‹ Les e?vangiles synoptiques /Chapitre 239 sur 807 · PROLOGUE DE LUC · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE LUC

tés. Dans la dernière hypothèse, on comprend peut-être plus facilement qu'il désigne comme « fats accomplis parmi nous » la matière de son histoire, la carrière de Jésus, considérée à part, ne répondant pas bien à cette définition. Il justifie son entreprise par l'exemple de ceux qui l’ont précédé, et qui n'étaient pas mieux placés que lui pour la tenter. On doit donc reconnaitre qu'il existait alors un assez grand nombre d’écrits ressemblant à nos Évangiles canoniques. L'abondance relative de cette littérature, qui s'est perdue presque tout entière et assez promptement, mérite d'être remarquée. L'ancienne tradition pensait que Luc avait eu en vue les évangiles apocrvphes: mais ces compositions sont plus récentes que les écrits de Luc. Il s’agit certainement de Marc et d’autres écrits qui n'ont pas été conservés ; et si Luc a connu quelque rédaction de notre premier Évangile, antérieure à la rédaction canonique, il ne l'attribuait pas à l'apôtre Matthieu. | Tous les évangélistes connus de Luc se trouvaient dans les mèmes conditions que lui-même : ce n'étaient pas des apôtres ni des disciples immédiats du Christ: ils n'étaient pas de ceux qui avaient vu le Maître et qui étaient devenus les prédicateurs de son Évangile après lu: ils avaient recueilli, directement ou indirectement, la tradition des témoins oculaires !. Ceux-ci ont assisté Jésus « depuis le commencement », parce qu'ils se sont attachés à lui pendant son ministère, et dès les premiers temps, car Luc a principalement en vue les apôtres: et ils ont été aussi « depuis le commencement » les « ministres de la parole » ?, parce que ce sont eux qui, après que

1. V. 2. als zapiôooay muiv oi àx° a0yñs adrôrzat nat brngétat ysvOuEvO: +0Ù XGyou. Le pronom qu'y ne se rapporte pas spécialement aux écrivains évangéliques, mais désigne les chrétiens en général, comme au v. 1.

2. « La parole » désigne l'Évangile prèché (cf. Acr. vr, 2; vu, #, etc.), non l’histoire de Jésus, et moins encore le Verbe johannique ; +03 Àdyoy dépend donc seulement de ÿznsé:z:; mais, l’article ot n'étant pas répété, les a3-677a: sont les mêmes que les ÿrngéza: <05 Adyov, et c'est aux deux qu'il faut rapporter 47° api: et ysvousvor. Le « commencement » dont il s'agit ne peut être que le commencement de l'Évangile, c'est-à-dire le ministère de Jésus à partir du baptême de Jean, et les débuts de la prédication apostolique à Jérusalem : ces deux commencements n'en font qu'un dans la perspective, el les témoins du premier sont les acteurs du second. Il serait arbitraire de chicaner Luc sur ce que les apôtres n'ont pas assisté au baptème du Sauveur (cf. Acr. 5, 21-22; x, 37-42, où l'on voit ce que Luc entend par commencement el par témoins: il attribue à l'Évangile le mème « commencement » que Marc, 1, 1 et de reculer le com-

le Sauveur est entré dans sa gloire, ont porté l'Évang l’univers. Ces témoins n’ont pas écrit; d’autres, les } de Luc, ont déjà recueilli leur enseignement.

C'est de cet enseignement que Luc lui-même prétend dépend) TA

non des rédactions qui en ont été déjà faites; du moins les rédac

tions n’ont-elles de prix à ses yeux qu'en tant qu’elles représentent la tradition des témoins ; il ne se prévaut pas de relations directes avec les disciples immédiats de Jésus, et il a puisé, en réalité, presque tout le fond de son Évangile dans des ouvrages plus anciens: il a dû les utiliser selon le mérite qu'il leur attribuait ; le parti qu'il a tiré de Marc donne à penser qu'il voyait dans notre second Évangile un écho sincère de la tradition apostolique. Son intention, d’ailleurs, n'est pas d'indiquer ses sources n1 de révéler ses procédés de composition : de ce qu'il dit sur les témoins et les rédacteurs de l'Évangile on ne peut rien conclure touchant le rapport de son livre avec la tradition orale ou les écrits antérieurs ; il indique seu-

lement comme source dernière et autorisée de ses informations le

témoignage apostolique.

S + ue g 4 Pi Luc ne veut pas jeter le discrédit sur ses prédécesseurs !. Ils ont

essayé ce qu'il essaie lui-même, et avec les mêmes ressources. Il

ne dédaigne en aucune façon le fruit de leurs travaux, mais il trouve leurs livres insuffisants, puisqu'il se décide à écrire. En indiquant la méthode qu'il a voulu adopter, il laisse deviner ce qui faisait, à son avis, la raison d'être et la supériorité de son propre ouvrage. Comme il avait suivi pas à pas, depuis l’origine, et dans le plus grand détail, tout le développement de l’histoire évangélique, il s’est

proposé de la raconter avec ordre ?. Ce n’est pas à dire que, parmi

les évangiles connus de lui, aucun ne fût bien ordonné, ou aucun ne racontât la naissance du Sauveur. Luc a rarement modifié la

mencement jusqu'aux premières années et à la naissance du Christ, afin de compiler sa mère et ses frères parmi les témoins (Zaux, II, 363).

1. Les anciens entendaient i7:/£<ionsav dans ce sens, et y voyaient la condamnation des évangiles apocryphes; mais le mot n'implique ni approbation ni blâme. Luc aussi se considère comme « entreprenant ».

2. V.3. £d0ë: xauot rapnzxokoulnxôtt avwlev räciv àxaB@s xa0sEñs soc yodbar. Il faut entendre zxpnxohovünxitt des recherches que Luc a faites avant de se décider à écrire, non d’une participation aux événements qui ferait de lui un témoin; ävwey, « de haut », montre que l’auteur, dans ses investigations, est remonté le plus loin qu’il a pu, et avant même ce qu'il vient d'appeler « le commence-

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