‹ Les ducs de BretagneChapitre 2 sur 42 · AVIS DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

AVIS DES ÉDITEURS

Les Éditeurs de la BtMlothéQae morale de la dleonemo

ont pris tout à fait au sérieux le titre qu'As ont clioisi pour le donner à cette collection de bons livi^. Ils regardent comme une obligation rigoureuse de ne rien négliger pour le justifier dans toute sa signification et toute son étendue.

Aucun livre ne sortira de leurs presses , pour entrer dans cette collection, qu'il n'ait été au préalable lu et examiné attentivement, non-seuIémënt par les Éditeurs , mais encore par les personnes les plus compétentes et les plus éclairées. Pour cet examen , ils auront recours particulièrement à des Ecclésiastiques. C'est à eux , avant tout, qu'est confié le salut de l'Enfance, et, plus que qui que ce soit , ils sont capables de découvrir ce qui , le moins du monlSè , pourrait offrir quelque danger dans les publications destinées spécialement ù la Jeunesse chrétienne.

Aassi tous les ouvrages composant la Blbllotbéqoe morale 4e la dleonewie sont-ils revus et approuvés par un Comité d'Ecclésiastiques nommé à cet effet par Monseigneur l'Archevêque BB Rouen. C'est assez dire que les écoles et les familles chrétiennes trouveront dans notre collection toutes les garanties désirables , et que nous ferons tout pour justifier et accroître la confiance dont elle est déjà l'objet.

là METiHE ilCBHL

« La Bretagne était une région solitaire» triste » orageuse, enydoppée de broaillards ^ retentissant du bruit des vents » et do0t les côtes, hérissées de rochers, étaient battues d*un Océan sauvage. >

Ainsi s'exprime l'auteur de Velléda , l'illustre Chateaubriaui! , ea parlant de la presqu'île armoricaine, ce pays au sol ipre et noir, couvert de forêts aussi vieilles que le monde , de vastes landes et d'arides bruyères ; coupé par des fleuves sans noms , des ravins profonds et des marais immenses; bordé par des récifs sauvages ; habité par une race belliqueuse , barbare et indomptable.

Armorique veut dire côtes de la mer. On désigna d'abord sous ce nom les pays baignés par l'Océan ; cette dénomination s'appliqua ensuite d'une manière toute particulière à la pointe nord-ouest de la Gaule, c'est-à-dire à la Bretagne continentale.

Suivant Legonidec» Breton» Bretoun» ou mieux Breyzad, Tient de triM, peint de diverses couleurs. En effet, les Armoricains, comme tous les sauvages» étaient dans Thabilude de se peindre le corps.

I^s premiers habitaptji d^ j^otr^ ArniQrique furent des hordes de chasseurs et de pasteurs se tatouant le visage et relevant leurs cheveux en touffes sur le sommet de la tête. De race gauloise, ils étaient sans doute venus de TOrient, ce berceau du genre humain, à une époque qui remonte au delà des temps historiques. Ces mêmes Gaulois, frères de nos Armoricains, peuplèrent Tlle de la Grande-Bretagne, la vieille Albion.

Telle est l'origine que Iw plus s^ges historiens donnent au peuple breton. Si maintenant nos jeunes lecteurs veulent savoir les opinions de bien des chroniqueurs, ûers de faire remonter leurs aïeux à une haute antiquité, nous leur dirons avec quelquesuns que Noé débarqua de Tarche sur les bords de la Loire et que Tun de ses fils peupla la Bretagne; avec d'autres, nous leur présenterons une généalogie de ducs, de comtes, de rois et de chefs, qui remonte en ligne droite et sans interruption jusqu'à Adam ; avec d'autres encore , nous pourrons assurer qu'Hercule » revenant d'Afrique, où il avait séparé Calpé et Abila d'un coup de sa main , passa par la Gaule , où il épousa Celto ; qu'il en eut un fils appelé Celte , du nom de sa mère , et qui fut père des Bretons.

Il est inutile de nous arrêter à ces ridicules prétentions dont on reconnaît assez l'absurdité. La Bretagne ancienne s'ouvre devant nous avec ses forêts vierges, ses lacs profonds, ses huttes sauvages, ses oppida gaulois, son peuple de héros.

Rien ne saurait égaler la simplicité des premiers Bretons de la vieille Armorique : < une racine pour nourriture, de Tean

LA BRETAGNE ANCIENNE. d

pour breuvage, un arbre pour maison.... > Ignorant la culture, rindustrie , le commerce , peu soucieux d'abord des richesses qu'ils ne connaissaient point, ils vivaient dans une heureuse innocence à l'ombre de leurs chênes séculaires. Mais bientôt ils partagèrent le sort des tribus sauvages qui avaient peuplé la Gaule; de nouvelles hordes barbares fondirent des régions asiatiques jusqu'aux extrémités de l'Europe. Attachés au sol

qu'avaient choisi leurs pères et qui les avait vus naître, les Ar-

moricains trouvèrent dans cet amour pour la patrie une ardeur belliqueuse qui les rendit indomptables ; armés de haches et de couteaux de pierre , lançant des flèches terribles terminées par des cailloux pointus, ils combattaient presque nus avec une fé^ rocité indicible, comptaient, après la victoire, les tètes des ennemis immolés, conservaient avec soin ces hideux trophées , les montraient avec enthousiasme à leurs enfants et Tes leur léguaient en héritage.

La guerre apporta dans l'Armorique les idées premières de la civilisation : les Bretons bûtirent des huttes de terre et de bois derrière des murs de feuillage qu'ils savaient rendre impénétrables en reployant les branches ; puis, ces huttes d'abord éparses , Ils les réunirent en groupe , les disposèrent sur des lignes parallèles comme des ruches d'abeilles ; de là ces humbles villages qui devinrent plus tard Rennes , Vannes, Nantes, etc. Ces huttes étaient de forme ronde , couvertes d'une toiture conique en chaume ou en paHIe pétrie dans l'argile, recevant le jour par une porte basse et cintrée et par quelques meurtrières étroites, et laissant passage par un trou pratiqué dans le toit à la fumée de l'âtre.

