‹ Les ducs de Guise et leur époqueChapitre 6 sur 33 · LA JEUNESSE DU DUC HENRI DE GUISE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DU DUC HENRI DE GUISE

Henri de Guise avait vu succomber en pleine gloire, au milieu de son armée , ce père si grand, si obéi, si idolâtré ; cet évanouissement subit des grandeurs , et cette dispersion des amis les plus fidèles, donnaient au jeune duc la passion de la vengeance, et le trempaient dès son enfance pour les haines ardentes et les représailles implacables. Il héritait de revenus considérables , mais avec la charge de deux cent mille écus de dettes ' ^ntractées à entretenir tant de clients et de troupes armées, durant les mois qui précédèrent là guerre civile. Catherine refusait durement de s'associer à ses vengeances, et ne dissimulait pas son désir d*étre débarrassée des Guises. Quand la fisimille entière se présenta devant le jeune Charles IX, avec un éclat un peu théâtral, la duchesse Antoinette et la duchesse Anne, la mère et la veuve du héros, couvertes

< Président Hékavlt, p. 342.

de crêpes noirs, et tous les princes de la maison, drapés de noir, pour demander u justice de la mort du feu duc de Guise contre l'amiral, Leurs Majestés commandèrent à ceux de Guise d'attendre le temps et l'occasion * » . S'ils insistaient , quelques mois plus tard , ils étaient repoussés de nouveau ; on leur répondait que « le Roy ne vouloit entrer en cognoissance de cette cause * » .

Autour de lui , nul appui pour le jeune duc; l'aïeule Antoinette ne portait pas ses idées au delà des murs du château de JoinviUe; l'important, à ses yeux, était de détruire Thérésie à Joinville. Un de ses vassaux, M. de Raynel, eut l'imprudence de rentrer dans ses domaines, après la paix , bien qu'il eût servi dans la cavalerie de Gondé : la vieille duchesse le fit pendre '. La veuve, aussitôt après ses premières démarches contre Coligny, se donnait tout entière à ses intrig[ues contre Françoise de Rohan et à son mariage avec Nemours. Le fils conservait seul la douleur dans toute son amertume; il la vit défier par d'Andelot qui vint sous ses yeux, avec cent gentilshommes bien armés, épouser près de Nancy la dame d'Assenleville : durant trois jours et trois nuits, l'enfant entendit le bruit des fêtes. « Que n'ai-je une arquebuse, disait-il, pour tirer sur ces vilains ! »

1 Castblsiau, p. 498.

2 Id.y p. 50Î,

3 Guise, MémoireS'journaux.

Mais en se voyant forcé de concentrer en lui seul le soin de la vengeance, il sut la préparer sans aigreur, avec la liberté d*esprit d'un Italien. Il avait la grâce méridionale de sa mère , le charme et la témérité des Corgia, une figure douce, des cheveux blonds. Il accueillait chacun avec un mot heureux, était adroit dans ses reparties , souple et vigoureux dans les exercices du corps, tellement séduisant qu*on a pu dire de lui plus tard : « Les huguenots estoient de la Ligue, quand ils regardoient le duc de Guise. »

Dès Tenfance, il était déjà dominateur. Marguerite de Valois parlant à Henri II, son père, du petit Henri de Guise, disait : « Il fait toujours le mal, et veut estre le maistre partout ' . » Les émotions précoces et cette prédestination à être Tennemi des chefs protestants l'obligèrent à forcer ses talents et à exagérer même sa bravoure, pour se maintenir constamment sous les regards. Les deux premiers ducs de Guise ne se seraient pas mêlés comme lui à la petite bourgeoisie, n'auraient pas flatté les chefs des métiers, suivi les matiages et les enterrements, porté les enfants sur les fonts baptismaux ; de même , ils ne se mettaient à la téie d'une charge de cavalerie que pour assurer une victoire, et non pour faire parade d une vaillance dan- •çereuse. Plus Italien que Lorrain, plutôt conspirateur 4]u'homme d'État, et plutôt paladin que général, le

^ Màroveritb de Valois, Mémoires,

troisième duc de Guise était populaire autant par ses dëfeuts que par ses qualités. Ses défauts étaient surtout la conséquence du malheureux événement qui le laissait seul à treize ans, mais ils furent développés et cultivés par les funestes conseils du cardinal de Lorraine.

