‹ Les e?vangiles synoptiques / (volume 2)Chapitre 77 sur 672 · B. Weiss, loc. cit · texte numérisé non relu

B. Weiss, loc. cit

Luc, x, 38-42.

Après avoir montré par trois exemples les obligations qui s’imposent à ceux qui veulent être disciples de Jésus !, Luc a introduit la mission des soixante-douze disciples, avec un discours concernant l'apostolat ?. Cette mission des Soixante-douze fait double emploi, d’un côté, avec la mission des Douze, de l'autre, avec celle des disciples que Jésus envoie devant lui en fourriers quand il se rend à Jérusalem. Comme on l'a vu, l'évangéliste paraït avoir voulu développer ainsi l'idée qu'il attachait au passage de Jésus en Samarie, et figurer les succès de l'Évangile chez les Gentils. La même préoccupation explique sans doute aussi l'insertion de la parabole du Samaritain, qui a amené avec elle la question du scribe touchant le grand précepte. Combinaisons secondaires, qui doivent appartenir à la rédaction du troisième Évangile ou à ses sources immédiates.

Dans le contexte qui lui est donné, l’histoire de Jésus chez Marthe paraît accuser l'intention de faire valoir, après le précepte de la charité envers le prochain, le devoir d'écouter le Christ, la nécessité de la foi, qui est amour de Dieu. Mais si le souci d'instruction morale n'est pas à écarter, il ne doit pas être le seul ni le principal. C'est surtout pour le Samaritain que la leçon de la charité a été introduite après la mission des Soixante-douze : le Samaritain représente le parfait chrétien et le chrétien de la gentilité. Une arrière-pensée analogue a pu présider à la rédaction de l'anecdote que Luc met après la parabole, les deux sœurs figurant les deux fractions de l'Église primitive, le judéochristianisme et l’hellénochristianisme, selon leur caractère et dans leur rapport mutuel, qui sont loin d'en faire deux partis ennemis. Il importe peu que le service de Marthe

mission des Soixante-douze figure l'évangélisation des païens, les Soixante-douze ne soient pas envoyés aux nations: le s de Marthe peut aussi bien figurer la pratique de la Loi, bien qu ae Fr . . . .. Ds) Marthe ne soit pas censée accomplir une prescription M: i

Luc, x; 38. Et pendant qu'ils allaient, il entra dans un bourg, PEU ‘2 femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. 39. Et elle avait. une sœur, appelée Marie, qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, <ouE tait sa parole, 40. Et Marthe était toute préoccupée des nombreux Soins. du service, et, se présentant, elle dit : « Seigneur, n'as-tu cure de ce que x ma sœur me laisse le service à moi seule? Dis-lui donc de m'aider. » 41: Et répondant, le Seigneur lui dit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu te troubles pour beaucoup de choses, 42. [et une seule est nécessaire. Car] Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. »

Le récit ne se relie pas à ce qui précède, et, si l’on tient compte … de son objet et de la façon dont il est introduit, on sera tenté de penser qu'il vient de la source où Luce a pris la notice des 3 disciples envoyés en fourriers devant Jésus. En effet, le début 2: « Pendant qu'ils allaient, lui entra dans un village », ne donne un L sens parfaitement naturel que si l’on suppose les disciples envoyés en avant. Il est possible même que la réception de Jésus dans un bourg, chez Marthe, ait fait pendant à l'inhospitalité des habitants d'un autre bourg, chez les Samaritains *. Dans cette hypothèse, la source aurait placé le village de Marthe dans la même région que le bourg inhospitalier, et aurait supposé que Jésus continuait sa marche vers le sud, sans faire le détour par la Pérée, qui est indiqué dans Marc et dans Matthieu. Toujours est-il que la scène se passe dans üun bourg quelconque sur la route de Jérusalem, très peu de temps après que Jésus a quitté la Galilée.

C'est la première fois que Jésus entre chez les deux sœurs, qu'il ne connaissait pas auparavant. L'évangéliste lui-même ne semble pas savoir de Marthe et de Marie autre chose que ce qu'il raconte. Jean # paraît mieux instruit ; mais il a exploité le troisième Évan-

1. Objection de B. Weiss, E. 458. = 2. V. 38. iv dè (NBL ; ACD, etc. : éyévero dÈ èv) :@ ropéveoflat avrobs (AC, xat) ÿe airos sion AUev [D adrov siosAeïv) sic xcunv tué. : 3. B. Weiss, Lk. 456. x, 38 se rattacherait naturellement à 1x, 56. &. x1, À ; x, 1-3 ; cf. QÉ. 633, 674. ES

gile, en combinant l'histoire des deux sœurs avec la résurrection hypothétique de Lazare dans la parabole !, et l’onction chez Simon le lépreux ?. Le récit de Luc n'a rien d'invraisemblable en soi; mais le vague des données fait qu’il serait impossible de réfuter péremptoirement celui qui y verrait un pur symbole, conçu d’après

. le tableau des deux sœurs, Israël et Juda, au livre d'Ézéchiel ?. Les

noms propres, au lieu d'être un argument contre cette hypothèse, la confirmeraient plutôt, puisque le prophète emploie aussi deux noms symboliques #, et lasignification étymologique de ces noms ? ne répugnerait pas au sens allégorique du récit.

Quoi qu'il en soit, Jésus, durant ce voyage où ses disciples allaient en avant-courriers, pour lui assurer un gîte dans les endroits où il devait passer, entra un Jour dans certain bourg où il fut reçu par deux sœurs, dont l'une avait nom Marthe, et l'autre Marie. Rien n oblige à penser que Jésus fût seul, car tous les disciples ne le quittaient pas en même temps, et ceux qui allaient en avant devaient revenir à lui ou l’attendre dans les lieux où on lui donnait hospitalité. Mais la présence des disciples était d'autant plus inutile à mentionner quelle n'importait pas au symbolisme du récit. Une fois dans la maison, le Sauveur se met à instruire les personnes présentes, et Marie, assise devant lui, comme un disciple 6, l’écoutait. Cependant Marthe, qui parait avoir été la maîtresse du logis 7, vaque à tous les soins occasionnés par l’arrivée de son hôte $, et prépare le repas. Elle s'avise que Marie ferait bien de s'associer à la besogne, et, pour se procurer son aide, elle ne craint pas d'interrompre

Lc. xvr, 27-31.

Mc. x1v, 3-9 (Le. vir, 36-38).

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