‹ Les ducs de Guise et leur époqueChapitre 32 sur 33 · II. S · texte numérisé non relu

II. S

était dans un commerce de galanterie avec Goligny; elle lut et montra une lettre qui avait été trouvée dans son salon, et fit courir le bruit que cette lettre avait été écrite par la duchesse de LongueviUe et perdue par Goligny. La vérité est que la lettre était adressée par madame de Fouquerolles à M. de Maulevrier ^« La Régente ne put tolérer qu*un pareil outrage fût inEligé à la sœur di^ grand Gondé; elle obligea la duchesse de Montbazon à venir présenter chez madame de Longueville des excuses assez humiliantes, et l'exila ensuite dans ses terres. La fière Longueville ne fut pas satis* faite; elle força Goligny à se présenter comme son chevalier et à provoquer le champion de madame de Montbazon. Pourquoi est-ce le duc de Guise qui se trouva l'adversaire de Goligny? Les contemporains ont négligé de le dire ; la Rochefoucauld indique seulement qu'il « avoit été mêlé dans cette affaire ' » , peut-être par une simple légèreté de langue.

Goligny était le petit-fils de l'amiral , mais les vrais héritiers du grand Goligny étaient les fils de sa fille, les princes d'Orange; celui qui portait son nom n'avait aucune qualité intellectuelle, ni militaire; «il

étoit fbible et peu adroit, et il relevoit d'une longue maladie ; il choisit d'Estrades, qui depuis a été maréchal de France, pour appeler le duc de Guise, qui se

< Madame db Mottetii.lb, Mémoires, p. 58.

3 La Roghbfodcacld, Mémoires, édit. Didier, p. 398*

servit de Bridieu , et ils prirent leur rendez-vous à la place Royale. Le duc de Guise, en mettant l'épée à la main, dit à Coligny : — Nous allons décider les anciennes querelles de nos deux maisons, et on verra quelle différence on doit mettre entre le sang de Guise et celui de Coligny ^ » Le jugement fut promptement prononcé, « le duc de Guise eut de Tavantage sur le martyr de madame de Longueville ; il lui donna un grand coup d'épée dans le bras ^ » . La Rochefoucauld, qui vivait dans ce monde, raconte que « le duc de Guise, pour Toutrager, en lui étant son épée, le frappa du plat de la sienne. D'Estrades et Bridieu se blessèrent dangereusement Tun et l'autre, et furent séparés par le duc de Guise. Coligny, accablé de douleur d'avoir si mal soutenu une si belle cause , mourut quatre ou cinq mois après d'une maladie de langueur. »

Peut-être le coup du plat de l'épée est dû à l'imagination des salons, comme la légende de Coligny renversé demandant la vie à son rival qui aurait pu le tuer par terre, suivant les lois du duel :

S'il a demandé la vie, Ne l'en blâmez nullement, G*e«t pour être votre amant...,

disait la chanson à madame de Longueville qui passa pour avoir été spectatrice du duel, dans un des hôtels

1 Là RocBEFOVCACLD, Mémoires, p. 398.

^ Madame de Mottevillb, Mémoires.

de la place Royale, « chez la vieille duchesse de Bohan, cachée à une fenêtre; mais elle eut peu de satisfaction de ce combat ' »> •

Ce souvenir, ou plutôt cette parodie des luttes entre les grands hommes du siècle précédent , amusa les beaux-esprits, mais n'ajouta guère à la considération du duc de Guise. « Il a donné, disait-on à la cour, de si grandes marques de sa légèreté, soit dans la galanterie, soit dans l'amour légitime, qu'une femme ne sauroit jamais le louer sans manquer à ce qu'elle doit à son sexe '. » Mazarin le regardait comme un homme léger et capable de se compromettre dans toutes les méchantes affaires '. La propre mère du duc de Guise ne cachait pas le peu d'estime que lui inspirait la conduite d'un fils jugé sévèrement par les gens sérieux. Son autre fils, le duc de Joyeuse, n'offrait pas davantage l'exemple de la constance. Il s'éprit d'abord de la petite-fille du duc d'Épemon *, « Ce fut principalement dans ces bals-là qu'il témoigna tout à fait sa passion pour mademoiselle d'Épernon, et mademoiselle d'Épemon n'en avoit pas moins pour ce

1 Madame de Mottbyille, Mémoires,

« /</., ibid,

3 Ck>C8i5, Journal des savants, 1854, p. 693, les Carnets de Maza^ rvif carnet m, p. 39 : • Madama di Guisa dîsgutatisêîma dî suo figlio. Ne ha parlato a M. di Chavigni... ■ P. 63 : « Il daca é leggiero e capace d'impegiiarsii in ogni cattivo affare. •

