous autres vendans chose qui a mersenerie appartenoit; voirre estoit appartenant à le mersenerie , car il poindoient et les poindeurs estoient dénommez en leurs Chartres. Sur quoy, ledit Annieul dist que ja soit ce qu'il fut voirrier, si ne poindoit-il point et ne scavoit poindre, se ne avoit point à devenir dudit mestier ; requerans oultres par les deux parties d'avoir loy selon que fait en estoit. Tant que finalement fut jugié , par mayeur et eschevins de Namur, qu'il constisoit assez à la court que les voiriers ne estoient pas dénommés ès chartes desdis mersiers. Et pour ce, ledit Annieul n'en avoit point à devenir, s'il ne lui plaisoit, anchois povoit ouverer sans poindre, ne vendre ouveraige verryer, car en cas là il feroit poindre ne poindroit ou vendroit voirrier pointure , il en avoit à devenir. » Folio 19, verso.

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