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second fils, S. A. R. le prince François-Ferdinand, né au château d'£u, le 9 septembre 1884 ; et il a voulu que le nouveau duc de Montpensier relevât les armes qu'illustrèrent aux siècles passés les ducs de Montpensier -Bourbon :^de France^ au bâtofi de gueules péri en.ftâtviey chargé en chef d'un croissant jd^qr^psV'h .Ue*.tctigr.*les titres dont sont aujourd'hui .•'iû^Stis les Princes de France, celui de Ûontpensier est le plus ancien dans la Maison de Bourbon ^ ; il n'est pas l'un des moins glorieux.
C'est au commencement du treizième siècle que ce nom apparaît pour la première fois dans l'histoire : Louis VIII meurt au
1. Cela doit s'entendre de la Maison de Bourbon considérée comme une branche distincte de la Maison Royale de France. — Si l'on prend au contraire la Maison de France dans son ensemble, en y comprenant toutes les branches qui en sont issues, le duché de Montpensier ne vient qu'après le comté de Paris, le duché d'Orléans et le duché d'Alençon qui lui sont de beaucoup antérieurs.
château de Montpensier (1226). La seigneu* rie de Montpensier, située à quatre lieues de Riom, appartenait alors à la famille de Beaujeu, Tune des plus considérables de l'Auvergne, et son château avait une importance proportionnée à la situation des châtelains. C'était le moment où Philippe -Auguste venait de réunir à la Couronne le duché d'Auvergne. Montpensier était compris dans la partie réunie : les Beaujeu servirent toujours le roi avec vaillance, et leur rôle ne fut pas sans éclat. Quand, à la fin de la guerre des Albigeois, Louis VIII, — ce roi qui, placé entre Philippe- Auguste et saint Louis, a laissé un renom de vertu et de grand courage, — marcha contre Raymond VII, il avait un Beaujeu pour sénéchal ; et c'est à ce sénéchal qu'il confia le soin de terminer la campagn-e, lorsque après avoir pris Avignon et essayé vainement de conquérir Toulouse, il dut revenir vers sa
capitale, La présence du sire de Montpensier auprès du roi de France suffit à expliquer jeorament celui-ci avait songé à traverser l'Auvergne pour aller de Toulouse à Paris.
Le dernier châtelain de Montpensier de la Maison de Beaujeu fut Humbert, connétablp 50ÙS Philippe IIL C'est lui qui conduisit Tarjnée française au-delà des Pyrénées, lors de ces démêlés qui devaient aboutir à une première réunion des deux couronnes de France et de Navarre.
Humbert de Beaujeu n'eut qu'une fille, Jeanne, son unique héritière, qui épousa Jean, sixième comte de Dreux (1293).
La seigneurie de Montpensier entrait ainsi jdans la famille royale ; mais un siècle devait passer encore avant que la gloire s'attachât à son nom. Si la Maison de Dreux, issue de Louis VI, a vu naître des héros légendaires, comme ce Philippe, qui se distinguait dès Tâge de treize ans au siège de
LES DUCS t)E MONTPENSIER. '8
Saint-Jean d'Acre, et qui, devenu évèque de Beauvais, ne put jamais se résoudre à quitter Tarmure et obéissait, dit-on, à la défense de verser le sang que TÉglise fait à ses pi*êtreS, en marchant àTennemi, ainâi qu'à Bouvines et dans vingt autres batailles, armé seulement d'une énorme massue avôc laquelle il assommait ses adversaires ; si la Maison dé Dreux a produit des princes valeureux comme tous les Fils de France ; si elle a donné à la Bretagne une dynastie de ducs : tous ses princes s'illustrèrent sous d'autres noms que celui de Montpensiei» qui he rappelait pour eux qu'un fief secondaire.
A peu près à l'époque où la branche aînée des comtes de Dreux s'éteignit, Jean de France, duc de Berry et duc d'Auvergne, acheta la seigneurie de Montpensier, tenté probablement par la situation du château, forteresse solidement établie dans 1« voisinante de la capitale de l'un de ses duchés et
dans la direction de la capitale de l'autre, séduit aussi peut-être par sa position même sur une éminence qui est entourée de deux côtés par une très belle forêt, tandis que d'un autre elle domine une plaine magnifique. Jean de Berry obtint l'érection en comté de la seigneurie de Montpensier et ne négligea rien pour développer la prospérité de son nouveau fief. La ville d'Aigueperse, qui en était le centre, fut l'objet de sa sollicitude ; de ce moment data pour elle une importance qui devait s'accroître encore lorsqu'elle devint le véritable chef-lieu d'un duché héréditaire de la Maison de Bourbon.
Le duc de Berry était doué de qualités éminentes, esprit éclairé, amateur passionné de toutes les belles choses, collectionneur insatiable, aimant les arts et sachant les protéger. S'il eût vécu en des temps plus paisibles, il serait sans contredit considéré comme un grand prince. Mais, victime des
troubles et des événements malheureux au milieu desquels son existence s'écoula, il a été méconnu par la postérité ; et celui que ses contemporains appelèrent le grand bâtisseur est signalé à notre indignation pour sa rapacité et son avarice par la plupart des historiens qui oublient que la manie de la truelle et l'amour de l'argent ne sont pas compatibles, et qui ne savent pas qu'on ne peut encore aujourd'hui aller dans ttllC ville du Berry ou de l'Auvergne, sans y trouver quelque édifice, église, palais de justice ou hôpital, construit par ses soins et à ses frais. Nous n'avons pas à examiner ici quelle part il prit au gouvernement du royaume pendant la minorité et la folie de Charles VI ; comment il administra le Languedoc ; quel rôle fut le sien et quelle influence il eut dans la direction générale des affaires ; avec quelle ardeur, après l'assassinat du duc d'Orléans, il soutint la cause
des enfants de ce prince, qui était, contre le Bourguignon et l'Anglais, la cause de la justice et de la patrie. Sans doute, sa vie ne fut pas exempte de reproches et l'histoire doit formuler des réserves; mais le duc de Berry ne nous appartient que comme comte de Montpensier et il ne le fut que pendant peu de temps. En effet, mariant sa fille, Marie, à Jean, fils aîné du duc de Bourbon, il lui donna le comté pour dot (1400).
La Maison de Bourbon, quoique à peine séparée du tronc royal par quatre générations *, avait déjà conquis une situation prépondérante dans le royaume, et elle la devait moins aux nombreuses possessions qu'elle avait pour la plupart acquises par dea
' 1. Robert de France, comte de Clermont, sixième fiU de saint Louis, fut le père de Louis !•', premier duc de Bourbon; Louis !•' fut le père de Pierre I»', deuxième duc de Bourbon, tué à la bataille de Poitiers ; Pierre 1»^ fut le père de Louis II, troisième duc de Bourbon.
alliances, qu'à l'éclat des services que, depuis plus d'un siècle, fous ses membres n'avaient cessé de rendre à la Monarchie. A l'époque où nous sommes arrivés, ses branches collatérales s'appellent La Marche, Vendôme, Carency^; d'autres vont se former, dont la plus glorieuse serait celle de Montpensîer, si celle de Condé n'était encore à naître.