^ La mère de mndemuiselle d*£pernon était Gabrielle-Ângélique de Bourbon, fille légitimée de Henri IV et de la marquiae de Vemeail, et duchesse d*Épemon.

inariag[e. Pour moi, je le souhaitois beaucoup aussi ^ dit mademoiselle de Montpensier ^ ; cependant les chucboteries de mademoiselle de Guise sur cette affaire envers madame sa mère ruinèrent ce dessein. » Dominé par les caprices de sa sœur, le duc de Joyeuse tomba amoureux de mademoiselle de Guerchy', et oublia la pauvre Anne d'Épemon qui s'enfuit , belle , enviée, héritière unique , aux carmélites de la rue Saint-Jacques, sous le nom de sœur Anne-Marie de Jésus. Bientôt mademoiselle de Guerchy fut oubliée également, et le duc de Joyeuse adressa ses galanteries à Marie de Valois, fille unique du duc d'Angouléme.

Tous les petits-fils des grands Guises n'étaient pas descendus à ce degré de frivolité et d'oisiveté. Un homme restait, mais un seul dans toute la famille. C'était le comte d'Harcourt, né en 1601, fils du duc d'Elbeuf '. Tête firoide, soldat actif, adroit politique, il savait donner des ordres et les faire exécuter, diriger des manœuvres rapides, instruire des chefs. Presque tous les Ueutenants généraux de la première moitié du règne de Louis XIV avaient été formés à son école. Ses campagnes d'Italie ont été regardées longtemps comme un modèle de stratégie, et pendant les guerres civiles il a été l'adversaire souvent heureux du grand

^ Mademoiselle de Mositpeiisiir, Mémoires, t. I, p. 90.

« Id;, ibid.y t. I, p. 108.

-^ Voir le tableau généalogiqae ï, la fin du premier volume.

Gondé. Il avait épousé une cousine de Richelieu '» et resta presque constamment fidèle à la fortune de Mazarin *.

Le duc de Guise ne figura pas non plus parmi les ennemis de Mazarin ; mais s*il évita de se mêler aux désordres de la Fronde, c'est qu'il eut, à cette époque, Tàme absorbée tout entière par une pensée unique, le désir d'un nouveau mariage. Oublieux de ses deux femmes, il voulut épouser une des filles d'honneur d'Anne d'Autriche, Suzanne de Pons, fille de Jean- Jacques de Pons, marquis de la Gaze. Suzanne, « qui n'étoit pas fâchée d'avoir un amant sous la figure d'un mari ' » , feignit d'ajouter foi à ce troisième mariage, se retira dans un couvent irrégulieï* pour y vivre < sous les ordres du duc de Guise, servie par ses officiers, et défrayée à ses dépens ^ » . Dès lors Henri de Guise ne songea plus qu'à obtenir la nullité des deux premiers mariages, pour faire accepter le troisième, et il partit « le lundi 29 octobre 1646 avec M. l'abbé d'Elbeuf pour aller à Rome faire rompre son mariage avec madame de Bossu ^ » .

1 Mai^erite de GambouC, veuve du duc de Puylaureos.

2 La mort de cet homme de guerre fut assez étrange; elle fut la conséquence d*une certaine défaillance qu'il eut, dans un monastère, à Fâge de soisante^six.ans. Les détails de cet accident s#Bt donnés dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, cabinet des titres, carton des Guises, publié par Bouille, t. IV, p. 478.

^ Madame de Mottevillb, Mémoires j p. 64.

* /</., i6irf., p. 141.

^ Olivier d'Ormessoet, Journal publié par M. Chéruel.

Après sept mois de sollicitations près du Saint-Père, il n'obtenait pas de solution, lorsqu'il imagina subitement un moyen d'acquérir une influence prédominante près du trône pontifical, et d'offrir à sa bien aimée une couronhe conquise pour elle. Il s'avisa de faire valoir ses droits sur le royaume de Naples, en rappelant les prétentions des premiers Guises à représenter la dynastie angevine, et de se montrer ainsi b r£urope comme « le véritable portrait de nos anciens paladins ' » . Le peuple de la ville de Naples venait à ce moment de secouer la domination espagnole ; le chef qu'il s'était élu, Thomas Aniello, avait été massacré après un règne de trois jours; le prince de Massa, qui lui avait succédé, avait été égorgé de même. Le meneur de ces meurtriers, l'armurier Gennaro Annese, craignant un sort semblable, voulut s'abriter derrière un paladin, accueillit les offres du duc de Guise, et proposa de le proclamer général de la République napolitaine. Annese était un de ces parleurs qui se mêlent aux émeutes, y cherchent leur profit et sauvent souvent leur tète par une trahison opportune.