Quelques chênes tombèrent alors sous la cognée, quelques landes furent défrichées à l'aide de la charrue à roues , invention de nos Bretons , et un sol inculte et aride produisit sous la

40 iifTiK>Mrcri6it.

marne » répandue avec profosion , des Ugnnes, de la vigae et des uratns.

Bientôt le peuple se couvrît do sayon de peau de béte ; Jes cbels revêtirent la braie nationale , la chemise d'étoffe rayée k mandies et descendant jusqu'aux cuisses, la ^ie ou casaque brodée d'or ou d'argent» et adoptèrent le long bouclier quadrangulaîre orné de Ogures de bétes fauves ou d'oiseaux^ la cotte en mailles de ter ; le sabre et le casque de métal représentant one gueule et surmonté de cornes de buffles, d'ailes ou de panaches.

D'où venaient ces rapides progrès dans la civiUsatien? C'est que les petites barques d'esier des premiers Bretons avaient disparu dans la Manche et l'Océan , et que ces mers qui baignent les rochers de notre Bretagne étaient sillonnées en tous ems par lAs grands navtres des Vénètes , ees puissants habitants de Vannes , qui rapportaient des contrées voisines des métaux , des pelleteries, des esclaves, etc.

La religion des Armoricains était «elle du peuple gaulois , e'est-ù<^re le druidisrae sacré , dont les dogmes fondamentaux nvaient été apportés d'Orient jusque dons les forêts vierges 4e Cornoaailles par Hu Gadarn, conducteur des Kymris en Rn* rope.

Cette religion était belle d'abord de simplicité et d'innocence* Elle enseignait un dieu tout-puissant, mais inconnu, au-dessus de tous les antres dieux , l'immortalité ^de l'Ame, et après la moit un së(jour invisible oi -l'on «retrouvait les|oieset le bonheur delà terre: naïve croyance qui inspirait «ouvetft anx veuves et aux orphelins de s'élancer au milieu des flammes qui dévoraient les restes inanimés d'un époux et d'un père»,..

Les prêtres , appelés druides , se disUiigvaat par quelques connaissances, surtout en astronomie et en médecine, et pro-

LA BRVTACNB ANCIENNE. ii

fltaiit de Tâscendaiit ^ue donne It; «avoir sur tes nasses ignorantes, s'étaftent tendus tes cflefs, les Jugés suprêmes de là nalion, les hÉterprètes dn ûien inconnu. Us se tlivisa^ent em trois ordres distincte : les ovates, les bardes et les druides pro» premënt dits. Aux druides était réservé le ministère le plus mbieet le plus saint: l'instmctioB de la Jeunesse » Injustice, les orales, les sacrifices, etc.; les bardes «célébraient sur ki rote les hauts feMs des guerriers ; les ovates s'adonnaient ù l'art de guérir avec des simples» tels que la sélage.» plante purgative > a^radiée avec la i&atn droite {Mssée sous le brjs gauche et enveloppée dans un linge <)ui ne servait qu'une fois ; 4a verveiife^ càeHlIe ara ra'jrôns de la lune pendant la catiicule, après wa sacrifice de fèves et de mîel ; le gui, panacée universelle, ^âcfoi les longues touffes jaunes ne tombaient qu'une fois l'année, M milieu ée^ chiints et des fmnu>kitions, «mis la fanollle d'or '4ù pontife, vêtu de blanc, etc.

Les temples du dieu inconnu étaient des cercles de pierre au tond des phi^ sombres forêts, iln grand menhir ou peulvan était à l'entrée; puis, se voyaient les dolmens ou tables de pierre. "Sur ces tables, sans dotite, la hache du 'grand prêtre immola Uen des fois les bœufs blancs en l'honneur de la divinité, et f)lQs'tard,iiélùs! fraj^a les victimes humaines que le^sort des nrmès dévouait au sacrifioe, «ntr'ouvrit <ces entrailles palpitantes oà des femmes éehevelées , inspirées par une épouvantable fureur et des invocations diafboliqoes, venaient lire les wesiroees 'i • • •

L€% druides obéissaient à Uh «bef souverain. Le premier^ Iles X;hefs avaient ^é'Ku Gadarn, dont la fiable «rerveilleus8'0st rapportée à peu près en ces termes par tous nos chroniqueurs Mretons:

M ttn •nvM pla^ sa 'demeure près d'«& 4ae krMMnse dont les

eaux élevées menaçaient incessamment la terre; toutefois de fortes digues la défendaient de l'inondation. Mais un castor, qui depui§ longtemps travaillait à percer les digues du lac , y par- -vint un jour, et les eaux couvrirent la face de la terre.

c Toute la race humaine périt, excepté Douyman et Douy^mech , sa femme , qui se sauvèrent dans un vaisseau sans voiles que la prévoyance de Hh ar-Bras avait préparé dès longtemps. Ce vaisseau portait un échantillon mâle et femelle de chaque espèce d'animaux.

c Mais la terre était enfoncée sous les eaux, et il fallait l'en retirer. Hu possédait deux bœufs superbes ; il leur commanda de s'atteler à la terre et de l'arracher à l'abîme. Les Ixeufs intelligents obéirent à leur maître et ramenèrent la terre à la surface du lac. Dans les efforts qu'ils firent pour combattre ceux du castor, qui s'efforçait de la retenir, l'un des bœufs de Hnar-Bras se donna tant de peine , que ses yeux sortirent de leur orbite et qu'il mourut aussitôt que l'opération fut terminée. Désolé de la perte de son compagnon, l'autre bœuf refusa toute nourriture et expira peu de temps après.