Le chef de la famille est Louis II, troisième duc de Bourbon, prince magnifique autant que brave, dont toute la vie ne fut qu'un long tissu de belles actions. Il est l'ami et le compagnon de du Guesclin, et
1. La branche de la Marche avait pour auteur Jacques de Bourbon, comte de la Marche, fils puîné de Louis I«f , premier duc de Bourbon. Il fut tué à la bataille de Briguais, en même temps que son fils. — La branche de Vendôme remontait à Louis de Bourbon , comte de Vendôme, fils puîné de Jeanl*"" de Bourbon, comte de la Marche. C'est de la branche de Vendôme qu'est venu Henri IV. — Là branche de Carenéy, dont le dernier représentant (levait périr à Marignan, descendait aussi de Jean le"^, comte de la Marche, par Jean, son troisième fils.
quand il revient de Londres , où il a passé sept ans en captivité comme otage pour le roi Jean, il traque les Anglais en Poitou et en Guienne et les chasse de l'Auvergne. Il se couvre de gloire à la bataille de Rosebecque, et se fait remarquer par sa sagesse dans les conseils de régence du règne de Charles VI. Lorsque la paix est rétablie, il organise de ses deniers une croisade contre les Sarrasins qu'il défait à Tunis, à Bougie, à Tlemcen. Rentré dans son duché, il mérite d'être surnommé le Bon; sa cour, à Moulins, passe pour l'école de l'honneur, de la courtoisie et de la bravoure ; et les plus grands princes de la chrétienté ambitionnent de recevoir le collier de l'Ordre de TËspérance qu'il a fondé sous le patronage de la Vierge.
Le mariage de son fils Jean avec Marie de Berry eut lieu à Paris. Le roi intervint au contrat de mariage. Dans ce contrat il
fut établi, moyennant certaines compensations, que le duché de Bourbon, — qui était entré dans la famille par le mariage de Robert, fils de saint Louis, avec Théri^ tière de la baronnie de Bourbon*, et qui, par conséquent, lui appartenait en propre, — cessait d'être fief héréditaire pour devenir fief apanager, devant faire retour à la Couronne suivant la loi des apanages. Nous retrouverons plus loin les conséquences de cette clause : Jean de Bourbon et sa femme
1. La famille de Bourbon remontait à Adhémar qui vivait au dixième siècle. Plusieurs successeurs d' Adhémar s'appelèrent Archambault, et ce nom fut ajouté à celui de leur fief principal qui fut appelé et s'appelle encore Bourbon-l'Archambault. Ce fut l'un d'eux qui fonda l'abbaye bénédictine de Souvigny. La baronnie de Bourbon passa, par mariage, sous Philippe- Auguste, dans la Maison de Dampierre , puis , aussi par mariage , dans la Maison de Bourgogne , d'où vint Béatrix qui épousa Robert de France, comte de Clermont, et lui porta Bourbon. — La baronnie de Bourbon fut ensuite érigée en duché par le roi Charles IV en faveur du fils aine de Robert de Clermont. — Les documents les plus importants à consulter sur ces origines sont la Chronologie des sires de Bourbon , publiée par Chazaud, et aussi le Càrtulaire de la Chapelle- Aude j édité par le même.
ne pouvaient prévoir que cet arrangement serait un jour la cause d'une trop célèbre discorde entre deux de leurs descendants* et le fondement de la trahison de l'un d'eux. Jean, duc de Bourbon à la mort de son père, comte de Montpensier du chef de sa femme, entra dans la vie aux jours les plus douloureux de notre histoire : la folie du roi, la rivalité des ducs de Bourgogne et d'Orléans, le parjure d'Isabeau de Bavière, livraient la France, aux Anglais. Fidèle à l'honneur et aux traditions de sa race, Jean n'eut jamais de défaillance à ces heures désespérées. Toujours à la tète des Armagnacs, il fut le plus redoutable adversaire du duc de Bourgogne et lui enleva la ville de Soissons après un siège meurtrier. Pendant un
1. Le procès de François h' et du connétable de Bourbon. François I«r descendait de Jean de Bourbon et de Marie de Berry par sa grand'mère maternelle, la duchesse de Savoie, née Marguerite de Bourbon, qui était leur petite-fille.
répit de la guerre étrangère, il délivra le Midi des grandes compagnies qui s'étaient reformées depuis Charles V. A Azincourt, après des prodiges de valeur, moins heureux que .son cousin Louis de Bourbon- Préaux *, qui se faisait tuer à ses côtés, il tomba aux mains de Tennemi. Jamais les Anglais ne voulurent lui rendre la liberté , et il mourut à Londres, prisonnier depuis plus de dix-huit ans. Sa veuve ramena sa dépouille au tombeau des ancêtres, à ce prieuré de Souvigny ' qui^ par une sorte de
1. Ce prince appartenait à une branche de la Maison de Bourbon issue de Jacques I®', comte de la Marche, par son troisième fils Jacques, seigneur de Préaux.
2. L'église de Souvigny, située à quatre lieues de Moulins, qui a survécu, à peu près intacte, au monastère, est un des monuments les plus curieux de la France. Construite au douzième siècle, dans des proportions grandioses, elle est du nombre, fort restreint, des églises qui ont deux transepts. Parmi les tombeaux qu'elle renferme, ceux de Louis, troisième duc de Bourbon, et d'Anne d'Auvergne, sa femme, par Jean de Cambrai, et ceux de Charles, cinquième duc de Bourbon, et de sa femme, Agnès de Bourgogne, par Jacques Morel, sont d'une merveilleuse beauté et resteront toujours comme d'admirables chefs-d'œuvre
miracle, a échappé aux profanations des révolutionnaires, et alla elle-même l'y rejoindre seize mois plus tard.
De leur mariage, trois enfants étaient nés qui atteignirent Tâge d'homme. L'alné, Charles , continua la ligne des ducs de Bourbon ; le second mourut jeune sans postérité ; le troisième , Louis , eut en héritage le comté de Montpensier qui fut son fief principal.
Louis I" de Bourbon, comte de Montpensier, est de cette catégorie d'hommes qui font peu de bruit et beaucoup de bien. Sa vie fut longue ; il sut noblement la remplir. Il combattit sous la bannière de Jeanne d'Arc ; il coopéra avec Charles VII à l'expulsion des Anglais ; il favorisa les réformes et les grandes fondations du roi victorieux.
de la sculpture française au moyen âge. M. Courajod les a décrits dans son étude sur les monuments de l'abbaye de Souvigny.
Louis XI, qui, dauphin, n'avait pu Tentralner dans sa révolte, ne le trouva pas avec les princes qui se liguèrent contre lui. Montpensier vivait surtout au fond de son Auvergne, au milieu de ses vassaux, gouvernant ses domaines, veillant par lui-même à leur bonne administration , édifiant à Aigueperse une Sainte-Chapelle destinée à abriter ses cendres et celles de ses descendants, bien digne lui aussi de la qualification de Bon que ses sujets lui donnèrent.
Son fils*, Gilbert, servit Louis XI avec distinction ; il fut toujours, comme son père, le soutien de TÉtat. Les Montpensier n'avaient jamais cessé d'entretenir les meilleures relations de voisinage et de parenté avec la cour de Moulins. La duchesse de Bourbon, Anne,
1. Louis, comte de Montpensier, avait eu quatre enfants : 1» Gilbert; 2« Jean, mort jeune; 3o Gabrielle, mariée à Louis de la Trémoille ; 4» Charlotte, mariée à Wolfart de Barselle, comte de Grandpré, maréchal de France.
eut en eux, pendant sa régence^ de fidèles appuis, et les récompensa par les faveurs royales. Gilbert fut gouverneur de Paris. 11 avait épousé Claire de Gonzague, fille du marquis de Mantoue ; et s'il applaudit aux projets de Charles VIII sur l'Italie, il eut le regret de voir rester infructueuses les pressantes démarches qu'il fit, secondé par sa femme, pour détacher son beau-frère, François de Gonzague, du parti de Venise qui l'avait mis à la tète de son armée. Quand le roi fit cette prodigieuse campagne, qui ressembla bien plus à une marche triomphale qu'à une expédition guerrière, Montpensier était capitaine général : il conduisit l'armée française de victoire en victoire, et il eut sa part des ovations que les Napolitains prodiguèrent aux Français vainqueurs.
