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UNION DE CHARLES IX ET DE COLIGNT

Pour ]a troisième fois, après trois guerres civiles, les Français essayaient la paix. Mais la paix n'ëtait ni dans les esprits, ni dans les mœurs. Même quand les chefs étaient de bonne foi, les préjuges pieusement éveillés, les colères amassées, la fecilité de satisfaire les vengeances privées, continuaient les hostilités, en dépit de tous les édits de pacification. Les ministres protestants restaient haineux ; ils ne voyaient pas d'autre rôle pour un pasteur évangélique que celui de tribun populaire ou de martyr. Les prédicateurs catholiques croyaient assurer le salut de leurs fidèles en les poussant à l'extermination des hérétiques. Le 4 mars 1571, six mois après la paix, la populace de Rouen, soulevée par les moines, égorgeait encore quinze huguenots '. Chacun des deux partis voulait supprimer l'autre.

Pour que la paix pût être maintenue , il aurait fallu

1 WuiTE, Massacre of S, Bartholomcw, p. 336.

qu'un mouvement national entraînât les esprits dans une Toie nouvelle : une grande pensëe aurait pu surgir qui nous aurait tous saisis et emportes.

Goligny et Henri IV, seuls dans leur siècle, ont eu cette inspiration. Ils ont eu une idée, la même : fondre dans une passion commune tous ces éléments efFervescents et .discordants. Une guerre avec l'Espagne pouvait encore tout sauver : contre l'ennemi national se seraient trouvés subitement réunis ces gens de guerre en ce moment divisés ; les vieux capitaines seraient redevenus compagnons comme aux jours de Metz, de Saint-<Juentin , de Thionville. Le roi qui aurait osé prendre résolument la protection des Flamands contre Philippe II serait devenu l'arbitre de l'Europe. Il ne. s'agissait plus, comme au temps de François I*, d'une conquête disputée et de sièges a entreprendre : les villes nous appelaient comme des libérateurs, les populations n'avaient plus d'espoir qu'en nous pour échapper à des massacres et à une ruine dont l'horreur est encore vivante. « Si nous étions bien avisés , il y auroit maintenant ' matière de réunir l'État de Flandre au nôtre ; mais la folie de ceux qui pensent être les plus sages ne le permet pas. Il est aux portes de Paris, et par manière de dire, un faubourg ; jamais ne s'est préparée une occasion pour le recouvrer, que nous nous ne l'ayons laissée

' Pasquiei, LeUres, Ut. V, lettre 1.

-échapper, pendant que par discours fantasques nous nous amusons à la conqueste d'Italie, que Nature a séparée d'avec nous de mœurs, de langue et d'un haut entrejet de montagnes. » Les Vénitiens, avec leur tact politique, trouvaient également que le remède à nos infirmités était la diversion d'une guerre étrangère, ^t en ItaUe, soit en Flandre '.

Goligny, le cœur brisé de tant de désastres , se décida à tenter les derniers efforts pour entraîner €harles IX dans une guerre des Pays-Bas. Malgré les haines amoncelées sur sa tête et les dangers qu'il pouvait courir au milieu des jeunes gens de la cour, il vint trouver le Hoi à Blois, en septembre 1571. A ceux -qui lui reprochaient cette imprudence, il répondait ^ « qu'il aimoit mieulx mourir et estre traisné par les rues de Paris que de recommencer la guerre civile » . Il avait vu ses compagnons, les Français, se chercher avec acharnement pour se tuer, les soldats se démoraliser dans l'indiscipline et le pillage ; sa femme et ses deux frères venaient de mourir. Il se voyait isolé, déconforté, impatient de rejeter à l'extérieur les maux de la France.

Le jeune roi accueillit cette grande pensée avec enthousiasme. En ce moment même, il se sentait irrité

' Giovani Michieli, publié par Toumaseo, Helaz» Kenef., t. II, p. 232 : ■ Il remedio a cosi longa e grave infermita fusse îl diversivo --di una guerra estema, la quale non potrebbe essere se non o in Fien- -dra, o in Italia. ■