c Lorsque Hu Gadam eut préservé la matière animée d'une destruction complète , il devint le fondateur des cérémonies sacrées et des institutions civiles des hommes. 11 rassembla la race primitive, la forma en communautés eu familles et conduisit celles-ci dans les régions qu'elles devaient habiter.

c Hu, le chef suprême et tout-puissant, est monté sur un char composé des rayons du soleil. L'arc-en-ciel lui sert de ceinture, ses bœufs sont conduits dans l'Ëther par cinq génies; ils ont des harnais d'or et de flammes et sont attachés avec une chaîne d'or.

c Hu-ar-Bras est le dieu de la guerre, le vainqueur dès géants , le défenseur du sanctuaire , le soutien du laboureur. 11

prête au héros une partie de sa force, il inspire la patience dans les afflictions et la constance dans les travaux.

€ Hu-ar-Bras est poète et musicien ; on l'invoque sous le nom de père et sous celui de roi des bardes , élevé à la présidence dans le cercle de pierres qui représente le monde. C'est le régulateur des eaux; il est suivi d'une vache qui lui procure des bénédictions et considéré lui-même coinme un druide.

c Hu n'a pas été seul au monde; une femme, nommée Ked ou Céridguen, lui tenait compagnie ; il passait ses jours dans son domaine patrimonial de Penlenn , h l'extrémité du lac. »

Ne semble-t-il pas, répéterons-nous après un auteur moderne, ne semble-t-il pas que cette gracieuse légende est toute l'histoire du déluge? Cet homme, cette femme, seuls sauvés de la destruction universelle, ne sont-ils pas Noé et sa compagne ?

En mémoire du lac de Hu , les lacs et les sources étaient des lieux sacrés en Armorique. Nos bons Bretons déposaient à certains jours, sur la pierre sanctifiée près des fontaines, des vête-: ments de laine blanche et des vivres. Les bœufs étalent également en grande vénération.

Hu le puissant, ce premier des druides, était le médiateur entre les hommes et la divinité. En cette qualité, on lui rendait des hommages solennels. Céridguen avait droit aussi à des adorations. Des femmes, des vierges lui étaient consacrées. Pline rapporte que c ces vierges assistaient quelquefois à des sacrifices nocturnes , le corps ceint de noir, échevelées, dans dès transports frénétiques, une torche ardente à la main.... i C'était dans nie de Sein qu'elles célébraient leurs mystères.... Là, elles conjuraient les éléments; leur voix déchaînait et calmait les tempêtes.

La Bretagne continentale ^ appelée aussi Dumsomée , à cause

f4 INmODUCTION.

de ses inUMt d^rftat , de ploaib et de fer, et GomouaUlea ou Lydavie, était habUét par six tribus : les Redones ou ReiuiaU , les Diablintes , les CurioeoUles , les Occismieûs , les Naotais et les Vénëtes.

Tandis que cea six tribus, ayant chacune leur chef, tiern ou mac-tiern , élevaient leurs villes de hottes « leurs ofpida gaulois, Condate ou Rennes, Corseni, Occismor on Brest, Quimper, Vannes, Nantes, etc , et qu'elles les environnaient de tranchées comblées de fascines; tandis qu'elles s'emparaient des mers voisines et que leur commerce les rendait riches et puissantes, le nom d'un peuple conquérant retentissait dans tout le monde conno et jusque dans les roches noires de la vieille Armorique. Ce nom , c'était celui des Romains.

Ce fut 48 ans avant Jésus-Christ que Jules César asservit la Gaule. Les Bretons furent des derniers vaincus. La réputation du conquérant était telle, l'effroi que son nom seul répandait dans tous les cœurs était si grand, que l'apparition d'un«! légion romaine suffit pour amener la soumisaion de la Dumnomée.

Mais Jules César n'était pas sorti des Gaolea, que déjà l'étendard de la révolte était levé au milieu des vaillantes tribus delà Bretagne. Le héros romain accourut aussitôt et assiégea successivement toutes les cités des Vénètes. A peine la ville investie avait* ellesuccombé sous les efforts des vainqueurs, que les vaincus, se dérobant à leur vigilance , allaient s'enfermer dans une autre place aussi difficile à réduire. Enfin, la flotte romaine, commandée par Brutus, parut sur les côtes sauvages de l'Armorique. Les deux cents vaisseaux des Vénètes se rangèrent en bataille. L'action dura depuis la quatrième heure du jour ju:>qu'au coucher du soleil.... Lutte suprême d'un peuple qui combattait pour son indépendance et qui avait juré de vaincre ou d'ensevelir dans son propre sang la honte de sa défaite ! Les vieilles tribus

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de Goroouaillea snceombèrent sous les ccNips multipliés des cokorles mnaiiiet, et les éOma aanglaois de ces tribus expûrautes B'espérèreot plus que dans la elënence du vainqueur.... Miis le vainqueur, irrité de la longue résistance d'une fidhle nation contre les conquérants du monde, s'abandonna à Tinjustlce et i la cruauté. Vannes , qui la première avait jeté le cri d'alarme dans les ehatces de resclavage, vit ses principaux habitants vendus à l'encan et les autres traînés derrière le char de ses nouveaux maîtres.

luîes César se retira , laissant dans le cœur des Armoricains la rage et un désir ardent de vengeance Aussi ce peuple si fier se souleva-t-il toutes les fois qu'il en trouva l'occasion. Il s'unit aux révoltes de Vercingélorix, de Fiorus, de Sacrovir, de Vin* dex, du Bafave Civilis, des Bagaudes, derniers efforts de la Gaule terrassée contre ses oppresseurs I

