‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 4 sur 36 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SYMPTOMATOLOGIE

Le terme dysenterie sert à désigner un ensemble de sym- .ptômes traduisant une colite ulcéreuse, aiguë ou chronique, qui peut relever d’agents pathogènes divers : bacille dysentérique, amibe, etc.

Ces affections, étiologiquement très distinctes, sont contagieuses. Elles présentent des symptômes communs et chacune d elles possède ses symptômes spéciaux.

Le syndrome dysentérique comprend trois symptômes essentiels, communs à toutes les dysenteries :

1 “ Des douteurs abdominales ;

2 " Du ténesme ;

3 ° Des selles présentant un aspect caractéristique.

1 » Douleurs abdominales. — Les douleurs abdominales sont spontanées ou provoquées. Les douleurs spontanées se manifestent par des coliques parfois généralisées à tout l’abdomen, parfois localisées dans la région ombilicale ou la fosse Iliaque gauche, et par des tranchées extrêmement doulou- D'' Vincent. .

reuses (tormina) qui suivent tout le trajet du côlon jusqu’au rectum. Dans les cas légers, les tranchées sont passagères, se produisent au moment des évacuations alvines, diminuent aussitôt après ces évacuations et disparaissent. Dans les cas plus graves, elles sont beaucoup plus fréquentes et peuvent se produire en dehors de toute évacuation. La pression exercée sur le gros intestin détermine une douleur plus ou moins vive, surtout au niveau de la fosse iliaque gauche. On peut parfois, par la localisation de la douleur ainsi provoquée, limiter l’étendue de la surface intestinale lésée. Les douleurs abdominales peuvent manquer dans les cas très graves d’emblée (Dutroulau). Elles s’atténuent progressivement, après avoir été assez violentes, pom’ disparaître complètement quand se produisent des lésions gangréneuses.

2“ Ténesme. — Le malade éprouve, dans les cas les plus légers, une sensation de poids, de corps étranger rectal, mais le plus souvent c’est un sentiment douloureux de tension et de constriction à la région de l’anus, avec des envies incessantes d’aller à la selle. Tantôt plusieurs faux besoins sont suivis d'efforts stériles (épreintesj, tantôt ces efforts aboutissent au rejet d’une très petite quantité de matières (une cuillerée à café, à peine). Chaque tentative détermine des douleurs extrêmement vives (sensation de cuisson, de brûlure, de déchirure), dont le retour peut être provoqué par le moindre incident (toux, éternuement, déglutition, etc.).

L’ensemble de ces troubles sensitifs, localisés à la partie terminale du rectum constitue le ténesme rectal qui, dans bien des cas, s’accompagne de phénomènes analogues du côté de la vessie {ténesme vésical).

Le ténesme rectal se complique fréquemment de paralysie du sphincter et du releveur de l’anus (Trousseau, Colin) ; les efforts répétés de défécation peuvent déterminer la procidence du rectum, accident commun chez les enfants.

L’intensité du ténesme varie beaucoup d’un malade à l’autre. Dans les régions chaudes, le ténesme manquerait souvent ou serait passager, réduit à une simple sensation de cuisson (Dutroulau); il serait peu fréquent dans l’Inde (Morehead). D’après Patrick Manson, plus la lésion est rapprochée du rectum, plus grave est le ténesme; plus la lésion est rappro-

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chée du cæcum, plus violentes sont les coliques. Ces deux symptômes, en leur ajoutant la présence de points douloureux forment, dans la majorité des cas, un guide sûr pour localiser les lésions et juger de leur étendue.

30 Selles dysentériirues. - La constipation étant la règle generale dans la dysenterie confirmée (Stoli), les véritables selles dysentériques ne contiennent que peu ou point de matières fecales. Leur aspect varié a suscité de nombreuses comparaisons. Tantôt elles sont formées de mucus transparent et blanchâtre, diffluent, d’aspect membraneux, enroulé pelotonne en masses visqueuses, et ont été comparées à de la raclure de hoyaux (Jaccoud) ; tantôt le mucus est floconneux en grains riziformes, en débris punctiformes, et les matières ont 1 apparence du frai de grenouille ou du blanc d’œuf non cuit. Les selles sont habituellement sanglantes, par extension du processus ulcéreux aux vaisseaux de la paroi intestinale Dans ces cas, le sang strie simplement le mucus ou apparaît à sa surface sous forme de placards plus ou moins étendus ou encore il est si intimement mélangé au mucus que la selle ressemble a un crachat rouillé de pneumonique.

