‹ Les ducs de Guise et leur époqueChapitre 26 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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feroient au Roy de réformer sa maison , estre casses comme n'estant nécessaires '. ■ Rustres encore et ne sachant guère que le patois de leurs villages, ils restaient grossiers et naïfs. Përiac, l'un d'eux, comprend vaguement que le discours du Roi traite de la nécessite de poignarder le duc de Guise, et il l'interrompt avec une joyeuse iamilîarité, en lui frappant le ventre du plat de la main, et en criant : « Gap de Jou! je bous le rendrai mort. > Rassuré par l'enthousiasme de ces jeunes gens, Henri III les poste lui-même dans sa chambre et dans les couloirs, puis il se retire dans son cabinet, s'impatiente de ne pas voir arriver le duc de Guise, se trouble, apprend enfin à huit heures et demie que Henri de Guise vient de pénétrer dans la salle du conseil.

Henri de Guise avait eu troid sons son pourp<Hnt de satin ; la nuit l'avait fatigué. Eu entrant, il éprouve mal au cœur et a un frisson de faiblesse; l'œil du côté de la balafre sécrète quelques larmes. ■ J'ai froid, dit* il, du feu!> Pendant qu'on ajoute du bois dans la cheminée, il dit à M. de Morfontaine, trésorier de l'Épargne : ■ Je vous prie de dire à M. de Saint-Prix qufî je le prie de me donner des raisins de Damas, ou de la conserve de roses. « On ne trouve que des prunes de Brignolles; il commence à en manger. M. de Murillac, louitre des requêtes, lit un rapport sur

«d. Didier, p. 81.

les gabelles, lorsque la porte s'ouvre, etFon voit avancer Bevol, secrétaire d'État, qui dit au duc : « Monsieur, le Roy vous demande ; il est en son vieux cabinet » , puis qui disparaît en toute hâte. Le duc ne remarque pas cette précipitation à se retirer, ni l'émotion de Revol, qui était tellement pâli que le Roi venait de lui dire un instant auparavant : «Mon Dieu, Revol, que vous estes pasle ! Frottez vos joues, Revol, frottez vos joues ! » Le duc de Guise se lève, met quelques prunes dans son drageoir d'argent, laisse les autres sur le tapis : « Messieurs, dit-il, qui en veut? » Il jette son manteau sur le poignet gauche, tient ses gants et le drageoir de la même main, porte à sa barbe les doigts de la main droite, est salué et suivi par les quarante-cinq qui l'attendent. A deux pas de la porte du vieux cabinet, il se retourne afin de voir pourquoi on le suit, est aussitôt frappé dans les reins d un coup d'épée, puis couvert de coups de poignard et d'épée; il saisit quelques-uns des meurtriers, les entraine, puis va tomber près du lit du Roi.

En entendant ce bruit, le cardinal de Guise interrompt le conseil, se lève : « Âh, dit-il, on tue mon frère! — Ne bougez, monsieur, lui répond le maréchal d'Aumont en tirant son épée, le Roi a besoin de vous! •

Au même moment, le Roi entr'ouvrait la porte de

son cabinet, et, voyant le corps, donnait ordre de

fouiller les poches. Pendant qu'on détachait les

chausses, le Balafré u jettant un gros et profond soupir, comme d'une voix enrouée, rendit l'asme ' » . Le corps fut recouvert d'un « manteau gris et d'une croix de paille ' », et « laissé quelque temps gisant et exposé aux opprobres et moqueries des courtisans qui l'appeloient le beau roi de Paris ' ». On ne se contenta pas de l'insulter en paroles : « Un cœur de diamant fut pris, ce dit-on, en son doigt par le sieur d'Entragues *. » Pour que les ligueurs ne pussent se procurer des reliques de leur chef, le cadavre fut brûlé parles soins de M. de Richelieu, grand prévôt de France, et les cendres furent jetées dans la Loire. Dans la matinée même, Henri III fit arrêter tout ce qu'il put trouver à Blois de membres de la famille : le prince de Joinville, fils afné du duc, devenu le nouveau duc de Guise; le cardinal de Guise, frère du mort; la duchesse de Nemours, sa mère; le duc d'EI* beuf, son oncle, et avec eux les principaux chefs de la Ligue, l'archevêque de Lyon, le cardinal de Bourbon, le duc de Nemours, les sieurs de Brissac et de Boisdauphin ; enfin , en pleine séance des états, les plus turbulents des députés de Paris, Lacbapelle-Marteau,

' MiRON.

a Id.

5 L'ESTOILB.

^ MiR09i. Quant au geste de Henri 111 pouêsant le corps du pied et ^ disant : • Mon Dieu, qu'il est grand ! ■ il est assez vraisemblable, mais ne figure pas sur les manuscrits de l%stoile. Il a été ajouté par le premier éditeur des journaux de l'Estoile.

le président de Neuilly, les ëcheyins Gotteblanche et Compans ' . Dans cette journée du 23 décembre , Henri III montra plus d*actiyité qu'à aucune autre époque de sa vie; pendant la soirée , il fut averti que les états du clergé devaient lui réclamer le lendemain la mise en liberté du cardinal de Guise, et il se décida à prévenir cette démarche y qui pouvait être dangereuse, en détruisant auparavant le cardinal. L'horreur du sacrilège fit reculer plusieurs meurtriers. Le dernier favori du Roi, qui se nommait Le Gast, refusa de s'en charger; égorger dans une prison un prince de l'Église, sous sa pourpre, semblait le plus horrible des crimes. On finit cependant par obtenir, « pour quatre cents escus, quatre instrumens de cette exécution, lesquels, montés au galetas, le massacrèrent à coups de dagues, de halebardes et autres ferremens. Après cette exécution et aussitost que Sa Majesté fut advertie que c'en estoit faict, elle sortit pour aller à la messe'. »

Catherine, en voyant ruiner avec sa politique de ménagement pour les Guises tout espoir de succession au trône pour son petit-fils, se sentit frappée au cœur par cet acte d'indépendance du Roi. « Quand soudain après la mort de M. de Guise, le Roi la lui vint assez brusquement annoncer, elle reçut tel trouble en son

1 L'ESTOILB.

s L'EsToiLB, t. I, p. 268.

asme, que dès lors elle commença d'empirer à veue d'œiP.» Elle eut cependant la présence d'esprit de faire un effort pour sauver les derniers débris de la famille. « La Reyne mère dict : — Mon fils, octroyezmoi une requeste que je tous veulx faire. — Selon que sera, madame. — C'est que vous me donniez > le prince de Joinville, fils atné du Balafré, et le duc de Nemours, fils de la veuve du grand François de Guise; M ils sont jeunes, ils vous fa iront un jour service. — Je le veulx biexi, dit-il, madame ; je vous donne les corps et en retiendray les testes '. »

Oubliée bientôt dans sa chambre, seule avec ses souvenirs, elle voulut ^ « quatre ou cinq jours après, visiter M. le cardinal de Bourbon, prisonnier; lors ils commencèrent tous deux à faire fontaine de leurs yeux. Et soudain après, cette pauvre dame retourne dans sa chambre sans souper, et le mercredi, veille des Rois ', elle meurt », le 5 janvier 1589, treize jours après le meurtre du duc de Guise.

La scène se dégage pour Henri de Navarre.

1 Pasquier, liy. XIII, lettre viii, à maistre Nicolas Pasquier, son

3 Lettres missives de Henri IV, t. II, p. 416. * Pasquibu.

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