Outre ces révoltes générales, l'Armorique, cette terre de liberté, eut aussi ses révoltes particulières Les Celtes de l'Ile de Bretagne, sortis de la Cornouailles à une époqae tout à fait inconnue et qui portaient aussi impatiemment le joug des empereurs, la venaient secourir; de même, les Vénètes et leurs voisins traversaient le détroit pour s'opposer aux empiétements des Romains sur les possessions de leurs frères et alliés. Il y avait entre ces deux peuples, enfants de la même contrée , issus de la même origine, communauté de souffrances, de haine pour les tyrans et d'amour de l'indépendance. Bientôt ils s'unirent plus étroitement encore. En 284 de l'ère chrétienne, plusieurs familles quittèrent l'Ile de Bretagne pour échapper aux Pietés et aux Scots qui ravageaient leur pays. Constance Chlore leur assigna des terres dans la proviucedes Curiosolites et des Vénètes. Nos Bretons les reçurent comme des frères. En 364 eut Heu une nouvelle émigration. Enfin, en 384 , Maxime, gouverneur de l'Ile

i6 UrTRODUCTlOM.

de Bretag^ne pour les Romains , se Ht proclamer empereur par ses légions, passa le détroit, entra dans les Gaules par la Ranee, petite rivière qui séparait les possessions des Curiosolites de celles des Diablintes, se rendît maître de TArmorique» marcha sous les murs de Paris, défit Gratien et le poursuivit jusqu'à Lyon.

Un prince d'Albanie. Conan Méria^lec, avait suivi Maxime avec ses troupes et avait favorisé la rébellion du nouvel empereur. Pour le récompenser dignement, Maxime lui donna l'Armorique, où Conan s'établit avec les siens et qu'il gouverna au nom des Romains.

Les anciens chroniqueurs racontent que Mériadec, en touchant la terre de Bretagne , aperçut des hermines qui se réfugièrent sous son bouclier, et que, frappé de ce présage qu'il jugea favorable , il fit peindre un de ces petits animaux sur ce bouclier même avec celte inscription : Malo mori quàm fœdari (mieux vaut la mort qu'une souillure) !...

On sait qu'au iv* siècle il n'était point question encore d'armoiries ni de devises, puisque ces usages ne datent que de l'époque des croisades. Longtemps après cependant, les ducs de Bretagne ont adopté pour armes les queues d'hermines sans nombre, avec les mots sublimes attribués h Conan.

Quelques années ne s'étaient pas écoulées, que Maxime succombait ù Aquilée sous les coups de Théodose, qui lui arrachait en même temps la couronne et la vie. Les Armoricains chassèrent alors les magistrats romains, et Conan devint pentiern ou roi suprême de la confédération bretonne. Exupériantus, préfet des Gaules, essaya en vain de la réduire. Tout ce qu'il put obtenir fut un traité d'alliance.

Conan eut la gloire d'anéantir le druidisme dans les épaisses forêts où les Romains ravalent réduit à se cacher. Ce fut alors

LA BRBTAGMt ANCIENNE. f7

que Faîtière Bretagne courba son iront derant le cractfié du Golgotha et accueillit avec bonheur, avec amour, avec enthou* siasme» une religion qui lui révélait le Utea inconnu et qui n'approuvait pas l'esclavage. Son premier apôtre fut le grand saint Clair, qui vint de Rome < armé de la bénédiction du papa et du clou qui avait percé le bras droit de saint Pierre; » se» premiers martyrs , les glorieux Ilogatien et Donatien , deuat frères qui c furent élevés sur le cbevalet, fouettés en public , conduits hors de la ville, percés d'une lance de guerre et décapités. »

Dirons*nous cette myriade de dragons que nos bons légendaires bretons placent à la suite de leurs premiers apdtres pour représenter, sans doute , les efforts désespérés du paganisme expirant? Nommerons-nous celui de l'Êlorn, qui, au dire du naïf Albert le Grand, c étoit long de cinq toises, gros par le corps comme un cheval, avoit la tète faite comme un coq, la gueule si grande, que d'un seul morceau il avaloit une brebis; la vue si pernicieuse, que de son seul regard il tuolt les hommes? > Quand il sortait de sa tanière, il dévorait tout t hommes et bétes. Le roi Brlstokus ordonna que tous les same* dis on jetât le sort, et celui qui était désigné devenait la proie de l'effrayant animal.... Ce dragon formidable, vaincu parle signe de la croix, fut conduit par saint Riok, alors enfant, qui le tenait par une écharpe, dans toute la Bretagne, voire à Brest, et nof é dans la mer.

Ce même saint Riok passa quarante et un ans dans un rocher sauvage battu des flots de l'Océan , c se substantant d'herbes et de petits poissons, vêtu d'une simple soutane, laquelle s'étant usée par la longueur du temps. Dieu lui couvrit le corps d'une certaine mousse roussAtre , > rapporte 1^ chronique»

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« ds tUre de ^raad roi. D aiail es wmt ■eiafWTWf postérité :

^pwue o« dix-«fil de ses i«fMli ffarcat ê f <q» e s es Haade ;

€« en cowfte jaai|H'& liB^tHjsatfe astres qsi seraiest Borts

Icsr pire , psisqsH est posr sscccssesr um petH-^ls

Cetiî m projet de ■arb^ e àm prcaier roi (TArsoriqse fsi a dosaé fies à la fatsw Ifgfit de aiate Urssle et des II^QODfîcTS^ss. Le chef brelos ctastiesf, dit cette lefpnide» aissi qae la pCspart de ses covpagsoss. esmya des aessafersàDiosDte, roi de Tkiaofaate, avec sse lettre cosfse es ces

