‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 174 sur 807 · ET · texte numérisé non relu

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progressive qui se manifeste dans la tradition concernant la vie, les actions et la mort de Jésus. La parabole primitive n'était qu'un récit moral, une fable, simple et claire, dont l'application se rapportait au royaume des cieux '. Les évangélistes y voient tout autre chose : selon eux, le Christ aurait adopté le genre parabolique afin de dérober aux Juifs, réprouvés de Dieu, la connaissance des vérités salutaires. Cette conception théorique ?, inacceptable au point de vue dela psychologie et de l'histoire, a servi à expliquer l'insuccès de la prédication évangélique auprès des Juifs. Elle se fonde sur une idée non réelle de la parabole, qui est censée avoir été un enseignement obscur et plein de mystère. Cet enseignement n'est devenu obscur et mystérieux qu'à distance, pour des yens qui n'en avaient pas reçu l'impression directe, et qui n'avaient pas. même le sentiment des circonstances dans lesquelles il s'était produit. Rien n'était moins mystérieux que l'objet des paraboles. Jésus voulait, au moyen de comparaisons et d'apologues, persuader à ceux qui l’écoutaient de se teuir prêts pour l'avènement du royaume céleste, les gagner à cette espérance, leur inspirer confiance dans la miséricorde divine et dans l'efficacité de la prière. Ces principes très simples étaient illustrés par des comparaisons et des récits plus simples encore, tout populaires de fond et de forme. Jésus prouvait la nécessité d'être prêt pour le rovaume des cieux, en alléguant l'exemple du propriétaire qui aurait pu prévoir la visite du voleur, en racontant l'histoire des dix jeunes filles dont cinq manquèrent le festin nuptial à cause de leur négligence: il prouvait et Justfiait la bonté de Dieu à l'égard du pécheur repentant, en citant le cas du berger qui retrouve sa brebis égarée, ou bien celui du père qui se réjouit quaud revient le prodigue qui l'avait quitté : il prouvait l'exaucement de la prière par l'exemple du juge qui finit par faire droit à la requête de la veuve importune. Mais avec le temps, le sens primitif des récits fut moins bien compris, et l'on ne pouvait croire non plus que la parole du Christ n'eût pas un objet plus vaste et plus profond; comme on.y cherchait une réponse à toutes les questions qui se posaient, on l'y trouva, on l’y mit en la trouvant. L'interprétation allégorique était le moyen tout indiqué ; on l'employa tout naturellement sur les paraboles, comme on l'employait sur l'Ancien Testament et même sur les faits de l'histoire évangélique. De même, par exemple, que le récit de la prédication à Nazareth, qui est, dans Marc, un incident du ministère galiléen où l'on fait ressortir l'incrédulité des concitoyens de Jésus, comme on a signalé plus haut celle de sa famille, devient expressément, dans Luc, une

1. Sur la question des paraboles, voir Jüricuer, 1, et dans Études évangéliques, le chapitre concernant les paraboles de l'Evangile. 2. Voir le commentaire de Mc. 1v, 10-12, et parallèles.

dans Luc, sont devenues de petites apocalypses où Jésus est &« prophétiquement annoncé la ruine de Jérusalem, la conversion des € l'institution de l'Église’. Les additions allégoriques troublent léc des paraboles, comme elles altèrent la physionomie de Mhisto évangélique ; mais les rédacteurs n'en ont pas conscience. L'unité se dans leur esprit, et ils ne songent pas à mesurer l'écart qui existe et leur pensée et la réalité de l'histoire. Comme l'allégorisation des fai partielle dans les Synoptiques, devient, dans l'Évangile johannique, DES, système qui embrasse toute l'histoire du Christ, et dans tous ses détails, l'allégorisation des paraboles aboutit, dans les discours du quatrième. à, Évangile, à l'allégorie pure, qui se substitue à la parabole primitive, On voulait que Jésus eût révélé aux siens non seulement sa destinée mais la leur, les desseins de la Providence sur les élus et sur le monde: 7% tout ce qui intéressait le bon ordre des communautés chrétiennes et Ia dignité transcendante de leur fondateur immortel. On ne se borna pas à gloser les paraboles primitives, on en créa quelques-unes. Celle de l'Ivraie ? peut avoir été conçue à partir d'une donnée traditionnelle : dans la forme que lui a donnée Matthieu, c'est une allégorie qui suppose l'Évangile déjà répandu dans le monde, et les communautés chrétiennes déjà constituées ; elle contient une leçon à l'adresse de celles. ci, qui ne réussiront à être entièrement saintes que par la purification du jugement dernier. La parabole des Vignerons meurtriers est une vision d'apocalypse où se sont résumées, à l’occasion et avec l’aide de paroles authentiques du Sauveur, les spéculations du christianisme primitif sur la destinée de Jésus et l'endurcissement des Juifs. Le commentaire du Semeur { veut expliquer l’insuccès de Jésus auprès de ses compatriotes, et la théologie prédestinatienne, probablement par l'influence de Paul, intervient pour montrer dans cet échec une volonté providentelle qu'est censée avoir servie l'obscurité intentionnelle de l'enseignement para= bolique. Quelques paroles d'encouragement aux disciples sont devenues des instructions précises et développées sur la conduite à tenir durant les persécutions, où l’on voit les préliminaires de la catastrophe finale. C'est ainsi qu'on peut les trouver à la fois et dans le discours de mission compilé par Matthieu, et dans le discours apocalyptique par lequel les Ps trois évangélistes ont voulu couronner la prédication du Sauveur . Le

1. Voir le commentaire de Mr. xx, 1-14, et de Le. x1x, 11-27. 2. Voir supr. p. 129, et le commentaire de Mr. xn1, 24-30, 36-43. * 3. Voir le commentaire de Mc. xu, 1-12, et parallèles.

4. Voir le commentaire de Mc. 1v, 10-20, 33-34, et parallèles,

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