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daates et les convictions énergiques. Ils ne se gênaient pas à leur tour pour attaquer les catholiques dans les pays où ils étaient les plus forts, et se montraient, dès qu'ils en avaient le pouvoir, aussi intolérants que leurs adversaires. L'oppression enseigne toujours la cruauté : le persécuté ne souhaite pas seulement de devenir libre, il veut surtout être persécuteur. Le seul intérêt, comme le devoir des réformés de France, était de profiter de Tindifférence religieuse qu'ils trouvaient dans la Reine mère, de l'éducation tolé^ rante donnée au jeune Roi, de la disgrâce des Guises, pour supporter les outrages, laisser assoupir les haines, contribuer de tous leurs efforts à consoUder l'autorité royale, et se montrer les plus sûrs appuis du trône contre 1^ intrigues de l'Espagne. C'était la seule politique qui pût ramener la paix et la n^odération : ils n'avaient que cette occasion pour entrer dans les vues de Catherine. Ont-ils été effrayés par les faux récits des conversations de Rayonne, les forfanteries du cardinal de Lorraine, les préparatifs des Espagnols contre les réformés flamands; ont-ils craint d'être dupes de Catherine et enveloppés avec leurs frères des Pays-Ras dans une vaste proscription ? Ou bien leurs ministres leur ont-ils persuadé qu'il fallait attendre la délivrance uniquement du Dieu des armées, que le fer, et non de honteux tributs , devait écarter les Amalécites, que les Élus ne pouvaient se soumettre à Jézabel? Nulle faute ne pouvait être plus maladroite
que cette seconde prise d'armes de 1567 : la dernière chance d'un accord avant l'épuisement complet du pays était perdue.
Comme pour ag[graver la situation, Condé et Co- Ugny eurent la malheureuse idée de vouloir enlever le Roi : ils s'avancèrent sur lui à Meaux avec leur cavalerie. Les Suisses, harangués par Catherine, animés par la présence du Roi, se formèrent en colonne épaisse, Charles IX au milieu d'eux, et rentrèrent à Paris, en faisant une si fière contenance que les réformés n'osèrent pas les attaquer. Lé seul résultat de cette tentative fut d'exaspérer le Roi, de le forcer à iiiir devant ses sujets, et de rendre pour longtemps tonte confiance impossible et toute trêve illusoire.
Le cardinal de Lorraine s'était trouvé à Meaux près du Roi, an moment du danger : mais il n'eut pas la même confiance que lui dans les murailles vivantes que formaient les Suisses, ou bien il ne voulut pas donner de nouveau le spectacle de sa terreur : il préféra s'enfuir dans une autre direction sous un déguisement ; il se dirigea sur Reims, tomba, en traversant Château-Thierry, au milieu d'une troupe de huguenots, put échapper, grâce à la vitesse d'un cheval arabe que lui avait donné le roi d'Espagne, mais dut abandonner ses gens et laisser aux mains de l'ennemi ses bagages et sa vaisselle d'argent. Il ne cessa d'éperonner le précieux cheval qu'après s'être enfermé dans
les mm*s de Reims.
Charles IX se décida à demander au roi d'Espagne des secours contre ses sujets ^ Ainsi, dès le premier jour, les réformés venaient d'assurer par leur révolte cette union avec l'Espagne , qui n'avait pu se conclure encore : les troupes étrangères entraient de nouveau en France ; les malheurs des années précédentes reparaissaient.
Ce qui manquait aux catholiques, c'était un général. Le connétable qui les commandait n'avait rien perdu de son activité, ni de sa violence de caractère, mais Tâge avait aggravé ses défauts. Avec une armée dix fois supérieure à celle des huguenots, il se laissa enfermer dans Paris, puis ne sut pas résister à Timpatience des bourgeois qui demandaient une sortie en masse : les beaux régiments de la milice parisienne vinrent parader dans la plaine Saint-Denis; ils comprenaient vingt mille hommes, tous prêts à mourir ])our la foi catholique, tous « bien dorés comme calices » * ; tous prirent la fuite en voyant arriver sur eux cinq cents cavaliers protestants; ils jetèrent leurs armes, se cachèrent dans Paris, et o s'en souvinrent longtemps ' » . Le connétable, pour couvrir la déroute des Parisiens, accourut bravement à la tête de sa cavalerie : son cheval fut tué. Sonuné de se rendre jiar rÉcossais Robert Stuart, le vaillant vieillard , pour
^ Castel9aij, p. 521.
2 La POPELiaiÈRE.
«^ D*AUB1GEIÉ.
toute réponse, lui « donna de la garde de son espée dans la bouche, lui cassa trois dents ' >* ; l'Écossais lui cassa Tëpaule d'un coup de pistolet. Le connétable fut dégagé par son fils d'AmyiHe, et mourut le lendemain , âgé de soixante-quinze ans.
