FES
A. Loisx. — Les Évangiles synoptiques. 48
qu'il a entendu; cet auditeur est de ceux qui ne doivent pas con-
- naître les secrets du royaume. Au lieu de « Satan », Matthieu dit.
« le malin ? ». Luc dit « le diable * », et il ajoute que la parole est ravie aux hommes « pour qu'ils ne soient pas sauvés en croyant 4 ». La formule a un son paulinien ?, mais il s’agit de la foi à la parole, et l'évangéliste n'a fait que transposer ici les paroles exprimant l'intention d'aveugler, qu'il s'est abstenu de rapporter plus haut ; on pourrait même se demander si c’est le diable qui ne veut pas le salut des hommes, et si ce ne serait pas Dieu qui permettrait au diable d'enlever la parole, afin que les hommes n'arrivent pas à la foi et au salut. Matthieu et Luc s'abstiennent de dire que le diable vient « tout de suite », comme Marc le dit pour conformer l’application au texte de la parabole; mais il est douteux que ce soit pour laisser une place à la responsabilité de ceux pour qui la parole est immédiatement perdue 6. Marc n'a pas songé à cette responsabilité : il y a des gens qui entendent la parole en passant, et Satan fait en sorte qu'ils ne s'y arrêtent pas. Les autres Synoptiques semblent plutôt vouloir expliquer ce fait au moyen de la prédestination que par une considération morale.
Le second cas reçoit une interprétation plus développée. Comme le grain sur le cheminfigurait les hommes en qui la parole semée ne demeure pas, le grain sur le sol pierreux figure ceux qui reçoivent d'abord la parole avec joie, mais que la tribulation et la persécution 7 ne tardent pas à décourager ; mélant toujours la figure à l'explication,
Marc dit qu'ils n'ont pas de racines en eux-mêmes, ce qui veut dire
sans doute que la parole ne s'enracine pas en eux, ou qu'ils ne s affermissent pas dans la foi à la parole : ce sont des croyants super-
1. V. 19. oùtos cru 6 rapa riv 020v srapsis peut se traduire : « cet (écoutant)
“est le (grain) semé le long du chemin »; ou bien : « ce (grain) est celui (qui a
été) semé le long du chemin »; même dans le dernier cas, le grain représenterait plutôt l'homme, comme au v. 20.