LB6 DUCS DE
phin enirât dons la eapItoJe breigle comme duc et seîgaeur de Bretagne en jurant de maintenir les droits, libertés et privilèges de kl province et en pronoiiçaDt la réunion perpétuelle du ducbé à kl couronne de France.
Quelque temps après, le daii|)bin Francis {rappaît à Ut porte Mordelaise et s'asseyait sur ce même trône ou b^.* missaienl encore les ombres de Barbetorte et de Jean de Montfort!...
Les Bretons, voyant la bienveillance et la douceur de leur nouveau souverain, s'imaginèrent pres(}ue que rien n'était changé... Mais en i5â6, le malheureux François, obligé de suivre son père en lialîe, expira it Lyon, empoisonné peutêtre par Catherine de liédicis, épouse du second fils du roi et de Madame Claude» ou par Montécuculli, commissaire de Charlesttumt.
< Haori de Valois hérita du titre de duc de Bretagne et do celui de Dauphin, et, eu 1547, en ceignant son front de Isi couronne des lis, il réunit ces deux titres sous celui de roi de France.
C'en était fait., le sceptre des Montfort et des Valois n'était plus qu'un seul sceptre, l'union était consommée, et, après douze cents ans d'indépendance et un demi*slècle d'agonie, laBretagne n'élaitplus!...
lam Iiîgae en Bretagne. — lam Hévolntion de 17S9.
Sous les derniers Valois , un seul mais sinistre événement s'accomplit dans notre Bretagne toute pieuse, toute couverte enoore d'églises et de monastères , toute parsemée de croix et 4'images de saints : la prétendue réforme» avec les erreurs de Luther et de Calvin, s'y introduisit, apportée par d'Andelot, frère de l'amiral de Coligny, neveu du connétable de Montmorenci et gendre du dernier seigneur de Rieux. Il fut secondé par la vicomtesse de Rohan , sœur du roi de Navarre ; et le cfaiteau de Blain devint bientôt le centre des prédications et l'asile des réformés. Là se rendaient en foule les gentilsbonunes de toute la province. Que nos jeunes lecteurs remarquent ce mot: les gentilshommes.... Les gentilshommes embrassaient la réforme, parce que la réforme leur promettait c ui gouvernement à principautés fédérales i, une sorte de nouvelle fiéo* dalité, et, à cette condition, ils se levaient en masse , abjurant les saintes croyances des aïeux , croyances consacrées par des
siècles, mais que Tamour des honneurs, la soif des richesses faisaient sacrifier comme un songe delà veille, et juraient de propager et do défendre une religion dont la plupart se souciaient fort peu.
Le peuple resta attaché à sa foi jusqu'à ce que Tintolérancc, la persécution brùlût ses saintes images, brisât ses croix et violât ses tabernacles; alors , par crainte, il se laissa aller au torrent, et, d'abord indifférent, il devint fanatique.
Dès i569, on comptait vingt-huit temples protestants aux pays de Nantes et de Rennes C'était dans les grandes villes que le calvinisme faisait de plus rapides progrès, parce que c'était lu que la noblesse avait besoin de gagner les esprits, aûn de les soulever au moment favorable. Les plus honteux désordres déshonorèrent la Bretagne comme ils déshonoraient Paris , la Saint-Barlhélemy exceptée. Rennes et Nantes eurent leurs assemblées nocturnes et secrètes, leurs prédications séditieuses, leurs émeutes sanglantes. Et les catholiques irrités par les provocations , les menaces et les excès des réformés, se portèrent , eu:: aussi , ;\ de coupables représailles.
C'était pour dominer, nous l'avons remarqué déjà, qu'un grand nombre de seigneurs avaient embrassé la réforme; ce fut pour dominer aussi que plusieurs autres entreprirent de défendre la foi attaquée par les erreurs de Luther et de Calvin. Au rang de ces défenseurs intéressés, on peut mettre les Guises, qui ne formèrent la sainte union, dont le but avoué était d'empêcher la réforme d'arriver au trône, mais dont fa fin véritable était l'ambition , que pour s'emparer d'une couronne qu'ils convoitaient. Bossuet lui-même nous dit : < La Ligue ne fut wne afîiiire de religion que pour le peuple abusé ; pour les Guises, ses chefs ambitieux, elle fut une odieuse révolte colorée du beau nom de la religion, qui leur était trèsindifférente. 1
Lié aux Guises par l'intérêt et par le sang, le gouverneur dé
Là ligue en URETAGNE. " LA RÉVOLUTION. 331
Bretagne, Philippe-Emmanuel de Lorraine , duc de Mercœur et de Penthièvrc , organisa la Ligue dans sa province en mémo temps que les Guises Torganisaient ù Paris, c'est-à-dire aussitôt après que la mort du duc d'Alençon, frère du roi, eut donné au Béarnais le titre de premier prince du sang et d'héritier présomptif ae la couronne de France.
La Ligue eut en Bretagne un caractère plus sérieux peut-être que dans toutes les autres provinces françaises, parce qu'eîle mêla à l'horreur de reconnaître un prince calviniste de vieux souvenirs de cette indépendance qu'avait 5 jamais enchaînée le contrat de la duchesse Anne. Pour nos fiers Armoricains , le dernier héritier de François II était le dernier des Valois. L'acte de réunion de i532 n'élait point tellement consacré, qu'ils n'espérassent encore relever le trône ducal. Le duc de Mercœur présenta sa femme Marie de Luxembourg, duchesse d'Étampes et de Marligues , comme rejeton de cette illustre et malheureuse maison de Penthièvre que la force, et non la justice, avait dépouillée à Auray , comme héritière des droits de Jeanne la Boiteuse ; on l'accueillit comme un sauveur.
Déjà il possédait trois places fortes : Gningamp, Lamballe et Moncontour. Il se porta aussitôt sur Nantes, Redon et Fougères , dont il s'empara; mais il échoua complètement devant Dol et Rennes, qui jurèrent fidélité au souverain.
Henri III comprit l'importance de la révolte bretonne ; il essaya donc auprès de son beau-frère tous les moyens possibles de le ramener à l'obéissance et lui envoya même les pierreries de la reine Louise de Vaudemont. Vains efforts, vains sacrifices, car Marie de Luxembourg semblait avoir hérité du couirage énergique de l'illustro Boiteuse et de l'ambition fffrénée de Marguerite de Ciisson.
En 1589 , le dernier des Valois fut assassiné sous les murs de sa capitale. Mercœur ne dissimula plus ses prétentions; il envoya aussitôt à Bennes le sénéchal de Fougères pour y porter
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la nouvelle de la mort du roi, espérant sans doute que les quelquescatholiques de la bonne ville brette voleraient en foule sous ses étendards et que les réformés oublieraient les qnereH es religieuses pour se rallier autour de celui qui voulait reconqué* rir l'indépendance de la patrie; il se trompait.... Fidèles au rm de France , qu'ils avaient reconnu pour prince légitime par l'acte de 1532, les Rennais pendirent le magistrat et se déclarèrent pour le Béarnais.
Le feu de la guerre civile éclata alors sur tous les points de la malheureuse province. Les protestants saluèrent le fils de Jeanne de Navarre avec enthousiasme; les catholiques, ces vrais Bretons religieux, gardiens de la foi des aïeux, dignes fils de ces fiers Armoricains qui , dans tous les siècles, avaient combattu pour la liberté , coururent sur les pas des diflKrents compéCI* teurs qui aspiraient à monter sur le trdne de Barbetorte , après l'avoir relevé au Bouffhy.
Ces prétendants n'étaient autres que Mercorar, comoie dernier descendant, par sa femme, de la branche des Penthièvre ; le duc de Savoie et le duc de Lorraine , comme époux , Pan de la fille de Henri H , l'autre d'une de ses petites-filles ; Philippe II, r^i d'Espagne, comme veuf de la fille aînée de ce même Henri II , mais qui n'avoua pas d'abord ses prétentions et soutint Mercœur, dans le dessein de le supplanter après la victoire; enfin Henri IV, qui présentait d'une main sa femme Marguerite de Valois, sœur du dernier roi, et de l'autre l'acte de réunion de 1532.
Bretons, Français, Anglais, alliés du roi de Navarre, Lorrains, Espagnols combattirent avec acharnement, ruinant, dévastant la Bretagne et massacrant le pauvre peuple. Les deox principaux adversaires furent le Béarnais et Mercœur, chef de la Ligue.
Ce dernier essuya d'abord un échec devant Vitré, mais il s'empara de Châteauneuf et de Plessis-Bernard. Ouimper lui ouvrit
Là LIGUE EN BRETAGNE. — LA RÉVOLUTION. 333.
ses portes malgré son évéque et le sénéchal Laporte. On représentait à ce magistrat que le roi était hérétique : c Quand il serait un diable incarné , répondit-il , quand il aurait sur sa tête des cornes longues comme le bras , je serais toujoui*s son serviteur. •
Saint-Malo profita des discordes civiles pour se déclarer ueutre et presque indépendante , en dépit de Forgueillense inscription gravée par la reine Anne sur la tour qu'elle avait bâtie pour contenir la remuante cité : c Qui qu'en grogne, ainsi sera; c'est mon plaisir. »
S'inlitulant duc de Bretagne, l'époux de l'ambitieuse Pentbièvre consacra sa nouvelle dignité par un acte de souveraineté : il créa un parlement à Nantes pour se venger de celui de Rennes et le composa naturellement d'hommes de son parti. Le^ deux cours combattirent par des arrêts inutiles, tandis que le prince de Dombes, général français, enleva au gouverneur Hennebon, Quimperlé et Moncontour. Les ligueurs étaient perdus sans un renfort de 5,000 hommes que leur envoya Philippe II.
L'étranger, c'était la terreur de nos Bretons.... Au bourg de Locpéran d'abord, attaqués par ces nouveaux auxiliaires, femmes, enfants, vieillards se joignirent aux hommes d'armes pour repousser l'invasion. Ils succombèrent sous le nombre. Les Espagnols construisirent dans ce même lieu des fortiûcations que Henri IV fit détruire après la soumission do la vieille Armorique et qui se relevèrent plus tard sous la main habile de Richelieu pour devenir la belle forteresse de Port-Louis. De lx>cpéran, les Espagnols allèrent assiéger Hennebon, qui ne put résister.
Les deux armées, celle de Dombes, que soutenaient les Anglais, et celle de Mercoeur, se rencontrèrent, vers la fin de juin i59l , aux environs de Corlay. Le ligueur évita l'action et se replia sur Pontivy ; les Français se portèrent sur Lamballe ,
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qu'ils assiégèrent malgré Lauoue, dil Bras de fer, parce qu'ayant perdu le bras gauche pendant les guerres de religion, il l'avait remplacé par un bras de fer. Ce nouveau du Guesclin, qui, après avoir ouvert à son roi le chemin du trône , venait essayer d'arracher sa pairie au joug de Télrauger, fut atteint d'une balle qui lui causa la mort quelques jours après.
Avec Lanoue Bras de fer, le plus illustre capitaine de son époque, s'évanouit la fortune du jeune Bombes. Il se vit privé des Anglais, qui, décimés par les maladies, se retirèrent en Anjou, et essuya unéchec entre CraonetChâteau-Gontier, échec qui ût éclater la mésintelligence entre lui et le parlement. Peu de temps après, il fut remplacé par d'Aumont , qui marcha de victoire en victoire taudis que !e roi faisait son abjuration solennelle a Saint-Benis et entrait triomphalement dans la capitale. La plupart de ceu^ qui avaient suivi Mercœur, entraînes par l'horreur que leur inspirait un prince hérétique, se soumirent a issitôt au nouveau souverain, et c'en était fait de la Ligue en Bretagne sans l'ambition de la dernière fille des Penthièvre, sans la fierté des quelques descendants de ces fameux barons qui avaient donné dans tous les siècles du sang a la patrie, sans les Espagnols qui combattaient pour eux mêmes et sans les bandits qui, sous le nom de ligueurs, ravageaient la basse Bretagne.