2 De Thou, Mémoires, éd. Didier, t. XI, p. 575.

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contre Philippe II, qui le traitait avec peu d'égards, et il ne demandait qu'une occasion de lui déclarer Ja guerre ' . Il s'imaginait, en outre , que sa sœur Elisabeth venait d'être empoisonnée par le roi d'Espagne, et il avait hâte de la venger. Cette reine était morte en couches ; les soupçons de son frère ne reposaient sur aucun indice ', mais le pauvre Charles IX, entouré des complaisants et des correspondants secrets du roi d'Espagne, devenait de plus en plus défiant et irascible : cette mort subite de sa sœur avait éveillé ses inquiétudes. A qui se fier d'ailleurs ? On peut bien croire qu'il a dit à Téligny, comme le rapporte im pamphlet du temps ' : « Tavannes est jaloux et orgueilleux , Vieilleville ivrogne, Cossé vendrait tout pour dix écus, Montmorency ne cesse de chasser, Retz est Espagnol, tous les autres sont des fous ou des traîtres. » Aussi accueille-t-il Goligny avec confiance, il l'appelle « mon père 9 , il écarte les Guises, il reçoit le comte de Nassau, frère du chef des révoltés de Flandre, et se concerte avec lui pour préparer une campagne sur l'Escaut. Goligny pénètre au Conseil. Il n'admet pas qu'on fasse opposition à ses projets : « Qui ne veut

* DiGOSS, Walsingham to Leicester , 25 june 1571 : « Spain seemetK to set the king hère very light, wich engendreth in kim a great désire of revenge. ■

^ Froudb, Hisiory of England, t. X, p. 134, cite Despatches of sir Henry Norris, 1570, 1571, Ms., France RolU house, et t. X, p. S37 Dépêches de Walsingham,

3 Xe Tocsain, éd. 1579, p. 77.

la guerre avec l'Espagne, dit-il un jour à Tavannes', a dans le ventre la croix rouge, n

Les serviteurs de la croix rouge d'Espagne entouraient, en effet, Charles IX. La trahison fut poussée à ce point, que le cardinal de Lorraine eut la bassesse d'écrire en Flandre au duc d'Alva, pour le prévenir que la France se préparait sérieusement à attaquer les Pays-Bas : il lui fit savoir par Frère Garcia de Ribeira que la flotte de la Rochelle était destinée à opérer contre les possessions espagnoles '.

Les Guises commençaient à s'inquiéter réellement de leur disgrâce ; ils en étaient réduits à rechercher l'appui du duc de Montpensier, soldat grossier et sans mérite, qui épousa Catherine, sœur de Henri de Guise, en février 1570, bien que « le bonhomme » eût cinquantesept ans ; ils essayaient d'éveiller la jalousie de la Reine mère contre l'importance qu'acquérait Coligny ; ils voulaient l'inquiéter sur l'affront que subirait son fils Henri, si le commandement de l'armée du Nord était donné à Coligny, le vaincu de Jarnac et de Montcontour. Mais Catherine était indécise , distraite par d'autres projets : « La Réyne fluctue entre paix et guerre ; crainte de civile la penche à l'étrangère ; les vieux Italiens ambitieux ses parents, espérant grandeur de cette guerre, la suadent. Comme femme, elle

1 Tatatines.

2 Gacbard, Correspondance de Philippe IF, t. II, p. Î67, 268, et Bulletin de r Académie de Bruxelles, t. XVI, 1849.

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veut et ne veut pas, change d'advis et rechange en un instant. Les huguenots cornent la guerre avec l'Espagne. Le Roi est avec eux ^ » Catherine n'avait pas une haine réelle contre les huguenots : elle ne poursuivait en eux que les ennemis de son fils Henri, et, en ce moment même, elle cherchait à faire de lui un souverain protestant, en le mariant avec Elisabeth d'Angleterre ; elle sentait instinctivement, conmie Charles IX, que l'appui solide pour les Valois était au nord , dans une union intime avec les Anglais et les Flaibands ; que l'ennemi véritable était le roi d'Espagne : son génie se rencontrait avec les inspirations patriotiques de Goligny.

