‹ Les dysenteries chroniques et leur traitement par l'exclusion du côlonChapitre 18 sur 31 · IV. LES ANUS CONTRE NATURE · texte numérisé non relu

IV. LES ANUS CONTRE NATURE

Ces interventions tendent à obtenir une dérivation complète des matières fécales. Par elles nous arrivons à remplir l’une des conditions qu’on veut obtenir par le traitement chirurgical : c’est-à-dire la mise à sec de tout le côlon Ce fait plaide fortement en faveur de ces opérations en comparaison de celles que nous avons mentionnées jusqu’à présent, d’autant plus que les lavages se font aussi très facilement

L’anus contre nature est certainement une intervention excellente qui a été pratiquée à différents endroits du côlon.

a) L’anus iliaque gauche.

Cette intervention a à peu près les mêmes inconvénients que la colostomie gauche. Quoique mettant au repos l’extrémité inférieure du gros intestin, elle ne peut être employée avec succès que dans les cas où l’on est certain qu’il n’y a des ulcérations que sur l’S iliaque et sur le rectum. Comme nous l’avons dit plus haut, c'est une exception et ceci nous explique la rareté de ces cas dans la littérature.

Wallis seul prétend avoir eu de bons résultats par cette intervention.

b) L’anus cæcal et suscæcal.

L'anus cæcal a été employé avec succès ; Leveuf et Huyer en parlent dans leurs observations. Cette opération assure une exclusion parfaite de tout le gros intestin à l'exception du cæcum. C’est là l'inconvénient de cette intervention, puisque nous savons que souvent de nombreuses ulcérations siègent à cet endroit.

En plus l'anus cæcal est souvent difficile à réaliser à cause des nombreuses et fortes adhérences qui fixent

{ RQ

ETAT Le

cette partie du gros intestin au plan profond de l’abdomen. Ces adhérences se forment par suite de l’inflammation qui se trouve dans le cæcum et qui produit une réaction inflammatoire du péritoine.

Il en est de même d’une autre intervention qui n’est en somme qu'une modification de l’anus cæcal. Nous voulons parler de l’anus suscæcal employé par Poncel et Jacob. Cet anus assure l’exclusion parfaite du gros intestin, sauf le cæcum ; il a donc les mêmes inconvénients que l’anus cæcal.

c) L’anus iléal.

Cette opération consiste à pratiquer un anus contre nature sur la dernière anse de l’iléon à quelques centimètres de la valvule de Bauhin. Par cette intervention, on arrive à réaliser les deux grandes conditions demandées au traitement chirurgical en cas de dysenterie : l’exclusion complète du gros intestin et la mise au repos de toutes les ulcérations; celles-ci, comme nous le savons, ne siègent qu’exceptionnellement sur l'intestin grêle.

De même, dans ces cas, le traitement direct des ulcérations par des lavages n’est pas difficile à réaliser, la valvule de Bauhin étant facilement franchissable à une pression minime.

Norman Dalton dit de cette intervention: «Il est préférable d'ouvrir l’iléon plutôt que le côlon, car souvent le cæcum étant gravement lésé, l’iléostomie empêche les matières fécales de pénétrer dans le cæcum, chose que ne peut obtenir la colostomie ».

Mais il y a beaucoup d’auteurs qui ne sont pas partisans de cette opération.

Leveuf, Huyer et Muller, trouvent que le contenu

OU AGUR EE

intestinal rendu par la bouche créée est particulièrement irritant et bientôt la peau avoisinante devient érythémateuse et cet érythème serait le point de départ d’accidents cutanés plus graves pouvant aboutir à l'ulcération.

Nous trouvons qu’un tel argument n’est pas suffisant pour écarter une intervention qui remplit à merveille les conditions demandées. D'ailleurs nous ne voyons pas très bien pourquoi le contenu de l’iléon devrait être beaucoup plus irritant que celui du cæcum. Les matières ne séjournent que peu de temps dans la dernière anse de l’iléon et passent rapidement dans le cæcum.

De même il n’y a pas de glandes spéciales dans le cæcum qui puissent changer notablement la composition du contenu intestinal.

Ceci ne veut pas dire que les irritations de la peau, se produisant tout autour des anus iléaux et cæcaux, ne soient pas souvent excessivement pénibles et désagréables.

Nous avons constaté nous-même qu'il est quelquefois très difficile d'éviter l’érythème de la peau qui, lorsqu'il s’est produit, ne guérit que très difficilement.

La seconde objection qu’on fait à l’anus iléal est la difficulté qu’il y à à refermer ces orifices anormaux. Cet argument est plus valable que le premier, et nous avons eu nous-même l’occasion de constater les difficultés que présente la fermeture de l’anus iléal, qui peut amener l’iléus ou le rétrécissement iléal. On évite cet inconvénient en réséquant d'emblée la partie intestinale qui forme l'anus.

Dans ces opérations l’iléus paralytique a été observé plusieurs fois.

PRET) Re

Quelques auteurs ont remarqué que lorsqu'on laissait trop longtemps l’anus contre nature, il se produisait une modification des parois du côlon. Celles-ci deviennent fibreuses et dures. Le colon se contracte et il se forme un rétrécissement de la lumière intestinale. Dans ces cas, la fermeture de l’anus est dangereuse et il faut se résigner à laisser un anus définitif.

L'observation de Rosenheim est très intéressante à ce sujet. Après quelques mois de traitement, les ulcérations de l'intestin étaient guéries, mais malheureusement le côlon descendant et le rectum étaient devenus imperméables aux liquides Il est tout naturel que dans ce cas l’anus contre nature a du être maintenu définitivement.

Quelquefois il ne s’agit que de sténoses petites et limitées qui proviennent de la cicatrisation des ulcérations. Durante publie un cas de ce genre. Quatre mois après avoir fait un anus iliaque gauche, il constate deux petites sténoses, l’une dans le rectum, l’autre dans VS iliaque. Il a réussi à les faire disparaître par la dilatation de la partie intestinale en question

Quoique l’anus iléal jouisse d’une assez mauvaise réputation, nous en avons obtenu de bons résultats dans nos cas de dysenterie.

L'opération réalisée par Poncel n’est qu’une modification de l'anus iléal. Il propose de faire deux orifices, l’un sur l’iléon et l’autre sur le caecum. L’anus iléal servirait à évacuer les matières fécales, et l’anus caecal serait employé pour faire les lavages thérapeutiques.

Cette intervention serait excellente, mais elle allonge l’opération qu’il faut abréger autant que possible.

Nous faisons suivre les observations d’anus contre nature que nous avons trouvées dans la littérature :

Auteur

Durante

Ewald

Nehrkorn

Orsini

Rosenheim

Rosenheim

Steiner

Steiner

Opération

Anus iliaque

gauche

Anus caecal

Ouverture de l'anus après:

Durée de

l'anus

4 mois

Illimitée

4 mois

5 mois

Définitive

8 mois

6 mois

Lavages

Solut, de chlo-

rure de zinc et

de sulfate de zinc

Astringents et désinfectants

Thé de camomille Acide salicyl.

Sol. d'acide salicylique

Leur composition est inconnue

Sol. d'iode et de protargol Eau distillée

idem

Résultats

Guérison

Pas d'amélioration

Guérison

Guérison

Sténose cicatricielle Amélioration

Amélioration sensible

Guérison

Guérison

Anesthésie me mn

Page 1