Cf. WVELLHAUSEN, Me
LE JEÜNE 495
général des disciples de Jean et de ceux des pharisiens, et demander très naturellement pourquoi les disciples de Jésus ne font pas comme eux ; sous une apparence disjonctive, la question est une et bien placée dans la bouche des interrogateurs. Elle prend une physionomie moins satisfaisante dans Matthieu, où les disciples de Jean semblent demander à Jésus pourquoi ils jeùnent eux-mêmes !, ce qu'ils devraient savoir mieux que personne: et dans Luc, où l’on voit « les pharisiens » mettre aussi dans leur discours les disciples des pharisiens. Marc, ignorant qui avait posé la question, n'a pas cherché à le deviner: les deux autres évangélistes, par leurs précisions conjecturales, ont altéré l'équilibre du récit.
Luc a de plus dérangé celui de la question posée, en parlant ici des prières ?, par manière de prélude à ce qu'il dira plus loin * pour introduire l’oraison dominicale : mais la réponse que va faire Jésus laissera passer l'observation comme inaperçue, et même les questionneurs ont l’air de n'y plus penser quand ils comparent la conduite des disciples à celle des johannites et des pharisiens : ils leur reprochent seulement de manger et de boire, c'est-à-dire de ne pas Jeüner et de faire tout le contraire ‘. Mais l'évangéliste, qui songe à l’'oraison dominicale non encore enseignée, aurait été fort embarrassé de formuler un blâme sur ce défaut, dans le discours des pharisiens, et une apologie sur le même point, dans la réponse de Jésus. Enfin, ce que Luc dit des jeünes fréquents, et des prières vocales régulièrement récitées, se trouve plutôt caractériser les pharisiens que les disciples de Jean *.
On remarquera que les critiques s'enhardissent : dans l'avantdermier récit, 1ls se contentaient de penser: dans le dernier, ils ont
[. V. 14. dix zt nues zat 0! Daproztot vnsrevousy xt. D Ss. et beaucoup d'autres témoins ajoutent z0oAAx après vnszevousv. Cette détermination adverbiale marquerait la continuité de l'habitude ; cependant il ne s’agit pas de savoir pourquoi Jésus et les siens font moins cas du jeûne que les pharisiens (Merx, IE, 1, 152), mais pourquoi ils s'abstiennent de jeüner.
2. où uabnzat ’Twivou vns=sovstv ruzva zat Gerostes rotodvzar.
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4. CF. Le. vu, 34. Le reproche est mieux équilibré dans D, où on lit : ovôèy <097wY 7o:0Douy ; inais la réponse s'accorde moins bien encore avec la question. Luc n'a pas dû accentuer à ce point ni le bläme jeté sur les disciples, ni l'incohérence du dialogue. :
>. Jüricuer, Il, 179.
parlé aux disciples ; cette fois, ils demandent des explica Jésus ; la prochaine fois, ils lui reprocheront de laisser violer ou tement le sabbat par ses disciples.
Le jeûne était une coutume fort ancienne chez les peuples sémitiques : espèce de restriction et de contrainte apportées volontairement à la vie de l'individu ; manifestation du deuil et de la douleur, qui était peut-être primitivement destinée à prévenir ou à détourner le courroux des puissances surnaturelles ; peut-être aussi, dans certains cas, sorte de préparation physique aux grands actes de la vie religieuse ; en tant que moyen de fléchir la colère céleste, œuvre
expiatoire et expression du repentir. Les pharisiens avaient fait du
jeûne unefœuvre pie, et le pratiquaient deux jours par semaine, le lundi et le jeudi, sans compter d'autres jours fixés par la coutume, et ceux que pouvait ajouter la dévotion de chacun. Que l’ascétisme de Jean et sa prédication de pénitence aient fait une part au jeûne, il n'y a pas lieu de s'en étonner; mais il n’est aucunement établi que la pratique des johannites ait été de tout point conforme à celle des pharisiens. Ce que dit Marc ne suppose pas la concordance générale des jours ni l’uniformité de la pratique : et l'idée de cette concordance apparaîtra d'autant moins solide que l’on jJugera plus vraisemblable l'hypothèse d’une combinaison du jeûne pharisaïque avec le jeüne johannite dans le présent récit.
Jésus répond simplement à la question posée, sans discuter la valeur religieuse de la pratique, et en en reconnaissant implicitement la légitimité. Il explique pourquoi ses disciples ne jeùnent pas maintenant, et ne doivent pas jeûner : selon/la teneur du texte tra- ‘ditionnel, il aurait ajouté qu'ils jeùneraient plus tard, après sa mort. Ii envisage le jeùne, conformément à sa signification première, comme une expression naturelle du deuil et de la tristesse, et, par une comparaison vivante, il montre que le jeûne est incompatiple avec la situation de ses disciples. « Les garçons de noces peuventils jeûner tant que l'époux est avec eux ? » « Les fils de la chambre nuptiale ! » sont le groupe de jeunes gens qui assistent l'époux
1. Mc. 19. of vio: =02 voug@vx. La formule est gardée dans les deux autres Évangiles. Le vougrv est proprement la chambre de la fiancée {v$ugn). « Filii sponsi » ne donne aucun sens (la Vulgate lit, dans Marc : filii nuptiarum), mais témoigne que l'on a été embarrassé du sémitisme. Ces « gens de la chambre nuptiale » ne sont pas simplement les « gens des noces », mais les rapayéuptor.
