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PREMIER DEGRÉ

L'auteur de cette maison est le sire Louis de Mont {de Monte), qui vivait dans le courant du XII^ siècle. Nous avons indiqué dans notre Mémoire sur les premiers seigneurs de xMonl, qu'on ne pouvait pas, à la vérité, le rattacher à ces seigneurs-ci, mais que, toutefois, il pourrait descendre d'eux dans la ligne féminine et avoir eu pour père un des fils d'Alwide de Mont, qui vivait vers la fin do Xle siècle et paraît avoir été l'héritière des seigneurs de Mont de la première maison.

La seigneurie de Mont ou des Monts était l'une de ces grandes terres immédiates de la patrie de Vaud, qui ont porté, pour cette raison, avec le temps, le titre de baronnies. Elle comprenait le cœur de celte partie fertile de notre

pays que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de La Côte, contrée couverte de riches vignobles produisant un vin estimé. Située entre les seigneuries d'Aubonne, d'un côté, et de Mont, dit le-Vieux, de l'autre et fort entremêlée avec celle-ci, elle descendait jusqu'au lac et s'étendait sur les hauteurs qui dominent la Côte *.

Une dépendance de la seigneurie de Mont était le village de GenoUier, qui avait un prieuré^ et forma, dans le siècle suivant, avec le village voisin de Givrins, une seigneurie spéciale tenue par une branche puînée de la maison de Mont.

C'est probablement sur le territoire de Genollier que le sire Louis de Mont fonda la chartreuse d'Oujon, vers le milieu du Xll^ siècle'. Le lieu âpre et sauvage où s'éleva

' Un document en langue française, daté de l'année 1517 et sur lequel nous reviendrons, indique de la manière suivante les limites de la terre et seigneurie de Mont-le-Grand et RoUe ; Du côté dessous jusqu'au milieu du lac, du côté dessus jusqu'à la Joux noire, de la part de bise l'eau de la Gordanne dès le mont de Bougy en bas et dès le dit mont jusqu'à Bière, Bérolles et Mollens, et de la part de vent jouxte l'eau qui passe près de la maladière de RoUe, outre Boursone(?). (Titres du baill. de ftlorges, N" 596.) Rolle n'appartenait pas alors aux seigneurs de Mont-le-Grand, mais ceux-ci y avaient divers droits.

* Le prieuré de Genollier relevait déjà, en 1184, de l'abbaye de Saint- Oyen de Joux (soit de Saint-Claude). Un ancien pouillé, remontant au quinzième siècle, des bénéfices de cette célèbre abbaye, indique que le prieuré de Genollier était alors uni, depuis deux cents ans, à la sacristie de Saint- Oyen, et qu'il n'y avait à Genollier ni habitation pour les moines, ni des revenus suffisants pour Tentretien de deux de ceux-ci. Voy. Dunod, Histoire des Séquanais, etc., 1, chartes N"» 69 et 73.

' Voyez, quant à l'époque probable de la fondation de ce couvent, l'avantpropos du Carlulaire d'Oujon, par le professeur Hisely. Oujon se trouvait dans le voisinage de Genollier, d'où l'on peut inférer que ce couvent fut édifié sur un terrain dépendant de ce lieu-ci. D'un autre côté, le village d'Arzier, très rapproché du dit monastère, est indiqué, dans le document de

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ce nouveau monastère est situé sur la première pente du Jura, entre les villages actuels d'Arzier et de Saint-Cergues, qui alors n'existaient pas. Les seigneurs de Prangins et d'Aubonne, propriétaires dans le voisinage de la nouvelle chartreuse, s'empressèrent de lui faire des dons*. Le fondateur de celle-ci, le sire Louis de Mont, ne se réserva aucun droit d'avouerie à son égard , ainsi que nous le verrons.