& DiosDte, csBsematesr des Bre-

Je te Masde saist, et rcxpose qse la terre de la BoisJre os je rèsse possède air scteia^ cfcaaps firsctîfinrés» belles forêts» easx et poJwoss, chasse plastsresse et terre & labosr. !f^ a dc€iBt ■ijalfsisl» fors de sexe le* m posr les Bo!»le$ — Fo s rqso T yje te prie qoets ne ^résilles dosaer es aHiasee «Se sacre aarv^e, tk i!le Urssle ^ k laqsefle je désire être éposx, et rfse ts posnores «es astres coaps* gsoss; <!!ar th refisiest de s^scir asx Galloises de Baâos pi^s iss^se et fyif>raat e de solre lasg^j^. ^

DioBOle, r««pn de joie, décida sa fille a doeser sa wêxo as wa^ewnnx chef des Bretoos docostisest, et bjmseprîecescàe, € pareede fiftesscsls de soie, dejo^Bxd*or, de fermasx^ de fMBSMs et de saphirs, coaae fl cos i e sji t à sasaèsasce, s* Icwryunposr rimorâgse aiec 11,000 lierres breUesyses

pagnes.... Un grand nombre de dames bretonnes les accompagnaient pour aller rejoindre leurs maris, dit le père Legrand , et un grand nombre de filles du peuple les suivaient, ajoute encore un naïf légendaire.

Or, une horrible tempête les accueillit dans la traversée. Les filles du peuple périrent. Les jeunes Bret tes nobles furent poussées par les vents sur les côtes germaniques et vinrent échouer à l-embouchure du Rhin. Elles n'avaient échappé aux vagues d'un Océan irrité que pour tomber sous le fer meurtrier des barbares. On leur offrit d'abord la vie, il est vrai ; mais cette vie, il la fallait passer dans les bras d'époux indignes, à l'ombre des autels profanes. Les Brettes, fidèles à leur Dieu et à la foi jurée, se laissèrent massacrer par les barbares et montrèrent depuis leur amour pour la terre de Bretagne en veillant sur elle du haut des cieux, ainsi que le témoignent cent récits populaires.

Quelque temps après , Conan épousa Daréréa, sœur de saint Patrice, apôtre de l'Irlande.

Depuis Conan Mériadec jusqu'à Alain Barbetorte, c'est-àdire depuis le commencement du v* siècle jusqu'au x*, l'Armorique fut gouvernée par des rois et défendit constamment son indépendance contre les barbares et contre les Francs, qui, sortis des forêts vierges de la Germanie, vinrent asseoir leur camp sur les rives de la Seine en portant sur le pavois sacré leurs rois chevelus.

Ce fut à l'époque où la fière Dumnomée, donnée par Maxime au prince d'Albanie , échappait, sous cet usurpateur, au joug détesté des Romains; ce fut à l'époque où Conan s'intitulait roi de la Petite-Bretagne que commencèrent les migrations des futurs maîtres de la Gaule; sous Pharamond, ils passèrent le Rhin; sons Clodion, ils s'avancèrent jusqu'à la Somme;

SOUS Mérovée, ils conquirent tout le nord-est de la contrée.

Déjà les Bourguignons» maîtres de l'Est, et les Visigoths, du Midi , avaient forcé les Romains à se retirer au centre, lorsqu'un immense cri de guerre, poussé par une horde de sauvages à demi nus, au hideux visage , retentit des plaines de la grande Tartarie jusque dans les murs d'Orléans.

Le roi des rois, le fléau de Dieu, le superbe et féroce Attila passe le Rbin sur les glaces de 451, à la tète de 600,000 guerriers ; rêvant la conquête de l'antique terre des druides , il s'avance, nouveau César, en vainqueur orgueilleux. Mais les Romains, les Visigoths, les Bourguignons, les Francs, nos braves Bretons l'attendent sur les rives de la Marne , près de Châlons, et, après un Jour de combat, forcent à la retraite le roi des Huns, frémissant de rage.

Les différents peuples des Gaules, oubliant leurs querelles particulières, s'étaient réunis pour conjurer le danger commun. A peine ce danger fut-il passé, que chacun d'eux songea à reculer les bornes de ses possessions^

La journée de Chàlons-sur-Marne avait assuré pour des siècles la gloire du nom mérovingien et jeté dans tous les cœurs la crainte des rois chevelus.... Bientôt Clovis, jeune adolescent de seize ans, monta sur le pavois où avait été élevé son père Childéric, et traversa le camp de ses braves en jetant au loin un regard de conquérant. Ce regard, qui s'abaissait des hauteurs du Nord jusqu'au pied des Pyrénées, s'arrêta aussi sur notre Bretagne; et en 497, alors que le grand Clovis avait anéanti à Soissons le nom romain dans la Gaule , alors qu'il était tout couvert des palmes de la victoire cueillies dans les champs de Tolbiac , il oublia la modération et la justice que commande le Dieuque lui avait enseigné saint Reou, et il entra dans les terres

LA BRCTAGNE AlfCIENNE. SI

armoricatnes en ftemant sôos ses pas b rufiae , Tîncefidie , le pTHage et la mort. Mais il ignoraTt qo'an i^lorieini Bis d'Audren » llnfatigableBudic , roi 'des Bretons da continent , avait déjà fait sentir la Torce de son tiras au grand Ckillon, qui, à la tête d'une tribu barbare, avait ravagé les c&tes méridionales de son royaume; il ignorait aussi que si te Dieu de Clotilde s'était incline i sa prière dans les plaines de la Thurrnge , ce même Dieu avait aussi montré une protection toute particulière an prince breton. En effet, quelques années auparavant, Nantes la Rrette était assiégée depuis soixante jours par ce Ghillon que nous venons de nommer. Vers le milieu de la nuit, on avait tout à coup vu sortir de la basilique de Saint-Donatien-et-Saint-Rogatien des hommes vétns de blanc et portant des cierges allnmés ; une autre procession avait qottté la cathédrale dans le même appareil et était venue à la rencontre de la première. Toutes deux s'étaient saluées et avaient disparu. L^mpre Chillon, frappé de terreur, avait levé le siège*, et la ville avait été sauvée par l'intercession des saints martyrs , au dire de Grégoire de Tours.