On sait comment une coalition formée entre les princes italiens, Venise, l'empereur et Ferdinand d'Aragon, força Charles VIII à
abandonner sa conquête, et comment ce prince, pour rentrer en France, dut passer, à Fornoue, sur le ventre des confédérés.
Montpensier resta à Naples avec les titres d'archiduc et de vice-roi. Mais les troupes qu'on put lui laisser étaient peu nombreuses; les Napolitains, toujours partisans du prince qu'ils n'ont plus, se soulevèrent; Ferdinand sortit de sa retraite : les Français, cernés de toutes parts, sans aucun espoir de secours, durent mettre bas les armes à Atella.
Ferdinand ne voulut pas leur rendre la liberté ; et , par une cruauté inqualifiable , il les interna, au plus fort de l'été, au milieu des marais qui séparaient alors Pouzzoles de Baïa. François de Gonzague, le vaincu de Fornoue, était accouru après sa défaite auprès de Ferdinand : il ojffrit à son beaufrère de le faire évader. Mais Gilbert de Montpensier, — à qui Commines reproche d'avoir parfois trop aimé le bien-être, — re-
fusa d'abandonner ses malheureux soldats et de séparer son sort de leur sort; les fièvres pestilentielles commencèrent bientôt leurs ravages : il en fut une des premières victimes, et mourut dignement en fils de saint Louis.
Il laissait trois fils et trois filles ^ Les fils furent : Louis, qui hérita du comté de Montpensier ; Charles , qui devait être tristement célèbre ; François , qui eut le comté de Chatellerault*.
Louis II de Montpensier n'avait que treize ans au moment de la mort de son père. Il ne lui survécut guère ; et il occuperait une bien petite place dans l'histoire, sans les circonstances touchantes de sa mort. Cinq
1. Ces filles étaient : 1» Louise, mariée à Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon ; 2o Renée, mariée à Antoine, duc de Lorraine et de Bar ; 3» Anne, morte sans alliance.
2. Le comté de Chàtellerault avait été acquis par Gilbert de Montpensier peu de teirps avant sa mort.
ans plus tard en effet. Louis XII faîsait sa première expédition contre le Milanais. Le jeune comte de Montpensier voulut en être, et il se signala par son intrépidité. Mais ritalie lui rappelait qu'il avait des devoirs à remplir envers de chères dépouilles qui reposaient encore à Pouzzoles, loin de tous les siens. Il se rendit à Naples pour procéder à leur exhumation : quand il vit le cercueil de son père, il éprouva une telle émotion qu'il tomba foudroyé.
Le comté de Montpensier passa alors à son frère Charles.
Comte de Montpensier, Charles devint peu après chef de la Maison de Bourbon par la mort de Pierre II, huitième duc de Bourbon, décédé sans enfants mâles. — De son union avec Anne, fille de Louis XI, Pierre II n'avait eu qu'une fille, Suzanne, et elle était chétive , malingre , tellement contrefaite , qu'on la considérait comme incapable de ma-
terûité. Malgré tout, Charles de Montpensier consentit à la prendre pour femme : c'est qu'elle était une opulente héritière, et par elle il devenait duc de Bourbon, duc d'Auvergne, seigneur d'un nombre considérable de fiefs qui, joints à ses biens patrimoniaux, le rendaient presque aussi riche que le roi.
Dès son mariage, il s'établit à Moulins et prit le titre de duc de Bourbon. — C'est sous ce nom que l'histoire le connaît. — Certes, par ses rares qualités, par ses talents d'homme de guerre, par sa fière mine, il était digne de marcher à la tète de cette race incomparable ; mais il eut une ambition sans mesure, et cette ambition fit de lui un grand criminel.
Gènes , où il combattit à côté de Bayard , vit ses débuts dans la carrière des armes ; Agnadel en fut une étape ; Marignan en marqua l'apogée. Ses vertus militaires l'avaient rendu l'idole du soldat ; sa magnifi-
cence, le grand état qu'il menait, Téclat de sa cour de Moulins lui avaient gagné une véritable popularité. Ami de François I°% il reçut de lui Tépée de connétable, le gouvernement du Languedoc, la vice-royauté du Milanais ; il vit deux fiefs de sa famille érigés par lui en duchés : Chàtellerault pour son frère François, Vendôme pour son cousin Charles. Tant d'honneurs et tant de gloire ne purent cependant apaiser ses désirs effrénés de grandeur.
En prenant le titre de duc de Bourbon, Charles de Montpensier savait bien que le duché, fief apanager en vertu du contrat de mariage de Jean de Bourbon et de Marie de Berry, ferait retour à la Couronne à la mort de sa femme Suzanne, et quand Tévénement arriva, il n'était pas fondé à s'étonner et à se plaindre. Ce fut là pourtant le prétexte du mécontentement précurseur de sa trahison ; ce n'en fut pas la cause :
lorsque François I" dut faire établir par justice les droits de la Couronne sur le du^ ché de Bourbon, en promettant d'ailleurs à Charles de lui en laisser l'usufruit, Charles, hanté par ses rêves de royauté, avait déjà noué avec Charles-Quint et le roi d'Angleterre ces négociations détestables qui devaient, dans son imagination, lui assurer un trône par le démembrement de sa patrie*
Un jour vint où, caché sous un déguisement vulgaire, le Connétable s'enfuit du royaume, comme un malfaiteur s'évade d'une prison. Laissons-le seul porter chez l'empereur son épée déshonorée et commander ces armées qu'autrefois il a vaincues. Bientôt, repoussé par son nouveau maître, abandonné de tous, il se fit chef de condottiere, et, révolté contre Dieu comme il l'était contre le roi, il mena ses bandes à l'assaut de Rome. Là s'arrêta son orageuse carrière, brisée par un coup d'arquebuse que Benve-
nuto Cellini se vanta d'avoir tiré. Longtemps son souvenir vécut chez cette soldatesque que vivant il avait fanatisée ; et les bandes, que Jltalie du seizième siècle vit se former en si grand nombre, eurent un chant guerrier dont il était le héros et dont Brantôme nous a conservé le refrain.
Charles de Bourbon ne laissait pas d'enfants. Avec lui finit la première Maison de Moritpensier.
Le Connétable a eu cette bonne fortune que sa félonie atteignit Tun des princes les plus généreux qui fut jamais et qu'elle se produisit à une heure voisine de celle où les Bourbons arrivèrent au trône. François I", gentil prince qui toujours était plus enclin à miséricorde qu'à vengeance^ blessé aussi cruellement comme ami que comme roi, voulut oublier, et jamais il ne permit qu'on parlât devant lui du malheureux Connétable. Il maintint les droits de la Cou-
ronne ; mais il ne voulut pas que la faute de Bourbon rejaillit sur d'autres que son auteur. Il ne songea pas à faire publier un récit authentique de cette lamentable affaire, — il pouvait à bon droit le croire inutile ; — et il n'inquiéta d'aucune sorte les familles de ceux qui avaient aidé Charles dans sa trahison. Deux hommes surtout avaient eu part à la fuite du Connétable, son secrétaire Marillac, et son médecin, l'Hôpital : le fils du médecin put aspirer à la faveur royale et s'élever jusqu'à la dignité de chancelier qu'il illustra par son caractère, ses vertus et son savoir; le fils du secrétaire fut archevêque de Vienne et se distingua dans diverses ambassades, en attendant que ses neveux devinssent, soiis Louis XIII, l'un garde des sceaux et l'autre Maréchal *.
