‹ Les e?vangiles synoptiques / (volume 2)Chapitre 64 sur 672 · LE PARDON. L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LE PARDON. L'ÉGLISE

Marra., xvin, 15-35; Luc, xvu, 3-4.

Le discours sur le scandale est complété, dans le premier Évangile, par des instructions sur la conduite à temir envers les pécheurs, et sur le pardon des injures. Les deux sujets, le scandale et le pardon, sont aussi traités ensemble dans le troisième Évangile, bien que l’on trouve seulement dans Luc l’idée fondamentale des discours contenus dans Matthieu. Celui-ci, aidé par Marc à traiter la question du scandale au point de vue des intérêts présents de la communauté, a voulu compléter la leçon, non par une simple invitation à la paix, comme Marc, mais par une monition sévère contre ceux des fidèles qui mduiraient leurs frères à pécher; à cette fin, il a transposé la parabole des Cent brebis, en en modifiant la conclusion et l'application primitive. Dans Luc, la leçon du pardon contenait un simple avis sur la conduite à tenir envers le prochain dont on a eu à se plaindre. De cette petite instruction, d'ordre purement moral, Matthieu a fait deux morceaux, transformant la première partie en un petit traité de l'Église et de la discipline ecclésias- . tique.

Entré dans cette voie, le rédacteur ne s'arrête pas : 1l justifie la sentence ecclésiastique par une déclaration formelle touchant les pouvoirs de l'Église. L'idée de la communauté jugeant appelle l'idée de la communauté assemblée pour prier, et l’'évangéliste émet une déclaration touchant l'efficacité de la prière collective. Ensuite il rejoint Luc et reprend la seconde partie de la sentence concernant le pardon; mais, après le grand écart qu'il a fait, il a besoin d’une transition ou d’une entrée en matière; c'est pourquoi il fait poser par Pierre une question, que rien ne prépare, touchant le nombre de fois où un frère doit exercer la pardon envers celui qui l'a offensé. La première partie de la sentence ayant été complètement refondue et développée en dehors de sa signification primitive, il se trouve que Pierre demande combien de fois 1l faut par-

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donner, sans que Jésus ait parlé de pardon entre fr L personnelles. À Finalement le premier Évangile complète la icon du une parabole, qui offre toutes les garanties d'authenti a pour objet le devoir général du pardon, et qui se pe si THHREESSSE à l'instruction Mecs lit :

est-il que la comparaison 4 deux Évangiles autorise à suppc l avant plus ample examen, que le recueil primitif des discours Seigneur contenait la leçon du pardon telle que la présente le >

; de mettre en relief l'obligation du pardon réciproque. Tous o k < | à troisième Évangile, probablement avec la parabole du Servit

rédaction.

à È AE à + À;: INR Marc, xvin, 15. « Et si ton frère Luc, xvn. 3. « Prenez garde

a péché, va lui faire ta réprimande vous. Si ton frère a péché, reprends= en particulier, entre toi et lui : s’il le;et s’il se repent, pardonne-lui. l'écoute, tu auras gagné ton frère. 16. Et s'il n'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux (autres), afin que tout soit établi par l'avis de de ou trois témoins. 17. Et s’il ne les écoute pas, dis-le à l'Église. Et refuse d'écouter l'Église même, qu il soit pour toi comme le païen. et publicain. »

On ne voit pas la raison d’être de l'avertissement : « ne < garde à vous® ». Peut-être Luc l'a-t-il formulé par une sorte de compensation pour la sentence omise à la fin de l'instruction sur scandale *, et afin de ménager une transition quelconque entre ne parole touchant le Se et la leçon du pardon. On peut d'ailleurs conjecturer, d’après la place assignée par Matthieu ‘ à Ja parabole des Cent brebis, que cette parabole, avec celle des Di drachmes, se trouvait dans la source entre les paroles concernant le scandale et celles qui regardent le pardon des injures. Matthieu,

Loc. xvr, 1-8.

VE re £auTois.

- Mr. xvinr, 8-9 ; supr. p. 79.

. xvuni, 10-14,

wo 19

ayant tourné contre le chrétien scandaleux la pointe de la parabole des Cent brebis, n’a pas besoin de transition pour amener la prescription touchant la façon de traiter le pécheur qui donne du scan-

dale.

La leçon du pardon devient, dans le premier Évangile, la leçon de la correction fraternelle et de la conduite à tenir envers les pécheurs. Matthieu ne dit pas, comme Luc! : « Si ton frère pèche reprends-le, et s'il se repent, pardonne-lui », ce qui suppose une faute commise contre celui qui pardonne, mais : « Si ton frère pèche, va le réprimander entre vous deux seulement? », parce qu'il n'a pas en vue le cas d’'offenses personnelles, mais le cas de pécheurs existant dans la communauté sans qu'elle le sache. On a vu déjà l'évangéliste préoccupé de la présence des pécheurs dans l'Église : la parabole de l'Ivraie envisageait la question au point de vue du jugement de Dieu, à qui appartient, en définitive, le discernement des bons et des méchants ?. Ici l'auteur paraît vouloir fairerégler par la communauté elle-même la situation des pécheurs. On doit admettre ou bien qu'il traite la question théoriquement dans les paraboles, relativement aux pécheurs ignorés, et pratiquement dans notre passage, relativement aux pécheurs connus ; ou plutôt, puisque l’Ivraie ne peut guère s'entendre de pécheurs ignorés, qu'il a recueilli des solutions différentes qui existaient avant lui dans la tradition, sans prendre soin de les concilier par la distinction expresse que le commentateur est obligé de formuler.

Il ne s’est pas inquiété non plus d'accorder son petit traité de la correction fraternelle avec la défense de juger, qui se lit dans le discours sur la montagne #. On peut dire qu'il s'agit ici de fautes extérieures, graves et certaines, qui peuvent devenir un scandale pour la communauté si l'on n’y remédie promptement, tandis que le discours concerne les jugements en général et l'intervention inopportune et injustifiée dans les affaires d'autrui. Mais la véritable explication est à chercher dans la différence des points de vue et

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