C'est à cet intrigant, faux et lâche, que se confia naïvement le duc de Guise : il s'avança, le 15 novembre, avec deux hommes, dans une chaloupe, au milieu de la baie de Naples : sous le feu de la flotte

^ Madame db Mottivillb.

espagnole, il débarqua, sans soldats, sans argent, sans poudre. Ces salves de Tartillerie ennemie, cette audace d apparaître seul, en plein jour, dansun pays inconnu, à travers une flotte de blocus, donnaient à cette entreprise un aspect théâtral qui fut suffisant pour soulever l'enthousiasme des lazzaroni. On lui brûla de l'encens sous le nez, on se battit pour s'arracher les sequîns qu'il tirait de ses poches. «La femme du général Annese, qui n'était ni belle, ni propre, lui fit la chemise qu'il mit ]e lendemain ' . »

Il put bientôt apercevoir les résultats de son imprévoyante folie; s'il visitait un poste avancé, tous les hommes y étaient acc€d)lés du sommeil de l'ivresse; sans ami, dans une ville prise de dé^nence, au milieu d'une population criarde et fuyarde, il n'avait plus, comme son grand-père, au temps des barricades, les gardes bourgeoises qu'endoctrinaient les curés, mais des chefs insolents, l'armurier Annese, qui se disait son collègue, et des gens qui l'abandonnaient au moment des sorties, ou qui livraient ses projets aux Espagnols.

De toutes les trahisons, la plus cruelle et la moins soupçonnée fîit celle de la jeune fille pour laquelle il s'était jeté dans ces aventures. La belle Suzanne de Pons ne fut pas touchée par tant de périls encourus pour lui plaire. «Gela ne l'empéchoit pas de se divertir.

^ Madame de Motteyillr, Mémoires, p. 141.

Cette âme, gloutonne de plaisir, n'étoit pas satisfaite d'un amant absent qui l'adoroit, d'un héros qui, pour la mériter, Touloit se faire souverain et mettre à ses pieds toutes ses victoires ' . » Elle oublia promptement le pauvre duc; elle «lui fit sentir, à son tour, les infidélités qu'il avoit faites à la princesse Anne de Gonzague et à la comtesse de Bossu. Et, par un échange honteux pour elle, l'écuyer de ce prince prit enfin dans son cœur la place de son mattre '. »

La Régente, indignée de ce scandale, la fit enfermer au couvent des Filles de Sainte-Marie ; elle y «demeura, malgré elle, jusqu'à ce que le peu de bonheur du duc de Guise et Tinclination de la demoiselle, qui n'étoit pas tournée du côté de la pénitence, la mirent dans une entière liberté » .

Ce qui acheva de perdre dans le ridicule le conquérant de Naples fut sa robuste crédulité dans la constance de Suzanne et son obstination à ne pas croire à la félicité de l'écuyer Malicorne, qu'il avait placé près d'elle. Il ne sut pas déguiser son indignation contre la Régente, en apprenant que sa bien-aimée était enfermée. Les infidélités dont il avait été victime étaient la fable de toute la cour, lorsque arrivèrent ses lettres, qui demandaient que mademoiselle Pons fût remise en liberté. « Exposant, disait le pauvre duc, ma personne dans les périls continuels où je me trouve tous les

* Madame db Mottrvillb, Mémoires, p. 154.

2 !d,, ibid.

jours, et de trahison et de poison» et ne prétendant pour récompense de mes travaux que de pouvoir passer ma vie avec mademoiselle de Pons, j'ai appris avec un regret extrême la rigueur dont Votre Majesté a usé envers elle ^ » Il ajoutait qu*il n'estimait sans elle « ni la fortune, ni la grandeur, ni même la vie» .

Il fiit moins aveugle avec Gennaro Annese, lui retira son commandement, et ne réussit, par cette mesure incomplète, qu'à précipiter le dénoùment. Annese introduisit les Espagnols dans la ville, et fut aussitôt pendu par eux, comme il le méritait doublement. Le duc de Guise, fait prisonnier le lendemain, (ut em* barque pour TEspagne, et resta plusieurs années enfermé. Il s'abaissa, pour obtenir sa liberté, aux promesses les plus fausses et aux offres les plus honteuses ; ses lettres uu roi d'Espagne existent encore dans nos archives. Il offre d'introduire en France les armées espagnoles à travers son gouvernement de Provence ou ses domaines de Guise : il se déclare prêt à employer, pour les intérêts de l'Espagne, « sa personne, son crédit, sa vie et celle de tous ses amys « • Il attend d avec une impatience extraordinaire les intentions de Sa Majesté pour y obéir avec autant de ponctualité qu'il en apportera toute sa vie à l'exécution de ses volontés ^ » . Ses véritables ennemis sont en France ,

' Madame DE Mottbville, Mémoires, p. 151.