Quelquefois le mucus, rare, sanguinolent, nage dans un

cliair (Stoli). Dans d autres cas les selles hémorragiques sont constituées par du sang presque pur, rouge et fluide ou noir et mélangé de caillots. Elles peuvent enfin être gangreneuses Dans un liquide séreux, rougeâtre, brun ou noir,^d’une insuplambeaux informes de muqueuse

^ Z remarqué que les déjections alvines

reflètent, par leur aspect et leur nature, le degré et la nature des lésions intestinales. ^ m nature

terie toujours considérable dans la dysen¬

terie . 10, 30, 50 et meme plus, 160 à 180 par vingt-OMtre

Les selles sont plus fréquentes la nuit que le jour, l^ma tieres expu sées chaque fois sont très peu abondantql^^rtout au début; elles deviennent plus copieuses à mesure ^e la ma ' ladie évolué. A peine d’une centaine de grammes dans les^s

bénins, elles peuvent atteindre plusieurs litres dans les cas de dysenterie bilieuse.

Les mucosités ont une odeur fade ou putride, une réaction alcaline.

Tel est le syndrome dysentérique commun à toutes les dysenteries, quel que soit leur agent infectieux. Ces facteurs sont multiples et ne peuvent être déterminés que par les recherches de laboratoire.

On peut distinguer, en premier lieu, parmi les dysenteries aiguës, deux formes qui se dégagent avec précision et qui sont de beaucoup les plus fréquentes :

1" La dysenterie bacillaire;

2» La dysenterie amibienne.

En second lieu on voit évoluer, sous une apparence dysentériforme, un ensemble d’affections à facteurs étiologiques divers : spirilles, cocco-bacilles, bacille pyocyanique, Balantidium coli, Schistosomum Mansoni, Chilodon dentatus, etc-, qui nécessiteraient un complément de recbercbes.

On envisagera ici les dysenteries bacillaire et amibienne.

§ I. - DYSENTERIE BACILLAIRE

L’évolution clinique de la dysenterie bacillaire comprend une période d’incubation, une période de début, une période aiguë dysentérique, enfin une période terminale.

1“ Période d’incubation. — Cette période est généralement de courte durée : quarante-huit heures (Strong et Musgrave), deux à trois jours (Lentz). Dans l’infection expérimentale de l’homme, réalisée par Strong et Musgrave, et par d’aubes, les premiers symptômes se sont manifestés vingt-quatre heures après l’ingestion de la.culture du bacille dysentérique.

2» Période de début. — Très rarement on observe une période prodromique caractérisée par de la diarrhée muqueuse ou bilieuse. En réalité, elle constitue le premier stade de l’infection. Cette diarrhée prémonitoire, quand elle existe, dure à peine vingt-quatre à trente-six heures.

D’une façon générale, la dysenterie apparaît brusquement,

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sans prodromes, et en quelques heures est établie la période aiguë.

3” Période aiguë dysentérique. — Dans les cas le plus légers, l’airection se réduit à une diarrhée d’apparence banale. Les selles sont peu nombreuses et contiennent à peine quelques glaires muqueuses. Dans cette catégorie rentrent un certain nombre de diarrhées estivales à douleurs abdominales et rectales à peine accusées, bon nombre de diarrhées infantiles et aussi certains cas de « diarrhée des tranchées »

Le plus ordinairement le malade éprouve, au début, des douleurs abdominales vagues, puis des coliques plus violentes avec sensation de plénitude au niveau du rectum, qui déterminent un besoin de plus en plus impérieux d’aller à la selle Alors s’établit, dans toute son intensité, le syndrome dysentérique : coliques, épreintes, ténesme, selles caractéristiques A ce moment le malade peut avoir des nausées, du hoquet ' des vomissements muqueux ou bilieux. Le ventre est rétracté’ douloureux; les urines, diminuées, contiennent parfois de l’albumine; la langue est sèche, saburrale; le foie, congestionné, « augmente de volume, est douloureux à la pression, surtout au niveau de la vésicule biliaire.

lia fievre a pu être considérée comme exceptionnelle au cours de la dysenterie. Quand elle existe, elle n’excède guère

degres et ne se montre que pendant les trois ou quatre premiers jours.

