DIXIEME DEGRÉ
chevalier.
Artaud est ce seigneur des Monts duquel le manuscrit Rebeur rapporte que, sous l'année 1379, il possédait un bourg, dit maintenant (c'est-à-dire du temps du commissaire Rebeur) Mont- le- Grand ruiné'\Ce bourg est ce-
' Collection de Giiigins, à la bibliothèque cantonale. L'hommage prêté par Elinode de Varembon, au nom de son lils Artaud, est rappelé dans celui des titres du baill. de Morges, portant le N" 589.
* Tableaux généal. de la maison d'Oron, N» 3 {Mém. et Doc. publiés par la Soc. d'hist. de la Suisse romande, XVIII).
' Rebeur ajoute : « Du côté de Lausanne, tandis que l'autre Mont, dit le Vieux, aussi le Petit Mont, dépendant de Rolle, du côté de vent, est un peu éloigné du dit Mont-le-Grand. i-
lui qui, dans la charte de la donation du prêtre Marin en faveur du couvent de Romainmotier, de l'année 996, est désigné de bourg de Sainte-Marie, dit le châtel de Mont\ Le prénonaraé Artaud, selon le manuscrit cité ci-dessus, avait sujets, fiefs et omnimode jurisdiction rière le dit Mont et à l'entour.
Une composition a lieu, le 30 septembre IS?^, entre Ayraon de Cossonay, évêque de Lausanne, d'une part, et Artaud des Monts, donzel , majeur de 14 ans, fils du défunt noble sire Jean, seigneur des Monts, chevalier, d'autre part, le dit Artaud agissant, tant en son propre nom qu'en celui de la noble dame Elione de Varembon , sa mère , épouse (veuve) du dit seigneur Jean et veuve du noble sire Jean, seigneur d'Attalens, chevalier. Par cette composition, moyennant iOO livres que l'évêque paye à Artaud des Monts, celui-ci reconnaît pour lui et sa mère, qu'un clos de vigne situé entre Corseaux et Gorsier, est du fief lige de l'évêque, nonobstant que ce clos eût été remis, à titre d'alleu, à la dite Elione et à son fils, par François d'Oron, donzel, autrefois seigneur d'Attalens , fils du précité Jean d'Oron, seigneur d'Attalens, pour l'assignation de la dot de la dite dame Elione et la restitution de cette dot. L'évêque prétendait que le dit clos de vigne était échu à son église*.
Plus tard, le 27 octobre 1389, indiction 12^, à Lausanne, dans l'église ancienne de la maison épiscopale, en présence de témoins, le noble Artaud, sire des Monts, au diocèse de Genève, chevalier, reconnut, en faveur de Guy de Prangins, évêque de Lausanne, le clos, dit d'Oron, situé sous le vil-
* LespremiersseigneursdeMont,\i^^. i59(et pa^. 323 de notre tirage spécial). ^ Pièces juxtificatives. N» 24.
lage de Corseaux, contenant environ 140 fossoriers de vigne, plus un grand nombre de cens en argent, vin et blé, dus dans cette contrée. Enfin, il reconnut la généralité de ce qu'il possédait dans les paroisses de Corsier et de Saint-Saphorin , en vertu de l'assignation faite en faveur d'Elinode de Varembon, sa mère, par François, fils du feu sire Jean, seigneur d'Attalens, assignation que le dit chevalier Artaud tenait pour 100 livres annuelles de terre*.
Nous venons de voir qu'Artaud . sire des Monts, était devenu chevalier. On le trouve sous l'année 1384, ainsi que la plupart des seigneurs bannerets du Pays de Vaud, dans l'armée du comte Amédée Vil de Savoie, en Vallais, où ce prince faisait la guerre aux Vallaisans qui avaient chassé leur êvêque, Edouard de Savoie, et où il prit la ville de Sion -.
A l'occasion de la prise de cette ville le comte Amédée de Savoie fit une promotion de chevaliers dans laquelle nous présumons qu'Artaud, sire des Monts, avait été compris.
Dans l'année 1392, Artaud, sire des Monts, chevalier, eut un grave différend avec le couvent de Romainmotier, auque il refusait de prêter hommage pour les fiefs qu'il tenait du dit couvent, aux termes de la transaction passée, en l'année 1276, entre le sire Ebal (III) des Monts, trisaïeul du sire Artaud, et le couvent précité. (Voir ci-devant, pag. 34 et la suiv.) Artaud motivait peut-être son refus sur la circonstance que, lorsque son aïeul Jean (II), sire des Monts, et Henri, frère de celui-ci, avaient reconnu, sous l'année 1318, en fa-
' Arch. cant., layette 84, N» 1592.
