PLUSIEURS VARIÉTÉS DE CHIMISME
Dans les gastropathies, on peut trouver :
1° Un suc gastrique normal ou à peu près normal. Leube avait autrefois opposé la dyspepsie nerveuse, la neurasthénie vago-sympathique aux dyspepsies avec troubles du chimisme gastrique qu'il attribuait au catarrhe gastrique, autrement dit à la gastrite. Cette affection, que Ro ssbach avait proposé de décrire sous le nom de névrose réllexe de la digestion pour bien montrer qu'elle était à peine une maladie de l'estomac, existe en réalité. Mais elle est certainement plus rare qu'on ne l'avait cru à l'origine. Si l'on en croit M. Germain Sée qui, en France, a été le principal défenseur de cette idée, et qui même l'a exagérée, les gastro-névroses seraient incompatibles avec les dyspepsies chimiques (Germain Sée) (1). Une opinion aussi absolue a été démontrée insoutenable et depuis que l'examen chimique du suc gastrique s'est répandu, on a vu se réduire ces prétendus cas de névrose gastrique sans altération du chimisme stomacal. Rie gel (2) en 1886 fit observer le premier qu'il pouvait y avoir des troubles de sécrétion d'origine nerveuse. En France, M. Mathieu, s'éloignant de son maître sur ce point particulier, admettait que la névropathie peut engendrer toutes les modalités de chimisme gastrique. Cette idée a été aussi soutenue par M. Rémond (3). Enfin, M. Hayem admet aussi que les dyspepsies chimiques se montrent chez les névropathes. Aujourd'hui le fait est certain et nous pouvons dire, contrairement à ce que disait Leube, que dans la grande majorité des cas les troubles dyspeptiques nerveux s'accompagnent d'altérations du suc gastrique. Les cas où ces altérations sont nulles sont ordinairement accompagnés de symptômes fonctionnels légers.
2° On peut rencontrer un suc gastrique anormal, et alors deux cas peuvent se présenter :
a) Ou bien les éléments caractéristiques sont en excès;
b) Ou bien les éléments caractéristiques sont en quantité inférieure
(1) Germain Sée. Le r calme alimentaire, 1887.
(2) RiEGEL. Zeitschrifl fiir liUnische Medicin, 1886,
(3) EÉHOND. Archives générales de médecine^ 1890.
Dans les gastropatliies trois éléments du chimisme gastrique sont importants à considérer.
AT (Il + C)
Nous avons vu au chapitre de la Physiologie normale que ces trois valeurs varient parallèlement. Dans les dyspepsies elles subissent aussi des altérations dans le même sens. Si, par exemple, A augmente T aussi augmentera. Si T reste invariable, A peut quelquefois légèrement augmenter si (H -\- C) augmente aussi, mais ces cas appartiennent toujours à des formes peu intenses d'hyperchlorhydrie.
Nous n'avons rencontré à cette règle que peu d'exceptions que nous indiquerons plus loin. Nous pouvons donc conclure que dans les conditions spéciales où nous nous p/aço?2s les termes d'iiyperacidité et d'hyperchlorhydrie sont synonymes.
M. Haycm (1) n'a pas cette manière de voir. 11 range les différents états gastriques qu'il a rencontrés en deux grandes classes, l'hyperpepsie et l'hypopepsie. Mais dans chaque classe il admet deux types selon qu'il y a ou qu'il nN' a pas acidité organique. 11 divise donc :
ThypcM'pepsie en I hypei'pepsie sans fermentation acide.
) — avec fermentation acide, l'hypopepsie en \ ^ypopepsie sans fermentation acide.
( — avec fermentation acide.
Ces subdivisions sont propres à créer la confusion et d'ailleurs ne paraissent pas répondre à la réalité.
D'abord il est douteux que les fermentations organiques puissent se produire à la suite du repas d'épreuve d'Ewald dans le temps trop court pendant lequel il séjourne dans l'estomac. S'il y a des acides organiques abondants, ils proviennent des résidus des digestions antérieures et non pas de l'opération digestive actuelle qu'il s'agit de juger : et en effet l'estimation qualitative et quantitative des acides organiques donne toujours des résultats négatifs. M. liayem avoue avoir trouvé rarement des réactions positives. Mais il emploie pour l'estimation de l'acidité organique un moyen détourné que voici :
L'acidité totale ^1 est égale à II -f C et il établit l'équation:
A = II + C d'où A - II = C et ll^ = i
(1) llAYÊM. 7'-6' chimisme stomacal, 1880.
Dans les cas physiologiques A — H n'égale pas 1 mais 0,86, car dans A il faut faire entrer l'acidité due aux sels acides et à la faible quantité d'acides organiques qu'amènent toujours les aliments.
Si A — H = -f~ 1? M. Haye m conclut à la présence d'acides anormaux.
Cette conclusion nous semble un peu forcée : d'une part l'analyse telle que la pratique M. Haye m ne nous renseigne pas assez sur la teneur des sels acides qui peuvent influencer la valeur A ; d'autre part nous connaissons trop mal les différents facteurs de C. Il nous semble donc qu'on ne peut tirer de la formule ^ ~ " = a le parti que M.Hayem en tire, et que ses conclusions sont au moins prématurées.
Mais reprenons l'étude de nos différents états gastriques. Nous admettrons donc deux types de déviation de la sécrétion gastrique, l'hyperchlorhydrie et l'hypochlorhydrie.
Hypochlorhydrie. — L'hypochlorhydrie se caractérise par la diminution de A, de T et de (II -)- C) et par conséquent par l'élévation de F ; mais on observe dans l'intensité de la déviatinn chimique des degrés plus ou moins prononcés, et on peut dresser le tableau suivant :
T — (H — ou OC — ) F 4-