Supr. p
. Voir, par exemple, BLASS, Ev. sec. Lucam, secundum formam quae videromanam, praef. x. Mais cette opinion a surtout la faveur des exégètes catholiques. |
». Cf: supr:. p- 418.
Fr TROISIÈME ÉVANGILE ER | A7
DL nl est certain que le troisième Évaneile et les Acte ont le mème A auteur, et que l'Évangile a été écrit d'abord !. L'on peut, par conséquent, recueillir dans les deux livres les indications qu'ils peuvent contenir tou-
chant la personne de l'écrivain et l'époque de son aclivité littéraire. A . première vue, il semble que les Actes fournissent un argument pré-
@l ô n " . . LÉ .
- cieux en faveur de l'attribution traditionnelle. Dans une bonne partie de
ce livre *, le récit se fait à la première personne du pluriel, comme par un témoin oculaire et un compagnon de l'Apôtre. La précision des ren-
Ex seignements ne laisse pas le moindre doute à cel égard. Il est vrai que le disciple narrateur ne se nomme pas: mais, d'après le récit même, com- + plété par les Épitres de Paul, on n'a pas le choix entre beaucoup de A noms. Celui de Luc ne s'imposerait pas autrement, si la tradition ne
ji devait avoir eu motif de le préférer à d'autres *. Reste à savoir si les | Actes sont une composition homogène, et si le « nous » n'appartiendrail
? pas à une source qui serait bien l'œuvre de Luc, introduite dans une 4 compilation plus récente qui devrait ètre attribuée à un autre auteur. Le ke maintien du « nous » est parfaitement compatible avec cette hypothèse,
soit qu'on l'impute à une sorte de paresse du rédacteur, qui n'aurait pas £ pris la peine de modifier en ce point la forme du récit qu'il exploitait, K soit qu'on l'attribue à l'arrière-pensée d’un écrivain qui n'aurait pas À été fâché de communiquer par ce moyen à l’ensemble de son œuvre l'apparence d'un témoignage tout à fait direct et autorisé, ou bien même 4 qui aurait eu l'intention de faire passer cette œuvre sous le nom du personnage apostolique dont il possédait l'écrit original. Be Or il parait difficile d'admettre que l’auteur des Actes ait été lui-même 4 un disciple de Paul : il se montre compilateur en des occasions où il à devrait savoir ; lui qui parait si près de Paul pendant les dernières années ne. de celui-ci, se montre presque étranger à sa pensée ; il néglige la théolo-
‘4 gie des Epitres ‘; en telle circonstance capitale dans la vie de l'Apôtre, : notamment dans la relation de la querelle sur les observances légales, et è de l’arrangement pris à Jérusalem entre Paul et les apôtres galiléens, il
donne un récit de convention qui correspond fort mal à ce qu'on lit dans lÉpitre aux Galates *, et qu’on n’imagine guère avoir pu être écril
dl = Cf. Acr. tr, 12.
à . Le « nous » apparait d'abord dans Acr. xvr. 10-17.
+ 3. Cf. Jüricmer, Einleitung, #07.
4. On a même pu contester qu'il les ait connues. Cf. A. Sagarier, L'auteur % du livre des Actes des Apôtres a-t-il connu et utilisé dans son récit les épitres de 4 saint Paul? (Bibliothèque de l'École des Hautes Études, Sciences religieuses, 1, 205-229).
DUC Ar. xv,et (GAL. 11, 1-4:
par un disciple el un compagnon assidu de Paul. L'auteur des Ac!
paraît moins bien informé qu'il ne devrait l'être sur les premiers temps de la prédication évangélique en Palestine, el il donne trop aisément dans
la légende, tant en ce qui regarde les origines de la première communauté que la vie du Sauveur lui-même, pour qu'on puisse voir en lui un homme qui aurait été en relations avec les témoins oculaires de P lvangile
el de la première institution du christianisme. Ne serait-il pas inoui qu'un disciple immédiat des apôtres eût présenté comme a fait Lue les Lémoignages concernant la résurection ? Les termes de médecine dont il se sert sont, après cela, une assez faible preuve ! pour établir qu'il était médecin, el spécialement le médecin Luc, si aimé de Paul.