durant les fêtes nuptiales, et qui ont leur place marquée dans les cérémonies traditionnelles. Le pharisien le plus rigide n'aurait certes pas l’idée de les obliger à un seul jour de jeûne pendant les fêtes : jeüne-t-on ! quand on est garçon d'honneur, compagnon de l'époux ? Cela est impossible, et Jésus le dit en propres termes dans Marc. Matthieu et Luc ont pensé que le cas était assez clair par luiinême. Peut-être aussi l’omission s'explique-telle, tout comme l'addition ?, parce qu'ils ont compris en allégorie ce qui était une comparaison, dont un des termes, facile à suppléer, était sous-entendu. Il est impossible que les garcons d'honneur jeünent pendant les noces ; de même les disciples ne peuvent jeüner pendant que leur Maitre est au milieu d'eux. Si Matthieu parle de deuil * au lieu de jeüne, cest qu'il pense à la mort de l’époux, et qu'il introduit dans la première partie de la réponse l’allégorie qui est dans la seconde.
Il est évident, en effet, que, dans la première partie, Jésus vise un fait général dont il tire une conclusion particulière : jamais on ne fera jeüner les garçons de noces pendant les fêtes nuptiales : or les disciples autour de leur Maïtre sont dans cette disposition de Joie, etils ne peuvent la perdre tant qu'ils le possèdent : donc ils ne sauraient jeüner. Mais la seconde partie exprime, sous forme allégorique, une situation spéciale, et devient une prophétie de la passion : « Des jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeùneront ‘. » La formule solennelle : « des jours viendront »., indique nettement la prophétie : on ne parlerait pas ainsi de la dispersion des invités après les fêtes nuptiales ; d’ailleurs, si l'on restait dans la comparaison qui a été formulée d’abord, et qu'il s’agit de la fin des fêtes, on ne dirait pas que l'époux sera enlevé aux garçons d'honneur, mais que ceux-ci devront le quitter. C’est qu'il ne s’agit plus d’époux, ni de garçons d'honneur, ni de noces, mais de la vie et de la mort de Jésus, avec les conséquences qui doivent en résul-
rovjoat ynotedo:, est secondaire par rapport à Mc. 19, uï Gôvavrat of viot où YUHLPHVOS. , ... YNOTEUELV.
2. Jüricner, Il, 184, observe que l’assertion explicite de Mc. 19, répétant les termes de la question, n’a de sens que par rapport à ce qui suit. D l’omet.
3. V, 15. un Oüvavtar ot vioi +0ù vuuo@vos reveiy xrA. Le mot z:ybziv s'entend des lamentations funèbres.
1. La forme de la question dans Le. 34, uï Süvasfe robs viobe +où vuuoGvo
; ru à DR ; M HER Ne ; 4. Mc. 20. ékctoovraz GC Muioat Orav arapfn 4x aÿry 6 vougios, ai TÜre
VNSTENGOVOLY EV ÉXEËVT TT HUECE.
A. Loisx., — Les Évangiles synopliques. 32
ter pour les disciples. Il est curieux cependant qu'on parle de da mort en faisant abstraction de la résurrection, et qu'on emploie un mot qui ne signifie pas proprement la mort, ni même un enlèvement violent, mais une séparation subite. Ce pourrait être, il est vrai, pour ne pas sortir trop visiblement du cadre tracé par la comparaison, car il n'est pas ordinaire que l'époux meure au terme des fêtes nuptiales.
L'emploi exceptionnel de l’allégorie ne serait pas une objection décisive contre l'authenticité de ce discours, ni la prévision de la mort, parce que, si l'on ne peut admettre que Jésus ait parlé de sa fin en public et à une époque si peu avancée de son ministère, il est facile de supposer que l’anecdote n'est pas à sa place chronologique. Ce qui rend l’allégorie suspecte, c'est qu’elle enlève au discours du Christ toute force probante : s'il n'a jamais été question de noces ni d’époux, mais du Sauveur et de ses disciples, Jésus n'explique pas la conduite de ces derniers ; il affirme seulement que ses disciples ne peuvent jeüner tant qu'il est avec eux, et qu'ils jeüneront plus tard, quand il n'y sera plus : 1l allègue un fait ou sa propre volonté, mais il ne raisonne pas !. Autant il est clair qu'il a dû raisonner et partir d’une comparaison, autant il est peu naturel que luimême ait tourné la comparaison en allégorie, ruinant ainsi la force de son argument, et le rendant inintelligible à ses auditeurs.
Cependant la première partie du discours, qui s'entend fort bien en comparaison, ne laisse pas d'en appeler une seconde, parce qu'une antithèse est annoncée entre le temps où les garçons d'honneur sont avec l'époux, et celui où ils ne sont plus avec lui. On doit supposer que Jésus introduisait le cas de fêtes nuptiales changées en deuil par la disparition imprévue de l’époux ; et, dans cette hypothèse, l'application se faisait aux disciples de Jean, qui venaient de voir emprisonner leur maître ?”. Jésus a pu dire : « Les garçons d'honneur peuvent-ils jeûner tant que l'époux est avec eux ? que l'époux. leur soit enlevé, alors ils jeùnent ». Il résulte de la comparaison que les disciples de Jésus n'ont aucun motif de jeüner, puisque leur Maiïtre est avec eux, et que ceux de Jean en ont un, puisqu'ils ont