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Avec un peu de bonne volonté, l'on pourrait trouver que Jésus, dans ce qu'il dit des jugements téméraires et des corrections indiscrètes, continue la polémique indirecte contre les pharisiens, annoncée au commencement du discours, qui apparaît sur le terrain doctrinal dans le parallèle de l'Évangile et de la Loi, et qui se manifeste sur le terrain pratique dans l'instruction sur les œuvres de piété. Mais ce rapport, que Matthieu a pu vouloir, est tout extérieur, sans lïison avec l'origine historique des sentences, et même avec leur distribution dans le recueil primitif. Le précepte relatif aux jugements ne se rattache pas plus à l'instruction sur les trois œuvres qu'à l'avertissement contre les soucis temporels ; il complète beaucoup plus naturellement ce qui a été dit auparavant touchant l'amour du prochain, et comme il s’y rattache dans Luce, celui-ci doit représenter l'ordre de la plus ancienne rédaction !.
Bien qu'il ne vise pas la loi du talion, Jésus la transpose et la retourne, pour ainsi dire, dans ce qu’il enseigne touchant les jugements. C'est bien une loi de l’ordre moral, qu'on doit être traité comme on a traité les autres: il faut donc traiter ceux-ci avec bienveillance, non seulement dans nos actes et nos discours, mais aussi et d’abord dans nos jugements. Si nous voulons être jugés favorablement par les hommes et surtout par Dieu, soyons indulgents pour nos frères, soit dans l'expression de nos jugements sur eux, soit premièrement dans l’opinion que nous nous formons d’eux et de leur conduite. Les pharisiens n'étaient-ils pas enclins à mal juger tout ce qui n’était pas Juif, ou même ce qui n'était pas assez conforme à leur type de perfection religieuse ? Il ne s'agit pas ici de jugement à porter sur des actes extérieurs qui seraient condam-
tion de la puissance messianique, indépendamment de ce qui est proprement le royaume des cieux (DaLzman, [, 101, 109), il est permis d’en douter, le v. 32 n'étant pas à expliquer à part de son contexte, où domine l’idée de récompense, qui est associée à la communication de puissance dans xxrr, 29-30.
4. Cf. supr. p. 593. « Ego jam monui nonesse anxie quaerendum in evangelistis sententiarum connexionem, quia res non eo ordine scribere voluerunt quo factae a Christo vel dictae sunt. Quod praecipue in ejus concionibus observatur, in quibus nec omnia quae dixit, nec eo quo dixit ordine recensent, contenti praecipua ejus doctrinae capita commemorare... Credibile est haec verba (Mr. vu, 1)... in concione quam Matthaeus c. v recitavit, dicta fuisse, esseque cum v. #8 c. v jungenda..…., et quia hoc modo sententia sententiae, verba verbis bene cohaerent, et quia Lucas ita conjungit. » Marponar, I,
: A à nables, mais du jugement sur les intentions ou les personnes, et. appartient à Dieu. Lorsque l'on méprise intérieurement et que I dénigre son prochain, l'on se met au-dessus de lui, ce qu'on n'a pas le droit de faire, n'étant pas son juge naturel. Dieu seul voit
les cœurs, et l'homme qui condamne son frère ignore si celui-ci ne -
vaut pas mieux que lui au jugement de l’Arbitre souverain. Il va de soi que ce précepte convient seulement à l'exercice privé de la charité : son application rigoureuse dans l'organisation de la justice sociale ne laisserait aucune place à la répression des crimes. Peut-être, d'ailleurs, n'a-t-il acquis une forme si absolue que pour avoir été isolé de ce qui le suivait dans la source, et ne défend-il de mal juger du prochain que si l’on n'y est pas contraint par des paroles et des actes vraiment condamnables. Mais Luc surtout ne s'en tient pas là.
Le texte du troisième Évangile ressemble à une paraphrase. La condamnation s'ajoute au jugement, comme acte contraire à la miséricorde, qui est la vraie loi de l'homme aussi bien que celle de Dieu. Quand même on ne songerait pas à une déclaration judiciaire, l'idée d'un jugement fondé sur la loi introduit dans l’enseignement une complication imprévue et embarrassante. Tous les devoirs de charité reviennent ensuite et sont présentés comme la condition de la faveur divine. Car la récompense promise à qui pardonne et à qui donne s'entend beaucoup mieux de la part de Dieu que de la part des hommes. Dieu seul peut rendre avec cette générosité le pardon et l'aumône. Il n'est pas vrai, et l'évangéliste n'a pas voulu dire que les hommes rendent toujours, et surabondamment, le bien qu'on leur fait ; on doit, au contraire, leur faire du bien sans rien attendre d'eux en retour. Il semble que Luc ait été influencé par le passage de Marc ! où il est question de la mesure rendue avec surcroit, parce que l'on donne à qui déjà possède. C’est pourquoi, au lieu de s'en tenir à l'idée de règle, qui paraît être primitive dans la comparaison de la mesure, et qui tend à recommander l’indulgence à l'égard des hommes, comme condition de l'indulgence divine en matière de jugement, Luc introduit l’idée de contenant, la mesure qu'emploie un marchand pour servir ses clients, et quil peut remplir plus ou moins parfaitement ?. Mais ce n'est pas d'une