Les huguenots durent s'écarter de Paris à l'approche des troupes espagnoles , et manœuvrèrent dans la vallée de la Seine, pour rejoindre les reîtres qu'ils attendaient d'Allemagne. Dans le dessein d'empêcher cette jonction, on envoya vers la frontière le seul général qui restât aux catholiques , le duc d' Aumale , frère du grand Balafré, k afin d'assembler les forces de Champagne et de Bourgogne * » . •
Il campa près de Troyes avec son armée, et prit auprès de lui son neveu, le duc de Guise, qui voulait s'instruire sous ses ordres dans l'art de la guerre ; ce fiit Coligny qui donna la leçon au fils de son ancien rival.
Coligny veut trouver un passage sur la Seine pour faire sa jonction avec les renforts qui lui arrivent du Wurtemberg et du Palatinat : le duc de Guise barre le chemin. Coligny simule une attaque sur Sens : le jeune homme y accourt aussitôt avec tout ce qu'il a de troupes sous la main, se jette dans les murs de Sens ; mais tandis qu'il se glorifie d'avoir contraint son ad-
^ D*ACBIC>É.
^ Castelsau.
versaire à lever le siège, il apprend que Tamiral est remonté brusquement vers Troyes et a traversé la Seine à Bray. Désespéré de s*étre ainsi laissé jouer, le jeune duc veut rejoindre les ennemis, court en avant avec des forces insuffisantes, « se trouve engagé à la teste de ses ennemis, faict retraite de dix lieues, excusé pour sa jeunesse, et la £Eiute remise sur Esclavoiles et Pavans, ses conseillers ' » .
Tavannes accourt pour réparer ces maladresses, « va trouver MM. de Guise et d'Aumale avec quatre cents chevaux, par commandement de la Royne à ce qu'elle eust un surveillant près d'eux, soupçonnant leurs actions, et que leurs troupes fussent du tout composées à leur dévotion n . Mais Tavannes arrive trop tard pour empêcher la jonction des reitres et de l'armée huguenote.
L'habile manœuvre de Goligny, qui venait de grossir son armée au prix des fatigues d'une marche rapide à travers les forces ennemies, faillit devenir inutile : les reitres déclarèrent, dès le premier jour, qu'ils ne s'avanceraient pas davantage en France, si on ne leur payait d'abord le prix de leur engagement. Ingénieux mercenaires , ils touchaient la solde d'avance, et avaient des chevaux déferrés le jour de la bataille. La cavalerie huguenote ne s'était pas encombrée d'un trésor de guerre pour cette pointe hardie au
» TkYkvjnEs, p. 297.
delà de la Seine : chaque gentilhomme se dépouilla de tout ce qu*il possédait; Condé et GoUgny ôtèrent les bagues de leurs doigts, les chaînes d'or de leur cou. Ce n*était pas assez pour satis&ire les Allemands : les valets, les goujats, les filles, donnèrent tout. Quand il n'y eut phis un bijou, ni un objet de prix, ni un écu dans Tannée, les Allemands n'avaient pas encore leur compte, mais ils consentirent à s'avancer sur Chartres dans l'espoir d'un riche pillage.
Le siège de Chartres traîna en longueur. Tout à coup, Condé signa la paix avec Catherine le 23 mars 1568. Cette paix était aussi imprévue que la guerre avait été intempestive : les réformés ne pouvaient la refuser, puisqu'elle leur prodiguait les promesses pour l'exercice de leur culte ; mais toute promesse, comme toute paix, devenait caduque désormais, depuis la malencontreuse prise d'armes de l'année précédente. De son côté, Catherine n'avait pas plus de motife pour offrir la paix en mars, que Condé n'en avait eu de lui déclarer la guerre en septembre précédent. Pouvaitelle se faire illusion sur la soUdité d'une telle paix, ou bien avait-elle besoin d'un répit pour rassembler ses forces ? Peut-être ne faut-il pas supposer trop de combinaisons dans ces événements. Condé cédait facilement à l'impression du moment ; d'autre part, Catherine, soumise à son idole, Henri de Valois, n'avait plus dans ses desseins la fermeté qui avait créé sa puissance. La guerre et la paix commençaient à dé-
pendre des caprices de Tenfent dont elle voulait faire le héros catholique. Elle lui avait donné le commandement de l'armée destinée à faire lever le siège de Chartres ; mais la campagne n'avait pas été brillante. Le jeune prince avait suivi les manœuvres de Gondé, et vu approcher l'heure où il aurait l'humiliation de voir prendre Chartres devant son armée : ses débuts dans la carrière militaire menaçaient d'être un échec. Sa mère intervint à propos pour lui épargner cette avanie : telle est probablement la cause de cette paix subite. La mère résolut de ne plus risquer cette réputation si chère qu'en s'entourant de toutes les chances favorables, et en assemblant longuement une armée solide avec de bons généraux. Aveuglée par l'idée fixe de créer la grandeur de son fils et de le voir vainqueur dans des batailles rangées, elle fléchit dans sa politique : en même temps, Tenfant, entrant pleinement dans son rôle, attacha sa haine à tous ceux qui le menaçaient d'une rivalité, Condé d'abord, ensuite Henri de Guise.