Ce prélat ne pouvait comprendre que la mort de son frère mettait fin à son pouvoir. Aux heures de sa toute-puissance^ il s'était Bguré que ses menées secrètes et ses discours solennels avaient autant servi à l'élévation de la maison, que la défense de Metz ou la prise de Calais. Aussi sa déception fut pénible lorsqu'à son retour au château de Fontainebleau, « on le fit attendre environ deux heures avant que pouvoir parler au Roy et à la Royne, lesquels on avoit faict promener tout à ce propos' ». La valetaille même cessa de le respecter ; il voulut prêcher à la chapelle du Palais, et, en montant en chaire, il s'aperçut qu'avant qu'il y entrât, « il y eust un villain qui y estoit allé fiEiire ses villeinies ' n . Tant de charges et de dignités, tant d'obligés et de fidèles, n'était-ce pas assez de forces pour repousser les affronts, et se montrer redoutable encore? Le cardinal voulut frapper les esprits par un coup éclatant : il tenta le grand moyen qui n'avait jamais failli à son frère, et résolut de faire

^ Co9DB, Mémoires, t. II, p. 190. G*éuît en férrler 1564. « Id.y ibid.

une entrée solennelle à Paris, avec le jeune duc et une escorte de cavaliers bien armes.

Pour assurer l'enthousiasme populaire et prendre en même temps ses précautions contre tout dang^er, le cardinal s'était concerté avec son frère le duc d'Aumale, qui devait pénétrer par une autre porte de la ville et se tenir prêt à rejoindre son cortège. Le cardinal, suivi de cinquante arquebusiers et de quelques centaines « de ses amis et serviteurs, avec armes, pistolets et arquebuses » , se dirigea de bon matin vers la porte Saint-Denis. Mais, à Saint-Denis, il fiit abordé par un gentilhomme du maréchal de Montmorency, gouverneur de Tlsle de France , qui le pria « de n'aller pas a Paris avec telle compagnie. Le cardinal se délibéra d'y entrer, ne iaisant pas grand compte de cette prière * « , et continua à s'avancer.

Le maréchal de Montmorency était depuis longtemps lié par une sympathie secrète avec Coligny et d'Ândelot, ainsi que ses frères d'Amville, Méru et Thoré. Mais ces quatre fils du connétable avaient toujours été retenus dans le parti catholique par la rude discipline de leur père ; de même qu'ils s'étaient soumis à ses choix pour leurs mariages, ils sacrifièrent aussi les scrupules de leurs consciences à son autorité. Toutefois, leur dépit n'attendait qu'une occasion pour éclater. En apprenant le mépris que le cardinal témoi-

1 Castelhav, p. 51 S.

gnait de ses prières, le maréchal de Montmorency monta joyeusement à cheval , prit le commandement de ses compagnies d'ordonnance, se fit suivre de quelques gens de pied, et résolut de contraindre par la force le fanfaron à Tobéissance. Quand il arriva rue Saint-Denis, il aperçut le cortège qui pénétrait en ville, il fit prendre le galop à sa cavalerie, et en quelques minutes il eut désarmé entièrement l'escorte du Lorrain ; il n'y eut de tué qu'un homme « qui faisoit résistance de rendre ses pistolets. Le cardinal se saulva en la maison d'un marchand '. »

Mais, dans cette fuite précipitée, l'^^ncle du jeune duc laissa voir une telle épouvante , le contraste entre l'insolence de ses bravades du matin et les effets de la peur dans la journée fut si plaisant, que « l'on dit que le cardinal estoit si résolu que ses chausses luy servie rent de bassin et son pourpoinct de selle percée ^ » . A la nuit, il se réfugia dans son hôtel de Gluny et s'y mit en état de défense, mais il n'y éprouva pas d'autre ennui que d'entendre chanter sous ses fenêtres par les impitoyables Parisiens un refrain improvisé :

Monsieur le MarescKal

Luy fisc très-bien sa saulce;

Py, fy du cardinal

Qui embrena sa chausse. ^

Le peuple n'aime pas les vaincus ; il est cruel contre

' Castel5au, p. 512.

