II
restituer le pauvre être et le tua '. Les rancunes privées cherchèrent leur satisfaction dans le tumulte général, et, comme à toutes les époques de dissensions politiques , usurpèrent le prétexte des fections pour dénoncer, calomnier, détruire des rivaux et des ennemis. La famille des Guises resta complètement étrangère à ces exécutions dans les provinces. Quelques gouverneurs imitèrent cette opposition : le comte de Tende protégea les huguenots de Provence ; le baron de la Guiche, ceux du Charolais ; le seigneur de Sigognes, ceux de Dieppe*.
Pour apprécier l'importance de cet événement, il faut se rappeler que la persécution organisée quelques années plus tard par Marie Tudor contre les protestants anglais, persécution tellement cruelle qu'elle a laissé, comme un stign^ate ineffaçable, le nom de Marie la Sanglante à cette fille de Henri YIII, n'a pas coûté la vie pendant toute la durée du règne, d'après les évaluations les plus larges des écrivains réformés, à plus de deux cents personnes. En France, pendant les derniers mois de 1572, les massacres semblent avoir détruit environ trois ou quatre mille personnes à
1 Lettre de sir TKomas Smith à Francis Walsingham, coll. Ellis, Original letters, t. III, p. 376, publiée par H. de L4 Fbhhibib, Arck. des miss, scient. <y 1876, p. 665.
^ Même document.
Paris, et vingt-cinq ou trente mille dans le reste de la France*.
1 Voici, da reste, les chiffres donnés par les historiens. C'est Boxarm qai parait le plus se rapprocher de la vérité : la coar pontificale avait noe diplomatie admirablement organisée et connaissait trè»-exactemeDt les faits. Il y a eu deux mille six cents enterrements à Paris; on peut ajouter à ce chiffre un millier de corps restés dans la Seine ou enterrés aux frais des particuliers. On arrive ainsi à trois mille six cents environ, c'est-à-dire au chiffre indiqué au Pape et au duc d*Alva. Pour les provinces, îl est impossible d'avoir un contrôle des chiffres. On ne peut comprendre pourquoi là Popblir iàre , écrivain protestant « a réduit ses chiffres à des proportions si évidemment inexactes :
kUrmS, NOMBKB DE MOHTS
à Paris en Kranc^
Caveyrac 4,000 2,000
La Popelinière 1,000 20,000
De Thon » 20,000
Kirlcaldy (Record office Ms. queen of Scots). 2,000 »
Papyr Masson 2,000 iO,O0O
Martyrologue. . - » 15,000
Le Tocquesain 2,000
Tavannet. 2,000
Enterrements constatés et p.ayés 2,600 »
D'Aubigné 3,000
Capilupi 3,000
Bulletin du duc d'Alva . 3,500 »
Bonanni 4,000 25,000
Brantôme 4,000 »
Gomez de SiWa 5,000 «
Montfancon • 20,000
Mézeray 5,000
Archives de Simancas 5,000 m
Fébbien 30,000
Lettres aux réformés de Nenstadt 6,000 •
Claude Haton 7,000
Mémoire de TEstat de France 10,000 30,000
Davila iO,000 40,000
Le Réveil-matin 10,000 »
Peleus(HenricuslV) 10,000
SoUy 70,000
De ces exécutions tardives, deux furent particulier rement infamantes pour le duc de Guise et pour Charles IX, celles de Gavaignes et de Briquemaut. Gavaig^es était un homme de robe que Charles IX avait chargé d'instruire l'affaire de Maurevert, à l'heure où existait encore sa tendresse pour Coligny; Cavaignes avait vu Tarquebuse des gardes de Henri de Valois, il avait connu la part des Guises dans ce guet-apens ; mais comme son enquête avait été close par une catastrophe autrement compromettante , il aurait pu être épargné sans danger pour les Guises. Briquemaut était le capitaine qui avait reconnu Calais, en avait M tiré le plan » et ainsi préparé la prise de la place. Ce souvenir aurait dû lui assurer la protection du duc de Guise; « il est vrai qu'il estoit fort zélé à sa religion, mais pour cela il ne devoit mourir, ains estre pardonné pour ses grands services ' » . Pendant la nuit du 24 août, il se réfugia chez les religieux bernardins, et fut livré au moment où la cour cherchait des accusés pour un procès criminel. Cavaignes et Briquemaut furent déclarés par les juges les complices du crime de lèse-majesté qu'on inventait pour justifier aux yeux des princes protestants le meurtre de Coligny; ils fîirent condamnés à mort. Briquemaut fut en outre dégradé de la noblesse, ses enfonts dépouillés de ses biens et déclarés roturiers. Brisé par cet arrêt, le
1 BRAtiTàMB, M. de Guyse le Grand, p. 423.
vieax capitaine s'ëcria : « Qu'ont fait ces pauvres innocents?» et demanda grâce en pleurant pour ses enfants. Catherine eut une inspiration : elle promit que les enfents ne seraient pas abandonnés dans la misère y qu'ils seraient réintègres dans la noblesse, si Briquemaut, en mourant , avouait que l'amiral avait réellement conspiré contre le Roi. Savante mise en scène qui aurait couvert l'inFamie des juges et accablé Tamiral sous le mensonge d'un mourant'. Mais Briquemaut ne voulut pas racheter l'humiliation et la misère de ses enfants en se déshonorant avec son général; il résista à la tentation , et fut pendu le 26 octobre, avec Cavaignes, pendant que la jeune reine donnait naissance à une fille. Charles IX, heureux de se voir père, se procura le divertissement d'assister à cette exécution aux flambeaux. Catherine y vint aussi, traînant à sa suite Henri de Navarre. A peine les exécuteurs s'étaient-ils retirés, que les Parisiens coururent détacher les cadavres, les rouler dans les ruisseaux ; ils coupèrent les oreilles, ils n'oublièrent aucun outrage'. Le Roi, pendant ce temps, était entré à
^ Cette perfidie eut d'autant plus remarquable qu'il est probable que les enfants de Briqnemaut avaient péri dans les massacres; le père rignoraît, mais une note manuscrite indique parmi les morts de la Saint-Bartkélemy • trois enfants de M. de Briquemault ■. (Becord office, note publiée par H. db la FBRniènE, Àrch, des miss, scient.^ lS76,p. 697.)
* DiooBS, p. S78, Walsingbam to Smitb, i november 1572 : ■ On october 52 tbe young qneen wa.4 brougbt to bed of a daugbter, and tbe same daj, Briquemaut asd Cavaignes were banged by torcbligbt, tbe
ié2 LES DUCS DE GUISE. — 1572.
l'Hôtel de ville, et y recevait un somptueux repas que lui offraient, à grands frais ', les bourgeois.
king, the queen mother and the king of Navarre being lookers on. About an hour after the exécution, the cruel and bloody people of this town, took their bodies from the gallows and drew tkem about the streets, cutting of their ears, and omitting no other kind of villanons and barbaroufl cruelty, m
^ Voir les comptes de la dépense de ce repas, Sauval, t. III, p. 368.