1. Un frère de l'Archevêque de Vienne fut François de Marillac, avocat au Parlement de Paris, qui défendit Louis de Bourbon, premier prince de Condé, lorsque
Les historiens n'ont pas assez remarqué combien de gens furent intéressés à atténuer les torts du Connétable ; et s'ils ne vont pas jusqu'à ratifier sa réhabilitation, obtenue, quarante ans après sa mort, par le duc de Montpensier que nous trouverons plus loin et grâce au crédit de plus en plus grandissant des Bourbons, ils se font du moins les échos des accusations portées dans ce but contre François I". Les premières relations complètes de la vie et de la défection du Connétable furent faites, après la mort du dernier descendant de François I", par des écrivains aux gages des Montpensier*, moins soucieux de la vé-
François II, sous la pression des Guises, traduisit ce prince devant son conseil comme fauteur de troubles et complice du tumulte d'Amboise.
1. En 1605, Antoine de Laval, géographe du roi, capitaine de son château de Moulins en Bourbonnais, sous le titre de : Desseins de professions nobles et publiques avec l'histoire de la Maison de Bourbon, publie et complète un manuscrit de Marillac qui était conservé dans la Maison de Montpensier. Ce n'est là qu'une suite d'on-dit
rite que jaloux de plaire aux rois sortis de la Maison de Bourbon. Dans tous ces écrits, François 1" est violemment attaqué. La plupart des historiens se sont jusqu*ici inspirés de ces récits, et aucun d'eux n'a cherché à en contrôler les assertions. On dit que le Connétable fut poussé à bout par l'ingratitude royale , par les vexations de la Cour, par les embarras financiers qui lui furent suscités ; on accuse la haine de la mère de François I", Louise de Savoie,
douteux. Laval dédie son livre à Henri IV et, dans sa dédicace, il représente à ce prince qu'il importe que « V histoire de la royale Maison de Bourbon et parlicu" lièrement celle du grand Charles, dernier duc, soit sue de tout le monde. Les miens et moi, — ajoute-t-il, — avons pris si longue nourriture en cette maison, que je m'estimerais indigne de cet honneur, si je ne m'étais
étudié d'en apprendre le lustre » — Au dix-huitième
siècle, Désormeaux, historiographe de Louis XV, publie une histoire de la Maison de Bourbon en cinq gros volumes. Pour le Connétable, il suit pas à pas la relation de Marillac. Sous sa plume, la flatterie dépasse toute mesure, et son admiration pour Charles de Bourbon est telloment enthousiaste qu'il nous le représente comme un nouvel Hippolyte, absolument insensible à l'amour.
qui, ne pardonnant pas à Charles d'avoir, devenu veuf, repoussé son amour, aurait excité le roi à le dépouiller.
On oublie, pour parler ainsi, de quelles faveurs Charles n'avait cessé d'être l'objet; on ignore qu'il avait vingt millions de revenus qu'il toucha toujours jusqu'à sa fuite ; on ne réfléchit pas que si, pour avoir le duché de Bourbon, Charles de Montpensier avait épousé une femme absolument difforme, il aurait bien consenti, pour le conserver, à s'unir à une princesse dont tous les contemporains ont vanté l'esprit et la beauté ; et , pour adresser à la mémoire de Louise de Savoie les plus calomnieux outrages, on ne songe pas que son amour pour le Connétable , — dont Brantôme luimême, si friand d'anecdotes de ce genre, ne dit pas le moindre mot, — a été raconté pour la première fois dans un factum publié à l'étranger, par un auteur d'assez
mince importance *, longtemps après l'événement. La critique historique va plus loin encore : tandis qu'elle est si sévère pour Louise de Savoie, elle ne tient pas rigueur à Anne, duchesse douairière de Bourbon, des mauvais conseils qu'elle donna à son gendre. Pour la première, la sagesse et l'habileté de son gouvernement pendant les absences de François P' sont presque pas-
1. Robert Macquériau, Traité et recueil de la Maison de Bourgogne, en forme de chronique^ lequel commence à la nativité de Charles F, empereur des Romains, contenant Vespaee de vingt-sept années. Le sieur Macquériau , qui donne comme une conjecture populaire que Louise de Savoie était follement amoureuse du Connétable, était un domestique de la Maison de Croy : il entreprit de faire le panégyrique de Charles-Quint et il était si bien au courant des événements que, dans son récit, il omet absolument la bataille de Marignan. Son invention a cependant fait fortune. Elle a été accueillie avec empres- . sèment par tous les écrivains qui voulaient faire la cour aux Montpensier et aux rois issus de Bourbon, et qui n'ont pas pris garde sans doute que Louise de Savoie était l'arrière-grand'mère d'Henri IV. Presque tous les historiens modernes ont reproduit cette assertion, et fort rares sont ceux qui en ont reconnu la fausseté. Parmi ces derniers il faut citer M. Paulin Paris, dans son Étude sur François Jer^ et M. Chantelauze qui pourtant plaide la cause du Connétable.
sées sous silence ; pour la seconde , au contraire, on ne se rappelle que le rôle grand et glorieux qu'elle joua durant le règne de son frère Charles VIII, et on laisse dans l'ombre ce caractère altier, cet esprit astucieux, cette ambition jalouse qui firent tant de malheureux autour d'elle.
Qu'importe d'ailleurs que Charles de Bourbon ait été plus ou moins coupable :
pour sa condamnation, il suffit qu'il l'ait été.
Qu'importe aussi que la Maison de Bourbon ait connu une pareille défaillance : elle a assez de gloire pour* n'avoir pas à en rougir; et, si la honte en eût pu l'atteindre, cette honte serait lavée par le sang que tant de princes versèrent en prodigues sur tous ces champs de bataille où la fortune et la grandeur de la patrie se sont fondées.
Au moment où le Connétable passe à l'étranger et succombe, son frère François,
duc de Chàtellerault, et son cousin, Bertrand de Bourbon , viennent de périr à Mari gnan ; Antoine de Bourbon \ qui tombera sous les murs de Rouen, et Jean de Bourbon , qui se fera tuer à la journée de Saint- Quentin , arrivent à la jeunesse ; François de Bourbon, qui gagnera la victoire de Cerisoles, et Louis de Bourbon, qui sera bientôt duc de Montpensier, sont enfants ; le nouveau chef que le droit d'aînesse donne à la Maison de Bourbon est Charles, duc de Vendôme, grand-père d'Henri IV, et dont le petit-fils n'eût pas désavoué la valeur.
Tous les biens du Connétable avaient été confisqués. Peu de temps après sa mort, François P"" rendit à ses sœurs, ses seules héritières, ceux dont la loi des apanages n'imposait pas le retour à la Couronne.
1. Antoine, Jean et François de Bourbon étaient frères, fils de Charles, duc de Vendôme. Antoine fut le père d'Henri IV.
La princesse Louise eut le comté de Montpensier. Elle avait épousé son cousin, Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon.
Le prince de la Roche-sur- Yon, cadet de la branche de Vendôme, joignait à la plus éclatante bravoure les talents d'un habile négociateur ; il mourut au début du règne de François 1", après avoir participé lui aussi à la victoire de Marignan. En donnant à sa veuve le comté de Montpensier, le roi r érigea en duché en faveur de son fils aîné Louis *.