Louise de Vaudemont essaya de ramener son frère à Tubéissance. Marie de Luxembourg ne voulut point consentira la paix. Cette autre Penlhièvre se serait volontiers écriée comme la Boiteuse : « Ne faicles au(!uu accommodement qae le corps de la duchié ne nous demeure! »
Cependant Morlair., Sainl-Malo, Quiinper, Crozon, Corlay, etc., se soumirent à Henri IV. Les confidents de Mercœur demandèrent alors a leur maître s*il songeait encore à se faire duc de Bretagne, c Je ne sais si c'est un songe, répondit-il, mais voila dix ans qu'il dure. »
LA LIGUE ES BRETAGNE. — LA aÉVOLUTION. 835
A.Aiimont, tué devant Camper, succédèrent Saint Luc et Brissac, qui portèrent les derniers coups à Ja Ligue. Leur plus formidable adversaire fut Gui Eder de la Fonteuelle, qui , à la tête d*une bande de brigands, désolait la Cornouailles, s'emparantdes chûleaux, brûlant les villes et les villages, rançontfiant les bourgeois et exterminant les paysans. En un seul jour, il massacra plus de 1,000 hommes de cetlè c paysantaille i et défendit sous peine de mort d'inhumer un seul de ces cadavres , qui pourrirent sur la terre ou furent dévorés par les chiens et les loups. « L'odeur des ennemis morts est suave et douce , i disait-il à ceux qui se plaignaient de celte horrible puanteur. Il serait impossible de redire tous les crimes de ce monstre qui , après ses victoires, s'enivrait au milieu des malheureux qu'il toilurait, et qui fit périr plus de 6,000 Bretons par le fer et le feu.
En attendant l'arrivée d'une flotte de cent vingt voiles et d'une nouvelle Armida espagnole avec laquelle il espérait triompher, Mercœur, enfermé ù Nantes, ne pouvait résister au roi qu'en le menaçant de livrer ses places aux étrangers.
Si cette invasion projetée eût pu avoir lieu, la Bretagne aurait sans doute appartenu à Philippe II , qui , sous prétexte de soutenir les droits de la maison de Penlhièvre, combattait pour lui-même.
Le soir du i^ novembre 1597, la formidable Armada parut en vue des côtes. Des cris d'alarme s'élevèrent alors de tous les points de la vieille Armorique, des vœux montèrent au ciel de toutes parts contre l'étranger conquérant.... Dieu sauva lu Bretagne : pendant la nuit, une horrible tempête fit frémir Bretons et Espagnols.... Les vagues en courroux précipitèrent les navires sur les récifs sauvages, et le lendemain il ne restait plus du puissant armement que quelques débris et quelques cadavres que les vents et les flots avaient apportés sur la plage déserte !
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Mereœur se soumît » fut reçu en grâce par son roi» & la prière de Gabrielle d'Estrées» dont le fils , César de Vendôme, âgé de quatre ans seulement, fut nommé gouTerneur de Bretogfie et fiancé à la fille du ligueur, héritière des Penthièvre.
La Fontenelle lui-même, cette Barbe bleue de la Comouailles, obtint un généreux pardon du clément Henri , qui lui laissa le gouvernement de I>ouamerez dont il avait (ait son repaire. Dans la suite, le brigand breton prit part au complot de Biron etmou* rut sur la roue en place de Grève.
Quelques jours après la soumission de la Bretagne , Henri iV fit son entrée solennelle dans la cité de Nantes, où il saloft le vieux château par cette exclamation si connue : c Ventre- ^aint-gris , les ducs de Bretagne n*étaient pas de petits compagnons ! > Ce fut à Nantes qu'il signa l'immortel édit qui donmi lu paix à la France en assurant à tous la liberté de conscience.
Henri , traversant les landes pour aller visiter sa bonne ville de Rennes, s'écria en voyant les campagnes désolées et les plaines stériles : c Où ces pauvres Bretons prendront-ils l'argent qu'ils m'ont promis?» Son premier acte dans la capitale brette lut un bienfait. Il fit remise des 40,000 écus stipulés, par mois» pour les frais de la guerre, t Les états rendirent au roi générosité pour générosité et lui votèrent 800,000 écus de secours. >
Après avoir reçu la soumission et les serments des principales villes, Henri IV quitta notre malheureuse Bretagne, que les soldats, les brigands, la famine, la peste avaient ruinée et laissaient sanglante. C'était surtout la Comouailles qui avait souffert : là, des villes brûlées, des châteaux abattus, des villages en cendre, des récoltes écrasées, des terres en friche et des populations décimées par la disette, le mal jaune et les loups, t II est impossible de raconter par écrit, dit un téffloia oculaire , toutes les pauvretés que nous avons souffertes dtnè w
bas pays ; on les estimerait des fables , et non des vérités. S'étant habitués ù vivre de chair et de sang humains par l'abcndlance des cadavres que leur servit d'abord la guerre, ils (les loups) trouvèrent cette curée si appétissante, que dès lors et dans la suite jusqu'à sept ou huit ans, ils attaquèrent les hommes étant même armés , et personne n'osait plus aller seul. Quant aux femmes et aux enfants , il les fallait bien enfermer dans les maisons; car si quelqu'un ouvrait la porte , il était le plus souvent happé jusque sur le seuil. >
Un auteur moderne assure que la Cornouailles n'a pas encore recouvré la population et la richesse qu'elle avait avant la Ligue.
Le 2 mai 1598, la paix de Vervins acheva la pacification de la Bretagne en consommant définitivement la réunion de celte province à la monarchie.
Passant sous le sceptre des rois , les Bretons ont cessé de former une nation. Leur histoire appartient donc désormais à l'histoire de France. Mais nous ne pouvons quitter cette Bretagne, digne objet de toutes nos sympathies, sans lui donner an dernier regard, un regard d'adieu, pendant les quatre règnes qui ont précédé la terrible catastrophe de 89, et sans dire un mot de son attitude fière et menaçante pendant le drame sanglant qui renversa une monarchie de quatorze siècles !
Sous Louis XIII, une vaste conspiration se forma en Bretaguc contre le ministre tout-puissant qui gouvernait la France. L'habile Richelieu sut l'anéantir : soupçonnant le gouverneur César de Vendôme d'y avoir pris part, il l'obligea à démanteler à ses propres frais les places de Guîngamp, de Lambaile et de Moncontour, que sa femme, fill^du ligueur, lui avait apportées en dot, et il fit condamner à mort Henri de Talleyrand, comte deChalais, chef du complot. Le malheureux Breton fui décapité sor la place du EEoulTay. Le bourreau tremblant ne l'acheva qu'au trente-cinquième coup.
sas 14 LIGQI EN BRBTAGIfg. — LA EÉ^LOTIÇH.
Sous Louis XIV, révoltes ÎDçessaoles d'un peuple si longtemps libre « à cause de rîmpôt du tabac et 4e r^blisseraeot du drqît du timbre. A Nantes, les femmes mêmes s'ameutèreqt; h ReiKies, les 4ésordres furent effrayants. M. de Chaulocs, alpjn gouverneur de la province, réprima Ijei rébellion avec une ^vérité sans exemple et appela des troupes qui écrasèrent encore ^qe fois nos orgueilleui^ Armoricains.
C'est dans les Lettres de M^*' de Sévigné , cette fille de |a Bretagne, qu'il faut chercher le récit Qdèle des cruautés ^ M* de Chauhies. f Nos pauvres bas Bretons, dit-elle le 24 septembre 1675, nos pauvres bas Bretons s'attroupent quaran^» cinquante par les champs, et, dès qu'ils voient les soldats , Us se jettent à genoux et disent : Med eulpd. C'est le seul mol de français qu'ils sachent; on ne laisse pas de les pendre. Us demandent à boire et du tabac, et qu'on les dépêche. — Cette province a grand tort, écrit-elle un mois après, le 20 octobre» mais elle est rudement punie , et au point de ne s'en remettra jaqaais.... On a pris à l'aventurç vingt-cinq ou trente hommes que l'on va pendre — On a pris soixante bourgeois , écrit-elle encore le 30 octobre , on commence demain à pendre. Cette province est un bel exemple pour les autres. Vous pouv^ compter qu'il n'y a plus de Bretagne, et c'est dommage. ^
Si l'impôt du timbre et du tabac avaient soulevé le peuple, la revocation du fangeux édit de Nantes ne mécontenta pas moins la noblesse bretonne. Fléchier, avec toute son éloquence » ne put triompher de l'entêtement religieux des calvinistes 4^ Rennes et de Nantes. Louis XIV, accoutumé à vaincre^ les coo- Tertit par la force des armes, et tous ceux qui résistèrent furent < emprisonnes, exécutés et proscrits. >
C'est ainsi que la France se souvenait des belles proniesaes du contrai de la reine Anne !
Néanmoins, pendant ces sanglantes périodes, on peut signaler un accroissement considérable dans le commerce bre-
ton 9 Qotammeot à Nantes» à Saint-Malo, à Brest et à MorhU, et Ton peut compter daos les annales françaises plus d'un glorieux exploit, plus d'un nom célèbre enfanté par la Bretagne.
Les guerres maritimes du règne du grand roi attirèrent bien des fois les étrangers sur les côtes de l'ancien duché : en 4633, les Anglais essayèrent de détruire Saint-Malo ; en 1694 , ils voulurenl, de concert avec les Hollandais, surprendre le port de Brest. Nos Bretons se vengèrent en allant détruire les colonies anglaises sur les côtes d'Afrique et à Terre-Neuve. Jacques Cassard, célèbre marin nantais, combattit en 4709 avec un vaisseau, lÉèlaiant, contre cinq navires anglais. En 4712, il soumit , à la tète de son escadre, Santiago, Surinam, Berbice, Saint* Eustache, Curaçao, en une seule campagne. Après de si glorieuses victoires , il mourut en prison pour dettes. Duguay- Ttpouin, plus célèbre encore, l'un des grands hommes que Saint-Malo a donnés ù la France, prit aux Anglais trois ceoti> vaisseaux marchands , vingt bâtiments de guen'e , et s'empara de Rio- Janeiro.
Pendant la régence du duc d'Orléans sous la minorité de Louis XV, les états de Bretagne , « poussés ù bout par les exâ^*lîons du duc, indignés de la corruption de l'administration nouvelle et des mœurs françaises , refusèrent do voter le don gratuit par acclamations, comme c'était Tusage. • Les Bretons osèrent encore rêver l'indépendance et s'associèrent à la ftiraeuse conspiration de Cellamare, complot formé parle ministre d'Espagne Albéroni pour faire passer la régence de France dans ks mains de Philippe V. Le duc d Orléans déjoua cet audacieux ^t)jet, et quatre illustres Bretons, MM. le Moyne deTalhouet, du Couédic,de Pontcullecet de Montlouis, expièrent sur la place du Boulïuy, par une mort sanglante, TexalUition de leur patriotisme. Le calme, la sérénité, lapi4té des victimes au pied de l'échafuud ûrent assez connaître la noblesse et la pureté de leurs sentiments.
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Si leur exécution doit être qualifiée de sévère et peut-être d'injuste , il faut remarquer aussi qu'elle fut impolitique. Là Bretagne pleura ses martyrs en même temps que ses droits ^ ses libertés , ses privilèges, qu'elle se voyait ravir un à un par son gouverneur, le duc d'Aiguillon , au mépris du contrat de la reine Anne solennellement juré par les rois. Sans doute, le duc d'Aiguillon prenait de sages mesures en fortifiant les côtes , en perçant des routes dans une province qui n'en avait qu'une seule, mais il oubliait qu'il gouvernait un peuple ignorant et grossier, dont le caractère grave repoussait avec opiniâtreté toutes les innovations qui auraient pu augmenter son bien-être » parce qu'il comptait pour peu de chose l'amélioration dans l'avenir et ne voyait dans le présent que corvées nouvelles » impôts plus pesants et servitude.
Les Anglilis opérèrent une descente à Saint-Cast en 4758. Les Bretons, comprenant alors l'utilité de leurs travaux, se rallièrent autour du duc d'Aiguillon contre l'étranger, qu'ils repoussèrent victorieusement; mais, le danger passé, ils reprirent leur vieille haine et accusèrent le gouverneur d'avoir failli dans le combat. Le duc répondit ù cette accusation insultante par l'impôt du € sol pour livre », impôt que les états refusèrent après quatorze jours de délibération.