Le cartulairede la chartreuse d'Oujon, précieux recueil publié dans les Mémoires de la Société d'histoire de la Suisse romande (tome XII), nous fait connaître les premiers degrés de la maison de Mont, sans rapporter toutefois l'acte de fondation de ce couvent, et cela sans doute parce que ce document n'existait pas. La première charte de ce cartulaire est une confirmation émanée de l'évêque diocésain Arducius et accordée à Hugues, prieur, et aux religieux d'Oujon, de toutes les acquisitions faites et à faire, par ce monastère, dans les limites de celui-ci, limites qui sont indiquées. Dans le nombre de ces acquisitions sont rappelées (mais non spécifiées) celles qui ont été faites du sire Louis de Mont et de ses fils et aussi de leurs vassaux*. Ici, acquisition signifie surtout donation. La charte de l'évêque Arducius n'est pas datée'.

La confirmation dont nous venons de parler comprend- Tannée 1517, cité plus haut, comme faisant partie de la seigneurie de Montle-Grand, mais il est probable que cette circonstance est la conséquence de racquisilion que les seigneurs de Mont-le-Grand avaient faite de l'avouerie de la chartreuse d'Oujon. (Voyez plus loin.)

* Cartulaire d'Oujon, N» 1, pag. 3.

* Ibidem, mêmes charte et page.

* Arducius de Faucigny occupa pendant cinquante années le siège épiscopal de Genève, de 1135 à 1185. Voy. le Regeste genevois, pag. 82.

elle la concession suivante faite en faveur de la chartreuse d'Oujon, mais dont la date n'est pas indiquée?

Le sire {domimis) Louis de Mou{{Lois de Monte), du consentement de la vénérable Amblare, son épouse, et de ses fils Conon, Amaldric et Humbert, en vue du salut de son âme, concède à la maison d'Oujon la grande franchise {libertalem hanc maximam) que nul de ses hommes ni aussi des autres hommes soumis à sa puissance ', ne fasse paître son bétail, d'aucune espèce, dans les limites de la prédite maison, imposant aux transgresseurs de cette défense le payement d'un ban de trois sols. Cette concession a lieu sur les mains du seigneur évêque de Lausanne, 7ieveu du donateur, en présence de témoins tant ecclésiastiques que laïques, et le sire Louis veut que la charte qui la constate soit scellée par les évêques de Lausanne et de Genève. Le même sire Louis répéta sa concession, étant à Oujon, en présence de ses hommes de GenoUier, du prieur Gervais, du procureur du couvent et d'autres personnes, et reçut du dit couvent, à raison de la concession précitée, un cheval valant 60 sols, huit veaux qui valaient A livres et davantage, et une pelisse de prix {pelliliam oplimam). Le couvent, de plus, le tint quitte de 20 sols qu'il lui devait. Conon, son fils (aîné), reçut 10 sols à raison de son approbation et chacun de ses deux frères en reçut 5 -.

Cet évêque de Lausanne, neveu du donateur Louis de Mont et mentionné dans le document dont nous venons de rapporter les dispositions, doit avoir été Landri de Durnes ou de Durnac, d'une famille noble du comté de

' « Nec etiam aliorum quos conipescere posset, » c'est-à-dire des hommes soumis à sa jurisdiction. • Cartulaire d'Oujon, N° 6.

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Bourgogne, qui devint évêque de Lausanne après Saint- Amédée d'Haulerive, décédé le 27 août 1459. Landri de Durnes résigna son évêché vers la fin de l'année 1477 ou au commencement de l'année suivante '. Nous trouverons un des fils du sire Louis de Mont, voué à l'Eglise, portant le prénom de Landri.

Quoique l'acte de la fondation de la chartreuse d'Oujon ne se trouve pas dans le cartulaire de ce couvent, un autre document y est inséré qui nous offre la preuve que Louis de Mont fut bien le fondateur de la dite chartreuse. Dans l'anuée 4245, Jean, donzel de Greilly (de Grelie), fils du défunt sire Nantelme, miles de Greilly, confirma, spécialement pour le salut de l'âme de dame Béatrice, fille du défunt sire Louis de Mont, fondateur de la maison d'Oujon% la donation faite de son vivant par la dite dame, en faveur de la chartreuse précitée, d'une mesure annuelle de vin, à percevoir sur sa vigne de Sous-Mont' . Celte vigne, après son décès, était parvenue, en vertu d'héritage, au prénommé donzel de Greilly*.