La maladie peut évoluer avec un pronostic grave, et même se terminer par la mort, sans élévation notable de la température; on peut observer de l’hypothermie dans les formes très toxiques.

Le pouls est généralement fréquent, petit, parfois irrégulier, e faciès est pâle, abattu; l’amaigrissement est parfois rapide et très prononcé.

40 Période terminale. - Dans les cas favorables, après trois à dix jours en moyenne, les coliques et le ténesme s’atténuent. Les selles moins fréquentes, perdent leurs caractères aysenteriques et deviennent stercorales. Parfois même survient une véritable débâcle intestinale, bilieuse ou séro-bilieuse, qui ure P usieurs jours. Puis les selles reprennent graduellement

l’apparence et la consistance normales. 11 y a lieu, à ce moment, de craindre la constipation à la suite de laquelle peut survenir une rechute.

Parfois, au début de la convalescence, on observe une augmentation des sécrétions sudorale et urinaire, affectant même le caractère d’une véritable crise.

Les forces reviennent lentement ; la convalescence est parfois plus longue que la maladie.

La dysenterie bacillaire peut être bénigne, moyenne ou grave. Dans certains cas la dysenterie est grave dès le début, dans d’autres, au cours d’une dysenterie bénigne, surviennent brusquement des accidents graves qui en modifient révolution.'’'Elle aboutit à la guérison ou à la mort." ?

Formes cliniques de la dysenterie bacillaire.

1 “ Forme légère. — La dysenterie peut revêtir assez fréquemment les apparences d’une diarrhée banale. Le malade a quelques nausées, la langue est pâteuse et saburrale, les douleurs abdominales sont peu accusées ; les selles sont peu nombreuses, 4 à 6 par jour, contenant à peine quelques glaires qui peuvent facilement passer inaperçues. L’affection dure quelques jours à peine et sa nature dysentérique est le plus souvent méconnue.

2 “ Forme bilieuse. — La maladie débute par un violent embarras gastrique avec congestion du foie, vomissements et diarrhée bilieuse très abondante. Au bout de quelques jours les selles, spumeuses, boursouflées contiennent du mucus glaireux coloré par la bile. Le malade présente un ictère plus ou moins accusé.

5 “ Forme foudroyante. — Le début est brusque, au milieu de la nuit, avec des frissons plus ou moins violents, des vomissements, de la céphalalgie et une élévation de la température à 59 “ ou 40 “. En même temps les selles prennent le caractère dysentérique. Dans l’espace de deux ou trois jours à une semaine environ, la fièvre persistant jusqu’à la fin, le collapsus s’établissant avec hypothermie, le malade meurt. Dans certains cas la mort peut se produire avant même que

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des selles dysentériques aient été émises tant l’intoxieation est virulente (Patrick Manson).

¥ Forme ulcéreuse. — Les selles, après un début bénin, deviennent fétides et contiennent non seulement du sang mais encore des débris sphacélés plus ou moins volumineux, de couleur cendrée et d'odeur putride.

Elles dénotent l’existence d’ulcérations profondes, longues à cicatriser, qui tendront à déterminer la dysenterie à rechutes.

5° Forme gangréneuse. — Elle s’observe dans les régions tropicales et très rarement dans les régions tempérées. Dès le début elle s’annonce comme une maladie grave. Les selles sont incessantes ; les douleurs, atroces, s’irradient de tous côtés, ■ non seulement à l’abdomen, mais sur le trajet du sciatique et du côté des testicules. (Le Dantec). Le ténesme est très intense ; la température peut être fébrile, le faciès pâle, altéré, grippé’ les yeux excavés. L’état général est mauvais, la voix affaiblie, le pouls petit et filiforme, ralenti. Des vomissements incessants’ se produisent; le hoquet apparaît, pathognomonique.