Pendant ce temps , Garadeuc de la Chalotais , procureur général du parlement de Bretagne , demandait la suppression de l'ordre des Jésuites. Sans se déclarer pour eux , d'Aiguillon se servit de leur ressentiment contre le procureur général. De U des démêlés sans nombre , des dénonciations de part et d'autre, le rappel du gouverneur, l'arrestation de la Chalotais, le retour d'Aiguillon en Bretagne, les Bretons contraints par la force de payer l'impôt, enfin le triomphe du magistrat et la condamnation du duc. Mais bientôt la politique changea : le gouverneur déchu devint ministre , et les parlements furent cassés.
LA L16UB EN BRETAGNE. — LA RÉVOLUTION. ^i
Trois ans après, ils furent rétablis par le nouveau roi. Tinfortuné Louis XVI, qui monta au trône avec < toutes ses vertus et toutes ses faîblessest > Une expédition brillante , celle d'Amérique, illustra les premières années de ce malheureux règne. Un Breton, du Couêdic, s'immortalisa dans cette guerre par le combat de la Surveillante en 1779.
L'exaltation des esprits annonçait depuis quelque temps déjà le furieux orage qui grondait sourdement sur la France entière ; 89 approchait avec toutes ses horreurs !.. . Pour notre Bretagne, la révolution datait depuis de longues amuW. iiopuisTexécution des martyrs de la régence, depuis les exactions du duc d'Aiguillon. Elle éclata au parlement et dans les rues de Rennes en 4788, quand le comte de Botherel, procureur général au parlement, fit entendre ces menaçantes paroles : c Spécialement chargés par les gens des trois états de veiller à la conservatiod des constitutions de la province consignées dans les anciens contrats, iious déclarons réclamer formellement l'exécution du contrat de mariage de Louis XII et de la duchesse Anne, qui porte expressément que nos droits, libertés, franchises, coutumes en fait d'église, de justice, de chancellerie, etc., du peuple comme de la noblesse, seront maintenus ainsi qu'au temps des anciens ducs de Bretagne, i
Thiard, gouverneur de la province, envahit la salle du parlement à la tête de ses grenadiers; les bourgeois se soulevèrent en masse, le lapidèrent dans la rue. L'insurrection gagna toutes les vieilles cités armoricaines, les protestations partirent de tous les points, et le gouvernement français, lnca> pable de maintenir une telle rébellion, imagina < d'affaiblir la Bretagne en la divisant ù force d'intrigues, de libelles et d'espionnages. > Il y parvint: la bourgeoisie se sépara du clergé et de la noblesse, Gt cause à part et essaya même de triompher des deux autres ordres par un massacre tenté à Nantes et à Rennes.
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Pendant ce temps» s'accomplissaient en France de grands événements : les états généraux de Versailles, le tiers-élal tê déclarant assemblée constitoante, les émeutes de Paris, la foite du roi, l'arrestation à Varennes» les journées de massacres, la déposition de Louis XVI, la proclamation de la république, ta Convention, l'exécution du monarque, la Terreur...
La France entière gémit alors sous le joug odieux des soi-disant républicains. De toutes parts la guerre civile, rineendle, récnafaud Pt la mort... En Bretagne, le peuple, comprenant que la véritablt? înd^ppndnnce n'était pas telle quelapromettaientles révolutionnaires, laissa continuer la lutte entre la bourgeoise, le clergé et la noblesse ; mais quand il s'agit de défendre < sa vieille foi, ses vieilles mœurs, sa vieille liberté t, il s'éleva comme un seul bomme depuis les rocbes noires de la Cor» nouailles jusqu'aux cbamps de Rennes et de Nantes. On vit cette multitude de héros, vêtus de la braie nationale, armés de four^ ches et de bâtons, tenant d'une main l'épée et de l'autre le Gni«> oiûx, en un mot ces terribles Bretons de la basse Bretagne, en les vit courir sur les bleus (les républicains) avec une rage impossible à décrire.
Cette insurrection de l'Ouest ne fut pas exclusivement bretonne. La Vendée, riramortelle Vendée, le Poitou, le Maine et l'Anjou y eurent une part très-active.
c Mon âme à Dieu, mon corps au roi! * s'écria le comte de Francheville de Polinec en donnant, le 13 lévrier de l'année 1701, le signal du formidable soulèvement dans la paroisse de Sarzcau (Morbihan) et en marchant sur Vannes avec ses paysans. Il fut repoussé, laissant cinquante des siens sur le champ d'honneur. Mais, s'écrie un historien moderne, < le sang des victimes de Sarzeau fit éclore en Bretagne des milliers de soldats > qui firent des prodiges de valeur.
Les Vendéens s'organisèrent aussi sons les ordres du voiturier Cathelincau, ce saint de la Vendée, du garde-chasse Stofflet, de
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Charfette, d'Elbée, dé Léscui*e, de la Rochejaqaeleio, et ibar^ obèrent de victoires éû victoires & Ghollet^ à Machecoul» à Ohal-^ lans, à Pomic, à Saiot-Yineéiitt etc.^ etc. ; mais» réunis aux bas Bretons, ils succombèrent devant Nantes, après ttil combat de dit-huit heures, et y perdirent Cathelineau» blessé à mort dans raetion. Alors le rebut de la populace parisienne se jdta dans la Bretagne et dans la Vendée^ et la guerre ne fat plus qu'on odieux massacre.
Vaincus i Chollet et à Beaopréau ^ les Vendéens tealèrent de s'éhneer datis la basse Bretagne pour marcher avec les Ghonana ù de nouvelles victoires. Arrivés trop tard & Fougères, à Poth torson, à Avranched, à Dol, ils expièrent leur èoblime réeistaâcé à un gouvernement sanguinaire dans les champs de Laval, d'Ancenis et de Savecay. Considérablement aOaibtis, Slofflel et Cbarette, ces deux derniers chefs vendéens, cobseatirent à 8i« gner à la Jannaye , le 37 février 1*7^, un traité où la fière i^épa^ blique qui dictait des conditions à toute l'Europe en reçut à sdn tour des géants de l'Ouest.
Ce traité ne soumit pas la Bretagne. Néahmoins, ne craignant plus les Vendéens, la Convention écrasa cette Malheureuse pro« vince de son sceptre de fer comme elle écrasait toute la France* Elle lui imposa un « proconsul bourreau > à qui elle recom* manda surtout de prendre les mesures les plus foi^tes et les plus rapides contre les royalistes^ L'ex-procureur d'Aurillac^ cet homme sans instruction et sans mœurs ^ égaré par le fanatisme politique et la fougue de ses passions» en un mot le féroce Carrier, t ce Néron de mauvais lied f i arriva à Nantes an milieu des horreurs de la guerre civile avee des pouvoirs illimités- Son premier acte fut la conflrniation de l'établissement d'une commission militaire qui, depuis vingt jours, avait fait périr environ 4,000 individus. Mais ce n'était point détruire avec assez de rapidité^ il ordonna bientôt les exécutions en masse etsans jugenènt, et enfin Inventa ses terribles noyades.... D'abord^ H
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employa cet affreux expédient pendant la nuit; puis, se familia* risant avec le crime, il ne rougit plus d'accomplir son odieuse mission au milieu du jour. Dans l'espace de deux mois, il fit périr plus de 9,000 personnes !
C'ctail horrible i voir.... Les malheureuses victimes, hommes, femmes, vieillards, enfants, dépouillées de tous leurs vêtemonts, entassées par centaines dans les bateaux à soupape appelés chalands, et englouties tout à coup dans la Loire!... Ceux qui cherchaient à se sauver ik la nage étaient assommés à coups de rames ou massacrés par les bourreaux qui gardaient les bords du fleuve.
Les bas Bretons qui avaient pris depuis longtempsdéjà le nom de Chouans, de leur chef Jean Cottereau, dit Jean Chouan, continuaient au milieu des bois leurs rudes et terribles combats sous les Francheville, les Cadoudal, lesScépeaux, les Bourmont, les Puisaye, les Boisguy, etc. Hoche, qui, jeune encore, s'était élevé des derniers rangs de la milice au commandement des armées , ayant été envoyé en Bretagne, comprit que la force ne triompherait jamais de ces bandes indomptables; il entreprit de les diviser. Peut-être encore n'eiit-il point vaincu les derniers défenseurs de la basse Bretagne si l'Océan lui-même ne les eût trahis! Ce fut alors que Quiberon vit son sacrifice.
Sur les instances de Puisaye, l'Angleterre prépara un armement considérable qui déposa sur la presqu'île de Quiberon 5,000 émigrés français, le 27 juin 1795. Un nombre à peu près égal de Chouans vint les y joindre. On emporta le fort de Penthièvre, mais on eut Timprudence d'en laisser la garde aux soldats de l'ancienne garnison, t La Bretagne fut vivement agitée, dit M. Lavallée ; mais elle détestait les Anglais; elle se défiait de l'absence du comte d'Artois; elle ne prit point les armes. Pourtant il y avait chance de la soulever, si l'on s'était jeté hardiment sur la route de Rennes. » Hoche accourut alors, reprit le fort de Penthièvre, que lui livra la trahison, et bloqua
les émigrés et nos Chouans dans la presqu'île, c L'escadre anglaise, battue par une (empéte, ne pouvait avancer. > Les émigrés» ne voyant que la mort de toutes parts, s'élancèrent en grand nombre dans la mer pour gagner les embarcations, qui périrent presque toutes, c II ne resta qu'un millier d'hommes, débris de notre vieille gloire monarchique, qui se défendaient avec désespoir lorsqu'un cri de : « Rende2-vous! • partit des rangs républicains. Sur ce cri , qu'ils pouvaient regarder comme une capitulation, les émigrés posèrent les armes, et Hoche référa du sort des prisonniers au gouvernement. >
Quelques jours après, les 711 émigrés français qui seuls avaient échappé au feu du général républicain et au courroux de l'Océan , étaient fusillés non loin d'Auray, dans un champ que l'on nomme encore .aujourd'hui le champ des martyrs.
Cet horrible massacre réveilla la Vendée, paciflée eu apparence sur la foi du traité de la Jaunaye. Stofflet et Charette reprirent le commandement de leurs valeureuses cohortes et , unis aux Chouans, tentèrent une fois encore le sort des combats. Mais leur fortune s'était évanouie , et ils tombèrent. Stofflet fut fusillé ik Angers , Charette à Nantes, en criant encore : Vive le roi ! et Hoche força à la paix Bretons et Vendéens.
Trois ans plus tard , ces géants de TOuest se relevèrent plus terribles que jamais , à cause de la conscription, de l'emprunt forcé et de la loi des otages. Cette fois la chouannerie s'étendit jusqu'à Versailles.... Sublime mais impuissant effort ! Quels bas Bretons, quels Vendéens auraient pu résister à Napoléon, qui, en prenant ù cette époque le titre de consul , gravissait le premier degré du trône de saint Louis?
La Bretagne, soumise, se trouva de nouveau incorporée h la France, après avoir enseveli sur le champ de bataille ses dernières franchises avec ses derniers défenseurs !...
LA BRBTAfiNB ACTUBLLB.
olaq MpartoflMDU. — Uwf Br«tafn«. — ■!■■• Br«tafB«. — Topotnphto,
Depuis le ^otnmêDcement du xit* âiklé, I0» 6i<etofi^9ôAi reth tés docilement f raùçaîs^ prodiguant à la mère-pdlrie t \éut fifltt^» leur or, leursi sueurs, t
Nous avons paroourn toute rhistdire de ce peuple eélébroi dèpttfs le jour où il aràit assis ses premières huttes de rumé^ft et de feuilles dans les champs déserts de rArmoriquè. Né I«i donnefons-ûoos pas un regard de sympathie maintenant iia'il M notre frère et qu'il associe toutes ses gloires et t^nte^ ië% espérances aux gloires et aux esp^radces de la France ? La Bretagne , il faut le dire, quoique fran^^ise d'e^rii êide % ressemble peu à nosl antres prorinces : elle a encore ùâlA des parties son aspckst antique et Kantage; sed l>àbitittlft quelque chose de leurs vieilles Idées d'indépen-
HAUTB BliETAGNB. 347
danoef. Mais Xtùr fierté si noble a dégénéré en obstination , en brusque francfetse* en enthousiasme peut-être pour les coutumes des aîeuX et en horreur poilr Tinnovation; aussi sont-ils , pour la plupart, ignorants, grossiers, ennemis de la civilisation et même superstitieux , malgré leur loi patriarcale. Nous toUIom parler des véritables Bretons.