^ Légende du cardinal de Lorraine publiée dans les Mémoires de ConHé,u Vï, p. 92.

ceux qu'il aurait acclames avec fureur s*ils avaient réussi. Si empressés naguère près du conquérant de Calais, les Parisiens furent humbles devant l'énergie du maréchal de Montmorency qui « à leur nez et dans leurs rues fist ceste bravade à M. le cardinal. Au diable T-un des habitants qui osa crouler, remuer, ni sonner le moindre mot^ n Honteusement abandonné par eux, le cardinal s'enfuit le lendemain « aux lanternes » , et courut s'enfermer à Reims. Le jeune duc avait dû mettre pied à terre comme lui , dans la rue Saint-Denis, et se réfugier chez le marchand ; mais son attitude résolue et son sang-froid l'avaient sauvé du ridicule sous lequel son onde succombait.

Pendant ce temps, le palais de Fontainebleau était rempli de fêtes, de danses et de divertissements allégoriques , au milieu desquels la cour se livrait à tous les plaisirs sous la tutelle de Catherine ; « le Roy et le duc son frère, se promenant au jardin, apperceurent une grande tour enchantée, en laquelle estoient détenues plusieurs belles dames, gardées par des furies infernales, de laquelle deux géans d'admirable grandeur estoient les portiers qui ne pouvoient estre vaincus, ni les enchantements deffaicts que par deux grands princes de la plus noble et illustre maison du monde. Alors, le Roy et le duc son frère allèrent combattre les deux géants qu'ils vainquirent, de là, entrèrent dans

^ Brantôme, Hommes illustres, t. I, p. 334.

la tour où ils firent quelques autres combats dont ils remportèrent aussi la victoire » et mirent fin aux enchantements. En même temps , la tour artificiellement faite deyint tout en feu ' . »

Cette plénitude du pouvoir dont jouissait Catherine n'était pas sans soulever des murmures : « Chascun admiroit <le voir une femme estrangère , née de condition impareille à nos Rois, au lieu d'estre envoiée en sa maison comme plusieurs reines douairières, se joUer d*un tel roïaume et d'un tel peuple que les François, mener à sa catène de si grands Princes. Mais c'estoit qu'elle se savoit escrimer de leurs ambitions, bien mesnager les espérances et les craintes , trancher du Cousteau les divisions, et ainsi docte en toutes les partialités, emploier pour soy les forces qu'elle debvoit craindre '. » Elle était à l'apogée de sa puissance ; ses fils, docilement soumis à ses volontés, lui laissaient tout le prestige de la couronne ; elle n'eut plus d'autre souci que de faire pénétrer dans les villes les plus reculées la vigueur dé son autorité.

Elle désira se montrer à ses sujets pour leur prouver que c'était bien elle la souveraine. Elle voulut par le même moyen faire cesser la dispersion du pouvoir qui plaçait chaque province constamment à la veille d'une guerre civile. Par exemple, à Rouen, le maréchal de Y ieilleville , commandant

* Casteltiau, p. 500.

* D'AcBiCJiÊ, liv. II, ch. VI.

les troupes de Normandie, se brouilla avec M. de Villebon, qui était gouverneur de la ville de Rouen; on avait essayé de les réconcilier ; Vieilleville, qui était d'humeur facile quand il était à jeun, a à l'issue de la grande messe le mena disner avec luy et toute sa suicte. Mais le disner finy, M. de Villebon, en se levant de table, commence à se plaindre : — Gomment , vertudieu ! on a dict que je ne suis pas digne de ma charge; je maintiens en cette compagnie que tous ceux qui l'ont dict en ont menty par la gorge. M. le mareschal, entrant sur ceste indiscrette parolle en une très-furieuse colère , se lève , et le pousse si roidde que sans la table il fîist tombé par terre ; luy disant qu'il allast vomir ses desmenteries ailleurs. M. de Villebon mect la main à l'espée, M. le mareschal à la sienne. Mais ce fîist bientost faict, car du premier coup qu'il tira, la main de M. de Villebon, avec environ demy pied de l'os du bras, tomba par terre, et l'espée quant et quant '. »

