PROLOGUE DE LUC
suite de Marc, pour les récits qu'il lui emprunte, et quand il change cette suite, ce n’est pas au bénéfice de l’enchaînement régulier et historique des faits; mais, Mare n'ayant pas les récits de l’enfance, on peut dire qu'il est incomplet; un autre évangéliste qui avait ces récits pouvait manquer d'ordre, présenter sans suite les actes et les paroles de Jésus. Il s'agit d'être à la fois complet et bien ordonné. Mais l’ordre dont il est question n’a souvent que l'apparence d’une suite historique et chronologique, bien que l'évangéliste ait pris soin de relever certaines dates; c'est une économie régulière de la narration, où chaque fait et chaque sentence trouvent la place qui leur convient, qui aide à les comprendre et qui les met en relief.
La personne de l’évangéliste s'efface derrière le grand objet qu'il donne à son œuvre littéraire, et derrière les hommes apostoliques, les témoins du fait chrétien. Que l’on soit en présence d’un disciple des apôtres, d’un compagnon de Paul, d'un homme qui a dù connaître personnellement Pierre et d’autres disciples de Jésus, le prologue ne permettrait pas de l’aflirmer. Non seulement l'auteur se range dans la catégorie commune des écrivains évangéliques, en qui l’on n'est pas fondé à voir uniquement des convertis de la première génération, mais il n'entend pas se distinguer de la masse des chrétiens ses contemporains, si ce n'est pour le soin quil a mis à recueillir les souvenirs traditionnels, et le désir qu'il a d’être utile à ses frères en faisant de ces souvenirs un recueil aussi parfait que possible. Quand il dit « nous », il parle des chrétiens de son temps, dont beaucoup n'avaient pas connu les apôtres, et 1l se désigne simplement comme un de ces fidèles qui, depuis la fin de l'âge apostolique se préoccupaient de procurer à leurs frères et aux communautés chrétiennes les livres d'histoire évangélique dont on sentait le besoin.
Son but principal est le même que celui de Marc et de Matthieu. Ces premiers historiens de Jésus n'avaient pas l'intention de composer une biographie du Sauveur telle qu’on voudrait pouvoir l’écrire
ment »; täc:v se réfère aux « choses accomplies parmi nous »: 4xp1B&< concerne surtout le soin de « tout » recueillir exactement, et il est certain que Luc est le plus complet des Synoptiques ; xa0:£ñc, du moment qu'il s’agit d'histoire, signifie l'ôrdre chronologique, mais Luc ne conçoit pas cet ordre à la facon d’un historién moderne, et une combinaison didactique avantageuse est pour lui une chronologie satisfaisante. Pour l'emploi de #duËs, cf. Acr. xv, 22, 25, 28.
. - A. Lorsx. — Les Évangiles synoptiques. ù 18
gagner les âmes à la foi, ou de les entretenir et les air De
la foi acquise. Leur œuvre de narrateurs est elle-même inspirée par la foi et le zèle apostolique. Luc a donc pensé qu'un livre, de proportions ordinaires, où, grâce à une bonne distribution des matériaux, on trouverait intégralement reproduits les discours de Jésus et les récits de son existence terrestre, serait un utile complément des instructions orales données par les prédicateurs chrétiens. La doctrine que ceux-ci enseignent reposant sur des faits et sur l’enseignement de Jésus lui-même, un ouvrage où sont exposés ces faits et cet enseignement démontre la solidité de la doctrine, la certitude de la catéchèse dont on nourrit ordinairement la foi !.
Tel est le fruit qu’en retireront Théophile et les autres lecteurs. Car Luc n’a pas écrit pour un seul individu; mais son prologue laisse entendre qu'il a écrit à l’instigation de Théophile et pour lui. Ce Théophile devait être un homme assez haut placé, quil serait Rs de vouloir identifier. L'épithète honorilique jointe à son nom ? conviendrait peu à une personnalité fictive, au chrétien idéal. On ne voit pas pourquoi le Théophile de Luc serait moins réel que les personnages mentionnés par les écrivains de ce temps dans leurs dédicaces ; il est de même peu vraisemblable que le nom soit inventé *, attendu que, si l'évangéliste avait pu craindre de compromettre quelqu'un, il aurait plutôt pris le parti de ne dédier son livre
1. V. 4. va irtyv@s roi y zarnydüne AOywy tv àspéhstav. Les Adyo: ne sont pas ‘les xodyuara que Luc se propose de raconter, mais les éléments du À6yos dont il a été question v. 2, c'est-à-dire de la catéchèse apostolique, de la doctrine chrétienne, des vérités que l'on propose à la foi. On doit construire : Îva érryv@e Tv aspahstay rep ÀGywy OÙs zatnf0n:, « pour que tu reconnaisses l'inébranlable certitude qui appartient aux doctrines dont tu as été instruit ».