Depuis 1789, la Bretagne est divisée en cinq départements : llle-et-Vilaine, dont le chef-lieu est établi à Rennes; Loire- Inférieure, chef-lieu Nantes; Côtes-du-Nord, chef-lieu Sainf« Brieuc ; Finistère , chef-lieu Ouimper; et Morbihan, chef-lieu^ Vannes»
Mais pennette2-nous , Jeunes lecteurs, à nous qui toulona apprécier un peu le caractère breton, de revenir à l'ancienneF démarcation, plutôt morale que géographique, de haute et de basse Bretagne.
HAUTE IIBKVA«9B.
La haute Bretagne comprend tons les pays qui touchent an Maine et à l'Anjou, c*est-ù*dire les départements d'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure. Elle s*étend aussi dans une partie des G6tes*du-Nord. Elle ne se distingue point du reste de la France. Ce sont mêmes mœurs, mêmes usages, mêmes costumes, métûe langage , etc.
Le sol est en général fertile et bien cultivé. Le pays de Nantes est riche en céréales et plus encore en vignobles ; quelques cantons dille-et-Vîlaine sont d*une fertilité surprenante. Mais si l'on pénètre à Tintérieur, ce ne sont plus qne collines schisteuses et granitiques, que landes, que bruyères » que forêts, etc., etc.
Des villes opulentes, dont les habitants ne sont plus bref^M, s'élèvent de tontes parts daus la haute Bretagne.
Saluons d'abord la superbe Rennes, la Condate de rArmorique, la vieille cité des Redones et la capitale de toute la pro^ vince. Cette ville, d'un aspect agréable , est située snr la croupe et au pied d'une colline dans une plaine vaste et fertile, au con^ flaent de deux rivières, rille et la Vilaine. On y admire des bâtiments superbes, des places publiques magnîQques, des rues larges et tirées au cordeau. Elle doit ce luxe de construction à rincendiedu 22 décembre 1720, allumé, dit-on, par le régiment d'Auvergne ou par un homme ivre. Les flammes continuèrent leur affreux ravage jusqu'au 29 décembre. Enfin alors, nous aurait redit M°*« de Sévigné dans son charmant langage, < le combat finit faute de combattants, » c'est-à-dire après que huit cent cinquante maisons qui formaient tout un côté de la ville eurent été consumées.
Les monuments remarquables sont peu nombreux à Rennes. On peut citer pourtant cette porte Mordelaisc où les anciens ducs venaient frapper avant de monter sur le trône en faisant le serment solennel de conserver la foi catholique et de gouverner avec équité ; la cathédrale , d'une construction récente et dont la porte d'entrée, terminée par une voàte plate , mérite quelque attention; l'église de Saint-Pierre, reste de la fameuse abbaye de Saint-Mélaine, célèbre par ses souvenirs, et celle de Saint-Sauveur par sa jolie architecture ; l'hôtel de ville, d'un style pur et gracieux ; enfin le palais de justice , qui serait un charmant édifice, si la hauteur des combles n'égalait point celle de la façade.
Rennes se glorifie à bien juste titre de ses magnifiques promenades : le Thabor, vaste esplanade plantée d'arbres séculaires qui ont vu les bénédictins de Saint-Mélaine prier et mé- 4iter sous leur ombrage et d'où s'élève, au sein d'une riante Terdure et sur un bloc de granit, la statua de du Guesclin; le IfaU avec ses quatre allées parallèles qui s'étendent dans une verte prairie sur une longueur de plus de cinq cents mètres ; le
HAUTE BItETAGNE. 349
Champ de Mars et les bords du beau canal d'Ille-et-RaDce.
Dans ce même département d'Ille-et-Vilaine, n'oublions pas Fougères, ruinée dans le siècle dernier par quatre incendies désastreux, et qui n'a plus rien d'édifices antiques que les deux tours élevées par Raoul de Fougères ; — Montfort-sur-Meu, aux remparts épais, et dont quelques ruines rappellent les Romains conquérants; — Dol, boulevard des Normands en Bretagne; -* Redon , dont le nom semble redire au milieu du silence la sainteté des moines disciples de saint Gourwoïon; — Saint-Malo, la patrie des grands hommes , Jacques Cartier, Duguay-Trouin , Maupertuis, la Bourdonnaye, Surcoût, Broussais, Chateaubriand ; Saint-Malo avec son joli port sûr et commode, mais dont l'entrée est si difficile, à cause des récifs qui Tenvironnenl ; avec sa tour de Qui-qu'en-grogne , qui témoigne encore de la fierté des Halouins et de la fermeté de la reine Anne , avec son château deCombourg, où M. de Chateaubriand c fut porté dans ses langes », comme il le dit lui-même, et dont personne n'oserait, après lui, décrire les vieilles tourelles et le < lac tranquille >; avec son îlot du grand Bé, où dort ù jamais, au pied d'une croix de granit et bercé dans sa tombe rocailleuse par des vagues frémissantes, l'illustre écrivain breton; — Vitré, autrefois siège des états, où quelque voix éloquente du moyen âge semble retentir encore dans la chaire extérieure de l'église Notre-Dame et redire les maux et les larmes des chrétiens d'Orient, où les échos de l'antique cité semblent gémir sous ce cri mille fois répété : c Dieu le veut! Dieu le veut! > A une demi-lieue de Vitré, s'élève le château des Rochers, que le séjour de M'"^ de Sévigné a rendu à jamais célèbre.
Nantes la Brette, chef-lieu du département de la Loire-Inférieure, ville tant de fois assiégée, tant de fois conquise, tant de fois ravagée et sortie belle encore de toutes ces épreuves, est située à l'extrémité d'immenses prairies que bordent des coteaux couverts de vignes. Cette ville est remarquable par la
350 LA BBBTAGNB ACTUELLE.
régularité de sa construction» la beauté de ses quais et son pmrt de la Fosse surtout , qui, bordé de belles maisons, ombragé de beaux arbres, s'étend sur une longueur de dcMx kilomètres ; par sa place Rople et sa place Graslin ; par ses seize ponts , dont l'un, celui de Pirmil, a seize arches; enin par ses promenades, dont les principales sont les cours de Henri IV, du Peuple, de Saint-André, et le cours de Saiot-Plerre ou s'élèvent majestueuses les statues d'Arthur III et d'Anne de Bretagne devant le vieux château de Barbetorte. Ce vieux cfaAteau, énorme masse de bâtiments irréguliors, inutile à la défense de la bonne ville, est seulement respecté par les Nantais eomme le témoin tles gloires et des vicissitudes des aieux.
A Nantes , se voit encore le Bouffay, bâti par Gonan 1^ dit le Toi*s et qui fut la résidence de plusieurs ducs. La cloche , qui pèse 8,250 kilogrammes, a toujours servi de beffroi; elle sonne l'alarme et annonce les grands événements*
Mais le monument le plus intéressant de la bonne ville brette, c'est sans contr«)dit la cathédrale, fondée par Jean V au xv* siècle, ainsi que le témoigne l'inscription suivante gravée sur le por* trait de saint Pierre, à qui l'église est dédiée :
L'an mil quatre cenl cinquante-quatre , A my avril , sans moult rabattre , Au portail de cette églûie Fut la première pierre assise.
Cette première pierre fut c assise > au lieu même ou saint Félix avait élevé, au temps de Caoao, le temple chrétien t si riche en ornements et parures >, qu*il ne s'en trouvait point de pareil dans toute la France. L'extérieur de Saint-Pierre de Nantes est peu remarquable. Les deux tours du portail n'ont jamais été achevées. Ce portail se compose de trois entrées et se dislingue par des sculptures en hauts-reliefs d'un travail admirable. L'intérieur consiste en une belle nef soutenue par dix
HAUTB mBTAGi(B. 851
^iiers. Oa odfnire dans cette cathédrale le magnifique tombeau de François IL
l^es voyageurs ne sauraient quitter Nantes sans accomplir un pieux pèlerinage à Saint-Similien, église ancienne dont la pre» mière fondation remonte à 329 et qui fut reconstruite entièrement en 958. On y voit un puits où un soldat normand jeta la léte du saint patron, après avoir brisé la châsse. Les eaux de ce pulls passent pour avoir, depuis ce temps, une vertu merveilleuse contre les maux de tète, la surdité, etc.
Guérande est célèbre par quatre sièges mémorables et surtout par le traité de 4365, qui, après une guerre de plus de vingt ans, écarta du trône ducal la maison de Penthièvre pour y faire monter celle de Montfort. A Guérande, la plus belle parure des hommes et des femmes consiste dans le chef des pièees d'étoffes où sont inscrits en lettres d'or et de couleur le nom et l'adresse du fabricant.
Savenay montre avec tristesse le monument funèbre des derniers Vendéens ; et Chlteaubr iant , le vieux manoir oji la belle Françoise de Foix fut , dit-on , assassinée par son époux. C'est cette femme dont Clément Marot a dit :
De grant beauté , de grâce qui attire ,
De t>on savoir , d'intelligence prompte ,
De biens , d'honneurs , et mieux qu'on ne raconte ,
Dieu étemel richement l'étoffa.
Chàteaubriant, fondée au xi* siècle par Briant, comte de Penthièvre, qui lui donna son nom, soutint aussi quelques sièges fjjmeux. Mais laissons les sièges et les batailles pour dire que Geoffroy lY, baron de Chûteaubriant, suivit saint Louis en terre sainte , et que son retour inespéré causa une telle joie à sa femme, qu'elle mourut en l'embrassant.
Le petit village de Sion , à 17 kilomètres de Châteaubriant, rappelle le plus horrible événement qu'aient peut-être jamais
mentionné les annales du fanatisme politique. Pendant les guerres de la Vendée» un paysan de Sion travaillait dans un champ sur la route de Rennes. Près de lui , était caché un fusil chargé d*une balle. Bientôt vint à passer un jeune soldat de l'armée du Rhin. Des blessures rendaient sa marche pénible, et pourtant, oubliant ses souffrances à la vue du village natal, il avait quitté la diligence et se traînait à la chaumière paternelle où il lui avait été permis d'aller réparer ses forces épuisées. Notre paysan Taperçoit, s'embusque, l'sguste, le tue, court à sa victime, et, aidé de sa femme, lui arrache ses derniers lambeaux. Saisissant les pauvres vêtements, quelques papiers et le havresac, tous deux abandonnent le cadavre et vont s'enfermer dans leur chaumière pour examiner leur butin. Un voisin leur lit la feuille de roule.... La victime, c'était leur fils unique !... La mère se donna la mort, le père se livra à la justice.
Hûtons-nous de quitter ce lieu d'horreur, oublions bien vite cette tragique histoire en nous occupant d'une légende que nous recueillerons sur les bords du lac de Grandlieu. En passant, saluons le vieux castel de Clisson, dont les ruines murmurent encore le nom héroïque de Jeanne de Belleville, la digne mère d'Olivier de Clisson, connétable de France.
Voyez-vous au milieu des eaux du grand lac ce menhir gaulois montrant fièrement sa tête décharnée? Voilà tout ce qui reste de la puissante ville d'Hcrbadilla, la Sodôme de la Bretagne. Ses habitants étaient païens. Saint Martin vint, dit-on, pour les convertir, mais ils restèrent sourds à l'annonce de la bonne nouvelle. Pénétré de douleur, le saint se retira en appelant la vengeance céleste sur la ville coupable , et aussitôt les eaux l'engloutirent. Une femme qui suivait le ministre de Dieu par curiosité fut changée en une statue de pierre.