- Muller, Hist. des Suisses, V, pag. 113 et la suivante (édit. de Lausanne, de 1795).
veur de Louis (II) de Savoie, sire de Vaud, le mandement des Monts, ils n'avaient pas excepté les fiefs qu'ils y tenaient du couvent de Romainmotier'. D'autres causes de mésintelligence existaient encore entre les parties. Le sire Artaud prétendait à la dîme de demi-pose de vigne du clos de Bougel, et au droit de tenir des assises , dans les chemins publics de Bursins, pour administrer la justice à ses hommes du dit lieu.
La comtesse Isabelle de Neuchâtel, à laquelle les parties déférèrent la décision de leur différend, fixa les points suivants :
l^Le sire Artaud des Monts prêtera hommage au prieur deRomainmotier et celui-ci lui donnera, en augmentation de fief, pour lui et ses héritiers procréés de son corps, dix livrées annuelles de terre, assignées sur le personnat de l'église de Bursinel, lesquelles reviendront au prieur à l'extinction de la descendance du sire des Monts.
2o Les ressortissants du prieur qui seront délinquants dans la seigneurie de Mont seront remis au dit prieur, tout comme ceux du seigneur des Monts, qui le seront dans les terres du couvent de Romainmotier, seront remis au dit seigneur.
3» Si le sire Artaud et ses successeurs peuvent prouver leurs droits à la dîme réclamée et à la tenue d'assises prétendue, ces droits seront respectés.
Les parties agréèrent cette sentence, en vertu de laquelle le sire Artaud de Mont prêta hommage lige, de main et de bouche , à Jean de Seyssel, prieur de Romainmotier, le 13 juillet 1392, dans l'église de Corcelles, près de Neuchâtel,
* Grosse Balay, dans la reconnaissance d'Aymon de La-Sarra pour la seigneurie des Monts, F» 187.
et reçut de lui l'investiture de son fief, le tout en présence de nombreux et importants témoins '.
Artaud, sire des Monts, n'ayant pas de postérité et étant le dernier membre de la branche aînée de sa famille, laissa sa succession à la maison de La-Sarra. L'«Inventaire général des droits de la baronnie d'Aubonne >> indique le contenu du codicille de ce seigneur, daté de l'année 1393. Le testateur y confirme l'assignat de dot fait en faveur de son épouse Galienne, fille de Girard d'Estrées, chancelier de Savoie, laissant à celle ci, durant son veuvage, l'usufruit de la moitié de la terre de Mont. Il institue pour héritier universel Aymon de la Serra, son neveu, et ses enfants mâles, qui porteront les armes du testateur écartelées avec les leurs. Il substitue au dit Aymon, Nicod de la Serra, frère de celui-ci, et, au prénommé Nicod, Jean de Mont, donzel, et ses hoirs, qui porteront (portant, sans doute) le nom et les armes de Mont*.
Nous ignorons comment Aymon, coseigneur de La- Sarra, fils de François (II), sire de La-Sarra et de Marguerite d'Oron qui fut dame de Bossonens, se trouvait être le neveu d'Artaud, sire des !\ionts, mais dans tous les cas il était son consanguin par Maot de La-Sarra, bisaïeule paternelle du sire Artaud, sœur, peut-on supposer, de François (I) , sire de La-Sarra, aïeul paternel de l'héritier du sire
* Savoir: Jordan d'Ecublens, archevêque de Nazareth, Girard, bâtard de Neuchàtel et Vaucher de Colombier, chevaliers, Pierre de Seyssel, seigneur de Saint-Cassin, Nycod de Divonne, donzel et Marmet d'Allamand, procureur de Vaud. Louis de Bière, chevalier, bailli de Vaud, scella l'acte de cet hommage, reçu par le notaire Nycolet de Vallères. (Pièces justificatives faisant suite au cartulaire de Piomainmotier, >'" XLU, dans le tom. III des Mém. et Doc. publiés par laSoc. d'hist. de la Suisse romande.)
' Inv. général des droits de la baronnie d'Aubonne, 2°"^ pctrtie. pag. 3.
HENRI (il), COSEIGNEUR DES MONTS. 63
Artaud. Nous présumons que dans la bouche de celui-ci l'expression 7ieveu était un terme de courtoisie.
Artaud, sire des Monts, chevalier, n'était plus vivant le 6 avril 1-400, date à laquelle son héritier s'intitule seigneur des Monts '. Le sire Artaud serait ainsi décédé dans un âge peu avancé.
L'assignation de dot mentionnée dans le testament d'Artaud de Mont portait sur la terre de Genollier, dont Galienne d'Estrées, en conséquence, fut dame. Elle la reconnut, le 2 novembre 1403, en faveur du comte Amédée de Savoie, sur les mains du commissaire Jean Balay *. La même dame fit rénover en sa faveur, dans la prédite année 1403, les extentes de Genollier et de Givrins^
Nous indiquerons maintenant les quelques notions que l'on possède sur le donzel Henri (II) de Mont et sa descendance, qui s'est éteinte à la troisième génération.