Le sire Louis de Mont, qui était un pieux baron, fit aussi des dons à l'abbaye de Bonmont, située dans le voisinage de ses terres. Une charte, datée de l'année 4477, émanée de l'évêque diocésain Arducius, par laquelle ce prélat notifie et confirme diverses donations faites en faveur de cette abbaye, nous apprend que Louis de Mont el

* Voyez l'article consacré à Landry de Durnac, dans le tome V" du Mémorial de Fribourg, Histoire du diocèse de Lausanne.

* « Et specialiter pro anima domine Beatricis, filie quondam domini Lodouici de Monz, qui fundator extitit domus predicte (Âugionis), helemosinam, » etc.

* « In uinea sua de Soz-Monz. »

* Cartul. d'Oujon, N» 86.

son épouse Amblare avaient donné à la maison de Bonmont les dîmes des vignes de Bougel (de Baugels) et aussi celles des champs que les religieux de Bonmont cultiveraient* entre le ruisseau de Rupalex {de Ru/pelai) et un autre ruisseau découlant près de Bougel, et depuis le chemin public tendant à Aubonne jusqu'au sentier appelé de Préverenges ; donation qui avait été approuvée par Conon, Amaldricet Humbert, fils du prédit Louis de Mont. On apprend encore par la même charte que Bochet de Monl^ et Guy de Mollens {de Morlens), son neveu ^ qui avaient part aux dîmes précitées, avaient fait, avec Louis de Mont, un échange à l'égard de cette part, et qu'ils avaient approuvé, dans certaines limites seulement*, la donation des dites dîmes ; mais, qu'après la mort de Louis de Mont et du dit Bochet, oncle de Guy de Mollens, celui-ci avait confirmé la donation précitée dans toute son étendue".

Nous avons indiqué dans notre Mémoire surlesdynastes d'Aubonne (et aussi dans nos Recherches sur les dynastes de Cossonaij, etc.,) que les dîmes concédées au couvent de

* Et non pas cultivaient, ainsi que cela est indiqué dans nos Dynastes d'Aubonne, pag. 147 (pag. 11 de notre tirage spécial).

■ Bochet de Mont était-il un ministérial, ou bien, peut-être, un membre de la famille de Mont, descendant de l'un des fils d'Alwide de Mont?

* La question posée dans la note qui précède s'applique aussi à Guy de Mollens, neveu de Bochet de Mont. Le village de Mollens, situé au pied du Jura, était une dépendance de la seigneurie de Mont, d'où il résulte qu'un membre de la famille de Mont pouvait en avoir porté le nom. Serait-ce peutêtre Guy de Mollens qui aurait donné la majeure partie du village de ce nom au couvent de Romainmotier ?

* Jusqu'à la maison de Jean.

" C'est-à-dire jusqu'au chemin public. Cette confirmation avait eu lieu à Aubonne, sur les mains de l'abbé Jean. {Mém. et Doc. publiés par la Soc. d'hist. et d'urch. de Genève, II, S^^ partie, pag. 38 et 39.)

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Bonmont par Louis de Mont et sa femme Amblare étaient mouvantes du fief d'Ebal de Grandson et qu'en conséquence ce seigneur et son frère Jordan en avaient approuvé la donation. Nous ne nous expliquons guère cette mouvance des Grandson dans le cœur de la Côte, contrée qui n'était pas celle où ils avaient leurs terres héréditaires. D'ailleurs, elle ne nous semble pas s'accorder avec la position des seigneurs de Mont^ comme dynastes.

Selon la charte précitée de l'évêque Arducius, Louis de Mont n'aurait plus vécu dans l'année 1 177. Il est probable, ainsi que nous le ferons remarquer, qu'il n'était déjà plus vivant cinq années auparavant. L'extraction de son épouse Amblare n'est point indiquée. L'épithète de vénérable qui lui est donnée dans la charte par laquelle son mari concède à la chartreuse d'Oujon l'exemption du pâturage du bétail de ses sujets dans les limites de ce couvent, indiquerait que dame Amblare était déjà âgée lors de cette concession.