2. xpariote Oeootks. Cf. Acr. xx, 26; xx1v, 3; xxvi, 25. L'épithète ayant dans les Actes un caractère honorifique, il est peu probable qu'elle soit ici une expression d'amitié. Luc ne l’a pas répétée au commencement des Actes. Ce n’est pas raison toutefois pour admettre, avec Zamn (II, 359, 384), que Théophile n'était pas encore chrétien quand l'Évangile fut écrit, et qu'il était déjà baptisé quand Luc écrivit les Actes.
3. D'après Renan (Évangiles, 256), le nom de Théophile « peut n'être qu'une fiction ou un pseudonyme pour désigner quelqu'un des adeptes puissants de l'Église de Rome, par exemple un des Clemens ». Mais l'Évangile et les Actes ont-ils été composés à Rome? Cf. supr. p. 174.
voulu prendre le personnage. Mais ce ne serait qu’une hypothèse !.
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ANNONCIATIONS. NAISSANCE DE JEAN-BAP@ISRE
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Luc a remonté aussi haut qu'il était possible sans sortir de Phistoire humaine, puisque sa relation de la vie de Jésus commence plusieurs mois avant la naissance et même la conception du Sauveur ; mais son début ne laisse pas d'être parallèle à celui de Marc. On racontait la mission du Christ en partant de la prédication de Jean : Luc va décrire son existence terrestre en partant de la conception miraculeuse du Baptiste.
Luc, 1, 5. Il était, au temps d'Hérode, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia; et il avait une feinme, de la race d’Aaron, qui s'appelait Élisabeth ; 6. ils étaient justes tous les deux devant Dieu, suivant sans reproche tous les commandements et les préceptes du Seigneur ; 7. et ils n'avaient pas d'enfant, parce qu'Élisabeth était stérile, et tous deux étaient avancés en âge. 8. Il advint, comme il était de service, au tour de sa classe, devant Dieu, 9. qu'il fut, selon la règle du service divin, désigné par le sort pour aller offrir l’encens dans le sanctuaire du Seigneur: 10. et toute la foule du peuple priait dehors, à l'heure de l'encensement. 11. El un ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l'autel de l'encens ; 12. et Zacharie fut troublé à cette vue, et la peur le saisit; 13. et l'ange lui dit : « N’aie pas peur, Zacharie, car ta prière à été exaucée, et ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, que tu appelleras du nom de Jean ; 14. et tu auras Joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance; 15. car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni liqueur enivrante; il sera rempli d'Esprit saint dès le sein de sa mère; 16. il ramènera beaucoup des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu, 17. et lui-même marchera devant Lui, en esprit et puissance d'Élie, (pour) ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les. rebelles au sentiment des justes, (pour) préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » 18. Et Zacharie dit à l’ange : « À quoi connaitrai-je cela ? Car Je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. » 19. Et l'ange, répondant, lui dit : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j'ai été envoyé pour le parler et t’'annoncer cette bonne nouvelle : 20. et tu
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Mon RU vas être réduit au silence et Lu ne pourras parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps. » 21. Et le peuple était à attendre Zacharie, et l'on était étonné qu'il s'attardàt dans le sanctuaire ; 22. et étant sorti, il ne put leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire : et lui leur faisait des signes, et il resta muet. 23. Et quand ses jours de service furent accomplis, il s'en alla dans sa maison; 24. et après ces jours, sa femme Élisabeth concçut, et elle se cacha pendant cinq mois, disant : 25. « C'est que le Seigneur m'a fait cela au temps où il lui a plu d'enlever mon opprobre devant les hommes. »
La forme tout hébraïsante de ce récit et des suivants tranche sur l'ampleur classique du prologue : elle n'est pas non plus tout à fait dans le style ordinaire de l'Evangile, mais il ne faut pas exagérer cette différence. Le rédacteur sait fort bien imiter le style de l'Ancien Testament, et s'il y a lieu de supposer qu'il emprunte ses récits de l'enfance à une source écrite, l’argument tiré du langage ne suflirait pas à le prouver. Cette source, d’ailleurs, était grecque, et rien ne prouve que ce füt une traduction de l'hébreu: on est donc obligé, en toute hypothèse, d'admettre une imitation réfléchie de l'Ancien Testament dans la version des Septante. La précision des renseignements sur les coutumes du temple et les observances légales, l'esprit même des récits rendent à peu près certaine l'existence de ce document, et invitent à lui attribuer une origine palestinienne. Il est beaucoup moins évident que l'on doive en placer la composition avant la destruction de Jérusalem !: car ni l'idéal de piété que représentent Zacharie et Élisabeth, ni les détails concernant le culte du temple, ni le caractère judaïsant de l'idée messianique ne rendent cette conclusion indispensable : il s’agit seulement d'une probabilité, d'autant plus forte. d'ailleurs, que Pon doit renvoyer la rédaction de la source assez longtemps avant celle de l'Évangile. |
Les premiers mots rappellent le début des histoires de l'Ancien Testament : « Il arriva, aux Jours d'Hérode * ». Cette donnée s’accorde avec les récits de Matthieu. qui fait aussi naître Jésus vers la fin du règne d'Hérode le Grand“. Ce prince était maitre de toute