Les selles, d’abord sanglantes, prennent bientôt le type gangréneux signalé précédemment. En même temps les douleurs s’atténuent, disparaissent même complètement et le malade se sent mieux. Cette amélioration est trompeuse, car les forces baissent, le cœur s’affaiblit, le pouls devient à peine perceptible. La peau se cyanose et se refroidit, se couvre d’une sueur visqueuse. L’intelligence est conservée, quoique un peu moins vive et le malade s’éteint lentement, sans agonie, sans souffrance, à moins qu’il ne soit enlevé brusquement par syncope. La mort est, en effet, la terminaison la plus habituelle de la dysenterie gangréneuse. Cependant on a signalé quelques cas de guérison (Dutroulau, Laveran, Bérenger-Féraud, etc.).

5“ Forme cholérique. — En Cochinchine on observe parfois une forme au cours de laquelle les vomissements, la cyanose, le collapsus, l’algidité avec crampes musculaires, la suppression des urines, la voix cassée, donnent au malade un aspect comparable à celui d’un cholérique. Durant cette guerre P. Remlinger et J. Dumas ont observé quatre fois sur cent, aussi bien dans des cas bénins que dans des cas graves d’emblée.

au début, à la période d'état ou à la convalescence, un syndrome surrénal aigu rappelant le choléra. En quelques heures le malade « fond » littéralement. Il apparaît décharné, squelettique, les yeux excavés, le nez effdé, le ventre creusé en bateau. Il est cyanosé, sa température baisse; le pouls, fréquent, dépressible, est peu ou pas perceptible. Les bruits du cœur sont lointains, étouffés, souvent à type embryocardique. La langue est sèche ; le malade a une soif inextinguible avec hoquet, nausées, vomissements ; sa voix est cassée ; il a des crampes, une diarrhée abondante très liquide. Les évacuations sont parfois involontaires. Il y a oligurie ou même anurie. Le malade est prostré, plongé dans une demi-somnolence. La mort survient rapidement. Les auteurs ont trouvé des lésions histologiques des capsules surrénales qui sont deux ou trois fois plus volumineuses que normalement.

7 “ Forme typhoïde. — Cette forme est caractérisée par la température élevée, la sécheresse de la langue, le météorisme abdominal, la stupeur, le délire, les phénomènes ataxo-adynamiques et les convulsions chez les enfants. Les selles, dysentériques durant le premier septénaire de la maladie, deviennent diarrhéiques par la suite. Bien que ces formes surviennent le plus souvent en dehors de toute association avec le typhus ou la fièvre typhoïde, il ne faut pas oublier que, au cours de toutes les guerres, notamment pendant la guerre actuelle, on a publié des cas de maladie mixte telle que fièvre typhoïde et dysenterie (Remlinger).

8» Forme hémorragique. — La forme hémorragique d’emblée est rare. Le Dantec en a observé un cas qui fut rapidement mortel. Le plus ordinairement les hémorragies sont intestinales ; elles ont la même pathogénie que les hémorragies de la fièvre typhoïde. Elles peuvent se produire à toutes les périodes de la maladie et sont généralement accompagnées de symptômes typhoïdes. Un collapsus subit peut en résulter, même dans les cas par ailleurs bénins. Kelsch et Kiener rangent dans cette forme tous les faits marqués par des hémorragies graves soit de l’intestin, soit des muqueuses, soit du tissu cellulaire ou de la peau.

9 ° Forme prolongée ou à rechutes. — La guérison qui

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survient après les dysenteries sévères ou graves peut n’être qu’apparente. Assez souvent les selles sont irrégulières, les digestions difficiles, pénibles, accompagnées de coliques et de diarrhée légère d’aspect variable (muqueuse, bilieuse, séreuse, sanguinolente, parfois fétide). L’abdomen reste sensible. Le malade se cacliectise lentement et meurt au bout de quelques semaines ou bien, après un écart de régime, un refroidissement, une fatigue, survient une véritable rechute qui évolue comme l’attaque première. Ainsi des accalmies et des poussées nouvelles peuvent alterner pendant un temps plus ou moins long. La guérison peut s’établir après plusieurs mois, mais la mort est assez souvent la conséquence soit d’une rechute grave, soit de la cachexie progressive.