Louis, premier duc de Montpensier, devait donner une illustration nouvelle à sa famille et à son nom.
n fait ses premières armes pendant la campagne de Picardie, à la reprise des hos-
1. Les autres enfants du prince de la Roche-sur- Yon étaient : 1» Charles, prince de la Roche-sur- Yon. Ce prince mourut ayant perdu tous ses enfants et laissa sa fortune à son frère Montpensier. 2» Suzanne, mariée au comte de Rieux.
tilités qui suit de si près la paix de Cambrai, et se signale par son courage à Tassant de Hesdîn. Lorsque, quelques années plus tard, le Dauphin conduit une armée au siège de Perpignan, Montpensier commande sous ses ordres, et cette confraternité d'armes crée entre ces deux princes une amitié où chacun aura profit.
Bientôt le Dauphin est roi. Montpensier est Tun des plus dévoués serviteurs d'Henri II, tandis que sa femme, Jacqueline de Longwy, devient Tamie de Catherine de Médicis. Au siège de Boulogne, à la bataille de Renty, le duc se fait remarquer parmi les plus braves; à Saint-Quentin, il est fait prisonnier. Il ne recouvre la liberté qu'à la signature de la paix, à Cateau-Cambrésis , et ne rentre en France que pour voir mourir Henri H.
Le coup de lance qui tua le roi fut funeste au royaume. Avec le règne éphémère de
François II, ces troubles commencent qui, pendant plus de trente ans, vont désoler la France et livrer le pouvoir à la dispute de grands factieux que l'ambition fait courir aux armes, et qui n'ont, quoi qu'ils en puissent dire, aucun souci des intérêts de la religion. Pendant ces temps tourmentés, le duc de Montpensier s'honore par son inviolable attachement à la Couronne et par son intrépidité à la défendre. U n'aime pas les huguenots, dont les excès l'exaspèrent et qui sont des rebelles autant que des ennemis de la foi; il leur fait une rude guerre, et il leur porte en bataille de terribles coups.
Mais, catholique sincère, il n'est pas non plus avec ces fanatiques qui, par leurs violences, nuisent toujours à leur cause, et parfois la déshonorent. Il est Tennemi de Cohgny, mais il n'est pas l'ami de Guise : royaliste, il sert la Monarchie, quel que soit le monarque et toujours avec un zèle égal,
Les protestants ont livré Rouen et Le Havre aux Anglais. LWmée royale va reprendre ces deux villes : Montpensier est au premier rang. A Rouen, il voit un coup mortel atteindre le chef de sa famille , Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, roi de Navarre, premier prince du sang, lieutenant général du Royaume. Au Havre, il a la joie de conduire son fils, le Prince-Dauphin*, au baptême du feu , et la précoce valeur du jeune prince excite en son âme un légitime orgueil.
Chef du Conseil sous Charles IX, jusqu'à la retraite de Michel de l'Hôpital, le duc de Montpensier est souvent à la cour. 11 accompagne le roi dans son grand voyage à
1. Ce titre venait du Dauphiné d'Auvergne. Le Dauphiné d'Auvergne était entré dans la Maison de Bourbon par le mariage de Louis I»', comte de Montpensier, avec Jeanne, fille unique de Béraud III, comte de Clermont et Dauphins d'Auvergne. Les fils aînés des comtes de Montpensier avaient, du vivant de leurs pères, été titrés Comtes- Dauphins.
travers le royaume, et il assiste à la fameuse entrevue de Bayonne , où le duc d'Albe trouve souvent en lui un contradicteur. C'est à ce moment qu'aidé par le Chancelier , il obtient la réhabilitation du Connétable.
C'est alors aussi que le roi va visiter son duché. Lorsque les Consuls d'Aigueperse apprennent la prochaine venue de Charles IX, ils s'assemblent et délibèrent que : « la ville « ofiFrira en présent au roi quatre tonneaux « de vin et deux douzaines de massepains * ; « que les consuls iront au-devant de lui re- « vêtus de leur meilleure robe noire, ac- « compagnes des valets de ville, portant « chacun une robe à la livrée de la ville, « la tète couverte d'un bonnet rouge ; enfin « qu'on blanchira les clefs de la ville et « qu'on les présentera au roi attachées « avec un cordon de soie de la couleur
1. Aigueperse est encore aujourd'hui célèbre par ses massepains,
« du roi qui est blanc, bleu et incarnat. »
C'est que les habitants d'Âigueperse sont heureux de voir le roi et leur duc. Il y a longtemps que celui-ci n'a pas visité ses vassaux. Il n'a pas encore résidé dans le ch&teau de son duché ; il ne doit même jamais s'y établir. Il a passé son enfance à Champigny*, il y a vu les funérailles de son père ; et il a préféré y maintenir sa résidence après avoir reçu de François P' le duché de Montpensier. Cela se comprend d'ailleurs : Champîgny est au cœur dé la riante Touraine, près de Paris et dans le voisinage des châteaux royaux. Puis les événements ont marché. La sédition est partout. Le duc a reçu de Charles IX et d'Henri III le gou-
1. La terre et le château de Champigny étaient entrés dans la Maison de Bourbon par le mariage de Jean II de Bourbon, comte de Vendôme, trisaïeul direct d'Henri IV, avec Isabelle, fille unique et héritière de Louis de Beauvau, seigneur de Champigny et de la Roche-sur-Yon. Le fils puîné de Jean, comte de Vendôme, fut le prince de la Roche-sur-Yon : il eut de sa mère Champigny et le transmit à son fils , Louis , duc de Montpensier.
vernement de TAnjou, du Maine, de la Bretagne, de la Touraîne : à Champigny, il peut aisément pourvoir à l'administration des provinces confiées à sa garde ; ou bien, lorsque les villes à réduire, les bandes à disperser, les armées à vaincre, lui laissent un peu de répit, il peut facilement aller y goûter quelque repos.
Car la vie est dure alors pour qui a rhonneur d'être prince du sang; et si le duc est souvent à la cour, plus souvent il est en campagne, « le cul sur la selle et la cuirasse sur le dos. » Il défait en Périgord les bandes protestantes de d'Acier, ce cadet de l'illustre Maison de Crussol qui a épousé la fille de Galiot de Genouilhac et s'est fait en Quercy un des chefs les plus ardents de la Réforme. Il combat avec son fils à Jarnac et à Moncontour. A Jarnac, lorsque au plus fort de Faction, il apprend la mort de Condé, il est vivement ému et verse des
larmes sur le triste sort de son malheureux cousin. A MoDcontour, il commande Favant-garde ; c'est lui qui engage l'action, et il le fait avec une impétuosité qui décide de Tissue de la bataille.
Montpensier est à Paris pour le mariage du roi de Navarre avec la charmante princesse Marguerite. Quelques jours après, c'est la Saint-Barthélémy : le duc refuse de s'associer aux projets de Médicis, et n'accepte pendant la nuit fatale d'autre mission que celle de veiller à la sûreté personnelle du roi.
C'est à cette époque qu'une cruelle douleur vient le frapper. Une de ses filles, la princesse Charlotte, est abbesse de Jouarre : après quatorze ans de vie religieuse, elle sort de son couvent, et laissant une déclaration écrite où elle affirme qu'on lui a imposé une vocation qu'elle n'avait pas, elle se réfugie en Hollande, embrasse le Calvi-
nisme et veut épouser Guillaume d'Orange.