Les catholiques étaient opposés, à ce mariage avec une reine protestante : ils surent exciter l'esprit frivole et méchant de Henri contre le beau Leicester, l'envové de l'Angleterre * ; ils supposèrent et firent croire qu'il était aimé de sa souveraine ; ils dirent au prince ' : « Le millort Robert veut vous faire espouser son amie, faites-luy espouser Chasteauneuf qui est la vostre ; vous luy rendrez le pennache qu'il vous veut donner. » Soit que Henri de Valois n'ait pas voulu se séparer de mademoiselle de Chasteauneuf, soit que la fière Elisabeth n'ait jamais eu l'intention de se donner un époux, les pourparlers furent suspendus. Catherine,

1 TàwkH7tEê,

2 Robert Dudley, fils du dac de Mortbumberland. * Tataniies.

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séduite jusqu'alors par le projet d'une union de toutes les nations libres contre l'Espagne, sous le commandement de ses deux fils, ouvrit le3 yeux et commença à ^'inquiéter des progrès de l'influence de Coligny. Elle se décida à frapper un coup vigoureux, comme un premier avertissement de ce qu'elle était capable de faire.

Jusqu'à ce jour, elle avait profité de la mort violente de ses adversaires; mais elle n'avait encore ordonné ni inspiré aucun meurtre. Un temps semblait approcher, cependant, qui pourrait rendre utiles des coups d'autorité; elle résolut d'éprouver, sur un personnage peu considérable, l'effet que produit la disparition d'un ennemi dont on se débarrasse soi-même. Ce n'était pas par simple recherche d'une volupté non encore savourée ; il y avait aussi l'avantage de ne pas se laisser oublier, de faire l'épreuve de ses fils, d'étudier l'effet que produirait un coup de dague donné sous leurs yeux, de se faire la main pour de plus importantes entreprises.

M. de Lignerolles était un des gentilshommes qui avaient accompagné Henri de Valois pendant les campagnes précédentes; il se donna les allures d'un favori, et eut la prétention de supplanter à la fois Coligny et Catherine , « discourt aux despens de la Royne mère, propose au Roy de sortir de tutelle' » .

^ Tatarxes.

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Le jeu était dangereux. Catherine fit attendre Lignerolles « par sept ou huit braves et vaillants gentilshommes ' » , qui le poignardèrent. Les raffinés d'honneur jugèrent qu' « il est meilleur et plus juste de demesler ses querelles par beaux appels et honorables combats que par ces assassinats » . Tavannes , devant Catherine elle-même, « blasme cruellement cet acte, dict que l'on tuera les hommes jusques aux cabinets des roys. La Boyne lui impose silence, luy commande d'assister ceux qui alloient demander la grâce des meurtriers; après plusieurs refus, obéit, tant peut la cour sur les gens de bien'! »

Où LigneroUes échoua j en essayant le rôle qui réussit sons Louis XIII à d'Albert de Luynes, Goligny ne pouvait être plus heureux en inaugurant la politique qui fit la gloire de Richelieu. Catherine était un adversaire plus redoutable que Marie de Médici ; elle n'était pas d'humeur à quitter la partie, ni à se laisser chasser de France. Nouant à nouveau ses relations avec les Guises, elle commença la lutte contre Coligny.

Elle savait que le duc de Guise organisait dans Paris les gardes bourgeoises , se mêlait au peuple, flattait les curés, semait l'argent avec adresse. Trop feible pour rien tenter sans la Beine, mais assuré de réussir

^ Bbâstôme, les Duels, p. 262.

^ Tatabtres. L'ambassadear de Savoie écrivit que Tavannes avait obtenu immédiatement cette grâce. Ms., Archives de Turin ^ extrait doDoé par H. de la FBRRièRE, Arch, des miss, scient,, 1876, p. 660.

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daDs un cçup de main s'il l'avait pour complice , il

pouvait sur un root d'elle déchaîner Paris.

Mais Coligny se procura aussi des alliances ; il fit venir à la cour Jeanne d'Albret, et entreprit de renouveler le projet de mariage de Henri de Navarre , le chef de la maison de Bourbon, avec Marguerite de Valois. Ce mariage était décidé dès la naissance de la jeune Marguerite. Antoine de Navarre avait écrit , du vivant de Henri II, pour annoncer ■ l'accord avec le roi Henri II du mariage de madame Marguerite, sa fille ■ , avec son fils Henri ' ; Jeanne d'Albret faisait connaître la roéme nouvelle '. Mais, lorsque quinie ans après elle vint réclamer l'exécution de cet accord, Gatberine se plut à l'embarrasser dans des objections et des discussions. Ce n'est pas qu'elle liit opposée a cette union ; elle était sûre de la soumission de son gendre dès qu'elle le tiendrait dans le cercle de ses filles d'honneur ; elle tâchait de plaire à Jeanne d'Albret et caressait sa fille , une enfant de treize ans qu'elle rendait heureuse en la mettant dans l'intimité de sa fille Marguerite, et qui, dans sa joie naïve, vantait à son frère la beauté de la jeune princesse, u que j'ay trouvée fort belle, et eusse bien désiré que vous l'eussiez veue. Je luy ay bien parlé pour vous, qu'elle

doc de Naren. Voir Gdiib, Uèmoirei -jourrmux , Poitou. Voir Martlia FaBEii, Lifr of