10° Forme chronique. — La dysenterie bacillaire peut quelquefois, quoique avec une fréquence beaucoup moindre que la dysenterie amibienne, aboutir à un état chronique (H. Vincent). Le malade, après une période aiguë de durée variable, continue à avoir, pendant plusieurs mois, un an ou davantage, des selles fluides et lientériques. Leur nombre est de 3, 4, 5 par jour, avec des poussées fluxionnaires plus marquées, des épreintes, du ténesme, provoqués par des écarts de régime, le refroidissement, la fatigue. La dysenterie est, sous cette forme, fréquemment méconnue, surtout quand la période initiale de selles muqueuses et sanguinolentes a été très brève ou est passée inaperçue. Le malade maigrit progressivement, ses muscles s’affaissent, et il tombe dans un véritable état de marasme confondu souvent avec la tuberculose intestinale.

Complications.

Au cours de la dysenterie bacillaire, on peut observer des hémorragies intestinales qui peuvent être primitives ou secondaires, comme dans la fièvre typhoïde. La péritonite n’est pas exceptionnelle, avec ou sans perforation intestinale. Le siège le plus habituel de cette dernière serait le rectum, puis l’S iliaque.

Les troubles nerveux (névrites périphériques, paraplégies, monoplégies, paralysie généralisée, plus rare) sont assez fréquents (Zimmermann, Trousseau, Bouillaud, Pidoux, Moutard- Martin, Gubler, Delioux, Pugibet).

Il y a lieu de signaler spécialement les artJiropalhies ; elles surviennent durant toute l’évolution de la dysenterie aigue. Tantôt il s’agit de manifestations polyarticulaires de courte durée, tantôt de localisations mono ou biarticulaires à ténacité plus accentuée. L’arthropathie dysentérique revêt parfois le caractère du pseudo-rhumatisme infectieux (Brault, Boudet) ; le plus souvent, elle est caractérisée par un gonflement douloureux des articulations avec ou sans épanchement.

Combay a rapporté un cas de thrombose de l’artére iliaque gauche avec gangrène du membre correspondant. Les thromboses veineuses ont été signalées. Les rétrécissements cicatriciel^ de l’intestin, surtout au niveau du rectum, sont des complications assez fréquentes. On a signalé également l’invagination, l’occlusion intestinale, l’étranglement interne. Remlinger a noté quelques complications rares : épididymite, anasarque généralisée, sans albuminurie. La néphrite aiguë n’est pas exceptionnelle.

§ n. - DYSENTERIE AMIBIENNE

La dysenterie amibienne présente les mêmes symptômes essentiels que la dysenterie bacillaire. Longtemps considérée comme appartenant uniquement aux régions tropicales ou prétropicales, elle a été signalée un peu partout dans toutes les régions européennes et, durant cette guerre, nombreux sont les cas qui ont été observés en France (Ravaut et Krolunitsky, Job, Richet fils, Rist, Rathery, Rives et Huet, Lian et Lyon- Caen, Orticoni et Ameuille, Job et Hirtzmann, etc.). Elle se caractérise par sa tendance aux rechutes et à la chronicité, par sa marche irrégulière faite d’accalmies et d’exacerbations et enfin, par la fréquence des complications qu’elle suscite du côté du foie (congestion simple ou abcès du foie).

Elle peut débuter brusquement, évoluer d’une manière aiguë et se tei miner par la guérison ou la mort en un temps assez court. C’est la forme la moins commune.

Presque toujours, son début est insidieux, marqué seulement par une diarrhée simple, indolore, à peine incommodante. Le syndrome dysentérique apparaît au bout de quelques jours et le malade semble s’améliorer. Mais, le plus souvent, cette amé-

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lioration n’est qu’apparente. Après une trêve plus ou moins longue, survient une série de rechutes et la maladie devient chronique.

