AP. XVII
S'EAPxxT 9.
9. Ap. xx, 14. Mr. xvi, 18, cf. Épn. 11, 20. On peut aussi comparer, pour le symbole des clefs, Ar. nr, 7, et Mr. xvi, 19.
le quatrième Évangile fut écrit'. On peut dire néanmoins que Jean suppose les trois Synoptiques et qu'il veut les interpréter ?. La détermination de son cadre n’en est que plus digne de remarque : le témoignage évangélique ne s'étend toujours que du baptème de Jean à l'entrée du Christ dans la gloire; il n’est rien dit de l'enfance de Jésus, et la conception virginale, même la descendance davidique et la naissance à Bethléem semblent ignorées $. On ne doit donc pas s'étonner de trouver, dans la première Épitre johannique, que le Christ est « venu par l’eau et par le sang » #, le baptême et la passion marquant toujours les deux termes de sa manifestation terrestre. Conformément au principe de la préexistence, et à raison de sa divinité pleinement consciente, le Christ devient, chez Jean, souverain arbitre de ses miracles, de sa vie, de sa mort et de la conduite même de ses ennemis ; de là proviennent tous les changements que l’auteur fait subir à la tradition synoptique *. Fait singulier, le dernier chapitre, appendice du livre, contient un récit d'apparition du Christ en Galilée, qui procède d’une tradition incompatible avec le point de vue du chapitre précédent, et qui se trouve être en même temps, pour le fond et dans sa donnée générale, antérieur aux finales canoniques de Marc, de Matthieu et de Luc. Presque aussi instructive pour l'écrivain est l'interpolation fort ancienne, dans le texte commun, de l’histoire de la femme adultère7, morceau de tradition primitive, qui n'a pas été accepté dans la rédaction dernière des Synoptiques, et qui a pu néanmoins se réfugier dans le quatrième Évangile. Il n'est pas sans intérêt de noter que les Épitres johanniques, où la vie du Christ est une manifestation, on pourrait presque dire une apparition divine en chair, combattent directement des gens qui niaient que l'humanité du Christ et conséquemment tous ses actes d'homme et sa mort eussent été réels ou imputables au Christ éternel$. Au lieu d'idéaliser l’histoire évangélique, les docètes en venaient à la négliger ou à la volatiliser.
1. La rédaction de l’Apocalypse est à placer vers l’an 95. Le quatrième Évangile a dû être composé vers 90-100, et publié un peu plus tard. Voir Le quatrième Évangile (QË.), 430.