L^iflustre chef franc reconnut bientôt qn^uœ guerre de pillage ne le conduirait jamais à une conquête 'sérieuse. Il attaqua donc l'Annmique avec toutes ses forces, mais 11 ne la soumit pas.... La voie des négociations amena un traité d'alliance entre les Bretons et les Francs, adorateurs du m^m^ Diefu; ces deux natiDirs, égahemtent jalouses de lenrlfberté, posèrent leurs limites territoriales, limites qui furent pendant plusieurs siècles la cause de qnerdies sanglantes.

Brm xpxe nous n^ayons pas l'intention d'étudier ici l^i^oire des rois bretons, nous ne pouvons passer sous silence le nom An successeur ute Bmlic , le célèbre Ho^l leGratkd, chevalier de la Table ronde et compagnon de cet illustre Artliur dont le sou-

Tenir fait encore tressaillir lesw deux Bretagne. Arthur, fils d'Ulher, pendragon, avait vu le jour, rapporte la légende, sur un champ de bataille; il avait été allaité dans un heaume et bercé dans un bouclier. Appelé au trône de la Grande Bretagne par la mort de son père, Arthur, tout jeune encore, implora le secours de son cousin, roi de la Petite-Bretagne. Hoél vola dans rile, combattit aux côtés d'Arthur et raffermit sur sa tête la couronne chancelante. Ce (ut alors que les deux guerriers portèrent au loin leurs armes triomphantes et obtinrent ces victoires innombrables et merveilleuses dont le récit appartient plus à la table qu'à l'histoire.

Dans ce temps , vivait le lameux Merlin, né dans notre Armorique. Il avait, disait-on, le diable pour père, et pour mère la fille d'un roi de Bemicie. Le démon avait initié son fils à tous les secrets de la nature et de l'avenir, dans l'espoir qu'il renverserait un jour la religion chrétienne. Mais le barde, vaincu par les discours de saint Colomban, avait abjuré ses erreurs, lavé son firont dans les eaux saintes du baptême, et il ne se servait de sa science que pour la gloire de Dieu. Toujours près d'Arthur, il dirigeait ses actions et le conduisait de triomphe en triomphe. Ce fut d'après les conseils de Merlin que les rois des deux Bi«tagne s*assirent avec leurs preux à cette célèbre t;ibie ronde que le prophète avait préparée à Cramelot. Tous y déposèrent leurs armures, que saint Colomban vînt bénir, et tous jurèrent de se défendre mutuellement à la vie et à la mort.

Après mille et «in combats singuliers , les chevaliers se réunirent pour une fêle splendide au palais de Windsor. On chercha Merlin pour lai faire partager une gloire dont on lui était rede- \^bte ; mais ce fut en vain qae les preux d'Arthur parcoururent les deux BreU^g^e, le prophète avait disparu.... Enfin, on en-

tendit récho de sa voix dans la forêt armoricaine de Brocéliande, et l'on sut que le barde, trahi par la belle Viviane» y reposait à jamais dans un lieu nommé depuis le Val-sans-Retour ou la vallée des Pleurs. Ses prédictions sont vénérées dans toute la Bretagne.... Parfois son ombre errante apparaît encore aux bons Bretons soucieux de l'avenir.

Quelque temps après la disparition de Merlin , Arthur» blessé dans un combat 9 fut transporté par les génies dans Tile invi« sible d'Avallon. Ses preux pleurèrent sou absence, mais non sa mort; car le prophète avait dit que le grand guerrier ne mourrait pas. Telle est du moins la vieille légende de ces contrées.

Hoél revint dans son Armorique, où il se distingua par sa justice et sa piété.

Une nouvelle guerre éclata en 560 entre les Francs et les Bretons, sous le règne de l'indigne Canao, meurtrier de ses quatre frères, usurpateur du trône, et qui, irrité de l'hospitalité que son neveu Judicaêl , légitime roi breton , avait trouvée à la cour des Francs, soutint Chramne contre son père Clotaire. L'usurpateur et le fils rebelle furent vaincus. Le premier trouva la mort dans le combat ; le second fut enfermé dans une chaumière avec sa femme et ses enfants et dévoré par les flammes qu'avait allumées un père trop cruel.

Pendant les deux siècles suivants, l'histoire de Bretagne n'est plus qu'un véritable chaos. Si nous soulevons un instant le voile épais jeté sur ces temps de barbarie et de crimes, nos regards se perdent dans d'affreuses ténèbres, dissipées seulement par l'incendie des guerres civiles. A cette lumière horrible, nous pouvons distinguer les noms des Maclian, des Alain, des Hoél, des Salomon, etc., qui se pressent confusément dans les aiinalés et les traditions bretonnes, sans vertu comme sans véritable gloire.

94 nmoDiTcnoN.

