Cf. Tos. v, 15-16 (Sept
A. Loisx. — Les Évangiles synoptiques, Il. 15
LA: Ed
. précise, la seconde un peu vague, et la troisième sans aucune détermination :
le matin, mais parce qu'il plaît au maître de récon leur travail d’une heure. Ni les dispositions morales di ni leur habileté ou leur ardeur à la besogne n'’entrent en co ration dans le récit. Le maître les envoie comme les autres à la 1 vigne, sans parler salaire, parce que la moindre rétribution suffira, et qu'il ne vaut pas la peine d’en parler, ou plutôt parce que la pro A messe est sous-entendue et va de soi !. «4
La journée faite, le père de famille donne ses instructions au serviteur qui a la surveillance générale de la maison : qu'il fasse venir les ouvriers et paie la journée à tous ?, en commençant par les derniers venus, et procédant par ordre jusqu'aux premiers. Il est sous-entendu que l'intendant devra donner à tous un denier, mais le narrateur ne le dit pas, pour ménager à son auditoire la même surprise qu'aux ouvriers %. Ceux-ci devaient s'attendre à être appe-. lés par groupes, et l’économie de la parabole demande que l’on commence par ceux qui étaient venus en dernier lieu, pour que ceux de la première heure soient témoins de ce que l'on donne aux autres. Ceux de la onzième heure arrivent donc et sont tout heureux de recevoir un denier. Les premiers, voyant qu'on est si généreux pour les autres, se flattent déjà d'avoir une paye plus considérable. On leur donne ce quileur avait été promis. Tout désappointés en le prenant #, ils murmurent qu'il ne sert de rien d’avoir tant travaillé, et ils reprochent même au père de famille d’avoir mis les derniers venus ?, qui n'avaient travaillé qu'une heure à la vigne, sur le même
4. Plusieurs témoins ajoutent, à la fin du v. 7, la promesse de rétribution, comme au v. #; NBD, mss. lat. Ss. etc. ne l’ont pas. Le récit n'indique pas de gradation dans la forme des conventions, quoique, en fait, la première se trouve
pour qu'il y ait surprise à la fin, il est indispensable que la rétribution de tous ceux qui ne sont pas arrivés dès le matin ne soit pas fixée d'avance autre, ment que par la promesse du v. 4.
2, Conformément à la Loi, Lév. x1ix, 13 ; DeurT. xxiv, 15.
3. Jüricnen, I, 463. V. 8. ax600z tov u:ol6v, signifie, pour le maître et l'intendant : « donne un denier à chacun », mais on ne s’en aperçoit que par la suite du récit.
4. V. 11. afovzes OÈ éyéyyvtov. Ss. Sc. ont lu : « et voyant cela (id6vrss), ils : murmuraient », comme si les ouvriers avaient refusé le denier; mais v. 14. « apoy +0 sv, n'est pas à interpréter comme si les ouvriers mécontents n'avaient . pas encore leur denier; il est dit expressément, v. 10, qu'ils ont touché la paye : xat EkafBov +0 àva Onvépuov ai aÙtoi.
#5. V. 12. odrot où #syarot marque une nuance de mépris; cf. Le. xv, 29-30.
pied qu'eux, qui y avaient été depuis le matin, et qui avaient eu à supporter toute la fatigue et les heures chaudes de la journée. Le maître ne remet pas de sa main l'argent aux ouvriers, mais il est censé présent, et si l'on se plaint de lui à lui-même, ce n'est pas pour montrer de la franchise, mais parce qu'on espère qu’il octroiera un supplément de récompense. IL interpelle un de ceux qui parlaient le plus haut, et lui adresse une réponse dont tous les autres peuvent faire leur profit. De quoi se plaint ce compagnon !? On lui donne ce qui lui est dù ?, et ce dont lui-même est convenu ?. Il n’a qu'à emporter son salaire sans mot dire *. Est-il obligé d'être jaloux, parce qu'il plaît au maïtre de faire, sur son bien, des largesses à un autre ? ? On devrait traduire à la lettre: « Faut-il que ton œil soit mauvais, parce que je suis bon ? » le « mauvais œil » étant, dans la Bible, l'expression imagée de la jalousie 6. Cette méchanceté de l'œil chez l’ouvrier fait contraste avec la bonté du cœur chez le maître.
