V. LES RÉSECTIONS DU COLON
La résection partielle ou totale du gros intestin est une opération grave qui ne peut être supportée que par un malade encore assez vigoureux. C’est pour cela que cette opération n’a été que rarement employée dans les dysenteries.
Pour soustraire toutes les ulcérations au contact des matières fécales il faut avoir recours à la colectomie totale, car nous savons que celles-ci se trouvent disséminées dans tout le gros intestin.
Vu la gravité de cette intervention Leveuf et Huyer sont d’accord pour dire que cette opération est à rejeter.
Nous croyons que cette opération doit être employée en dernier lieu, lorsque tous les autres traitements auront échoué; c’est la dernière chance qu’il faut tenter pour sauver le malade.
Les cas de résections coliques sont rares dans la littérature, et nous n’en avons trouvé que deux.
Nous n’avons pratiqué qu’une seule fois cette intervention et cela seulement après avoir employé tous les autres traitements. Après avoir fait au malade un anus iléal, il fut traité pas des lavages, sans que son état s'améliore. Pour sauver le malade, il ne nous restait donc plus qu’à tenter la colectomie, opération qui fut faite, mais malheureusement avec une issue fatale.
Les lavages du gros 1ntestin.
Les lavages thérapeutiques du côlon jouent un grand rôle dans le traitement des dysenteries.
Quelques auteurs croient que les ulcérations intestinales se cicatrisent d’elles-mêmes et P. Duval, par
*) Ce cas a déjà été mentionné dans la statistique des anus iléaux, p. 30.
exemple, trouve que «la nécessité des lavages est loin d’être prouvée ».
Mais la plupart des médecins ayant traité cette question sont d’avis que les ulcérations guérissent beaucoup mieux par l'emploi des lavages.
Robson publie à ce sujet une observation très intéressante. Après un insuccès avéré d’un anus contre nature, sans autre traitement, le début de l’amélioration des symptômes coïncide exactement avec l’emploi des lavages modificateurs.
Les lavages par les anus artificiels se font au moyen d’une sonde molle qu’on enfonce doucement vers l’intestin malade; puis on introduit le liquide à l’aide d’un bock qu’on élève légèrement pour éviter une trop forte pression. Quel liquide faut-il employer pour les lavages? Au cours des temps on a fait appel à un grand nombre de médicaments pour guérir les ulcérations dysentériques.
Quelques auteurs préconisent l’eau bouillie pure, d’autres l’eau distillée additionnée de médicaments. Segond trouve que l’eau salée est préférable à l’eau pure, «mais quand l'irrigation doit être suivie d’un lavage argentique, il faut employer l’eau pure sous peine de voir se former un précipité inactif de chlorure d’argent.
Les médicaments employés en solution sont très nombreux et nous ne ferons qu’en mentionner quelquesuns : acide borique, biborate de soude à 4 ° /0, bicarbonate de soude, le chlorure de Zinc, le sulfate de Zinc, l’alun, l’eau oxygénée, le Néol à 1:25, le protargol ou le collargol à 1:600, l’iodoforme, le naphtol, le bleu de méthylène, le tanin à 0,25, 0,50 ou 1 °/60, le goménol, l’hamamélis. Hawkin employait l'acide lactique et des émulsions de soufre ; Shiga se servait d’un mé-
lange d’iodoforme, de dermatol, de bismuth et de gomme arabique. Anders de Philadelphia lavait l’intestin avec une solution de quinine de I à 5° oo. Signalons encore les solutions salicylées faibles, e perchlorure de fer, le sulfo-carbonate de zinc, la formaldéhyde à 1 :10000 Où I:7500, le pyrozone à 1:15.
Leveuf et Huyer eurent de bons résultats avec le nitrate d'argent à 0,25 ou 0,50 ° 0 et avec la solution de Liqueur de Labarraque à 50 ° /00.
Nous avons obtenu de bons résultat : par des lavages au tanin en employant la vieille formule suivante. :
MÉTRO NAT A 1,0 gr.
Décoction de ratanhia ........ 15,0 cm, Landanum de Sydenham ..... VI gouttes pau ŒstHle) OSSI PRESS 300,0.
Chez les dysentériques que nous avons traités, nous avons appliqué journellement deux lavages: celui du matin par l’anus artificiel et celui du soir par l’anus naturel. Chaque lavage était de 300 cm ; cette quantité de liquide n'étant pas très grande, elle peut être gardée assez longtemps par le malade, ce qui prolonge son action thérapeutique sur les ulcérations.
Il va sans dire que pendant le traitement par les lavages on doit continuer la thérapeutique médicale qu'on avait commencée avant l'intervention chirurgicale.
Il n’y a pas de prescription quant à la durée des lavages ; il faut les continuer jusqu’à ce que les ulcérations de l'intestin se soient cicatrisées.
Lorsqu’au retour l’eau de lavage ne contient plus de sang, on peut dire avec assez de précision que les ulcérations ont disparu.