Cf. MErx, Il
point de vue des premiers chrétiens, argumentant contre les Juifs, spécialement contre les sectateurs de Jean, et déclarant le royaume venu avec le Christ, mais entravé, comme la manifestation glorieuse du Sauveur lui-même, par la malice des hommes.
Si l'on ne veut pas que telle soit la pensée de l’évangéliste ni celle de Jésus, si l’on croit que ceux qui volent le royaume le prennent sans doute pour eux, rien ne faisant entendre que la manifestation du royaume soit retardée par l’espèce de violence qu'il subit, on pourra dire que les « violents » sont ceux qui adhèrent à l'Évangile ; mais ils ne sont pas qualifiés ainsi pour être loués ! ou blâmés ?, à raison de leur empressement. Jésus vise plutôt la qualité que les dispositions intérieures des personnes dont il parle. Le royaume est violenté, parce que ce ne sont pas ceux qui semblaient y avoir droit et l’attendre qui s'en emparent * ; ce sont des conquérants d’aventure qui le prennent, publicains et pécheresses, et qui ont l'air de voler ce qui revenait à d’autres ; ainsi le royaume est comme au pillage. Cette hypothèse semblera probable, si l'on admet que la parabole des Deux fils, avec application au judaïsme officiel et aux pécheurs qui formaient la clientèle de l'Évangile, s'est lue d'abord en cet endroit. Mais la question est de savoir si la sentence sur les rapports de Jean avec le royaume, et la parabole des Deux fils ont même origine, si la sentence ne serait pas postérieure à la parabole dans la tradition, même écrite, de l'Évangile.
Quoi qu'il en soit, Matthieu a traité la sentence comme accessoire, ou bien il a cru devoir la pallier en dissimulant, pour ainsi dire, la situation du royaume derrière le rôle de Jean-Baptiste. On dirait que l'état du royaume n'est exposé que par rapport à lui, et pour compléter les renseignements que l’on donne à son sujet. L'évangéliste a écrit que le plus petit dans le royaume était plus grand -que Jean ; il glisse aussitôt la parole concernant la violence subie par le royaume , puis il amène la réflexion sur les Prophètes et la Loi, qui aboutissent à Jean, alin de terminer le développement en
1. Horrzmaxx. loc. cil., soit qu'il s'agisse des efforts méritoires de la pénitence (Keil), ou des sacrifices extraordinaires accomplis pour l'Évangile, et de la foi qui anticipe l'accomplissement du royaume (Baldensperger, Wendt.
2. B. Weiss, E. 71, disposition des zélotes qui voudraient amener par la force la réalisation du royaume.