ENCORE
concernant le royaume de Dieu. Le pe de vue de Le est plus étroi mais il s'agit toujours du régime à observer dans F Église en attenda:
le royaume : pour le rédacteur du troisième Évangile, l'élément essentiel de ce régime est la communauté des biens, par l'abandon que les riches doivent faire aux pauvres de ce qu'ils possèdent?. Le sacrifice que Jésus -
avait réclamé pour le désintéressement non moins que pour la bienfaisance, en vue de l'accession au royaume céleste, devient une condition
normale de l'institution chrétienne telle que le Christ est censé l'avoir
établie. ‘
Le rôle qui appartenait au Christ lui-même tenant une bien plus grande
place dans la prédication apostolique, même dès les premiers temps, que »
celle que Jésus avait pu lui faire dans son enseignement, il est tout natu-
rel que la théologie messianique et les premières ébauches de christolo-… gie aient marqué aussi de leur influence la tradition écrite des discours
attribués au Sauveur. On à anticipé, en les multipliant, les déclarations messianiques. Ces déclarations sont en rapport avec l’anticipation générale de la gloire du Christ dans la carrière terrestre de Jésus.
Au point de vue de l'histoire, deux points semblent assurés qui contredisent et annulent la plupart des indications explicites qui se ren-
contrent maintenant dans les textes : Jésus ne s’est avoué Messie, même
devant ses disciples, qu'à une période assez avancée de son ministère, et il a évité de se donner comme tel en public pendant toute la durée de sa prédication galiléenne ; en allant à Jérusalem, il avait l'intention de se déclarer Christ, ou l'espérance d'être déclaré tel par la manifestation du royaume céleste; du moins est-ce en qualité de Messie, et en s'avouant tel, qu'il a été condamné à mort par Pilate, sur la dénonciation du sanhédrin. Mais, devant Pilate, il s'est reconnu simplement Messie « roi des Juifs ». Le motif de la sentence, et la confession messianique de Pierre * se complètent et s'éclairent mutuellement. Toutes les spéculations ultérieures, y compris les plus modernes analyses de la conscience messianique du Sauveur, s'éclipsent devant ces simples paroles : « Tu es le Christ »,
Tu es le roi des Juifs? — Tu l'as dit ». Si purement religieuse et morale qu'ait été sa conception du royaume, Jésus ne s'en regardait pas moins comme le Messie promis à Israël, et le futur roi des élus. S'il s’est
Mr. xvi, 47-19: xvur, 18. Voir le commentaire. CENLG ET 00:
Mc. xv, 20, 26, et parallèles.
Mc. vor, 29. Voir le commentaire.
= WW —
# qué Dieu » et de « Fils “ l’homme », ces ronals n "ont été pour lui que des
synonymes de Christ !, et l’on est d'autant moins autorisé à y chercher des nuances particulières de sa pensée, l'expression toute personnelle de
ses sentiments les plus intimes, que la plupart des passages où elles se
rencontrent ont chance d’appartenir à la glose traditionnelle de son enseïgnement.
Ce n'est point sans doute par un effet du hasard que les formules de « Fils de Dieu » et de « Fils de l’homme » remplacent, dans le jugement du Christ par Caïphe ?, celle de « roi des Juifs », qui est employée dans le récit du jugement du Christ par Pilate. La première génération chrétienne disputait avec les Juifs sur le droit de Jésus à la qualité de Christ, à la royauté glorieuse annoncée par Daniel *, dans le fameux passage relatif au « fils d'homme » qui figure et introduit le règne des saints. On ne se lassait donc pas de répéter, on ne se lassa pas de faire dire à Jésus qu'il était le « Fils d'homme » que Daniel avait vu en esprit, le Christ de la parousie, celui que les chrétiens attendaient toujours, et dont Caïphe avait méconnu la prétention légitime. L'emploi réitéré du titre de « Fils de l'homme » dans les discours de Jésus tient à cette préoccupation des rédacteurs évangélistes. La comparaison des textes invite à penser qu'il s’est introduit dans la tradition écrite, et qu'il n'appartient pas d'ordinaire à la plus ancienne rédaction des discours évangéliques. Avec le temps, la spéculation christologique a pu s’insinuer dans cette notion apocalyptique du Messie, comme elle s'insinua dans la notion traditionnelle du Fils de Dieu, qui exprimait à l’origine une sorte de rapport vicarial entre le roi théocratique et le Dieu d'Israël. Les deux s'opposent déjà dans Matthieu, comme si l’une pouvait servir à définir le Christ dans sa manifestation terrestre, et l’autre dans son être transcendant : sorte de prélude à la théologie des deux natures ‘.
Les idées qui entrèrent dans la christologie préexistaient à l'Évangile. Jésus ne s’est jamais donné comme la manifestation historique d'un être qui subsistut en Dieu avant de se révéler aux hommes. Mais, au moins dans certains cercles messianistes, on ne croyait pas seulement que Dieu avait l'intention de susciter bientôt un Messie à Israël, on se figurait ce Messie prédestini comme attendant au ciel l'heure Éxéo pour son apparition terrestre Ÿ. Et l'on ne pouvait manquer de se demander ce qu'était