Nous avons vu apparaître ensemble, dans lesdocuments, trois fils du sire Louis de Mont, savoir : Conon, Amaldric et Humbert. On les trouve nommés de même, désignés de frères et se portant garants, chacun d'eux pour la somme de centsols, d'Etienne de Bière, lorsque celui-ci fit donation en faveur du couvent de Bonmont, dans l'année 1189, de ses possessions situées dans la proximité des vignes de Bougel {de Balgels)*.

C'est de Conon, l'aîné, que sont issus les sires de Mont. Nous lui consacrerons un article spécial.

Amaldric, le second des fils du sire Louis de Mont,

• Recherches sur les dynastes de Cossonay, etc., pièces juslificat., N» VlII.

nous apparaîtra en qualité de témoin et de garant de son frère Conon. Aux environs de l'année 1210, les religieux d'Oujon firent, entre autres, à Ebal de Mont (fils de Conon) la remise de 40 sols, qu'il leur devait pour le sire A(maldric), son oncle'. On peut tout à la fois inférer de cette circonstance qu'Amaldric de Mont ne vivait plus alors et que son neveu Ebal était son droit-ayant ; de plus, le titre de sire qui lui est attribué laisse présumer qu'il était devenu chevalier. On n'apprend pas qu'Amaldric de Mont ait été marié et on ne lui connaît point de postérité.

Humberl, le troisième fils du sire Louis de Mont, fut l'auteur d'une branche de sa famille qui survécut longtemps à la branche aînée. Nous rapporterons plus tard ce qui le concerne, ainsi que la branche issue de lui.

Le sire Louis de Mont eut encore un quatrième fils, nommé Landri, qui fut homme d'Eglise, devint évêque de Sion et joua un rôle politique important en Vallais. Landri de Mont apparaît en qualité d'évêque de Sion en l'année 1206 et occupa ce siège épiscopal jusqu'à sa mort, survenue le 10 avril 1237". Sous l'année 1210 de l'Incarnation, Landri, évêque de Sion, et Roger, évêque de Lausanne,notifient une donation importante faite par Humbert de Mont, frère du prédit évêque Landri, en faveur de la chartreuse d'Oujon % donation que cet évêque notifia encore une seconde fois dans la même année*.

' « Ipsi (habitatores domus Alionis) remiserunt mihi (Hybloni de Monte)... XL solidos ex parte donni A. patrui mai. » Ebal de Mont payerait cette dette lorsqu'il aurait la bonne volonté de le faire. (Cartulaire d'Oujon, N» 7.)

• Mém. et Doc. publiés par la Soc. d'hist. de la Suisse romande, XVIII, pag. 497.

' Cart. d'Oujon, N» 4.

* Ibidem, N» 14.

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Une charte on Cartulaire d'Oujon nous a révélé l'existence de dame Béatrice, fille du sire Louis de Mont, fondateur de la dite chartreuse, toutefois sans nous apprendre quelle alliance matrinaoniale elle pouvait avoir contractée. (Voir ci-dessus.)

Enfin, le Cariulaire du chapitre de N. D. de Lausanne rappelle, sous l'année 1216, la vigne de Sous-Mont, donnée au dit chapitre par Amaldric, miles de Font, neveu des seigneurs de Mont, pour des dommages faits par lui au chapitre précité et pour la fondation de son anniversaire '. Il paraîtrait ainsi qu'une fille du sire Louis de Mont aurait été l'épouse d'un miles de Font. On estime que la maison de ce nom était issue de celle des seigneurs d'Estavayé.

Un Jean de Mont {de Monte) apparaît dans le nombre des témoins d'un accord fait entre Conon de Grandson et Witfred, prieur deRomainmotier, aux environs de l'année 1160*. La place qu'il occupe parmi ces témoins, après le mestral Albert, le mayorOsbert etValère, indiquerait qu'il n'appartenait pas à la famille des dynastes de Mont. Toutefois, nous pourrions nous tromper sur ce point, et ce personnage pourrait être le descendant d'un des fils d'Alwide de Mont.

' Cart. du chapitre de N. D. de Lausanne, pag. 257. * Cariulaire de Romainmotier , pag. 477.

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