Permettez-nous, jeunes lecteurs, de douter de la vérité de la légende. Si le Dieu du Calvaire est infini dans sa justice, il l'est aussi dans sa miséricorde; ses amis, ses saints participent à son
BASoE BRETAGNE. "353
ioeffable charité. Saint Marliu , nous osons raffîriuer, n'a jamais tormé de vœu si terrible. Nos ignorants et superstitieux Bretons se plaisent à multiplier ces grands coups de la colère divine : ils comptent dans l'ancien duché jusqu*à trois ou quatre Sodùme englouties! Il est probable, il est même certain que ces villes *ont existé. Mais nous savons que la terre d*Armorique est couverte d*étangs dont Tccii ne peut quelquefois mesurer l'étendue et que ses côtes sont battues c d*un Océan sauvage. » Les inonilations y sont donc fréquentes. Nous en avons un exemple ré- <;ent dans la ville de Chatelaudren.
Écoutons la fin de la légende. La pierre druidique que nous avons vue au milieu du lac de Grandlieu bouche l'entrée da gouffre qui a vomi l'eau du lac. Ce gouffre renferme un géant énorme, l'antagoniste de saint Martin, sans doute, dont les efforts pour se délivrer excitent souvent des tempêtes. Il est ré*
serve à une jeune Qlle d'ôter la pierre. Ce qu'il en adviendra
nous l'ignoroas.
En quittant les pays qui touchent à la Touraine et à la Vendée, et en pénétrant dans l'intérieur, on trouve dans le département de la Loire-Inférieure un grand nombre de monuments druidiques, parmi lesquels on remarque entre une multitude de menhirs, ceux de la Vacherie, du tombeau d'Almanzor et de la galoche de Gargantua. Ce dernier est entouré de roches granitiques que le peuple appelle les palets du géant. Gargantua les lançait du haut du coteau de Languin , qui est éloigné de cinq lieues, nous dira-t-on bien sérieusement.
BASSE BKKTACIXIU
Léonais. — aomoaalllM. — Pays d« Tréfalar. — Pays da Vaanaa.
Passons rapidement près des ruines qui se trouvent à chaque pas dans le pays de Nantes et qui nous rappellent ces valeu-
354 Là BEBTAGliE ÀGTDSLLE.
reases légions accourues des bords du Tigre sur les pas d'un héros y et uous entrons dans la basse Bretagne » cette Bretagne véritable, cette vieille Armorique, dont le nom seul fait battre bien des cœurs.
Là, nous voyons cette région non plus solitaire, mais toujours « triste et orageuse >; là, les côtes hérissées de rochers soûl encore battues des flots de l'Océan sauvage dont parle Tautevr de Velléda; là, nous trouvons des collines granitiques et schis» teuses , des rocs arides , des montagnes couvertes de forêts dt pins, des champs de bruyères roses et blanches , des lacs Iob* menses^ des marais impénétrables, des landes incultes, et, à cdté, des prairies verdoyantes coapées par mille ruisseaux , mais sillonnées çà et là par des roches de granit à fleur de terre , des menhirs gaulois» et ombragées de loin en loin par des bois de châtaigniers; là, dans les chaumières éparses, dans les fermes isolées, dans les petits villages et même dans les grosses bour* gades et dans quelques villes nous retrouvons des Bretons, des Bretons aux formes rudes, au langage à demi celtique, à la vie simple et frugale , à la bonne foi proverbiale; car c la parole d'un Breton vaut or. • Si nous entrons dans les cabanes, ils nous accueilleront brusquement , mais avec bon coeur et franchise. Nous aurons une vaste place au foyer et une large part de ga« lette, de bouillie de blé noir et de cidre dans le pichet commun.
Pour connaître un bas Breton, il faut le suivre dans les trois circonstances les plus importantes de sa vie : sa naissance, son mariage et sa mort.
Le nouveau-né , c'est un présent du ciel , un ange du bon Dieu ; c'est à qui lui donnera la première nourriture , car ses lèvres portent bonheur. N*allez pas passer devant une mère qui tient son enfant sans murmurer en inclinant la tête : Dieu tootts béni$$e ; car il n'y a que les amis du démon qui ne rendent pas hommage à l'innocence. Si la jeune mère descend au tombeau, laisftM*a-t*eUe son fils orphelin? Oh! non, le recteur vient près
BAS6B BRBTAOlfE. S5S
du berceao , bénit la pauvre créature et la met dans les bras d'une femme digne d*un tel dépôt, en lui disant seulement : Dieu votif U donne. Le coeur de cette femme s'ouvrira aussitôt à hi teodresse et à la compassion. Toutes les voisines Taideront dans ses soins laborieux.
Ifous parlons ici des véritables bas Bretons , de ceux qui ont eraservé les habitudes patriarcales de leurs aïeux.
L'enfant prend part de bonne heure aux travaux de la famille; puis, devenu jeune homme, au milieu de ces mêmes travaux, après bien des danses aux pardons voisins, il son^ à imir son sort à celui de quelque pennerez (jeune fille à marier) borne et sage comme lui. Ordinairement , le tailleur du pays ou un chercheur de pain porte la parole à la future. SI elle reçoit favorablement Tambassadenr, le paotred, accompagné de ses parents, vient faire la demande. Ou compte les bestiaux dans fécurie, on (ait la revue des armoires , où sont entassés bon nombre de draps neufs et quelques écus, empruntés quelquefois pour la circonstance ; puis c on se tope dans la main », et tout est dit.
Combien nous regrettons que notre cadre ne nous permette pas de raconter tout au long la cérémonie du mariage , la joie franche et bonne qui préside aux noces, Tlvresse qui s'ensuit toujours; car nos bas Bretons aiment le vin à l'excès , et les danses jusqu'au soir au son du biniou.
Dès le lendemain du mariage, adieu les danses , les pardons et les jolies toilettes. C'est alors que commence cette vie sérieuse dont nous avons déjà parlé, vie de piété, d'innocence et de touchante résignation.
Après de longues années passées dans les travaux les plus pénibles et où t la joie tient peu de place », arrivent les derniers Jours.
Le bas Breton envisage la -mort avec calme et presque ave« bonheur. Tous les remèdes se bornent k peu près au pain
a66 LA ERbTAGMB ACTtELLE.
blaac el au via chaud. Ou appelle le recleur, qui sait 8i biea encourager le mourant au milieu de la foule qui , le chapelet à la main, piie ù gtmoux autour du lit. Au moment suprême» on fait avec le cierjj;e béuit trois signes de croix sur les draps. Tous les parents restent en pleurs et en prières auprès da défunt; ils assistent aux tristes apprêts des funérailles» et» après que le cadavre a été c cousu dans son linceul et cloué dans sa châsse >, ils le déposent sur la charrette qui doit le conduire au cimetière. Ainsi le bas Breton est porté au champ du repos par les bœufs qu'il a si souvent menés au travail. ... Tout prend le deuil chez lui, même les abeilles, dont les ruches sont ceintes d*uu long crêpe, et Ton garde religieusement sa mémoire.
Chaque dimanche après rofllce, nos Bretons prient pour ceux qui les ont précédés dans la nuit du tombeau. Dans le mois noir (novembre), quand la messagère de Thiver arrive (la Toussaint), leur ferveur se ranime encore. Messes, vœux aux saints, prièrc5S et larmes occupent tout le jour. Le soir» persuidés (iu*en cette nuit Dieu permet aux justes de revenir visiter les foyers où ils ont vécu , ils laissent, dit-on , la nappe mise et le feu allumé, afin que les pauvres morts puissent prendre leur repas et réchauffer leurs membres engourdis c sous la froidure des cimetières. » Dans leur simplicité , leur charmante naïveté, ils cro'ent aussi bien fermement ù li vengeance des dmcs qui souffrent sans obtenir de soulagement de ceux qui ont éié ici-bas leurs pareats et leurs amis. À ce sujet, ils content mille jolies fables. Nous nous faisons un plaisir d*en rapporter une à nos jeunes lecteurs.
Dans les temps anciens , il y avait des lavandières de nuit répandues dans la Cornouailles. C'étaient des fantômes blancs» des âmes ab mdonnées dans les feux du purgatoire et condamnées ù l'iver leur linceul chaque nuit sur la terre jusqu'à ce qu'un chrétien vint les délivrer.
BASSE BRETAGIVE. 357
Un jour des Morts, tandis que chacun était en prière sur la tombe des siens ou faisait brûler dans réalise des cierges bénits, un homme qui avait perdu dans l'année sa mère, sa femme et ses sœurs, mit ses plus beaux habits et courut danser au bourg voisin. Il s'en revint au milieu de l'obscurité en chantant ^ gorge déployée et frappant de son bûton les touffes de genêt sans avoir peur de blesser les pauvres ûmes qui , cette nuit-lù , remplissent les chemins. Il arriva ainsi à un carrefour où se réunissaient deux routes. La première , la plus longue , était gardée par la protection de Dieu ; la seconde, la plus courte, était hantée par les morts. Mais le méchant homme, que rien ne pouvait effrayer, suivit la plus courte tout en chantant et en faisant résonner ses galoches «ur les roches de granit. Cependant, en passant près du manoir ruiné, il entendit la girouette qui lui dit : c Retourne, retourne, retourne. » Plus loin, l'eau de la cascade murmura : • Ne passe pas, ne passe pas, ne pusse pas; » plus loin encore, le vent qui sifflait à travers les branches d'un chêne vermoulu, répéta : t Reste ici, reste ici, reste ici ! > Le veuf ne voulut rien écouter et entra dans le vallon hanté. Au même instant, minuit sonna ù trois paroisses, et il rencontra la charrette de la Mort couverte du drap noir à larmes bbnches, traînée par six chevaux et conduite par TAnkou (l'angoisse) qui balbutiait ces mots l.igubres : c Détourne , ou je te retourne, je prends et je surprends; car je suis le frappeur sans regard et sans égard. » L'incrédule le laissa passer en lui lançant quelques quolibets et lui demandant où il allait pour être si pressé, c Je vais te chercher, i répondit l'Ankou en continuant son chemin. De son c6té, le veuf marcha toujours en riant et en chantant. Il vit alors deux femmes blanches qai étendaient du linge sur une petite haie de prunelliers. Sur la demande de ce qu'elles faisaient , elles répondirent à la fois : € Nous lavons, nous séchons, nous cousons ton linceul. > Il rit
d58 LA BRBTAGIfB ACrUBLLE.
encore pins fort , et, descendant le chemin creux , il arriva an lavoir. Il entendit retentir les coups des battoirs et les lavan* dières qui redisaient leur triste refrain :
Jusqu'à ce qu'il Yienae chrétien sauveur.
Il nous &ut blanchir notre linceul
Sons la neige et le vent.
En apercevant ie méchant homme, les lavandières lui préf sentèrent leurs suaires pour les tordre. Il ne pouvait leur échapper; mais il eut bien soin de tordre du même côté que la morte, sachant que c'était le seul Inoyen de se préserver* Pendant qu'il faisait tous ses efforts pour éviter les roses de la laveuse, une foule de lavandières Teatourèrent, et il reconnut sa mère, sa femme et ses sœurs qui criaient: c Malheur, malheur à celui qui laisse brûler les siens sans secours ! > Et mille voix répétaient: c Malheur, malheur !... > Dans son effroi, il oublia la précaution qu'il avait prise jusqu'alors et 11 tomba broyé par les mains de fer de la lavandière.
En basse Bretagne, on le sait, la foi est encore patriarcale, la piété simple et vive; TaflOuence aux églises, la fré* qneutation des sacrements, les pieux pèlerinages, les calvaires sur le bord des chemins en rendent témoignage. Les fêtes y sout célébrées avec une ferveur angéliqne, une joie toute naive,celledeNoéi surtout. La veillede ce grand jour, les jeunes gens et les jeunes filles parcourent les campagnes en chantant des hymnes joyeuses. « Cette nuit renouvelle la trame de la vie, répètent-ils h l'envi, cette nuit refait le fils d'Adam, cette nuit efface les péchés d'Eve, cette nuit nous donne un Sauveur plein de charité. Chantons, puisque c'est sa fête, chantons de cosor: Moii.Noél!»
