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Jésus avait dû entrer à Jérusalem quelques jours seulement avant la Pâque, et il s'était gravement compromis dès son arrivée. A raison de l’affluence, et peut-ètre aussi pour sa sûreté, il passait les nuits hors de la ville, dans la campagne, du côté de Béthanie ; il venait pendant le jour au temple, et enseignait dans les parvis !. [1 prêchait toujours le repenüir pour le royaume des cieux, mais il prêchait avec menaces, parce que le royaume était tout proche, et que son auditoire se montrait réfractaire à sa prédication. Ni les prêtres ni les docteurs de Jérusalem n'avaient la foi simple des pêcheurs galiléens. L’enthousiasme de Jésus les laissait froids. Ils supputaient seulement les inconvénients que celte agitation pourrait avoir du côté de l'autorité romaine, la couleur messianique du mouvement et l'émotion populaire étant de nature à exciter les inquiétudes du pouvoir. Jésus parlait librement et hardiment. Il comparail Jérusalem et le peuple juif au figuier qui ne rapporte rien, et à qui le propriétaire a donné une année de répit, la dernière ?. Mais il n'avait pas le loisir de développer tranquillement ses paraboles, comme il faisait jadis à Capharnaüm et au bord du lac de Gennésareth. Des docteurs venaient lui poser des questions insidieuses à seule fin de le compromettre, soit vis-à-vis du peuple qui l'écoutait avidement, soit vis-à-vis du pouvoir romain, qui l’arrêterait dès qu'on aurait pu le lui rendre suspect. Un jour on lui demandait s'il était permis de payer le tribut à : César * : dangereux problème, qui se posait devant la conscience des puritains, et qu'un prophète du royaume ne pouvait résoudre par l’affirmalive sans paraître se renier lui-même, ni par la négative sans s’insurger contre le gouvernement établi. Avec l'habileté dont il avait déjà fait preuve quand les prêtres l'avaient interrogé sur la mission qu'il s’attribuait, Jésus s’abstenait de répondre directement, se faisait montrer la monnaie de l'impôt, et comme les questionneurs tiraient de leur poche une pièce à l'effigie de l'empereur, il leur disait de rendre à César ce qui était à César, sans oublier de rendre aussi à Dieu ce qui venait de lui.
Un autre jour on lui amenait une femme surprise en adultère, et l’on demandait au prédicateur de la repentance et du pardon s'il fallait appliquer la loi à cette coupable : nouvelle occasion de se démentir lui-même, £ ou de se mettre en contradiction avec Moïse. Il commençait par se taire :
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on insistait ; alors il trouvait encore la plus heureuse des échappatoires : puisque la femme à mérité d’être lapidée, « que celui qui a conscience ; d'être sans péché lui jette la première pierre ». Tout le monde s'en
4. Mc. xx, 19; x, 37 D; Le. xxr, 37-38. Cf. supr. pp. 96, 98, 160. 2. Lo. xrr, 6-9 (Mc. xx, 1-11). Cf. supr. pp. 155, 97. : MG x 19-11:
allait, et Jésus pouvait congédier la femme en lui recomm plus pécher !. #
De telles victoires ne pouvaient qu'accroître les haines qui s'amon laient autour de lui. Rien ne lui servait d’avoir réponse aux chicanes que les sadducéens lui faisaient sur la résurrection des morts ?, ou à l'objection de ceux qui lui disaient que le Messie devait être descendant de … David #, Le peuple admirait ces exploits de dialectique, comme il se laissait gagner à l'espérance du royaume par la conviction et l'élo- … quence du prédicateur; mais les personnes dirigeantes, prêtres et scribes, notables pharisiens, lui étaient de plus en plus ouvertement hostiles. Et Jésus de son côté ne les ménageait pas. C'est à ce moment sans doute qu'il proféra les terribles invectives contre les hypocrites qui disent et ne font pas, qui imposent aux autres des fardeaux qu'ils ne portent pas eux-mêmes, qui font l'aumône avec affectation et qui sont avares et rapaces, qui poussent le scrupule jusqu’à payer la dîme sur les moindres herbes de leur jardin, et qui n'ont ni justice, ni pitié, ni bonne foi #. C'est. alors aussi qu'il prononça la parole sur le temple qui devait être détruit, et que lui-même rebâtrait en trois jours *. Avant qu'arrivât la fête, on en était de part et d'autre aux extrémités. Jésus rencontrait une résistance qu'il sentait insurmontable, et comprenait l’inutilité de poursuivre son enseignement. Les chefs religieux du peuple juif voyaient la nécessité d'en finir, et cherchaient l’occasion de se saisir par ruse de celui qu'ils regardaient coume leur ennemi, afin de le livrer eux-mêmes au procurateur. La situation ne pouvait se dénouer que par un miracle ou par une catastrophe, et ce fut la catastrophe qui arriva.
Jésus n'avait pas laissé de la prévoir, mais il n'avait pas cessé non plus d'espérer le miracle, parce qu'il comptait toujours sur l'avènement du royaume, Une comparaison peut être ici permise : Jeanne d'Arc aussi ne douta jamais que les Anglais dussent être, jusqu'au dernier, « boutés » hors de France, quel que fût provisoirement son destin. Celui de Jésus se décida, à ce qu'il semble, deux jours avant la fête. Il s'était retiré le vs soir à Béthanie, chez un certain Simon dit le Lépreux f, où il prenait son Fe
repas avec les apôtres. Lui-même sentait l’imminence du dénouement, Il ‘7 prononça, selon la coutume, les paroles de bénédiction sur le pain et le % 4. JN. vir, 53-vuu, 44. Cf. supr. p. 98, et QÉ. 534-549. 2. Mc. xrr, 18-27.