Pour mettre un terme aux scènes de ce genre, et faire sentir partout l'autorité royale, Catherine entreprit avec ses enfents un voyage de deux ans dans le royaume. A Toulouse, elle sonda les intentions de Biaise de Montluc, l'ancien lieutenant du duc de Guise, qu'elle chercha à s'attacher en lui faisant craindre des poursuites pour les exactions qui lui étaient repro-

' ViEiLLEviLLE, Mémoires (par Cârloiz), édit. Petitot, p. 112.

chëes; le Gascon ne fit que plaisanter , et la Reine, ÇBÇuée par ses spirituelles réponses, le laissa « efihcer de son lustre toutes les plainctes qu'on avoit feictes de lui ' » • Quelquefois ces interrogatoires ou ces enquêtes n'étaient pas supportés sans impatience par les rudes seigneurs qui se sentaient affranchis depuis plusieurs années de tout contrôle; à Bordeaux, le marquis de Trans, comparaissant devant Lhospital qui lui reprochait plusieurs actes de brigandage , se mit à rire avec effronterie. « Gomment !' dit le chancelier, vous riez au lieu de vous attrister et monstrer un visage repentant de vos fbllies! Vous vous pourriez bien donner garde qu'avec vos risées et vos bouffonneries je vous ferois trancher la teste aussy tost que je vous en aurois donné la sentence , encore ne sçay-je à quoy m'en tenir. — Qui fut estonné? ce fut ledict monsieur le marquis. Asseurez-vous que le rire' luy passa bien à ce que nous sceumes après '• »

Cette restauration du pouvoir central avait besoin d'être entreprise aussi bien auprès des souverains étrangers que parmi les sujets indisciplinés. Pour montrer au roi d'Espagne que l'on devait compter avec elle seule désormais , Catherine s'était ménagé à Bayonne une entrevue avec la reine Elisabeth sa fille et le duc d'Alva. Philippe II les avait chargés de pro-

' D*ÂUBIG?IB, p. 206.

^ BiujiTÔMB, Hommes iliusires, t. I, p. 318.

poser à sa belle-mère de revenir au plan de la paix de Gateau-Gambrésis, et d'entreprendre de concert dans toute la chrëtientë , contre les huguenots, le système d'extermination qui lui avait réussi en Espagne, mais qu'il n'osait expérimenter en Flandre avant d'être sûr de se voir imiter par la France. Les moindres détails des conversations tenues à Bayonne nous sont connus par les lettres du duc d'Alva '.Si, d'un côté, Catherine déclara avec énergie qu'elle se ferait couper en morceaux plutôt que d'être huguenote ', le duc eut le soupçon, d'autre part, que le roi Charles IX avait été endoctriné par les prédicants', et se convainquit que ce jeune prince refuserait d'entreprendre une persécution religieuse. L'échec de la mission du duc d'Alva fut complet : il ne recruta pour son maître que le seul duc de Montpensier, cadet de Bourbon, peu intelligent, mal vu des gens de guerre, vaniteux, envieux de Gondé. Quant à Catherine, elle se laissait détourner volontiers par les événements, et jamais par des avis, de la ligne politique qu'elle se traçait : elle n'était pas d'humeur à partager avec Philippe II, sur les conseils du duc d'Alva, ce pouvoir acquis avec tant de patience et d'efforts. Son système était, à ce moment,

^ Gacdaro, Correspondance de Philippe IL Cet ourrage reniais quable est h peu près aussi inconnu en France que les publications des lettres et rapports des diplomates anglais ; ce sont cependant les recueils les plus précieux pour l'histoire du seizième siècle. 3 Id,, ibid. : « Se dexaria asserrar que haxenie ugonota. ■ 3 Id.y ibid, : t Descubri lo que le tenian predicado. •

d'annuler par un équilibre savant toutes les influences dominantes dans son royaume , et de les unir dans une entente commune contre Tétranger. Elle tenta, au commencement de 1566, un appel suprême à la conciliation, et fit rendre un ëdit favorable au libre exercice de tous les cultes chrétiens.