Les Actes ont été écrits sans doute vers la fin du r‘' siècle, assez longtemps après la mort des apôtres galiléens et celle de Paul, avant que les Épitres de l'Apôtre eussent acquis dans les communautés le rang d'Écritures canoniques. Si le compilateur n'a pas raconté la mort de Paul, c'est qu'il se proposait peut-être d'écrire un troisième livre qui n'aura pas été composé, où qu'il s'est abstenu délibérément de faire même allusion à cel événement, parce qu'il ne voulait point parler de la persécution de Néron. Cette réserve se comprend mieux peut-être avant qu'après la per= sécution de Domitien, et il semble d'ailleurs que l'auteur du quatrième Évangile a connu Luc et les Actes.
Il est évident que le troisième Évangile a derrière lui un développement considérable de la littérature à laquelle 11 se rattache. Non seulement le prologue en fait foi, mais la composition du livre l’atteste aussi clairement, Du prologue 1l résulte que la génération apostolique appartient déjà au passé, sans que l'on puisse dire si ce passé est encore tout proche ou déjà loin- Lain ; la façon dont le rédacteur s'exprime porterait plutôt à admettre un certain recul. Le prologue laisse entendre de même que les apôtres et les disciples immédiats du Christ n'ont pas écrit la relation de ce qu'ils avaient vu et entendu : ce sont seulement leurs auditeurs, leurs conver- Us, les hommes de la seconde ou de la troisième génération chrétienne, qui ont rédigé, d’après ce qu'ils avaient appris des témoins, et non sous leur dictée ou leur-direction, des ébauches que le rédacteur juge incomplètes ou mal ordonnées. Lui-même, venant après eux, se range dans leur catégorie, mais 1] n'insinue en rien qu'il ait été à même d'interroger directement un auditeur du Christ ou l’un des premiers missionnaires, celui, par exemple, dont on le prétend disciple, Paul, l'apôtre des Gen-
1. Voir de longs développements sur cette question dans Hosarr, The medical language of saint Luke (A882; extraits dans Zaun, Æ. I], 435-437), et dans Iarnack, Lukas, supr. cil. p. 74. Cf. Jüricner, 408.
tils. Le Senne inviterait plutôt à placer “ composition de l'Évangile entre 90 et 100 qu'entre 60 et 80 !.
D'autre part, l'analyse du livre y découvre une compilation analogue à celle de Matthieu, à peu près contemporaine du premier Évangile, puisqu'elle n’en dépend pas, et que le rédacteur ne semble pas avoir connu d'ouvrage analogue au sien, c’est-à-dire contenant à la fois une histoire de Jésus depuis sa naissance, et le recueil complet de son enseignement. Le troisième Évangile est postérieur au second, ce qui ne permet guère de lui attribuer une date antérieure à l’an 80 ; 1l suppose accomplie depuis quelque temps la ruine de Jérusalem ; il laisse deviner la préoccupation d'expliquer comment la parousie à pu ne pas se réaliser aussitôt après cet événement, et comment elle peut tarder encore ? ; si l’on y a utilisé les écrits de Josèphe ?, il n’a pu être composé avant l'an 95. Le développement légendaire attesté par les récits de l'enfance, et la liberté avec laquelle sont traités ceux de la résurrection s'accommodent mieux d’une date relativement tardive.
L'auteur, qui n’a pas été disciple de Paul, n'est même pas, à vrai dire, paulinien de tendance. Ainsi qu'on vient de l’observer à propos des Actes, il ne s'intéresse pas à la théologie particulière de saint Paul, et l’on dirait presque qu'il l’ignore ; il n’est pas préoccupé, comme le rédacteur du second Évangile ‘, de défendre la personne et de faire prévaloir dans la tradition évangélique les idées du grand Apôtre : en certains passages très caractéristiques, il néglige les additions pauliniennes de Marc pour s’en tenir aux données primitives *. Que cette réserve tienne au temps écoulé, elle n’en manifeste pas moins l'indépendance relative du troisième Évangile à l'égard de Paul. Comme on l'a dit fort justement, l’auteur, quel qu'il soit, n'a retenu du paulinisme que ce que l'Église même en a retenu 6, à savoir l’universalité du salut et la plénitude du pardon. Mais, sur ce dernier point, Paul n'avait rien ajouté à l'Évangile de Jésus. En réalité, Luc n’est pas plus paulinien que Matthieu : il reflète comme lui, avec une nuance un peu différente, l'esprit d’un christianisme déjà organisé, où l'impression des discussions et des üraillements de l’âge apostolique s'était fort atténuée, et où, la rupture avec le judaïsme étant définitivement consommée, les divergences primitves s'étaient fondues pour constituer une doctrine et une société nou-