'•^ Ms Simancas, A. 3â, pièce il (Archives nationale.^).

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comme ceux de l'Espagne, et il n'a «jamais souhaité la liberté que pour rendre à Sa Majesté des services considérableSy restablir sa maison, et se venger de tous les mauvais traitements et injures que ses prédécesseurs etluy avoient receu delà couronne de France • » . Après quatre ans, il fut enfin mis en liberté. Le prince de Condé, « sans avoir aucune habitude avec lui, par pure générosité, le demanda aux Espagnols au lieu de sommes fort considérables qu'ils lui dévoient ^ » . Mais avant de le laisser retourner en France, le roi d'Espagne lui fit promettre, sous la foi du serment, et lui fit signer un engagement écrit de ne prendre part à aucune expédition contre le royaume de Naples.

Ainsi libre par la protection du prince de Gondé et sous la promesse de ne plus retourner à Naples, le duc de Guise s'empressa de faire deux choses : il prit séance au Parlement et vota, dès son retour, avec les autres pairs, la condamnation du prince de Gondé et de toute sa famille poiu* crimes de haute trahison et de lèse^majesté ; « il fut présent à tout ce qui se passa contre tout le monde * » ; puis il prépara une nouvelle expédition dans le royaume de Naples.

Il se glissa dans les bonnes grâces de Mazarin afin

^ Ms Simancas, Â. 32, pièce 7 (Archives nationales).

' Mademoiselle db Mo:(TPEKsier, Mémoires, t. 11, p. 221.

3 /</., ibid.

Mk LES DUCS DE GUISE

•de (aire mettre une flotte française au service de ses prétentions. Contre sa parole, il reparut à Naples le ^6 octobre 1654, enleva Gastellamare, et, après quelques combats douteux, jugea prudent de se rembarquer £ur les vaisseaux français et de se réfugier à Paris, non «ans avoir fait tuer un grand nombre des jeunes gentilshommes qui l'avaient suivi dans Tespoir d'une glorieuse conquête.

Il montrait moins de fermeté à garder la reconnaissance des services rendus ou la foi jurée qu'à repousser les supplications de la femme qu'il avait épousée à firuxelles. La comtesse de Bossu chercha à le rencontrer après ce second échec de Naples. Mademoiselle de Montpensier, fille du duc d'Orléans, qui vint la voir dans le couvent où elle s'était retirée à Paris, dit : «Je la trouvai au lit; elle me parut fort agréable* Elle est flatteuse, a de Tesprit, et dans une conversation le peu de jugement ne paroist pas. Je la fis lever pour voir sa taille, elle l'a assez belle. » Quelque temps après, elle la fit appeler dans sa chambre, au Luxembourg, un jour que Guise y était seul. En entrant, la comtesse de Bossu « se jeta aux pieds de M. de Guise, lui disant : — Ayez pitié de moi, songez à l'état où je suis et à celui où vous devez être, à l'amitié que vous avez eue pour moi. — Il lui dit : — Madame, levez-vous, je suis votre serviteur. — Force civilités d'un air froid et peu attendri. Elle lui disoit : — Mais vous m'avez aimée, vous m'avez trouvée belle! — Oui, mais je ne

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TOUS aime plus, parce que vous êtes changée. Il lui dit assez de duretés '. »

Au milieu de ces difficultés avec ses trois femmes et leslazzaroni, le duc de Guise s'amoindrit; ses voyages^ ses années de prison Técartèrent des événements de la France. Ce n'était plus un Guise, c'était le petit abbé de BetZy qui avait réveillé le souvenir des barricades, poussé contre les gardes d^i Roi les pertuisanes et les arquebuses du siècle dernier, mis sur la gorge desbourgeois les hausse-cols gravés à la devise : « Saint Jacques Clément, priez pour nous ' » , et essayé, par divertissement, le rôle du Balafré. Le duc de Guise laissait passer la Fronde, et les campagnes d'Alsace, et la paix des Pyrénées ; il ne voyait rien autour de lui ; satisfait de vivre en prince, avec trente-six pages et douze Maures*, submergé par le flot montant dessplendeurs récentes, enseveli dans la foule des Itavoris, des hommes de guerre, âes ducs, des légitimés, des princes du sang, une France joyeuse et glorieuse. Tardes et Lauzun, Turenne et Luxembourg, la Rochefoucauld et Rohan, les Yendômes, le grand Gondé, le duc d'Orléans. Dans ce monde nouveau, les Guises restaient comme un débris d'un autre âge, une ruine.