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\oas tint en sa bonne grâce, ce qu'elle m'a promis, et ma faict bien bonne chère, et m'a donné un beau petit chien que j'aime bien '. » .Mais Catherine n'était pas pressée de placer près de son fils cette nouvelle influence. Jeanne d'Âlbret, de son côté, craignait que Féducation morale du jeune Henri de Navarre fût compromise dans ce monde des filles d'honneur. «Encore que je croyqis, disait-elle, la corruption de cette cour bien grande, je la trouve encore davantage ; ce ne sont pas les hommes qui prient ici les femmes, mais ce sont les femmes qui prient les hommes'. » Elle retenait son fils dans le Midi, bien que la cour l'attendit et se fût rendue à Paris au mois de juin 1572. Presque à son arrivée à Paris, Jeanne d'Âlbret mourut subitement, le 10 juin. « La colère, le chaud, l'appré* hension dans un esprit subtilisé, causent sa fin sans aucnin poison, quoyque l'on ait voulu accuser un parfumeur du Roy, maistre René, de l'avoir empoisonnée avec une paire de gants '. »

Le Florentin René eut sa réputation établie par ce bruit de cour; sa clientèle fut assurée pour plusieurs années, et il fit de ses talents un si fréquent usage, qu'il finit par être pendu. Mais est-il possible d'être empoisonné par des gants parfumés? Il n'est pas prouvé que la main absorbe les médicaments et les poisons ; mais

' Martha Frbbr, lift of Jeanne d'Albret, t. II, p. 285. 2 Lb Labocbbub, t. 1, p. 59.

^ Tataxmbs.

c'est au parftim seul que l'on attribuait la mort de la Reine, et Ton reprocha aux médecins du Roi, qui pratiquèrent l'autopsie I de n'avoir pas examiné le cerveau '. Un parfum s'insinue par les narines dans le cerveau, et le corrode; c'était la science du temps. Aujourd'hui, on n'admettrait pas qu'un corps volatil pClt être conservé autrement qu'en vase clos, ni manié impunément par le parfumeur qui voudrait en imprégner des gants. Le cerveau de la pauvre Reine fut examiné quelques jours plus tard par ses médecins huguenots , Gaillard et Desnœux ; ils le trouvèrent sain et sans lésion '. A la vérité, les médecins de cette époque ne se doutaient guère de ce qu'est un cerveau. Jeanne d'Albret parait avoir ^iccombé à une phthisie dont elle était atteinte depuis plusieurs mois; eUe toussa et cracha le sang à la suite des fatigues de la campagne de Montcontour. Les médecins ont trouvé « un abcès énorme » qui rongeait le poumon ' ; sa fille Catherine semble avoir succombé à la même maladie, au même âge ^. Les pamphlets du seizième siècle contiennent trop souvent des calomnies ; les historiens du temps eux-mêmes ne doivent être écoutés qu'avec

* Mbzbrât, Histoire de France, Paris, 1646, in-fol., t. II, p. 1082. ^ Voltaire, notes de la Uenriade, Desnœux devint ensuite méde<ûn de Charles IX.

3 L'ambassadeur du duc de Mantoue dit que quelques jours avant sa mort « elle avoii mal au costé » . Archives <(e MantoUfi, document publié par H. de la Ferribrb, Arch» des miss, scient., 1876, p. 656.

4 £lle mourut en 1604, âgée de quarante-deux ans.

défiance ; ce qu'ils ont vu se doit croire ; ce qu'ils ont entendu raconter sert au moins à faire connaître l'opinion des contemporains; mais cette opinion était impressionnable , crédule , avide de merveilleux et de mystérieux.