11 faut dire aussi qu'à leur aimable dévotion se mêlent parfois quelques idées superstitieuses. Qu'on en juge par cette esquissa des merveilles de Ifoél.
BASSB BRBTAGIfl. iKid
A la messé de mlirnît, disent nos bas Bretons, au moment de l'éléyation» tout ce qu'il y a d'élres créés sur terre» sous terre et au-dessus de terre paraît dans le monde chrétien pour saluer c le petit enfant. > Ils forment trois rang^ ; au premier sont les fées des bois et des eaux, les korigaus, l'hommeloup qui sort des taillis à la tombée du jour pour manger les enfants au-dessous de cinq ans, et le conducteur des âme» qui porte chaque nuit dans son bissac les âmes des damnés ; au second rang, sont Tange maudit, le petit oiseau de la mort, Jean le Feu qui montre quelquefois pendant les belles nuits d'été ses doigts enflammés au bord des étangs et dans les cimetières sous la forme de petites flammes bleues, enfin les âmes du purgatoire et celles des damnés, qui recommencent un in*' stant sur la terre ce qui les occupait au moment de la mort; le troisième rang est composé des saints, des martyrs et des anges.
Dans ces trois rangs sont étalées toutes les richesses possibles : dans les deux premiers, les biens de la terre ; dans le dernier les grâces du ciel. Le chrétien qui oserait Jeter de l'eau bénite sur le cortège se rendrait maître de tous ces biens sans péché.
N'oublions pas de dire, après le bas Breton, que c'est aussi dans cette nuit solennelle qu'il est permis au bœuf et â l'âne de parler notre langage, parce qu'ils ont assisté â la naissance du divin enfant.
Les veillées de la basse Bretagne sont aussi intéressantes que curieuses. On se réunit sur le seuil des cabanes on dans la plus grande chaumière du village. Les hommes taillent des instruments en bois ou fout des vans et des paniers ; les femmes et les galundes (jeunes filles) filent â la quenouille, les enftints écoutent... Les pères racontent que Liouis Courtois est un grand fantôme qui pousse des cris lugubres en errant dam les landes sauvages et que celui qui lui répond perd bienlM
360 LA BRETAGHE ACTUELLE.
la vie ; que le nain jaune, ee petit sorcier bossii, tout plein de malice, se cache dans les antres des rochers et ne parle que pour nuire à quelqu'un ou pour annoncer Tayenir quand il y est contraint par une volonté supérieure ; que le lutin prend la forme d'un bélier pour égarer le berger ; que Torfraie annoncela morf ; que l'herbe d'or qu'on a cueillie nu-pieds, en chemise et en état de grâce, donne la faculté de comprendre le langage des animaux; que Jean rouge-gorge, ce petit oiseau qui a brisé l'épine qui blessait le front du Christ sur le Calvaire et qui doit habiter la Cornouailles jusqu'au jour du jugement, a obtenu du bon Dieu d'enrichir une jeune M\e tous les ans; que là veille des grandes fêtes les sorciers et les fées vionsent au clair de la lune sur les coteaux verdoyants; enfin ils instruisent la jeunesse sur la manière d'honorer le saint qui nourrit les abeilles, qui procure la pluie, qui préserve de la grêle; ils disent comment il faut faire pour échapper à la fièvre et aux maléfices, etc. C'est dans ces réunions de famille que se transmettent les superstitions et les vieilles traditions du pays. Le père les a eues de son père» il les donne h ses enfants, et elles se perpétuent ainsi d'une gé* nératiou à l'autre.
Il serait impossible de décrire les costumes des bas Bre-* tons, tant ils varient d'une localité à Tautre. Ici, ils portent le chapeau rond ù larges bords, l'habitùla française, une ceinture de toilect des guêtres pareilles; là, le chapeau à bords étroits, le& gilets superposés, etc; mais presque partout, les braies nationales, plus ou moins boufTantes, et la saie gauloise. Les costumes des femmes offrent plus de variété encore depuis la simple cotte de laine rayée jusqu^au jupon écarlate sous la robe retroussée, jusqu'aux trois ou quatre jupes de couleur différente étagées et bordées d'un galon d'or ou d'ai^ent; depuis lea coiffes amples et gracieuses, les longues barbes relevées sur la tête jusqu'aux étroits et coquets bigoudens. Une toilette de mariée est vraiment fort singulière dans quelques cantons. Figu«^
BASSE B!>.ETAGNB^ 361
rons-nous une longue robe blanche ù manches rouges ou vio-» leltes, un jupon noir ou violet brodé en velours, ouvert pnr-de- Tant pour laisser voir la robe blanche et retenu par une ceinture de soie à fleurs d'or ou d'argent, un corsage lacé sur lapoitrinci une collerette 1 dentelle raide, des bas rouges, des pantcufles, une coiffe à fond plissé et garni d'un bord formant turban , un voile flottant et attaché sous le menton et un ruban ceignant la tête.
Le passage suivant, emprunté ù M. de Romieu, prouve que la civilisalion est encore ù l'état d'enfance dans la basse Breta-^ gne :
c Qui n'a pas vu, nous dit-il, un marché de la basse Bretagne et qui le verrait pour la première fois pourrait se croire jeté dans l3s tribus errantes du Canada. Des chevaux, des bœufs» des hommes pressés pêle-mêle ; de grands chapeaux, de grands cheveux, de grandes guêtres, de l'or et des haillons, des femmes à figures d'hommes, un bruit aigre et perpétuel de mots incon«* nus, des jurements et des colères ù faire craindre du sang; des pcrsoan:iges qui semblent se battre et qui concluent simplement une affaire; des signes de croix sur la tête d'un veau; puis un notaire qui installe son étude volante dans un cabaret; puis des estropiés de toute nature étalant leurs plaies hideuses auprès de fraîches denrées; des chapelets, des images de mille saints; trois perdrix qu'on achète et dont il faut payer le prix total par tiers cousécutifs et séparés; ici un rebouteur ou charlatan do campagne, qui prononce des paroles bizarres pour guéiir uno vache, plus loin un aveugle qui chante, etc. >
La basse Bretagne est divisée en quatre parties bien distinctes: le Léonais, la Cornouailles, le pays de Tréguier et celui de Vannes.
Le Léonais, qui comprend à peu près tout le territoire renfermé dans les arrondissements de Morlaix et de Brest, offre de belles campagnes à luxuriante végétition, des vallées mous-
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sMses featonDéesdechèTrefeuilles, de ronces et de houblon san* yage » à côté de champs arides et incultes. Sur chaque rout» cne croix, dans chaque carrefour un croix, sur chaque sentier une croix, c C'est une terre bénie qu'aiment les habitants da paradis. »
Dans le Léonais , nous trouvons Morlaix, Saint-Pol de Léon.... Saint-Pol de Léon, dont le nom rappelle deux grands son*venirs : celui d'un saint breton et celui des Romains. On y admire le clocher de Kreis-Ker, que Vauban appelait un coup d'audace.
Si vous interrogez nos bons Léonais sur cette tour merveIN leuse , ils vous disent avec une admirable simplicité qu'elle a été faite en une seule nuit par le loup Guillou ( le diable ), qui voulait avoir une église plus belle que toutes celles du bon Dieu ; mais que l'ouvrage étant achevé , saint Pol accourut avec de l'eau bénite , chassa Satan et consacra l'édifice au Seigneur. D'autres prétendent que saint Pol avait reçu de Dieu le pouvoir de fhire construire cette chapelle par le démon , à condition qu'il resterait les yeux ouverts et en prières pendant tout le travail. D'autres encore racontent qu'à l'endroit où est aujourd'hui la tour, existait autrefois la maison d'une tallleuse en toile, une lingère, qui n'allait jamais à la messe. Or, saint Kirio, ou Guewroc , étant passé devant sa porte un jour de No* tre*Dame d'Aoàt, et la voyant qui cousait, la réprimanda don* cernent. La tailleuse répondit que les jours de fête on mangeait comme les autres jours. Au même instant, un froid mortel glaça tous ses membres, et elle resta sans mouvement. Elle demanda alors pardon au saint, qui fit sur elle le signe de la croix et rappela la vie qui allait s'échapper. Pénétrée de recon naissance et convertie, la tailleuse lui donna sa maison qui était au milieu de la ville. On y bâtit une église avec les libéralités des fidèles.
Saint Pol avait vu le jour dans la Bretagne insulaire, 06 il
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avait été élevé avec sainl Samson et saint Gildas à l'école de saint Hydult. Après quelques années de vie solitaire, il vint dans rArniorique et s'établit d'abord dans l'Ile d'Ouessant» où a € bastit an petit monastère consistant en une chapelle et treize cellules de gazon. > Six mois après , Dieu lui ordonna par un ange d'aller à l'ile de Batz , où demeurait le comte Withur de Léon. Wîthur lui donna son propre palais pour y établir un nouveau monastère. Mais Ips habitants de Léon désirèrent bientôt pour évéque le pieux anachorète Us ne triomphèrent de sa modestie que par ruse et le firent sacrer à Paris presque malgré lui. Pol occupa le siège épiscopal pendant quelques années, fit de grandes réformes dans son diocèse, édifia ses ouailles par la sainteté de sa vie et se retira enfin au monastère de Batz, où il mourut à l'âge de cent deux ans, < si atténué et décharné par les macérations, qu'il n'avoit plus que la peau simplement étendue sur les os et que ses mains sacrées, exposées à ja lumière, en devenoieut comme transparentes. >
Un ange vint pour lui annoncer sa mort , rapporte Albert le Grand. « Tiens toi prest et appareillé à dimanche prochain (fue tu entreras en la gloire de ton Seigneur, > lui dit-il. Rempli de joie, saint Pol assembla ses moines, leur donna sa bénédiction, et, les entendant sangloter, leur adressa ces admirables paroles : c Que veut dire ceci, mes chers frères? Portez- vous envie à mon bonheur? Ne vous affligez pas de mon départ, vivez selon la règle et Texemple que je vous ai montrés, et Dieu demeurera avec vous. » Il fut enterré dans la cathédrale de Léon, et bientôt une foule de miracles s'opé» rèrent à son tombeau. La ville reconnaissante ajouta au nom que lui avaient donné les Romains celui de SOQ bienheureux évéque.
Brest, rOccismor des Armoricains, n'est plus une ville bretonne depuis que Richelieu en a fait une cité toute maritime.
â64 LA BRETAGNE ACTUELLE.
Elle a soutenu des sièges mémorables pendant les longs démêlés des Monlfort et des Penlhièvre. A*i xvi* siècle » elle s'est encore vaillamment défendue contre les Espagnols. C*^st le port militaire le plus beau et le plus sur de TEurope. Sa rade» qui a en* viron quinze lieues carrées , pourrait contenir toutes les forces navales de l'univers.
La Cornouailles , qui comprend presque tout le département du Finistire, présente deux aspects distincts. Lie nord est on pays sauvage, qu'un bistoricn nomme avec raison l'Arabie Pé-. trée de la Bretagne : un ciel brumeux , un brouillard presque perpétuel , un vent furieux qui souffle en bondissant dans d'étroites vallées, des montagnes noires aux flancs déchirés, des routes blanrhes et raboteuses, des forêts de pins, des bois de genêt et d'ajonc, des champs de bruyères, des roches de granit et parfois seulement un petit îlot de verdure,
La ville la plus importante de cette partie de la Cornouaille^ est Carhaix, la vieille ville d'Ahez, cette Qlle indigne de Gradlon dont nous avons dit la tragique histoire. Carhaix , près de laquelle se trouve la célèbre mine de plomb de Poullaouen , la plus riche peut-être qui soit en France, est une cité toute bretonne, aux rues non pavées et dans lesquelles se passent les trois quarts de la vie des habitants. On les voit assis sur le seuil de leurs maisons, travaillant, mangeant , racontant le soir les légendes du pays et répétant le chant joyeux des entants qui dansent auprès d'eux leurs danses montagnardes.
