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que, dans la réalité historique et dans la source de Marc, Jésus, avant de rendre l'âme, n’a poussé qu'un seul cri non articulé !, que
la tradition a ensuite interprété de diverses manières, toutes con
formes à l’idée qu'on se faisait du Sauveur, et édifiantes pour son Église, mais dont aucune ne correspond à un souvenir historique. La formule des deux premiers Évangiles paraît garantie par le jeu de mots auquel on nous dit qu’elle a donné lieu. Mais l'invraisemblable singularité de cette plaisanterie permet, semble-t-il, de ny pas voir autre chose qu'un lien artificiel entre divers éléments qui ont été primitivement indépendants l’un de l'autre, à savoir, la parole du psaume, fragment de prophétie; la présentation du vinaigre, application de prophétie; l'allusion à Élie, précurseur du grand avènement messianique. Ces trois éléments appartiennent betucoup moins à l’histoire de la passion qu’à la tradition interprétative des faits.
Le cri non articulé, qui, dans les deux premiers Évangiles, précède immédiatement la mort de Jésus, est traduit par Lue : « Père, je remets mon esprit entre tes mains », et par Jean ?, qui en fait une simple parole : « Tout est consommé. » Marc n’aurait-il pas mis, avant la donnée traditionnelle et primitive du cri qui précède immédiatement la mort, une interprétation, qui, au point de vue historique, fait double emploi avec cette donnée, et qui, au point de vue de l'édification, la complète ? Le psaume XXII domine tous les récits de la passion. Rien de plus naturel que d'en mettre les premières paroles dans la bouche du Christ expirant *. C'était consacrer l'interprétation messianique du psaume tout entier. On a dit que la tradition n'aurait pas attribué ces paroles à Jésus s’il ne les avait réellement prononcées, parce qu'elles expriment ou semblent exprimer une idée ou un sentiment qu'on n'était pas disposé à prêter au Sauveur mourant . Ilest vrai que Luc et Jean n'ont pas jugé à propos de retenir ces paroles, qui n'avaient point choqué Marc et le. rédacteur du premier Évangile. Mais cela prouve seulement que le
4. Mc. 37; Mr. 50; Le. 46 a, en faisant suivre 6 ’Insoÿs de 2£ézveusev (p. 680, n. 3; p. 683, nn. 7 et 8).