Le Taciturne est déjà marié; mais sa femme, Anne de Saxe, ne le gêné guère :
après avoir pris les conseils et reçu l'approbation du Landgrave de Hesse, — un autre apostat bien placé pour résoudre les cas matrimoniaux *, — il la fait emmurer et célèbre son union avec Charlotte de Montpensier en une cérémonie pompeuse, au temple de Brielle, où Tépôusée, semblant vouloir jeter un nouveau défi au bon sens et à la niorale, ose apparaître avec son costume d'abbesse, qu'elle continuera d'ailleurs à porter longtemps*.
1. Le Landgrave de Hesse était déjà marié quand il eut fantaisie de prendre une autre femme. Pour mettre sa conscience à l'abri de tout scrupule, il consulta des théologiens ; et Ton vit alors Luther, Mélanchthon et les plus illustres prédicants de la Réforme, donner à ce prince une consultation longuement motivée qui décidait que « pour certaines nécessités de corps et d'esprit, » il lui était permis de garder deux femmes à la fois.
2. Le xvi« siècle offre plus d'un exemple d'aberrations de ce genre. Le plus célèbre est celui du frère de Coligny, le cardinal de Châtillon, prélat aux mœurs impures,
Le duc de Montpensier s'indigne ; il refuse de sanctionner cette union. Plus de sept années s'écouleront avant qu'il la reconnaisse; et quand, sur les instances du duc d*Alençon*, qui ira, dans ce but, le trouver à Champigny, il consentira à l'approuver, Anne de Saxe sera morte depuis longtemps, la princesse Charlotte aura trois filles, et lui-même, devenu vieux, songera à régler les questions d'intérêt entre ses enfants.
Mais sa douleur ne lui fait pas oublier son devoir. La dernière période de sa vie arrive ; et si elle est la moins brillante parce que les événements auxquels il prend
qui, après s'être fait calviniste, ne voulut jamais quitter la robe de cardinal, et faisait appeler Madame la Cardinale la femme avec laquelle il vivait.
1. François de France, dernier fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, avait été, à sa naissance, apanage du duché d'Alençon. Après l'avènement d'Henri III, il reçut le duché d'Anjou et en prit le titre. Nous le rencontrerons plusieurs fois dans la suite de ce récit : nous le désignerons toujours par le nom de duc d'Alençon, sous lequel il est plus connu.
part sont moins retentissants, elle n'est pas la moins active.
Il assiste au premier siège de La Rochelle ; il pacifie tous les pays de son gou-^ Temement et remet sous l'obéissance royale toutes les villes qui ont voulu s'en afiranchir. Tantôt, il barre la route à La Noue qui veut, à la tète de Tarmée protestante, traverser la Loire et marcher sur Paris ; tantôt il arrête le duc d'Alençon qui s'est échappé du Louvre, et il Tempèche d'aller porter à La Rochelle Tappui de la présence du frère du roi et le secours d*un petit esprit fécond en intrigues. Il opère entre ce prince et la reine-mère une réconciliation qui doit être, il est vrai, de courte durée, et il reçoit à Champigny, dans cette circonstance, la visite de Catherine de Médicis. Toujours prêt à se battre, il lutte sans trêve ni repos pour rhonneur de cette Couronne de France, dont il est le naturel appui:
Il travaille à la paix de Poitiers, — une de ces paix que les partis semblent ne signer alors que pour se préparer à les -rompre, — il en est un des principaux auteurs ; et il fera bientôt de vains cflforts pour Ja maintenir.
Enfin, il assiste aux États Généraux que -Henri III convoque à Blbis pour la première fois. Les élections qui ont eu lieu sous Tinfluence des Guises et de la Ligue naissante, ont amené une majorité exaltée dont la violence dépasse toute prévision. Montpensier, ennemi de l'intrigue y de la perfidie et des agitations inutiles , fait les plus grands efforts pour en modérer les entraînements, et, s'il n'y réussit pas toujours, il est du moins assez heureux pour empêcher que les résolutions les plus extrêmes ne soient prises.
Ce fut là un des derniers services que Louis de Bourbon, premier duc de Montpensier, rendit à la France et à la Monar-
€hie. Il mourut bientôt après, emportant les regrets de ses amis, l'estime de ses adversaires, les sympathies de tous les braves gens. Il mérita le surnom de Bon, comme tant d'autres de sa race ; et ce titre , dont ses contemporains le saluèrent, est à son honneur un témoignage d'autant plus éclatant qu'il était donné à un prince qui passa presque toute sa vie à faire la guerre, et qu'il Itii était décerné aune époque profondément troublée, où toutes les passions justifiaient tous les attentats, où il suffisait de manier vigoureusement l'épée pour mériter tous les éloges, où le mépris de la mort tenait lieu de toute vertu.
Le duc de Montpensier avait perdu sa femme, Jacqueline de Longwy, après vingtcinq années d'une union qui avait été féconde. Douze ans avant sa mort, il s'était remarié avec Catherine de Lorraine, fille de François de Guise, sœur du Balafré et du
duc de Mayenne ; et ce mariage n^avait pas d'ailleurs opéré de rapprochement entre lui et les princes lorrains. La seconde duchesse de Montpensier ne donna pas d'enfants à son mari. Devenue veuve, elle se jeta avec une folle ardeur dans le parti de ses frères, et se rendit célèbre par ses extravagances aux derniers jours de la Ligue. Ainsi que bien d'autres cependant, elle subit l'ascendant de Henri IV ; et lorsque à peine entré dans Paris depuis quelques heures, le roi alla la saluer avec cette courtoise galanterie qu'il eut toujours pour les femmes^ elle ne put résister à la charmante bonne grâce d'un vainqueur aussi généreux : la veille, ennemie irréconciliable, elle donna à tous les siens , le lendemain du triomphe du Béarnais, les conseils et l'exemple d'une soumission désintéressée et du plus loyal attachement.
De son premier mariage , le duc de Mont-
pensier avait eu cinq filles * et un fils, François, appelé le Prince-Dauphin, du vivant de son père.
Le Prince-Dauphin n'avait pas attendu d'être duc de Montpensier pour se dévouer à la cause royale : il suivit en tout les leçons de son père. Nous l'avons trouvé au Havre , à Jarnac , à Moncontour. Il est un des négociateurs du traité de Saint-Germain qui suit cette dernière victoire ; au moment de la mort de Charles IX, il prend hautement les intérêts de Henri III qui est encore en Pologne, et il pacifie le Vivarais qui s'est révolté ; aux États de Blois , il appuie les nobles efforts que tente son père pour la conciliation et l'apaisement.
1. Les filles de Louis de Montpensier furent : !<> Françoise, mariée au duc de Bouillon ; 2° Anne, mariée ^u duc de Nevers ; S» Jeanne, abbesse de Sainte-Croix, puis de Jouarre, après la fuite de sa sœur ; 4» Charlotte, abbesse de Jouarre, puis princesse d'Orange; 5» Louise, abbesse de Faremoutiers.