Dn 768, le iDaire usurpateur Pépin laissa» par sa mort, le trtee des Francs à un béros, l'illiistre Charlemagne , qui porta jusqu'à l'Élire et jusqu'au Danute ses armes triomphantes. Maître de la Gaule, d'une partie de l'Espagne, de Tltalie et de l'Allemagne , le grand roi s'étonna que le petit peuple breton restât seul débouta l'extrémité de son vaste empire. « Va, ditil à Andnlpbe en étendant ta main du côté de la Bretagne , va soumeittre cette nation insolente et orgueilleuse. » Andulplie partit.... 11 repoussa tes Armoricains jusqu'à l'Océan, ruina leurs villes, rasa leurs forteresses. Mais à peine eut-il quitté la Dumnomée , que les vaincm rëfus^ent de nouveau le tribut. Par Tordre de Cbarlemagne , le comte Guido traversa la contrée rebelle avec le fer et le feu ; il ravagea tout , traina & sa suite les princes enchaînés et les cfbPgea à jurer fidélité au glorieux roi des FraDos.yai»econquéie,'vainepromesse!En81i, l'indomptable Bretagne se releva plus terrible que Jamais.... L'empereur irrité lança contre elle «on armée fomifidable , chargée d'anéantir tout ce qui résisterait. Alors le cbéue séculaire tomba sous la hache desFrancs, la croix des abbayes fift brisée par leurlourd cimeterre ; les églises mêmes ne furent pas respectées, et le sang des soldats^, des jRemmeS) des vieillards, des enfants, rougit le sol de la fière Dumnomée.

« Encore une vlctoh'e pareille , s'écria le César franc , encore une victoire pareille, et je n'aurai plus de guerriers! •

£n 814, Charlemagne mourut dans sa ville aimée d'Aix-la- OhapeJle , et les Bretons chantèrent tout bas sur son cercueil le cantique de la délivrance. Et poni^tant le joug imposé était si léger, que le grand roi , en réglant le gouvernement tfe «en vaste empire, Tfavaît pas «éme songé à la Bretagne.

LA BRETAGNE i^CIBNNE. €5

fin SI6, la rérolle s'organisa sons tes ordres du féroce Morgan y seigneur de Léon , éhi roi de toute la Bretagne. Lavis le Débonnaire» suooesseur de Gharlemagne» envoya l'abbé Witdrar pour engager les rebelles à l'obéissance. •« Bis à ton maître qne )e ne coHlve point sa terre et que je ne veux point de ses lois » répondu le'chrf armoricain ; qu'il règne snr tes Francs , Morvan régnera sur les Bretons, i Louis, irrité, se mrt^en personne à la létedeses armées et envahit netre Br^gne. Morvan, trop faible pour l'attaquer en pleine campagne , se «acha dans tes bdis, lui dressa des embûches et chercha milte fois à se mesiorer avec te Débonnaire. Mais un Prasic, Coslus, i lui planta sa francisque 4mk te crâne , et llâme royale s'envola avec un dernier soupir. I

Louis donna te gowemement de Vannes à Noménoé et se retira. Bientôt Viomarch y élu roi parles Bretons, déploya l'étendard de la révolte. Après une nouvelle conquête, l'empereur confia lasouveraineté de toute la Bretagne i Noménoé avec ie titre de Iteutenant général.

Noménoé s'attacha à gagner te cœur des Bretons et , nouveau Goaaa, se montra soumis tant que vécut son bienfaiteur. Mais à peine te fils en grand roi ent-il fermé tes yeux, qu'il se déclara indépendant. En vain Chartes le Chauve voulut-41 le forc^ à 1>- Missanoe; la fameuse victoire «de Ballon, remportée par Noménoé , rendit les Bretons redoutables aux Francs eux*mémes e4 acquit à teur valeurenx chef «ne gloire immortelle. Moins hoareux contre tes Nomnmds, peupte de la Snède , de la Nonv^ége et du Danemark, 11 perdit contre eux plusteors batailles. Enfin , tes ayant chassés à prix d'or, étant pour toiqours affranchi de la domination de l'empereur, H prK le titre de roi et voulut que la religion omsaerât «a nouvelle dignité. Leséwftqttes de Vtfnnes^ de ig«faBper, de Dol etde Léon ref urtig u t l^ndtion sainte ft Tu-

16 llfTRODUCnON.

ftorpateur, etl'usurpateur leur montra qae, poarloi, le droit résidait dans la force, en les faisant dégrader et chasser de leurs sièges épiscopauXy sur une accusation de simonie portée contre eux par le moine Gouwoion. Alors il reçut l'onction qui consacre les rois et répondit à une menace d'excommunication en portant ses armes dans le Maine et l'Anjou, c Ma's il fut frappé , dit la légende, par le bâton vengeur de saint Maurille, et le saint l'obligea à rendre son âme ù Satan i au moment où il allait peut*étre conquérir la moitié de la France.

Érisopoé, digne successeur de Noménoé, triompha aussi de Charles le Chauve, qui lui conûrma les conquêtes du dernier roi, mais exigea de lui serment de fidélité pour quelques-uns de ses nouveaux domaines relevant de la couronne de France. Érisopoé mourut, après un règne de six ans, massacré au pied des autels par son neveu Salomon.

Le règne de Salomon III, commencé par un crime, eut cependant quelque gloire. Le meurtrier échappa par des victoires à l'empereur Charles le Chauve , qui voulait venger l'assassinat d'Érisopoé et qui ,contrainl par la force des armes bretonnes, reconnut le coupable pour légitime héritier de TArmorique. Mais il est au ciel un vengeur tout-puissant de l'innocence, il est un Dieu qui recueille les gouttes de sang qui souillent les mains de l'assassin, et co Dieu fait bien sou^entsentirau criminel, même dès ce monde, et quelquefois au milieu de la gloire et des honneui*s , de la puissance et des richesses, les coups de son inexorable justice ; il sait mettre au cœur du coupable un ver qui le ronge et le tue : ce ver mystérieux, c'est le remords. Salomon en fut dévoré sous l'éclat de sa brillante couronne. 11 crut apaiser le courroux céleste pir des c bagatelles • offertes aux saints apôtres dans l'église de Rome : une statue d'or de grandeur natarelle et enrichie de pierreries , une couronne ornée de pierres

LA BRETAGIŒ ANCIENNE. 27

précieuses , un mulet sellé et bridé pour le pape , trente pièces de drap, trente chemises, trente peaux de cerfs., trente paires de souliers, pour les domestiques du saint-père, et une offrande de 300 sols, en suppliant le successeur de saint Pierre de se souvenir des deux deniers donnés par la veuve dans le temple de Jérusalem.

