‹ Les e?vangiles synoptiques / (volume 2)Chapitre 122 sur 672 · J. Weiss, Lk · texte numérisé non relu

J. Weiss, Lk

4. Les plus anciens témoins (BNLD, Ss.) ont ixkizn, « quand (la richesse

vous) manquera », non ëxkirnte (t. rec.), Ve. : defeceritis), « quand vous manquerez ». Il s’agit du moment de la mort; mais il est plus naturel d'insister ici sur la perte des richesses que sur celle de la vie (Jüczrcæer, Il, 507). Il n'est pas dit que la mort introduit immédiatement le juste dans le paradis, mais telle parait être l’idée de l'évangéliste (ef. Le. xvr, 23; xx, #3).

L'ÉCONOME INFIDÈLE

les portes du ciel soient confiées à leur garde, ou que l'accueil fait à leurs bienfaiteurs consiste en une simple salutation; mais on ne dit pas non plus qu'ils jouent le rôle d'intercesseurs, ou qu'ils prêtent leurs mérites à ceux qui les ont secourus. Dieu récompense le bien qu'on leur a fait !.

Les « demeures », littéralement les « tentes éternelles », sont probablement une réminiscence des tentes sous lesquelles habitaient les patriarches, ou les Israélites dans le désert; mais ce sont des tentes qu'on ne déplace pas, qu'on ne quitte pas, qui sont impérissables. Un élément allégorique s’est glissé dans l'interprétation de la parabole. Ce n'est plus seulement l'habileté de l'économe qui est citée en exemple : l’économe figure maintenant le riche bienfaisant, les débiteurs figurent les pauvres ; la déposition de l'économe représente la mort du riche, et l'hospitalité qu'il doit trouver chez les débiteurs de son maïtre, l'accueil qui sera fait dans l'éternité à celui qui aura distribué ses biens en aumône. Toutefois ce développement ne fait que préciser l'application de la parabole dans le sens qui a été d’abord indiqué.

Au contraire, les considérations sur la fidélité dans les petites choses sont prises, pour ainsi dire, à côté de la parabole. L’habileté de l'économe infidèle n'est plus recommandée en exemple, et comme pour pallier la fâcheuse impression que pourrait laisser la conduite de cet homme, si on s’abstenait de la blâmer expressément, on fait un éloge de la fidélité, inattendu en cet endroit. Au fond, ces réflexions continuent l'interprétation allégorique de la parabole, mais en franchissant décidément les limites tracées par le récit. L'homme riche est Dieu, le maître du monde, qui donne à qui bon lui semble ce « peu de chose » que sont les richesses. Celui qui se montrera fidèle dans la la gestion de ces biens périssables, des « fausses richesses », méritera qu'on lui confie « le vrai » bien, c’est-à-dire le bien céleste, la félicité du royaume. Car, c'est un fait d'expérience, celui qui est fidèle pour les petites choses, l’est pour les grandes, et pareillement celui qui est infidèle pour les petites choses ne mérite pas qu'on lui confie des intérêts plus importants. Partant de ce principe, qui est la con-

1. Cf. Le. xiv, 12-14; Mr. xxv, 31-46. Wezcmausex, Le. 87, veut que les amis au ciel ne soient pas les pauvres secourus sur la terre; mais la correspondance avec la parabole exige que ce soient les personnes qu'on a obligées.

PUAURE ECRENRUE AU PES

ss

‘ maîtres en cet endroit.

se sera montré intendant fidèle, qui aura distribué aux pau fausses richesses, le bien « étranger » que Dieu accorde passagère= ment, et qui n’a par lui-même rien de commun avec la fin où. tendent les disciples de l'Évangile. Le bien propre ! des enfants. ÿ de Dieu, le bien « véritable ? », est la vie éternelle, et Ja grâce | divine moyennant laquelle on y arrive.

Cette explication aboutit ainsi à une contradiction, probablement inconsciente, avec la parabole, puisque l’économe infidèle s’est bien trouvé d’avoir trompé son maître au profit des débiteurs. Quoique Le la contradiction n'atteigne pas le fond doctrinal, et prouve seule- Eu ; ment l'impossibilité où l’on est de transformer la parabole en allé- … gorie, il est évident que ces observations touchant la fidélité dans +0 l'emploi des dons divins ne procèdent pas du mème jet que le récit. Elles appartiennent à une rédaction secondaire, probablement à à l’'évangéliste, qui a pu les déduire de la parabole des Mines 3. 7%

La parole sur les deux maïtres qu'on ne peut servir en même temps “ ne se rattache pas naturellement aux réflexions sur la fidélité; peut-être cette parole, que la tradition avait d’abord conservée comme une sentence complète en elle-même, venait-elle, dans la source de Luc, après la phrase : « Et moije vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes », etc., qui pourrait avoir été conçue pour lui servir d'introduction ; l'évangéliste aurait inséré entre les deux ses réflexions sur la fidélité, pour corriger l’impression donnée par l'exemple de l'économe”*. En tout cas, c’est le Mammon, qui a déterminé l'introduction de la parole sur les deux

PE

1. V. 12. <0 duirepov; les variantes, 0 quétecov (BL), +0 ëudy (Marcion, etc.), viennent de ce qu'on a été choqué de voir le don céleste attribué en propre aux hommes.

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