Le duc d'Alençon songe vers cette époque à devenir souverain des Pays-Bas et mari de la reine Elisabeth. Une ambassade extraordinaire est envoyée à Londres avec mandat et pouvoir de demander pour le frère du roi de France la main de la reine d'Angleterre. Le Prince-Dauphin est chargé de cette mission. Jamais envoyé plénipotentiaire ne fut environné d'autant de pompe, ' ni reçu avec plus d'apparat. François de Montpensier a une suite de cinq cents personnes et un cortège de huit cents chevaux ; et, lorsqu'il débarque en Angleterre, il trouve la Cour qui vient à sa rencontre, il entre à Londres au bruit de Tartillerie et des cloches : il éprouve qu'Elisabeth veut plaire aux Français et les séduire. Elisabeth, qui tient de son père, Henri VIII, un inexorable égoïsme et une dureté de cœur qui va parfois jusqu'à la cruauté, est, comme Anne de Boleyn, sa mère, capricieuse et
légère. Elle a du goût pour la France, ses artistes et ses poètes , pour ses fêtes et ses J)laisirs ; elle veut montrer au Prince-Dauphin des solennités dignes du Louvre et des Valois : n'a-t-elle pas, — écrit Tambassadeur d'Espagne à son maître Philippe II, — « invité tous les pairs à conduire leur « famille à Londres, et demandé aux mar- « chands de velours, de soie et de drap « d'or, d'en baisser le prix, afin qu'on puisse « en acheter davantage ! » — Mais en dépit des plus hyperboliques discours, des tournois et des banquets, des bals et des inter^ mèdes, rien n'est conclu et le Prince-Dauphin ne rapporte en France aucune promesse parce qu'il n'a voulu en donner aucune : la reine d'Angleterre voudrait avant tout que le roi de France déclarât la guerre au roi d'Espagne qui la menace ; le roi de France îie s'en soucie pas, et, de son côté, il demande à Elisabeth, qui n'y tient pas davan-
tage, d'aider le duc d'Alençon à conquérir les Pays-Bas. Ces préteutious s'excluaient; les contractants ne pouvaient s'entendre :
le mariage ne se fit pas.
. A peine rentré en France , le Prince- Dauphin reçoit Tordre d'aller rejoindre le duc d'Alençon qui a pris le titre de duc de Brabant et marche vers la Flandre. Il lui conduit un corps de troupes de quinze enseignes ; il ne doit plus le quitter jusqu'à la fin de la campagne. Il l'escorte au moment de cette belle entrée à Anvers qui doit avoir de si tristes lendemains; mais, dès ce jour, il a le regret de ne pas être écouté lorsqu'il veut donner un conseil, et il prévoit, non sans amertume, les funestes conséquences des mesures iju'il ne peut empêcher.
Si ses sages avis avaient prévalu, Texpédition que dirigeait le triste frère d'Henri lU aurait eu une autre fin qu'une retraite sans gloire ; elle aurait produit d autres résultats
qu'une souveraineté nominale de quelques mois; elle compterait d'autres éphéraérides que la Saint-Antoine, où le sang français coula sans honneur et sans profit.
Pendant que le Prince-Dauphin était dans les provinces flamandes, son père mourait à Champigny. François devenait duc de Montpensier ; à son retour en France, il prend possession de l'héritage paternel. Il reçoit en môme temps les témoignages de la satisfaction royale qui le vengent des mépris qu'il a endurés : Henri III érige pour lui en duché le comté de Saint-Fargeau \
1. C'est à Saint-Fargeau que M^'c de Montpensier, la Grande Mademoiselle, dut se retirer après son équipée de la Fronde ; et , s'il faut l'en croire , le château était , à cette époque, quelque peu délabré : '< J'arrivai à « Saint-Fargeau, — écrit-elle dans ses mémoires, — à deux « heures de nuit. 11 fallut mettre pied à terre ; le pont « était rompu. J'entrai dans une vieille maison où il n'y w avait ni porte ni fenêtres, et de l'herbe jusqu'aux « genoux, dans la cour : j'en eus grande horreur. L'on « me mena dans une vilaine chambre, où il y avait un « poteau au milieu. La peur, l'horreur et le chagrin a me saisirent à tel point rjue je mo mis à pleurer../ n
qui était dans la dot de sa femme , Renée d'Anjou-Mézières, et il lui rend le duché de Cbâtellerault, qui était conservé par la Couronne depuis la défection du Connétable de Bourbon.
A ces récompenses le duc de Montpensier répond par de nouveaux services. La guerre recommence : c'est la guerre des trois Henri. Montpensier parcourt la Touraine, l'Orléanais, la Normandie, dont il est gouverneur, avec une ardeur que rien ne lasse , un courage que rien n'émeut. Il est avec Henri HI lors de la solennelle réconciliation de ce prince avec le roi de Navarre ; il accompagne les deux rois au siège de Paris.
Cependant, en dépit de cette triste peinture et moyennant quelques réparations, Mademoiselle put s'établir commO' dément et faire , sans trop de désagrément , un assez long séjour à Saint-Fargeau. — Le château de Saint-Fargeau (situé dans le département de l'Yonne) devait sortir de la Maison de Bourbon ; il appartint au célèbre conventionnel Le Pelletier.
LES DUCS Djè MOrNTPENSlER.
Quand le poignard de JBl5(jiiei)Sf-ÇIément a fait son œuvre, Montpensier, « qw'iûn^^ la France et l'honneur, » salue dans Hénrf'de,- Navarre le nouveau roi de France; et si" comme Givry, il ne lui dit pas : « Sire, vous êtes le roi des braves ! » il est, plus que tout autre, digne de suivre son panache blanc. Dès lors, il est le compagnon d^Henri IV, et Tun de ses meilleurs lieutenants. Il entre à Dieppe avec lui ; plus heureux que le brave Grillon, il se bat à Arques à ses côtés ; à Ivry, il accomplit des prodiges de valeur, et il est le premier de ceux que, dans le mémorable bulletin de sa vic^ toire, le roi signale pour leur belle conduite.
Longtemps encore on se battra après Ivry ; mais François de Bourbon , deuxième duc de Montpensier, ne doit pas voir le triomphe définitif d'Henri IV. Trente années de combats sans trêve ont usé ses
52 LES DUCS fft îfONTPENSlER.
foi^ccs ayailfr, Kàge : il meurt d'épuisement et .deljfeti^ue, tombant en pleine lutte, à ..Liâieux, à quelques pas de ces ennemis qui "iie Font jamais vaincu.
. Il eut du moins à ses derniers moments la consolation de penser que son épée passait en bonnes mains; il laissait un fils.
Henri de Bourbon, troisième duc de Montpensier, n'a pas encore vingt ans ; mais il y a plus de six ans qu'il a endossé le harnais de guerre, marchant à Tennemi, dans les armées commandées par son père, avec Tentraîn d'une bouillante jeunesse et la mâle assurance d'un vieux soldat. Sous le nom de Prince de Dombes*, qu'il a porté jusqu'ici, il a déjà conquis la renommée ; l'enfant va grandir.
1. La seigneurie de Donibes, érigée plus tard en principauté, était entrée dans la Maison de Bourbon par la donation qu'en avait faite en 1400 Edouard de Beaujeu à Louis, troisième duc de Bourbon. Elle faisait partie des biens confisqués au Connétable et rendus ensuite aux Montpensier.