Le sud de la Cornouailles est, dit l'historien déj^^ cité, TAroadie florissante de notre Bretagne. Au sein de ses jolis jardins, d(3 ses prairies en fleurs, de ses bosquets de figuiers et de lauriers, de ses champs immenses et fertiles que coupent cent ruisseaux, au fond de ses vallons riants et pittoresques, s'é* lèvent Quimperlé et Quimper, appelé aussi Corentin, du nom de son premier évêque,
Mais ù côté de ces sites enchanteurs, s'en trouvent d'autres
BÀii6E iiR£TAGI^E. 365
d'un aspect tcrribie. Ce sont les côtes hérissées de rocs sauvages ayant chacun leur triste légende , battues par les tempéteSy noircies par le géoraon, dominées par des landes dé* sertesqui retentissent chaque coir, disent nos bas Bretons, du sourd gémissement des trépassés.
Écoutons lu description que nous fait un voyageur de la pointe de Penmarch :
c Ces rochers noirs et déchi.'és se prolongent jusqu'aux bornes de l'horizon , dit-il ; d'épais nuages de vapeur roulent en tourbillons, le ciel et la terre se confondent; on n'aperçoit dans un sombre brouillard que d'énormes masses d'écume qui s'élèvent, se brisent , bondissent dans les airs avec un bruit épouvantable. On croit sentir trembler la terre. »
Dirons-nous aussi les grottes de Crozon si profondes, que le jour y pénètre à peine et où la mer se précipite avec un bruit effroyable pendant l'hiver et pendant les orages? Les Cormorans et les Goélands seuls n'y frémissent pas. A peu de distance , se trouvent le gouffre de l'Enfer et la baie des Trépassés qui a englouti tant de vaisseaux , qui a vu tant d'horreurs au temps du droit des bris, alors que nos bas Bretons allumaient des feux sur les rochers pour tromper les navires, les faire échouer et les piller.
Nous n'oublierons pas sur ces terribles côtes du Finistère la baie de Douarnerez, où, avant la Révolution , de bons prêtres célébraient la messe dans une barque pour tous ceux qui avaieàit péri dans la ville d*Ys, autre Sodôme, qui , depuis des siècles, gémit dans les flots !... Qu'on nous permette au sujet d'Ys un petit trait de Tauiour-propre de nos bas Bretons. Paris.^ disent-ils, signifient Par-is, pareil ùYs, et c'est seulement de^ puis que la ville de Gradlon n'existe plus que la capitale de la France n'a pas d'égale.
Les orages sont fréquents sur les côtes du Finistère. Nos Bretons eux-mêmes, nés pendant les tempêtes» bercés au bruit
des vents et des vagues en courroux, frémissent d'horreur en entendant le soir la mer s'tflbler sur les récifs sauvages » ses flots se briser avec un long murmure. C'est le chant des âmes, disent-ils bien bas en se signant pieusement , et ils prient pour un ami, un frère, un père peut-être qui a trouvé la mort dans les baies dangereuses. Le plus fier matelot de la Comouailles ne met pas le pied sur sa barque légère sans saluer Notre-Dame de Délivrance et sans répéter à genoux an milieu des flots qui s'élèvent de toutes parts autour de lui : Va Doué tecourH a ha^ nom! va vatimant a zo ker bian , ag mor a zoker brxn ! Mon Dieu , protégez-moi ! ma barque est si petite, votre mer est si grande !. . .
Le Kernevote aime à l'excès la danse, le cabaret et la lutte, ce grand plaisir de la basse Bretagne. C*est assez dire qu'il est rieur, chanteur, paresseux. Mais, nous l'avouons k regret , la haine déchire souvent son coeur, une haine longue, patiente, qui ne peut s'éteindre que dans la vengeance, vengeance basse et silencieuse qui ne s'assouvit elle-même que dans le sang.
Le pays de Tréguier, qui comprend le département des CAtes* du-Nord, a cent lieues de c6tes battues par les flots de la Hanche et présentant entre leurs mille rochers de granit rose des baies profondes et des caps importants. Les monts Mènes , d'Arrée et de Ménébret, arides, rocailleux et remplis de défilés étroits , hérissent ce pays et donnent naissance à trois rivières navigables qui vont se perdre au nord et au sud dans des sables stériles. Mais à ces sables succède, surtout vers les cdtes, un sol fertile, plus poétique que pittoresque : de grandes plaines de bté noir inclinant mollement leurs lourds épis au souffle d'une légère rafale de mer , de vertes vallées émaillées de violettes blanches et de primevères jaunes, appelées fleurs de lait par les enfants du pays; des buissons d'aubépine, de porcéas, de chèvrefeuille et d^églantier; de riants villages se cachant à demi derrière la feuillée ou à l'ombre de quelques collines de
BA8SB BRBTAGNil. 367
bruyères, de vieilles ruines couronnées de lierre, des menhirs gaulois surmontés du symbole d'un Dieu crucifié....
Au sein de ces campagnes ravissantes se montrent la coquette Trëguier, Jugon , jeté entre les deux fentes d'une montagne, charmant chalet suisse qui a donné naissance à ce proverbe que tout le monde connaît : c Bretagne sans Jngon, chape sans cha-» peron i; Dinan, la Jolie Dinan, avec ses antiques murailles, ses riantes maisonnettes , son château gothique et son église de 8aint-Sauveur où repose le cœur du brave du Guesclin ; enfin , Châtelandren, la ville du deuil et des pleurs , restée silencieuse depuis le fatal événement du 13 août 4773, alors qu'elle fut envahie par les eaux. Depuis ce temps , une lampe brûle jour et nuit dans l'église, invitant à la prière pour ceux qui ne sont plus I
Saint-Brieuc est en môme temps une ville antique et toute moderne. Les monuments anciens ont disparu pour laisser place i des constructions récentes, et c'est à peine si, en la traversant, on peut trouver quelques souvenirs des Normands, de Jean IV et de la chouannerie.
An pays de Tréguier, les Bretons ont conservé les mœurs pures et douces, les bonnes vieilles coutumes, la foi naïve de leurs aïeux. Ainsi , quand un pécheur s'est noyé , la famille 8'assembîe encore en grand deuil , fixe un cierge allumé sur un pain noir et l'abandonne aux flots , persuadée que le doigt de Dieu conduira le pain où gtt le cadavre. Le prêtre, comme dans toute la basse Bretagne du reste, y est aimé, respecté, vénéré plus que le riche du siècle, plus que le noble de naissance; mais il a acheté cet amour, ce respect , cette vénération au prix de bien des sacrifices. Pauvre cloarec ( nom donné aux jeunes g^ns destinés aux saints ordres), souvent manquant de tout, réduit à coucher sur la paille dans le coin d'un grenier et de payer encore cette faveur à son h^te par mille travaux doa)s«tiques; obligé quelquefois d'écrire dans les interlignes desca-
*à6S Là BRETAGNE ACÎLELLE.
hiors des plus riches que lui , de copier leurs livres et dé n* ftiasser leurs vieilles plumes; toujours abaudonoé au contael d*un inonde qu'il voudrait fuir, il lui faut constamment se vaincre lui-même » combattre la nature et faire violence à ses plus doux penchants» quand, assis ù l'ombre des bruyères et feuilletant son manuscrit latin , il écoute les chants joyeux des oiseaux ou le guerz que fredonnent d'anciens compagnons* U regrette alors ses champs, ses prairies, ses gais refrains» ses danses et sa cabane. Mais Dieu a parlé.... Il faut obéir, et ni aflcction de famille ni souvenir du jeune Âge ne triompheront de sa volonté présente. Ces combats intérieurs, d'autant plus vifs que son ûme est plus sensible, élèvent l'imagination du cloarec. Ses habitudes se brisent, il cherche dans lu travail un adoucis* sèment à ses maux ; une vie nouvelle commence pour lui, il ce* lèbrc par des chants mystérieux les émotions secrètes de son cœur et il devient poêle. C'est ainsi que le pays de Tréguier est la source de presque toute la littérature bretonne.
Suivons notre cloarcc, dont les dures privations, les humilia* tions, les études sérieuses et les victoires sur lui-même ont fait un prêtre selon le cœur de Dieu; suivons-le quand il revient dans rhumblc cabane où il a reçu la vie. Il y apparaît comme un ange. Son père, sa mère , ses sœurs se pressent sur ses pas» Chacun s'incline eu le nommant M. le prêtre. Mais aucun bras ne s'ouvre pour le recevoir; on n'oserait.... N'est-il pas l'homme de Dieu? N*a-t-il pas donné au Très-Haut son cœur, son âme avec ses plus douces et ses plus chères affections? Quel mortel digne d'approcher de lui ?
Ce sont ces prêtres véritables, ces pauvres cloarecs d*aii«- Irefois, que nous voyons aller de nuit pendant la tempête, au luilieo des bruyères, des routes fangeuses, des marais débordés, porter des paroles de consolation aux affligés et les choses saintes aux mourants. Rica ne les arrête. D'une imaginatiou vive et peut-être exaltée, d'un cœur ardent, ils trouvent dans
BASSE BMtkGÈtt. 8é9
lé déhtmem&ùi k Biétf él à leurs frères une (èHeiHé qii'dti ité ÉÉtt-^ rait dépeindre.
C'est ayee bosBeiir» chèrs leeteltrs, que riods. nous sottidieé^ étendu sur ce sujet. Je ne sais si vofus piâHàgeret PeiifiM'iif^ stasme qui s'était emparé de notre cosur quand nous avons entendu ces récits tonehants. Si tous ne rcffta pas M ange> m ami; un père dans le pauvre prêtre trégorrois , oh ! croyëi-' moi, c'est que ma plume est trop notice pour peindre la sublimfté de la toKu et l'héroïsme du^ sacrifiée. Q^i ne s'incli^ nerait devant cehii qui ne compte pour rien sa propre eih*^ tenee et qui , à tout instant, edt prêt à in donner pour un frère?
SI , comme nous , tous aimez les légendes gracieuses et pôé* tiques, venez conteihptet la grande roebe bleue, appelée en breton Roc'h-ir-glas. La grande rodhè bleue, les stees des cloarècs noua F'ont dit, c'est là que débarqua saint EiBam quand , après avoir quitté la princesse c plus belle que le jour § qui hri avait donné sa main, il navigua bien longtemps dans une auge de pierre et vint de l'Hibernie apporter la bonne nouvelle aux païens de l'Armorique. Il y trouva son cousin Arthur prêt à combattre un horrible dragon qui < suait du feu et doni les r^ards frappaient les hommes ainsi qu'une lance. Le che- ▼aller et le dragon combattirent tout un jour sans pouvoir se vaincre. Vers la nuit, Arthur vint s'asseoir au bord dé la forêt et il était lassé et avait bien soif; mais aucune eau ne bruissalt alentour, sinon la grande mer qui grondait tout affolée contre la Roc'h-ir-glas. Saint Efllam se mit alors en prières, et, ayant frappé la terre de son bâton, il en jaillit une sourbe à laquelle Arthur but à longs traits. Le saint passa le reste de la nuM en oraison; et quand le jour fut venu, comme le chevalier reprenait sa bonne épée : c Chômez pour aufourd^hui , beau cousin , c dit Efflam, et laiissez dagrue en fourreau, car la parole de Dieu « est plus forte que le fer émoulu. » Cela dit, il s'avança vers lé
dragon auquel, il ordonna» au nom du Christ vivant , de sortir de sa tanière et de se précipiter dans la mer ; ce que fit le monstre avec de sourds et terribles meuglements qui faisaient tressaillir Arthur dans sa cotte de fer. i
Dirons-nous , au pays de Tréguier» le pardon de Guingamp où une longue procession nocturne, éclairée seulement par quelques cierges, chante le cantique de c madame Marie de Bon-Secours, la plus belle étoile du firmament? t Dirons-nous le pèlerinage de saint Mathurin de Moncontour, ce grand saint qui, s'il eût voulu, nous disent les guerz bretons, eût été le bon Dieu? Chaque paysan y amène ses bœufs pour baiser les reliques de l'humble saint.