Le duc de Guise n'aurait eu garde de compromettre sa vengeance contre Coligny , qu'il croyait tenir sous sa main, en s'égarant dans un meurtre étranger à sa sanglante mission. Quant à Catherine, si elle avait un crime à éviter, c'était celui-là. Au moment où elle commençait à faire jouer les dagues , elle devait tenir plus que jamais à mettre les femmes hors de la lutte, et le poison hors de la bonne guerre. Empoisonner une reine« c'était enseigner à ses ennemis la vengeance dont ils pouvaient faire usage contre elle-même, et détruire le prestige qui la sauvait du danger.

Toutefois , cette mort de Jeanne d'Âlbret lui permit d'étudier chez son fils Charles IX les sentiments successif -de stupeur, de rage et de subite résignation qu'il éprouvait en apprenant la mort d'une personne aimée ; elle vit que ses passions se calmaient encore à sa voix ; elle pensa avoir une image de ce qui arriverait si elle osait faire mourir Coligny. Elle venait de passer pour l'empoisonneuse de la reine de Navarre, et les huguenots ne s'étaient pas soulevés dans Paris, et Charles IX, après quelques accès de fureur, avait été subitement apaisé. Tout était donc facile désormais, et, par conséquent, permis.

ItS LES DUCS DE GUISE

Elle demeurait cependant incertaine encore. Détruire Coiigny, n'était-ce pas donner trop de force au duc de Guise? En abandonnant les insurgés des Pays-Bas, ne courait-elle pas le risque de tomber à la merci de Philippe II? Elle observait avec attention les éyénements, et recueillait les renseignements qui devaient la déterminer, par les soins de ses femmes.

Elle en avait deux qu'elle occupait le plus activement : Tune, la plus intelligente, l'autre, la plus dépravée de toutes celles de sa cour, madame de Retz et madame de Sauve. Madame de Retz possédait par son mari, que Charles IX consultait sur tous ses projets, le secret des plans de Goligny. Madame de Sauve se nommait Charlotte de Beaune , et était petite-fille de Semblançay, le contrôleur des finances que fit pendre la reine Louise de Savoie. Elle était aimée du plus jeune fils de Catherine, François de Valois, comme mademoiselle de Chasteauneuf Tétait de Henri de Valois. La Reine mère retenait de la sorte ses. enfants sous sa main. Madame de Sauve, qui était destinée à recueillir les derniers soupirs du duc de Guise, possédait un empire absolu sur son mari , Fives de Sauve, secrétaire d'État, et pouvait communiquer à Catherine tous les détails des préparatifs de la guerre des Pays- Bas. Elle faisait connaître les mesures que commençait à prendre Charles IX pour secouer le joug de sa mère. « Le Roy, passionné et aveuglé, croyoit que MM. de Retz et le secrétaire de Sauve ne révéleroient ses con-

seils à la Royne, sans considérer qu'elle avoit pourveu à ses desseins, luy ayant, dès son enfance, donné ses créatures. MM. de Sauve et de Retz advertissent la Royne des secrets conseils, desseins et paroles du Roy, que, si elle n'y entendoit , les huguenots le possèderoient; qu'au moins, avant de penser à autre chose, ils luy conseilloient de regagner la puissance de mère que l'admirai luy avoit fait perdre. La jalousie du gouvernement de son fils et de l'Estat, ambition démesurée, enflamme, brusle la Royne dehors et dedans '. » Coligny eut un vague instinct de ces trahisons; il voulut brusquer les événements, et obtint du Roi de faire envoyer trois mille huguenots, sous les ordres de Ja Noue et de Genlis , pour défendre Valenciennes et Mons, qu'assiégeait le duc d'Alva*. Les catholiques français tinrent au courant, jour par jour, les Espagnols de la marche de Genlis, ce qui permit au duc d'Alva de surprendre le corps français et de le tailler en pièces'. La Noue, avec quelques centaines de huguenots, put se replier sur Mons et entrer dans la place sans être entamé, mais Genlis fut fait prisonnier, mis en jugement à Bruxelles, et menacé d'être pendu comme rebelle au roi de France. Il montra les ordres de Charles IX qui l'avaient mis à la tête de cette

1 Tatahses.

^ Genlis avait reçu da Roi Fautorisation de faire des levées de troupes dès le f9 jain précédent. Voir Archives de Turin, Dépêches de l'ambassadear de Savoie, extrait par H. de la Febriâiie.

3 LOTHEOP MOTBLET,

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