' Au moment de la mort de son père, il est fen Bretagne où il commande pour lé roi et bù il pourchassé à outrance Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur*, qui combat bien plus pour son propre compte que dans l'intérêt de la Ligue. Il le défait en maintes rencontres et réduit à l'impuissance
1. La seigneurie de Mereœur, située en Auvergne, et érigée en duché par Charles IX, était un ancien fief des Bourbons et avait appartenu aux Montpensier de la première branche. Elle était entrée dans la Maison de Bourbon, à la même' époque à peu près que la seigneurie de Dombes, par le mariage du troisième duc de Bourbon avec Anne, comtesse de Forez, dame de Mercœur, fille de Béraud II, comte de Clerraont, dauphin d'Auvergne. Mercœur fut ensuite attribué à Louis I»»" comte de Montpensier et arriva ainsi au Connétable. Quand François I®' rendit les biens de celui-ci à ses sœurs, il donna Mercœur à Renée qui avait épousé Antoine, duc de Lorraine, grand-père de Philippe-Emmanuel. — Mercœur devait revenir plus tard aux Bourbons. En effet, Françoise dé Mercœur-Lorraine, fille de Philippe-Emmanuel, épousa César, duc de Vendôme, fils d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. Le petit-fils de César de Vendôme et de Françoise de Mercœur, Louis-Joseph, duc de Vendôme, le vainqueur de Villaviciosa, étant mort sans postérité, Mercœur qui était resté à sa veuve, Marie-Anne de Bourbon-Condé, passa aux Conty par la sœur de celle-ci, Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, qui avait épousé François-Louis de Bourbon, prince de Conty.
l'autorité insurrectionnelle qui s'est établie à Nantes. Une fois pourtant, à Craon, il sa laisse battre, et peu s'en faut que cettç journée ne soit la dernière de sa vie.
Appelé au gouvernement de la Normandie, il se rapproche de la capitale et aide puissamment Henri IV dans l'anéantissement de la Ligue et dans l'expulsion des armées espagnoles qui sont venues la secourir.
n fête sa vingt-unième année sous le feu de l'ennemi, au siège de Dreux; et sa généreuse témérité lui vaut une belle et bonne blessure qui le laisse pendant quelque temps entre la vie et la mort et l'empêche d'assister, sur le parvis de Saint-Denis, à l'abjuration d'Henri rV. Combien il eût aimé pourtant à être le témoin de ce grand acte, et combien il eût partagé l'émotion qu'éprouvèrent tous ces catholiques qui, royalistes fidèles , avaient versé leur sang pour le roi
huguenot, lorsqu'ils virent le Prince s'âger noniHeï» près de la tombe de saiîit Louis et faire avec une noble simplicité cette profes*sion de foi qui le réconciliait avec l'Église , dont ses ancêtres avaient toujours été les champions les plus valeureux.
Dès .qu'il peut se tenir de nouveau sur son cheval, le duc de Montpensier se remet en campagne, et enlève Honfleur à la Ligue.
Puis il contribue à la prise de Cambrai , de la Fère, de Calais. Il assiste au siège d'Amiens : la ville est vaillamment défendue par l'armée espagnole qui s'y est enfermée; deux fois, les troupes de Philippe II s'avancent pour la secourir et deux fois elles sont mises en déroute. Le siège est long, difficile, meurtrier. Toujours Montpensier se distingue et sa valeur n'a pas d'égale, « plani( tant par ses généreuses actions autant d'é- «' pouvante au cœur des ennemis , comme « en celui des siens d'ardeur et d'émulation
« de bien faire à son exemple. » Au moment le plus vif de cette série presque ininterrompue de furieux combats, il reste douze jours et douze nuits sans désarmer : fils et petit-fils de héros, il sait
Comment il faut s'endurcir à la peine ,
Dans le métier de Mars se rendre sans égal, Passer des jours entiers et des nuits à cheval , Reposer tout armé, forcer une muraille Et ne devoir qu'à soi le gain d'une bataille.
... La ville fut prise et FEspagnol demanda la paix. C'est la fin de la guerre, ïlenri IV va pouvoir s'occuper uniquement du bonheur de son peuple et porter toute son activité et son génie à la restauration de son royaume désormais pacifié.
" Le duc de Montpensier jouit enfin d'un glorieux repos que son père ni son grand-^ père n'ont connu. Il vivra assez pour voir les merveilleux bienfaits du grand règne ; et
il mourra assez tôt pour n'avoir pas à maudire l^assassinat du meilleur des rois. Sa blessure du siège de Dreux n'avait jamais été complètement guérie; un jour elle se rouvrit : il succomba. Il était à peine dans sa trente-quatrième année.
En lui s'éteignait la seconde Maison de Montpensier : de son mariage avec Henriette- Catberine de Joyeuse*, il n'avait eu qu'un enfant, et c'était une fille.
Marie de Bourbon-Montpensier était née deux ans seulement avant la mort de son
1. Trois ans après la mort du duc de Montpensier, Henriette de Joyeuse épousa Charles de Lorraine, duc de Ouise. Elle fut la mère de Henri de Lorraine, cinquième et avant-dernier duc de Guise. Le duché de Guise passa peu après aux Condé par la femme de Henri-Jules, duc de Bourbon, cinquième prince de Condé. Cette princesse, née Anne-Henriette de Bavière, recueillit le duché de •Ouise dans la succession de Marie de Lorraine, appelée Mademoiselle de Guise, en la personne de qui la Maison de Guise s'éteignit. C'est ainsi que Monseigneur le duc d*Aumale, héritier des Condé, l'est en même temps du duché de Guise.
père. Elle manifesta dès sa jeunesse les plus charmantes qualités et les plus aimables vertus. Vivant beaucoup à la cour, elle fut prise en afifection par la jeune reine Anne d'Autriche. Peut-être est-ce sous son influence qnVlle consentit à épouser Gaston, duc d'Anjou, frère de Louis XIII. apanage du duché d'Orléans à cette occasion. Le mariage fut célébré à Nantes et béni par le cardinal de Richelieu. Gaston d'Orléans ne manquait ni d'esprit ni de sérieuses qualités ; et si l'on a le droit d'être sévère pour le prince qui fit partie de presque toutes les cabales organisées contre le roi et son ministre, on ne doit pas oublier qu'il fut vaillant contre les ennemis de la France. La politique ne fut pas étrangère à ce mariage.
Le cardinal de Richelieu, en mettant toute son ardeur à le conclure , semblait espérer que la princesse captiverait un homme un peu frivole, sans caractère, facilement accessible
à de pernicieux conseils ; et Ton peut croire en effet que si Marie de Montpensier, duchesse d'Orléans, eût vécu, Gaston eût mieux employé une partie de sa vie. Malheureusement, elle mourut peu de temps après son mariage, en mettant au monde une fille.
Cette fille, qui entrait si tristement dans la vie, devait s'appeler Mademoiselle de Montpensier.
Peu d^existences offrent plus de contrastes que la sienne.
Au moment où elle sort de Tadolescence , Anne-Marie-Louise d'Orléans chevauche à la tète d'une armée rebelle, enlève une ville au roi, fait canonner ses troupes; et, après ces débuts tumultueux, elle finira ses jours dans ce calme majestueux qui revêt les contemporains du grand roi d'une incomparable sérénité.
Née sur les marches du premier trône de
Tunivers, et ayant à un haut degré le senti* ment de la grandeur de sa race, — héritière, dès sa naissance, des immenses domaines de la Maison de Montpensier, — délicieusement belle, avec sa taille svelte et élégante, ses longs cheveux blonds, son teint d'albâtre, ses grands yeux bleus, son nez aquilin, — elle pouvait justement rêver les plus illustres alliances : elle pensa épouser Louis XIV, Philippe d'Orléans, le grand Condé, le roi d^Espagne, Tempereur, le roi d'Angleterre, le duc de Lorraine, le duc de Savoie... et « elle finit par tomber dans les bras du cadet Lauzun * , » Lauzun qui était indigne d'elle, incapable de comprendre quel sacrifice le cœur de la femme faisait pour lui à Torgueil de la princesse.
Elle était d'une exquise bonté, d'une charité inépuisable, pieuse, douce, mais sachant