Les douleurs abdominales, le long du trajet du gros intestin, sont constantes. La pression les éveille, particulièrement au niveau des ulcérations, savoir au cæcum, au coude droit du côlcu, au niveau de l’S iliaque. Lorsqu’elles sont localisées à la dernière portion du gros intestin, les ulcérations sont particulièrement pénibles, provoquant le ténesme rectal et vésical, la fréquence des efforts, qui ne sont pas toujours suivis d’évacuations.

Alternativement, le malade a des selles diarrhéiques tantôt tout à fait liquides, tantôt pâteuses et molles, puis des selles dysentériques fréquentes, surtout la nuit, avec ténesme et coliques. Les mucosités évacuées sont blanchâtres ou grisâtres, plus ou moins striées de sang à leur surface. Dans ces mucosités on trouve des globules rouges, des leucocytes, parmi lesquels de nombreux éosinophiles (Billet). Mais ce dernier fait n’a pas toujours été confirmé. Leur odeur est tantôt fade, tantôt fétide; leur réaction est alcaline (H. Vincent). L’ictère n’est pas rare. Les digestions sont pénibles, douloureuses, avec vomissements fréquents. L’état général du malade devient de plus en plus mauvais, l’amaigrissement de plus en plus considérable, quoique l’appétit soit assez bien conservé. Si les accidents sont de quelque durée, le malade se cachectise. Sa peau est sèche, rugueuse, prend une teinte terreuse et bronzée ; la sueur est abolie; l’urine est rare et son émission parfois douloureuse. La température baisse parfois au-dessous de la normale, jusqu’à 54“ dans l’aisselle. Le malade ressemble à un squelette vivant, et il meurt d’inanition, à moins qu’il ne soit emporté par une crise aiguë, une poussée gangréneuse intestinale, la tuberculose ou une infection secondaire.

La dysenterie chronique a une durée très variable, de quelques mois à plusieurs années. Elle peut guérir entièrement et sans séquellejff Mais on observe fort souvent des rechutes après quelques jours, quelques mois, un an même (H. Vincent). Les formes chroniques et anciennes, particulièrement rebelles, laissent après elles une dyspepsie marquée, une grande faiblesse, de l’amaigrissement et même des lésions (destruction des glandes, épaississement des parois intestinales, brides cica-

tricielles, adhérences, rétrécissement, etc.), telles que la santé du sujet qui en est atteint est habituellement compromise.

Complications.

L évolution généralement prolongée de la dysenterie amibienne explique la multiplicité et la nature des complications qui ont pu être observées au cours de cette maladie.

Parmi celles-ci, nous nous bornerons à signaler la péritonite localisée, étendue ou généralisée, que l’on rencontre souvent aux autopsies, avec ou sans perforation ; la perforation intestinale, qui est très fréquente (12 fois sur 77 autopsies faites par Strong), siégeant principalement au voisinage de l’S iliaque; la thrombose des gros vaisseaux; des paralysies limitées; des infarctus, des abcès de la rate, du cerveau, etc.

Mais la complication la plus fréquente, qui assombrit singubèreinent le pronostic de la dysenterie amibienne, c’est Vabcès du foie. On ne le rencontre Jamais au cours de la dysenterie bacillaire. L’abcès est très souvent localisé au lobe droit, qui est hypertrophié. Le seul signe clinique constant est la douleur exquise, qu il faut toujours rechercher, et qui est provoquée, par la pression profonde en un point quelconque du thorax, principalement entre les côtes. Quand l’abcès commence à se former, le malade éprouve et signale de la gêne, de la douleur hépatique, très souvent irradiée à l’épaule droite, une pesanteur pénible au niveau de l’hypocondre droit. La voussure peut être apparente. Il y a de l’amaigrissement et de l’ictère, ce dernier dans le quart des cas. Il faut alors penser à l’hépatite suppurée, surtout s’il y a de la fièvre. La pleurite de la base fait rarement défaut. Le diagnostic sera parfois facilité par la radiographie et, au besoin, par une ponction exploratrice profonde. Mais il est souvent difficile de dépister les abcès de petit volume ou à leur début. II peut être utile de pratiquer l’examen du sang. En effet, au cours de la dysenterie amibienne, on a signalé une éosinophilie sanguine parfois très appréciable (4 k 47 pour 100) (Billet, Chantemesse et Rodriguez, Dopter, Hoyt, C. Mathis et M. Leger). Cette éosinophilie n’est cependant pas constante. Lorsqu’elle existe, sa disparition permet de saisir le moment où la dysenterie se complique d'hépatite suppurée. L’abcès du foie amibien, en effet, comporte

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la diminution ou même l’absence absolue d’éosinophiles dans le sang circulant (G. Mathis et M. Leger).

