Voir QÉ
avertisse, afin qu’ils ne viennent pas eux-mêmes dans ce lieu de t ments. » 29. Et Abraham dit : « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu'il LE écoutent! » 30. Et il dit : « Non, père Abraham, mais, si quelqu'un des morts va les trouver, ils se convertiront. » 31. Et il lui dit: « S'ils ne croient pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés, ue: même quelqu'un des morts ressusciterait.
Il était une fois un homme riche !, bien vêtu selon sa condition, tunique de lin par dessous, manteau de pourpre par dessus, menant joyeuse vie comme il en avait les moyens, passant chaque journée dans les festins et les réjouissances. Et sur le seuil de sa demeure ?, gisait un pauvre nommé Lazare, qu'on apportait en cet endroit pour y mendier, car il avait le corps tout couvert d'ulcères, et n'aurait pu marcher. Il restait là avec l'espoir d'obtenir quelques bribes des bons repas qui se donnaient dans la maison. Les chiens de la rue, qui venaient aussi à la porte, cherchant leur pâture, léchaient ses plaies, que ses haillons ne suflisaient pas à couvrir. |
Il n'importe pasau but de la parabole que Lazare ait trouvé ou non sa subsistance à la porte du riche, car l’antithèse porte sur les situations, non sur les sentiments des personnages. Le riche est censé égoïste, comme tous ceux de sa condition, mais rien ne porte à croire quil ait été malveillant à l'égard de Lazare, en interdisant, par exemple, à ses domestiques de rien lui donner * ; il ne pensait qu'à jouir de sa fortune, et par conséquent il était loin de Dieu. Pauvre et souffrant, Lazare est supposé avoir les vertus de son état, l'humilité et la patience, ce qui le rendait agréable au Seigneur. La pitié des chiens n'est pas opposée à la rigueur des hommes. Ces animaux impurs sont mentionnés pour marquer, par un trait frap- 3 pant*, la profonde misère du pauvre qui était à la porte avec les 2
1. V. 19, D a une introduction : sixey dè xai £réoav rapaBokry, sans doute parce qu'on ne voyait pas de rapport entre la parabole et ce qui précède.
2. Non pas contre la porte; cf. Acr. 1, 2. Lazare est posté de façon qu'on le voit de la rue, et que les gens de la maison le voient aussi quand ils ouvrent > la porte. à.
3. L'addition de certains témoins (v. 21) : « et personne ne lui donnait », vient de Lc. xv, 16; de même Ss. : « emplir son ventre », au lieu de « se rassasier » ; « les miettes », suppléées par plusieurs, viennent de Mr. xv, 27.
4. V. 21, GA za ot zûves ne fait pas antithèse, mais enchérit sur ce qui précède. La conjecture äux zxat (J. Weiss, 543) est superflue. WeLLHAUSEN, Lo, 90, croit trouver dans ce v. des réminiscences de Mec. vir, 27-28.
chiens errants, affamé comme eux, et incapable de se défendre contre eux. Les chiens lèchent ses plaies, parce que c’est tout ce qu'on peut leur faire faire dans la circonstance : ce n’est point de leur part un témoignage de sympathie, mais, dans l'esprit de la narration, un surcroît de douleur pour Lazare.
Cependant il advint que le pauvre mourut. Les anges! le portèrent dans le paradis ?, où est Abraham, avec les amis de Dieu. Le riche mourut aussi et fut enterré avec les honneurs convenables à son rang *. Ce que put devenir la dépouille mortelle de Lazare est un point auquel mieux vaut ne pas penser. Toute la félicité du riche aboutit à la tombe, et, par la tombe, au lieu du supplice éternel. Car les anges de lumière ne vinrent pas le prendre pour le porter dans le sein d'Abraham. Il s’en alla en enfer, et commença de subir les tourments qu'on éprouve en ce lieu. Dans son angoisse, il leva les yeux, cherchant autour de lui quelque secours, et il vit dans le lointain le père de tous les Israélites, Abraham. Lazare, le pauvre qu'il avait connu jadis, était auprès du patriarche dans le séjour bienheureux. Ainsi le pauvre touchait au comble de la félicité, et le riche au comble de l'infortune.
Le riche veut implorer la pitié d'Abraham, et, pour se faire entendre de lui, il crie de toutes ses forces. Ce qu'il demande est bien peu: Lazare ne pourrait-il pas se déranger, tremper le bout du doigt dans la source d’eau vive qui se trouve dans le paradis, et venir toucher seulement sa langue pour la rafraichir ? Car le feu de l'enfer est insupportable #, et l'on n'a rien pour en combattre les ardeurs. En tant que juif, le riche a le droit d'appeler Abraham son père ;
1. Cf. Mr. x, #1, 49, et le rôle des anges dans l’Apocalypse. La piété juive de ce temps s’intéressait beaucoup aux anges conducteurs des morts.
2. Le sein d'Abraham désigne un endroit où l’on est uni aussi étroitement à Abraham (cf. IV Macu. xim, 16) que l'enfant l’est à la mère qui le tient dans ses bras. Ce lieu de délices doit être le même que le paradis mentionné Le. xx111, #3. Hozrzmann, 390. WELLHAUSEN, Le. 90, voit dans ce trait un privilège personnel de Lazare, et compare Jx. xurr, 23.
3. La leçon : «et il fut enseveli en enfer », introduit une métaphore peu conforme à la gravité du récit. Un avantage apparent résulte de ce que la sépulture en enfer s'oppose au transfert dans le sein d'Abraham; mais l’antithèse porte sur le sort final des personnages, non sur la façon dont ils sont entrés dans leur éternité. Ss. : « et il fut enseveli ; et jeté en enfer, etc. »