Le pays de Vannes, qui forme maintenant le département du Morbihan (petite mer), est tout celtique. On y trouve à chaque pas au milieu de ses quelques forêts de pins » de ses marais sa* lants, de ses landes incultes, de ses hautes bruyères, de ses gras pâturages et de ses vastes champs de blé noir, de lin et de chanvre , des cormlec'hs, pierres druidiques plantées verticalement en terre, des lichavens ou arcs de triomphe grossiers, des peulvans, des menhirs, des galgals, monceaux de cailloux apportés, dit-ott , par la vierge Marie dans son tablier ; et, à côté, de vieilles ruines gothiques offrant un caractère plus militaire et plus historique que dans le reste de la province : ici , les sombres châteaux du Plessis et de Rochefort , le monument du combat des Trente, qui est ù lui seul la plus belle page de l'histoire de Bretagne; plus loin, la tour d'Elven, où l'on peut voir encore la fenêtre où s'accouda un roi d'Angleterre prisonnier; etc.
Pour nous qui aimons la vieille Armorique, parcourons la plaine de Lauveaux , où l'on compte cent vingt pierres druidiques portant à leur sommet une sorte de collier creusé , marque certaine, au dire des bas Bretons, que le diable y a été attaché ; le jardin des tombes , ces barows innombrables de
Ti'ëhorenteuc ; Carnac, enfin, Carnac, c cette ville des poulpiquets , i où onze files de petilvans d'inégale j^randeur s'élèvent sur onze lignes parallèles se prolongeant it perte de vue. On se demanda avec effroi si ces énormes niasses» qui ont pour la plupart plus de vingt pieds de haut et dont une seule suflSrail pour charger vn navire , si ces grands fantômes immobiles.se dressant dans ce lieu d'une sauvage et fantastique beauté , ne sout point les colonnes d'Hercule, un cimetière des Vénètes, un campement de César, les autels d'un dieu sanguinaire ou les « restes éternels de géants pétrifiés. » Si l'on interroge le paysan^ il répondra avec une naïveté charmante : c Ce sont les soldais: qui poursuivaient saint Corneille, le bon patron de notre paroisse. Comme il allait être pris par eux et qu'il était arrêté par la mer, il les changea en pierres.... t
Le pays de Vannes avec Lan veaux, Tréborenteuc , Carnac , Plouhinec, etc., n'est-ce point encore la vieille Gaule , moins ses épaisses forêts?...
Ploiihinec , non loin d'Hennebon , est une lande aride où croissent çù et là quelques bruyères, mais où l'on ne trouverait pas assez d'herbe pour élever une vache maigre ni assez de son pour engraisser un descendant des Rohans (les Bretons dotiioent ce nom au porc, nous ignorons pourquoi); Plouhinec où les korigaus ont planté deux rangées de longues et lourdes pierres!...
Si vous ne savez pas , chers lecteurs , ce que sont les korigaus, il me faut vous l'apprendre; car le Morbihan, c'est le pays aimé des fées, des poulpiquets, des korils, des teus, des korigaus, etc.
Apprenez donc, il est bien entendu que ce sont des fables de nos bas Bretons, apprenez que ces génies sont de petits nains noirs, tous de la même famille , dont le royaume s'étend sous la terre plus bas que la mer et les rivières. Pour quelque faute sans doute bien grave, le bon Dieu les avait condamnés à danser
37) LA BttBfAGNE ACTURLLE.
tous les soirs daas les landes de la basse Bretagne et à rester cachés pendant le jonr dans les villes qu'ils avaient construites au milieu des bruyères, jusqu'à ce que leur refrain, qui se conrposait de : Lundi, mardi, mercredi, eàt été achevé par on dirè- Uen. Si un Breton attardé s'avisait de traverser les landes k 1% tombée du jour, quand les korils avaient commencé levrs danses infernales, il ne pouvait leur échapper, et il Aillait qu'il sautât toute la nuit avec eux en répétant leur courte chansoir. Le lendemain, il expirait aux premiers rayons da soleil. Mais une belle nuit, un bon paysan, contraint à prendre part an x rondes diaboliques , ajouta au refrain des korigans :
ieidi, Tendredi Avec le dimanche aussi , . Et voilà la semaine finie.
L'enchantement cessa. Les nains rentrèrent dans leur sombre royaume , laissant au laboureur leurs petits sacs de toile tout plein de sable et de cailloux que sa moitié de ménage convertit en perles et eu diamants en les aspergeant d'eau bénite.
Chacune des pierres de Plouhinec cachait un trésor laissé par les korigans. Ces trésors devinrent la propriété d'un pieux bas Breton, qui épousa la plus jolie pennerez du canton, acheta tout son village, eut autant d'enfants qu'il put en nourrir et vit jusqu'à la quatrième et cinquième génération. N'est-ce pas une merveilleuse histoire?...
La terre de Vannes est le pays des mystères et des prodiges» Chaque lac, chaque fontaine, chaque ruisseau, chaque forêt, chaque arbre quelquefois a sa légende. Ici , c'est la Mary*Mor- Gand qui dort, assure-t-on, dans les eaux bleues et transparentes de rétaog du duc. La jolie sirène, qu'on entend chanter la nuit et qui vient parfois tresser au soleil < ses beaux cheveux
BASSE BRETAGKE. ^73
Y£rU et former des couronnes de glayeuls » , n'est autre qu'une belle princesse qui , pour échapper à une union détestée , s'est jetée dans le lac ; là , c'est au fond de la (orét de Paimpol, reste du bois fameux de Brocéifande, la Roche-aux-Fées , le Valsans-Retour, le chemin des Pleurs, le t<Hnbeaii du célèbre Merlin , ou plutôt le lieu où il subit les enchantements de la belle Viviane; plus loin, c'est Tlle de Cadnod avec son pont fameux. Les ponts ont aussi leurs légendes en basse Bretagne ; vous allez en Juger.
> Tous ceux qui venaient visiter saint Cado, qui habitait l'tlede Cadnod, et les visiteurs étaient nombreux, car le saint avait f%àe grande renommée , étaient obligés de passer la rivière dTntel dins un bateau. Cado demanda à la bonne vierge Marie de lui construire un pont. La mère de Dieu répondit que ce n'était pas une affaire qui regardât les femmes et lui dit d'en parler à la Trinité; ce que fit le bon saint. Mais la Trinité lui objecta à sou tour que les saints de Bretagne la minaient en miracles et que les anges qu'on aurait pu employer à cette eonstruction, étaient occupés ailleurs. Cado s'adressa donc au vieux Guillaume (le diable) qu'il savait être habile maçon. Satan ne demanda pas mieux, présenta aussitôt un plan magniâque et exigea seulement la promesse que le saint lui donnerait en paiemait la première créature de Dieu qui passerait sur le pont. Le marché conclu , le démon se mit à l'œuvre. Sa femme lui apporta dans son tablier des pierres grosses comme des tonneaux pour aller plus vite. Enfin, ils travaillèrent si bien, que la construction fut achevée en une seule nuit. Dès le matin, saint Cado, qui c était un homme d'esprit t, lâcha sur le pont un chat noir tout pelé en criant au diable de prendre cette créature du bon Dieu. Le vieux Guillaume , furieux , voulut détruire son ouvrage ; mais rermite accourut, le goupillon & la main, et le mit en fuite. Le mouvement du saint fut si rapide , qu'il glissa sur le pont et faillit tomber. Son pied a laissé une empreinte que l'on
voit encore et que l'on nomme la glissade de saint Cado.- La sainte Trinité , la vierge Marie et le bon saint nous paraissent un peu légèrement traités dans cette légende. Mais nous sommes dans le Morbihan. Dans tout le reste de la basse Bretagne on leur aurait prêté un langage plus convenable.
Il faudrait un volume entier pour esquisser seulement les merveilles du pays de Vannes, pour dire un mot de ses superstitieuses traditions ; passons donc sous silence mille récits de miracles, mille aventures de saints bretons, la mort du glorieux Bienzy, l'histoire de la Groack, etc., etc., et jetons un coup d*œil rapide sur les principales cités morbihannaises.
Visitons d'abord Vannes, l'antique cité des Vénètes, la plus puissante ville de l'Armorique an temps des Romains, peuplée alors d'une race dure et batailleuse. Que nous montre-t-elle maintenant dans son étroite enceinte, resserrée encore par des landes arides et de vastes marais? Quelques restes du fameux * château de l'Hermine , c une foule de maisons à étages surplombants et à pignons en zigzag, une cathédrale aux dimensions grandioses et sévères t, le tombeau d'un saint aimé» Vincent Ferricr, et la salle haute de la halle où l'union fut consommée par les états.
Il est inutile de pénétrer dans l'intérieur du pays, où nous ne trouverions guère de remarquable que Ploêrmel avec sa curieuse église, dont le portai! est orné d'i:n verrat jouant de la cornemuse, et Pontivy, qui doit sa fondation au monastère de Saint-Josse et qui pourrait nous raconter, si nous en avions le temps , l'histoire de François le Souleur. Vous ne savez pas , chers lecteurs , ce que c'est que la soûle au pays de Vannes? C'est un jeu terrible, une lutte à mort où Ton se meurtrit, ou l'on se casse bras et jambes, où l'on s'étrangle pour se disputerun énorme ballon de cuir rempli de sou, plus précieux trophée pour le lutteur que tout l'or du monde!
De grands souvenirs nous retiennent sur les côtes : c'est
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HenoeboDy Théroïque ville de Jeanne de Montfort ; c'est Quiberon^dont tout le monde sait les horribles événements; c'est Auray» enQn , Auray dont les tristes échos redisent les noms glorieux de du Guesclin, de Jean IV et de Charles de Bloîs, et dont les plaines» appelées champs ie$ Martyrs, sont toutes rougies du sang de 711 émigrés français!... Ah ! quittons ce lieu d'horreur, traversons la lande de Mi-Voie et courons à Josselin, où nous trouverons un vieux château élevé par Clisson et une image célèbre de la bonne Vierge. C'est une statue qu'un paysan a découverte au milieu d'un buisson de ronces ; on l'appelle pour cela Notre-Dame du Roncier. Un tableau placé dans l'église représente cette découverte. Il y a un pèlerinage singulier» celui des aboyeuses, qui se renouvelle souvent à.Josselin le lundi de la Pentecôte et le 15 août. Or, écoutez la légende :
La sainte Vierge, sous les traits d'une pauvre femme, passait un jour devant une fontaine. Là , quelques Bretonnes étaient occupées à laver leur linge. Le chien qui se trouvait près d'elles se mit à poursuivre avec de terribles aboiements la bonne vieille qui était toute couverte de haillons. Celle-ci est effrayée, elle appelle du secours, elle supplie les laveuses de calmer ce chien qui la menace ; mais les dures Bretonnes ne tiennent compte ni de sa frayeur ni de ses prières ; loin de là , elles excitent le méchant animal à poursuivre , à attaquer, à mordre la mendiante. Alors la pauvre vieille , saisie d'indignation, leur annonce qu'en punition de leur cruauté, elles et les filles de leur postérité seront réduites, à certaines époques, à aboyer comme des chiens.
On assure que depuis ce temps la malédiction se réalise. Les laveuses coupables furent les premières victimes. Après elles » leurs filles, de génération en génération, sont atteintes de temps en temps d'une affreuse maladie qui leur fait pousser des aboiements. On les amène à la Vierge de Josselin. Ce n'est pas sans
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peine qu'on fait approcher nos aboyeuses de la aainté nnagèt. H faut les y conduire et sonrent même les y porter. Malgré leur résistance et leurs cris , on les place deyant la statue ; on ienr en fait baiser les pieds» une» deux» trois fois» jusqu'i ce qu'elles soient guéries. Leur guérison s'annonce par un épvisemeiit» une prostration» une faiblesse qui ressemble à la mort. Tantôt il n'y en a que deux ou trois ; tantôt elles sont jusqu'& dix ou quinae. Elles ifiennént de plus près ou de plus loin » et principalement du côté de Vannes.
Des pieds de Notre-Dame du Roncier» accomplissons mi dernier pèlerinage à la croix brisée de la Mi*Voie» et Ik» unissant dans une seule pensée les malheurs et les gloires de la vieille Armorique» saluons une fois encore cette terre de ti* berté» ce peuple de héros» et vouons un immortel souvenir à la Bretagne!