L’évolution de l’abcès est quelquefois insidieuse, sans température, sans douleur bien appréciable, marquée seulement par de l’amaigrissement, de la dyspepsie, des douleurs vagues au niveau du foie. Les abcès du foie surviennent, quoique non toujours, chez des malades atteints de dysenteries légères, non traités antérieurement, ou chez des malades traités seulement pendant les périodes aiguës de leur maladie, c’est-à-dire de manière insuffisante (Faure, Mautè). 11 est enfin des cas dans lesquels l’hépatite suppurée constitue la localisation initiale et même unique de l’infection amibienne, l’entérite ayant fait défaut ou ayant été tout à fait éphémère. Rogers a noté la particulière fréquence des abcès hépatiques chez les alcooliques.

L’abcès du foie a tendance à s’ouvrir spontanément au dehors, soit par la peau ou l’intestin, soit dans le péritoine, dans une bronche par vomique, plus rarement dans le bassinet, dans l’estomac, etc.

La mort survient souvent par cachexie ou par infection secondaire.

Durant la présente guerre, on a vu fréquemment survenir l’abcès du foie à la suite d’affections intestinales mal déterminées et soignées comme entérites, ou « diarrhée des tranchées ». Le diagnostic exact de dysenterie amibienne fut imposé par la formation de l’abcès et le succès thérapeutique de l’émétine (Rives et Huet, Rathery et Bisch, Lian et Lyon-Caen, Rist et Roger, etc.).

§ m.. - DYSENTERIE A FACTEURS ÉTIOLOGIQUES DIVERS

Nous nous bornerons à énumérer dans ce paragraphe quelques-unes des variétés de dysenteries attribuées à des facteurs divers et pour lesquelles, nous l’avons déjà dit, il y aurait lieu d’effectuer de nouvelles recherches avant d’affirmer leur individualité.

Dysenterie spirillaire. — Le Dantec a décrit une dysenterie dans laquelle l’examen microscopique des mucosités révèle la présence d’une culture pure de spirilles. Cette dysenterie spirillaire serait assez fréquente dans le Sud-Ouest de la

sans fievie, sans complications hépatiques. Elle peut devenir chronique, mais aboutit toujours à la guérison.

Dysenterie cocco-bacillaire. ~ Lesage (en Chine en

ont dTcwJd"’ Toulon) et Métin (en Gochinch’ine)

ont décrit deux cocco-bacilles assez voisins l’un de l’autre nue 1 on pourrait isoler du sang des dysentériques. ’ ^

Dysenterie à Balantidium coli. — Elle a été observée par Strong et Musgrave aux Philippines, par Solawiev, Klimenko en Russie, Ernrooth en Finlande ^nmenKO

^ ^ilharzia (Schistosomum Mansoni). — A ete obseryee au Congo par Firket. Il n’est pas rare de trouver parasites et leurs œufs, non seulement dans les selles des malades, mais egalement dans leurs urines.

Dysenterie à Chilodon dentatus Guiart.

■ Observée par

f - Lewkowicz, Simonin, estiment

que lenterocoque de Thiercelin joue un rôle actif dans beaucoup de processus dysentériformes. Le bacille pyocyanique le

oTZirr" “

ont aussi ete incriminés.

® dysenteries à Trichomonas (Billet ’

U™ T’S™™ à Lamhlia intestinalis C. Ma-

Uns, C. Faiiise et L. Jannin, C. Fairise et Jacquot etc 1 à Teiramitus Mesnili (Brumpt), à Pentatrichomona^Ardindeuèili (Derrieu et Raynaud), etc. La symptomatologie de ces aff? ions se confond avec celle des autres formfs de dysenterie. Leur évolution est, le plus souvent, chronique.

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