Le duc de Guise mourut en 1664, laissant son titre au fils aîné de son frère, le duc de Joyeuse. Ce sixième

^ Mademoi^lIe.DB MoHTPBitsiKii, Mémoireê, U II, p. 440. 3 Cardinal de Detz, Mémoires, éd. Pedtot, i. I, p. 231. 3 Olivier D*0auES<OK, Journal,

duc de Guise, Louis-Joseph, était un enfant de seize ans, dont la tante entreprit d'assurer la fortune. Cette tante, mademoiselle de Guise, «ëtoit une personne de beaucoup d'esprit et de desseins fort dignes des Guises ses pères ' » . Elle eut assez de crédit pour faire ëpouser à son jeune neveu une fille de 'Gaston d'Orléans, a Bossue et contrefaite à l'excès, elle avoit mieux aimé épouser le dernier duc de Guise, en mai 1667, que de ne se point marier '. »

Le nouveau duc de Guise put éprouver, par cette union, à quel degré sa maison était déchue. Ce n'était plus le temps où la petite-fille d'un duc de Guise devenait reine de France et luttait contre Catherine de Médici. Le mariage parut si peu important qu*on oublia une partie des préparatifs. On «y avoit si peu pourvu qu'ils n'eurent point de carreaux. On alla en chercher, on ne trouva que ceux des chiens de madame de Montespan. Madame de Montespan me le conta le plus plaisamment du monde. Elle dit : J'étois dans la tribune ; quand ils se levèrent à l'évangile, et que je vis les carreaux de mes chiens ainsi honorés et servant à une telle noce, cela me fit rire*. »

Mais la nouvelle duchesse de Guise n'en fut que plus exi{j('ante sur le cérémonial de chaque jour : « Tous les respects dus à une petite-fille de France furent

1 Saint-Simon, Mémoires, t. I, p. 106.

3 Madoiiitiinellt DB MoNTP£tf8iBB, Mémoires, t. IV, p. 45.

conservés. M. de Guise n'eut qu'un ployant devant madame sa femme. Tous les jours, à dîner, il lui donnoit la serviette, et quand elle ëtoit dans son fauteuil, et qu'elle avoit déployé sa serviette, M. de Guise debout, elle ordonnoit qu'on lui apportât un couvert, qui étoit toujours prêt au buffet. Ge^ couvert se mettoit en retour au bout de la table, puis elle disoit à M. de Guise de s'y mettre, et il s'y mettoit. Tout le reste étoit observé avec la même exactitude, et cela se re* commençoit tous lès jours ^.v

Si fière avec son mari, elle n'en était que plus obséquieuse près du Roi, et s'efforçait de faire sa cour à une servante espagnole que la reine Marie-Thérèse avait amenée avec elle pour soigner son chocolat et ses bouillons. Cette fille, nommée la Molina, a étoit, dit Mademoiselle ', la plus laide créature que l'on ait jamais vue. Ma sœur de Guise lui baisoit les mains, et l'on dit qu'elle l'appeloit Maman, et lui faisoit mille présents, et toutes les femmes lui en foisoient aussi pour être bien traitées de la Reine. »

Le jeune duc Louis-Joseph aimait la Fontaine, et se fit dédier un recueil de ses fiables. Il mourut à vingtdeux ans, laissant un fils «qui étoit un enfant très-malsain, qui ne se soutenoit pas à six ans, étoit tout misérable * », et qui succomba en juillet 1675. Sa mère en

1 Saint-Simosi, Mémoires, t. I, p. 106.

2 Id., ibid., t. IV, p. 412,

** Mademoûelle db Moktpbnsibb, Mémoires, t. IV, p. 370.

fiut affligée, dit le duc de Saint-Simon, jusqu'à en avoir oublie son Pater. C'était FrançoisJoseph, le septième et dernier duc de Guise.

Le titre de duc de Guise ne fut pas relevé par les autres descendants du fondateur de la race ; toutes les branches furent éteintes de bonne heure ; la seule qui se soit prolongée jusqu'à notre époque est celle du marquis d'^Elbeuf, septième fils du duc Claude de Guise; elle disparut avec le prince de Lambesc, qui, né en 1751, mourut en 1825.

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