Cette parabole a, par elle-même, un sens très clair : le maître a été juste pour les ouvriers de la première heure, et bon pour les autres ; on n'a rien à lui reprocher; s'il avait donné davantage aux premiers, on ne le blämerait pas ; s'il avait donné plus aux
1. V. 13. £zaïos (cf. Mr. xxnr, 12) est une expression [de familiarité condescendante, et impliquerait aisément dédain.
2. Au lieu de oùx àdx& 6:. Sc. lit : « ne me fais pas d'ennuis », d’après Le. x1, 7, ce qui substitue à l’idée du droit le bon plaisir du maître.
3. Il importe de faire valoir ici le consentement de l’ouvrier : suvesuymote uor. La leçon suveowvynsé ot (Ss. et autres témoins) vient peut-être moins d'une conformation voulue avec le v. 2 {où ouvssmvnious usza z@v éoyarv marque la réciprocité du contrat), que du désir d'attribuer la fixation du salaire au maître seul, identifié à Dieu dans l'interprétation allégorique.
4. NV. 14. agov rô oûv xai Grayc n'indique pas de mépris pour le salaire ni de réprobation pour le réclamant, mais ce que celui-ci a de mieux à faire.
5. A£Âw 0 roûtw TS ésydrw doëvar Gs at 501. La leçon 8£kw y (B) transporte sur la personne l'accent qui doit viser l'acte de volonté. Le groupe des derniers est représenté par un individu, comme celui des plaignants. « Ce dernier » répond à « ces derniers », du v. 12. BDLZ omettent à devant oùx ££ssriy uot 0 Ü£lw rorfjoat ëv rois uoïs ; probablement pour éviter la répétition de cette particule dans les deux premiers membres du v. 15. Que le premier à soit authentique ou non, il ne faut pas construire, avec Ss. et Sc. : « Si je veux donner à ce dernier autant qu’à toi, n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de ce qui est à moi ? »
6. Cf. Mc. vrr, 22, et, dans l'Ancien Testament, Prov. xxirr, 6; xxvint, 22; Ecczr. xiv, 8, 10.
LEA Sd,
derniers, on aurait lieu de le critiquer ; il s’est montré équi envers les premiers, généreux envers les derniers. Il en est de Re. même pour le royaume des cieux, récompense unique accordée à 4 des mérites différents en apparence et en réalité. L’admission des pécheurs au règne de Dieu était pour les pharisiens le renverse ment de la justice divine. Jésus leur enseigne que Dieu accorde” comme une grâce aux pécheurs repentants ce qu'il donne aux. justes comme une rémunération. Lui aussi dispose de son bien comme il lui plaît, et on ne peut l'accuser d’arbitraire, parce que le repentir tardif du pécheur le rend digne de la faveur qu'il reçoit; le salut est le même pour tous ; au lieu de se plaindre que les pécheurs y arrivent, il faut louer le Père céleste de sa miséricorde aussi bien que de sa justice |.
Au fond, la morale de cette parabole est la même que celle du Fils prodigue. Jésus n'a pas voulu enseigner que l'égalité absolue 3 soit la loi du royaume céleste, car d’autres discours établissent une L. proportion de la récompense avec les sacrifices, et la distinetion des places dans la cité éternelle ? ; mais 1l écarte toute idée de privi-
lège exclusif pour certains groupes, et proclame que Dieu est juste : À RE ;
et bon pour tous les hommes de bonne volonté, sans distinction. 1 La conclusion : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers ÿ seront derniers », ne s'adapte pas naturellement à la parabole, et, dans le sens que lui attribue Matthieu, elle la contredit. Elle peut ; s'entendre, à la vérité, conformément à l'idée dominante de la para- Ê
bole, et par conséquent elle pourrait y avoir été rattachée dès l’origine, ou du moins dans la source de Matthieu. Comme tous les élus, justes irréprochables ou pécheurs convertis, participent au même bonheur, on peut dire, et avec une nuance de paradoxe qui
‘n’est pas inouïe dans le langage de l'Evangile, que les premiers
arrivés sont les moins bien récompensés, puisqu'ils n’ont rien de | plus que les autres, et que les derniers venus sont les plus favori- | sés, eu égard au peu qu'ils semblent avoir fait pour mériter le | royaume des cieux. L'égalité foncière de la rémunération peut s'accorder avec ce qui a été dit plus haut touchant la situation des apôtres dans la société des élus. La place qu'ils occuperont n'est
pas une récompense, mais une fonction qui correspond au rôle