Cet essai de pacification servit de prétexte au cardinal de Lorraine pour recommencer les luttes qu'il avait suspendues depuis ses malheurs de la rue Saint- Denis. Il accourut à Moulins au-devant de la Reine, qui continuait son voyage en France , et se présenta avec des délégués du parlement de Dijon qui apportaient des remontrancescontrel'édit favorable au culte réformé. Il s'était assuré l'appui de son frère, le cardinal de Guise, et du cardinal de Bourbon. Les trois prélats se plaignirent que le chancelier eût fait signer cet édit sans en avoir donné auparavant communication au conseil, et menacèrent de ne p]us assister aux séances. « Monsieur, dit avec hauteur le chancelier au cardinal. Monsieur, vous estes déjà venu pour nous troubler ! — Je ne suis venu pour troubler, répond le prélat furieux, mais pour empescher que ne troubliez comme avez faict par le passé, bélistre que vous estes * ! »

La Reine n'apaisa qu'avec peine ces colères, et put bientôt comprendre pourquoi le cardinal avait repris

' Leitoile, t. I, p. 20.

tant d'assurance : quelques heui^es après cette scène, eUe vit entrer dans sa chambre l'ambassadeur d'Es« pagne, qui se plaignit, au nom de Philippe II, a qu'elle a faict les plus grandes indignités à la maison de Lorraine qu'il n'est possible de plus » . A défaut de la populace de Paris, le cardinal avait trouvé le roi d'Espagne pour lui rendre son crédit à la cour : ses avances avaient paru utiles à Philippe H et avaient été accueillies dans un moment où la crainte de voir Catherine porter secours aux villes des Pays-Bas rendait précieuses pour l'Espagne des intelligences qui promettaient de nouvelles guerres civiles en France. A partir du moment où Catherine résiste aux propositions de l'Espagne, formulées à Bayonne parle duc d'Alva, la famille des Guises se livre à l'Espagne : elle s'avance de plus en plus dans la voie des trahisons ; bientôt elle touchera le prix de ces services honteux.

Catherine, qu'inquiétaient facilement ceux qui se donnaient l'apparence de la force, fit assiembler tous les membres de la famille de Guise, les mit en présence de Coligny, sut, par un triomphe merveilleux des séductions de sa voU, de ses yeux, de son autorité, réconcilier ces ennemis, leur faire jurer l'oubli du passé : Anne d'Esté et le cardinal embrassèrent Coligny'. Mais le jeune duc de Guise n'assistait pas à

' Janvier 1566. Le mariage d'Anne cTEste et du duc do Nemours est du 5 mai 1566.

cette paix de Moulins :1I n'était pas lié par ces em- ))ra5sements peu sincères, et restait libre de vouer sa foi au roi d'Espagne. Il venait de partir pour la Hongrie. Soit pour fuir les conseils du cardinal, soit pour éviter les noces de sa mère et du duc de Nemours, soit pour se donner le prestige des expéditions lointaines et se signaler aux catholiques par les prouesses d'une croisade, il était allé sur le Danube combattre les Turcs, bien qu'il n'eût que dix-sept ans.

Cette campagne se passa principalement en longs repas à la cour de Vienne, au milieu desquels le jeune homme se laissa séduire par Gbantonnay, l'ambassadeur de Philippe II, l'ancien confident de son oncle, le dépositaire discret des engagements de la famille avec l'Espagne. L'armée impériale recula lentement devant les Turcs , laissa ravager le pays sous ses yeux , refusa la bataille. Henri de Guise, impatient de se séparer de {généraux aussi prudents, trouva un motif sérieux pour rentrer en France, dans la nouvelle d'une seconde guerre religieuse.

En 1567, les huguenots n'étaient pas, comme au moment de leur premier soulèvement en 1562, les victimes de massacres en masse, ni d'exécutions légales. Il est vrai que dans chaque village ils subissaient des vexations , étaient battus , dépouillés de leurs l)iens, troublés dans l'exercice de leur culte , souvent assassinés : mais c'était une conséquence des divisions religieuses, à une époque où les passions étaient ar-

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