Après sept ans de règne, fatigué de plus en plus du poid de la couronne, pressé par le besoin de se réconcilier avec l'Église et avec lui-même, il allait abdiquer en faveur de son fils, lorsqu'une vaste conspiration, ourdie par son propre gendre Pasquiten et par Gurvand, époux de la fille d'Érisopoé, le précipita du trône. < Ceux qui se serviront de l'épée périront par Tépée,» avait dit le Sauveur du monde.... Le meurtrier souffrit le même supplice qu'il avait fait subir à sa victime ; il fut poignardé par les rebelles dans le sanctuaire de Saint-Sauveur du Pléban.

Les légendaires placent Salomon III au rang des saints, c Son âme benoiste s'envola au ciel, disent-ils, et les assassinateurs s'étant retirés , les moyncs recueillirent les corps du roy et du prince son fils, lesquels ils ensevelirent dans leur église. »

Il est impossible que saint Salomon soit le meurtrier d'Érisopoé. Les honneurs de la canonisation, selon quelques historiens, auraient été décernés à Salomon I«% tué aussi dans une église.

Après Salomon III, la Bretagne tomba dans l'anarchie; et les Normands, qui, depuis le règne de Noménoé, avaient renouvelé leurs attaques à certains intervalles, l'envahirent de nouveau. Charles le Chauve déclara que l'Armorîque, qu'il avait été forcé de céder à Noménoé , était réunie ù la France. Néanmoins , Pasquiten et Gurvand se la partagèrent : le premier devint cx)mte de Vannes, etie gendre d'Érisopoé, comte de Rennes.

tes nowrt2m fomreraros de notre Kretagiie se loat bientAI ime guerre eroélle. Pasqolleii appelle les normands i son aide dt ravage b Tille de Rennes. I^onrand le repousse gloriensement. Trois ans après, ce dernier tombe dangereusement malade. Pasqnlten croH le moment Tena de triomplier facilement de son adTersaire, il reparaît dcTant Rennes. < Arborez mon drapeau , él nos ennemis prendrcml la fatle , * s'éorie le comte avec douleur. Affligé de Thésltation de ses fidèles , H rent se te?er et retombe expirant, c Alors y voyant qu*îl ne peut aller ni à pied , ni à tAieval , n ressaisit son âme presque échappée de son corps et se hit porter sur son fit devant le champ tie batafflle. > Animés par Ta vue de leur chef, encouragés par ses tlernlères paroles , ses soldats font des prodiges de valeur. Le comté de Rennes est une fols encore délitré; mais bientôt, bêlas! les chants de Joie , tes cris Se triomphe et de victoire sont changés en hymnes de douleur et de mort ! Épuisé par tant d'efforts, Pin- Ibrtuné Gurvand expire sur le champ d'honneur dans les bras de ses fidèles. Peu après, Pasquiten périt sous le fer assassin de Mthes ennemis.

La Bretagne reftombe dans Tanarchie. Alain , frère de Pasqnlten , héritier du comté de Tannes ; ]udtoaél , fils de Gurvand, comte de Rennes ; les comtes de Léon et de Ga^, fils 4es anciens rois, et les comtes de Cornouailles et dePoher, se disputent l'autorité souveraine.

An milieu de ces désardi*es reparaissent les terribles hommes du Nord, conduits par RoHonle flarcheur. Nantes tembe en leur pouvoir et est pillée et dévastée. Judicaël et Alain reconnaissent que la division causera leur perte ; ils unissent donc leurs forces coYftre Pennemi commun. Le premier lesl)at à Traot et s^nsevelit dans son triomphe; le second , ttyant 1a!t vœu de consacrer ù Dieu et à t monseigneur saint Pierre , la dhne des dé-

pouilles des Normands , les attaque à Questembert et en mas* sacre 1,500 dans la même journée. Cette éclatante victoire vaut à Alain le surnom de Grand et le titre de roi de Bretagne.

Alain répara la ville de Nantes, gouverna avec sagesse et bonté y visitant lui-même le pauvre peuple. 11 mourut en 907 c comblé de gloire et de mérites. >

Après Alain-ar-Bras, s'écroula le trône de Bretagne; les fils du grand roi n'avaient peut-être ni Tambition ni le génie de leur père. Le royaume fut livré de nouveau à toutes les horreurs de l'anarchie. Les Normands accoururent; ayant appris qu'Alain le Grand avait laissé la couronne à ses enfants, ils voulaient voir c de quelle aire sortaient ces niais oiseaux. » lis dévastèrent toute la contrée. La vieille Armorique vit alors fuir tous SCS habitants; les malheureux Bretons du continent allèrent demander à ceux de l'Angleterre une hospitalité qu'ils avaient autrefois donnée à leurs ancêtres persécutés.

Ce fut vers ce temps que Charles le Simple signa avec le fameux RoUon le traité de Saint-Clair-sur-Epte , traité par lequel il lui accordait sa fille Gisèle en mariage et pour dot laNeustrie» qui, de ses nouveaux maîtres, prit le nom de Normandie.

Nous avons vu que les rois de Bretagne rendaient aux rois de France un hommage simple pour des terres du pays d'Avranches et de Cotentin cédées par Charles le Chauve à Erisopoé. Charles le Simple donna aussi à Rolion la suzeraineté sur la Bretagne. Telle est, dit l'un de nos historiens modernes, telle est l'origine de l'hommage que les ducs bretons rendaient aux ducs normands, hommage qui (ut la cause de tant de guerres sanglantes.

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