‹ Les e?vangiles synoptiques / (volume 2)Chapitre 574 sur 672 · Hase, ap. Braxor, 244 ; IocrzMaxx · texte numérisé non relu

Hase, ap. Braxor, 244 ; IocrzMaxx

sens chrétien était plus affiné dans les dernières années du premier siècle qu'aux environs de l'an 70. Ceux qui ont fait prononcer à Jésus les premiers mots du psaume songeaient au caractère messianique de la description, où David était supposé s'identifier au Messie. Ce que le psalmiste avait dit en son nom, Jésus avait bien pu, il avait dû le répéter. Il se plaignait d'être livré à la mort, comme si le Père céleste n'avait pas eu d'autre moyen d'atteindre les fins de sa Providence: mais cette plainte n'était pas celle d'un révolté ou d’un désespéré, c'était celle du juste souffrant et assuré quand même de l'amour et de la protection que lui garde jusque dans la mort le Dieu de toute sainteté. Si la tradition chrétienne antérieure à Marc attribuait à Jésus mourant les sentiments exprimés par le psalmiste, et il est certain qu’elle les lui attribuait, en se fondant sur le caractère prophétique du psaume et les dispositions bien connues du Sauveur, il ny avait rien de plus naturel que de lui faire dire sur la croix ce que le psalmiste avait dit pour lui. Mais comme on ne pouvait lui faire réciter tout le psaume, les premiers mots devaient représenter le morceau entier. En présence de cette tradition, écrite ou non, et du récit tout simple de l'Évangile primitif, Mare n'a rien trouvé de mieux à faire que de les juxtaposer, et le rédacteur du premier Évangile lui a emprunté cette combinaison.

Le nom d'Élie s’est déjà rencontré dans les Synoptiques. Le grand thaumaturge de l'Ancien Testament y apparait comme le précurseur indispensable du Messie. Il ne faut pas s'étonner que le souvenir d'Élie ait été rappelé aux chrétiens à propos de la croix, ou même autour de Jésus sur le Golgotha. Les Juifs ne pouvaient concevoir un Messie mourant d'un supplice infâme. En admettant que Dieu eût voulu y exposer son Christ, Élie n'aurait-il pas dû intervenir, au moment décisif, pour faire reconnaître le Fils de Dieu !. Le prétendu Messie l'avait attendu en vain. Il avait bien pu crier « Éli! Éli! » comme le racontaient ses disciples; Élie n’était pas venu. Le jeu de mots a été fait par des Juifs; mais il a dû être fait seulement dans les premiers temps du christianisme, par des gens qui rétorquaient malicieusement l'argument messianique tiré du

1. Sur le rôle d'Élie et son rapport avec le Messie dans l'eschatologie populaire, cf. Vozz, 196, 210, 219. é

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