XXX VIII SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS
Marc, vit, 1-10. Marrs., xv, 32-39.
Marc, vin, 1. En ces jours-là, comme il y avait encore une grande foule, et qu'ils n'avaient pas de quoi manger, appelant les disciples, il leur dit : 2. « J'ai pitié de la foule, parce que (depuis) déjà trois jours ils restent près de moi, et n’ont pas de quoi manger; 3. et si je les renvoie à jeun chez eux, ils vont défaillir dans le chemin; et quelquesuns d'entre eux sont venus de loin. » 4. Et ses disciples lui répondirent : « Comment pourrait-on les rassasier de pain ici, dans le désert? » 5. Et il leur demanda « Combien avez-vous de pains ? » Et ils dirent : « Sept. » 6. Etil ordonna à la foule de s’asseoir sur la terre ; et prenant les sept pains, rendant grâces, il (les) rompit et (les) donna à ses disciples pour qu'ils (les) servissent; et ils (les) servirent à la foule. 7. Et ils avaient quelques petits poissons; et les ayant bénis, il dit de les servir aussi. 8. Et ils mangèrent et furent rassasiés; et l’on emporta de restes de morceaux
Marru. xv, 32. Et Jésus, appelant ses disciples, dit : « J'ai pitié de la foule, parce que (depuis) déjà trois jours ils restent près de moi, et n’ont pas de quoi manger; et je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu'ils nedéfaillent dans le chemin. »
33. Et les disciples lui dirent : «Où aurons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? » 34. Et Jésus leur dit :
« Combien de pains avez-vous?» Et ils dirent : « Sept, et quelques petits poissons. » 35. Et ordonnant à la foule de s'asseoir sur la terre, 36.
il prit les pains et les poissons, et, rendant grâces, il (les) rompit et (les) donna aux disciples, et les disciples à la foule. 37. Et tous mangèrent et furent rassasiés, et du reste des morceaux l’on emporta sept corbeilles pleines. 38. Et les convives étaient quatre mille, sans les femmes et les enfants. 39. Et congédiant la foule, il monta dans la barque et vint au territoire de Magadan.
sept corbeilles. 9. Et ils étaient envi-
ron quatre mille, et 1l les congédia. 10. Et montant aussitôt dans la barque. avec ses disciples, il vint au pays de Dalmanoutha.
Marc représente Jésus dans un endroit de la Décapole, entouré d’une foule nombreuse qui sans doute le suit dans l'espoir d'obtenir
986 LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES « ee des miracles, car on ne dit pas que le Sauveur prêche. Et si l'é
géliste ne le dit pas, c'est qu'il ne veut pas répéter la mise ens de la première multiplication! ; c'est aussi parce qu'il ne veut pas offenser la tradition historique en faisant prêcher l'Évangile à des. païens par Jésus lui-même. On n'est pas obligé d'admettre que le Sauveur soit resté trois Jours dans le même lieu, maïs que, trois jours durant, la même foule s'est attachée à ses pas. Le vague. des indications pourrait venir de ce qu'on a élagué ou modifié certains détails trop ressemblants à ceux de la première multiplication. Avant celle-ci, Jésus a eu également pitié de la foule, mais cette commisération s’appliquait d'abord, dans Marc, à la misère morale du peuple, à laquelle le Sauveur remédiait par l'enseignement ; dans Matthieu, aux nombreux malades que la foule avait amenés, et qui étaient guéris. Ici, Jésus s'émeut, du moins en apparence, et quant à la lettre du récit, du besoin corporel de gens qui n'ont pas de provisions?, parce qu'ils ont quitté leurs maisons depuis trois jours pour être avec lui. Le rapport n’en est pas moins frappant ; mais l’on n'a pas à se demander si l'objet de la pitié, dans la tradition d’où procèdent les deux récits, a été celui qui est indiqué avant la première multiplication, ou bien celui qui est censé avoir motivé la seconde, parce que cet objet est le même, au fond, de part et d'autre.
Cette fois, Jésus lui-même s'inquiète le premier de pourvoir au besoin corporel de ceux qui le suivent; mais cette circonstance peut tenir à ce qu'il n’a pas été question d'enseignement, et que le souci de la nourriture matérielle figure celui de la nourriture spirituelle: Le Sauveur ne veut pas renvoyer la foule à jeun, parce que les gens tomberaient épuisés sur la route, surtout ceux qui sont venus de loin, et qui ont plus de chemin à faire pour s’en retourner chez eux. Ilest supposé qu'on ne pourrait se procurer de vivres dans le moisi= nage, contrairement à ce qu'on a vu pour l'autre multiplication?; mais ce trait encore peut correspondre au changement de situation;
4. Marc y renvoie implicitement le lecteur, en écrivant, v. { : ëv éxelyats çaits Auépaux rdv roXkoù 0yhov Ovros. Cf. vi, 33-35 ; supr. p. 931. 2. V. 2. orAayyvouar ét r0v Gyhov, Ott H0n nuépat tocis roosuévouaiv uot (D,
1 » ‘ ’ LES HR ". x , ” , ’ f-2A » 4 ? LU t. eloly 4x0 rûte de etoiv) xai oUx Éyouoiy ti péyuouv. 3. at Éàv axo0Sw aUTode k votes els ofxov adtüv, ÉxAuÜoovrar èv +9 606 (D, ai arohdaat à. v. €. 0. 09 (élu un érAv0@otv… Cf. Mr. 32). + 3, vi, 37; supr. p. 933. 4 LR k.
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puisqu'il ne s'agit que de nourrir la foule, et que Jésus’ prend l'initiative du miracle, il était plus simple de supposer, sans se préoccuper autrement de la vraisemblance, que la foule était complètement au dépourvu. Si l'évangéliste a dans l'esprit, comme il est probable, une interprétation spirituelle du miracle, le sens symbolique recouvre pour lui les difficultés que provoque l'interprétation historique : Jésus seul donne le vrai pain, la parole et le gage du salut, et l’on chercherait vainement ailleurs cette nourriture divine. Les disciples se contentent d’objecter au Sauveur la solitude du lieu!, non le manque d'argent, comme la première fois. On ne peut compter que sur les provisions qu'on a sous la main. C'est pourquoi Jésus s'informe de ce que possèdent les disciples : sept pains. Le Sauveur fait asseoir la foule par terre, comme pour la première multiplication; 1l bénit de même et fait distribuer les pains ?. Il semblerait que l’évangéliste, n'ayant pensé d'abord qu'à la multiplication des pains, et en ayant fixé le nombre à sept, pour la perfection du symbole, s'est avisé après coup de parler aussi des poissons ; il ajoute donc qu'il y avait faussi quelques petits poissons, que Jésus les bénit et les fit servir’. On ne dit ‘pas qu'il les partagea, comme le pain ; étant donné qu'il s’agit de petits poissons, ce ne sont pas leurs morceaux, mais les poissons entiers, qui se multiplient; et peut-être est-ce avec intention que l'on a choisi de petits poissons *, chacun d'eux figurant le Christ. IL y eut du pain et des poissons pour tout le monde; les convives mangèrent et furent rassasiés; après le repas, on ramassa sept corbeilles de restes, autant qu'il y avait eu de pains ÿ. Le nombre des pains et des corbeilles se trouve être le même que celui des diacres qui servaient les repas de la première communauté ; et le soin de recueillir les restes n'est pas sans analogie avec les précautions,
1. V. 4. rôfey zovrous Ouymastai ri (Ss. « pourras-tu ») Gùs yopréou &stuwv tr? Égnuiz ;