WELLHAUSEN, loc. cit
appartient à la rédaction. C’est surtout dans ce dernier élément que l'on peut reconnaitre les tendances, le but, même la personnalité de l'auteur. Le premier élément est celui qui importe à l'histoire de Jésus. Dans cet élément encore il y a lieu de discerner ce qui regarde l'enseignement et ce qui regarde les faits. Ce qui regarde l'enseignement procède, selon toute vraisemblance, de la source où Matthieu et Luc ont puisé plus largement. Ce qui regarde les faits semble venir d'une autre source qui présentait une esquisse de la carrière du Sauveur depuis son baptême jusqu'à sa mort, et qui contenait peut-être aussi quelques indications sur l'instauration de la foi au Christ ressuscité, ainsi que sur les débuts de la prédication chrétienne. On pourrait être tenté de confondre cette source avec la précédente; mais il parait plus probable que la masse des sentences n’a pas été dès l’abord encadrée dans la relation des faits.
Il est évident qu’un ouvrage ainsi composé ne peut avoir en toutes ses parties la même autorité comme source de l'histoire évangélique. Dans l'ensemble, ce n’est rien moins qu'une biographie de Jésus; ce serait plutôt une démonstration du Christ, mais une démonstration par voie didactique, catéchétique, et non par voie d’argumentation directe. Les plus anciennes sources et l'on peut dire même les souvenirs apostoliques avaient déjà ce caractère. Ce que les apôtres avaient retenu, ce qu'ils prêchaient de Jésus était ce qui leur semblait conforme à sa qualité de Messie et propre à l'édification des croyants. Mais, bien que la limite | entre le domaine de l'impression ou de la mémoire personnelles et celui de l'interprétation, de la déduction, de l'idéalisation, de l’amplification traditionnelles, soit difficile ou même impossible à fixer, il y a une différence entre l'espèce de sélection naturelle qui s'est faite dans l'esprit des témoins, et le travail qui s'est opéré dans la tradition sur les mêmes données transportées en d’autres esprits, entre le noyau assez restreint, mais consistant, des souvenirs primitifs concernant la carrière et l’enseignement de Jésus, et l'élaboration progressive de ces mêmes souvenirs dans la prédication chrétienne, l’ardente imagination des croyants.) la rédaction des écrits évangéliques. Vu l'origine des apôtres et les conditions dans lesquelles Jésus a exercé son ministère, on n’a pas lieu d'être surpris que la somme des indications relatives au développement de sa carrière et à l'objet de son enseignement soit peu considérable; et d'autre part, vu l'intensité du mouvement religieux qui est sorti du Christ, il n'est pas non plus étonnant que les premières catéchèses apostoliques aient subi promptement de très grandes et multiples transformations. Le devoir de l'historien est donc de démêler autant que possible, et bien qu'il ne puisse jamais en venir tout à fait à bout, ce qui, dans la tradition écrite des Évangiles, représente l'action immédiale du Sauveur sur ceux qui l'ont connu, et ce qui représeute son action médiate, le travail de la foi dans ceux qui ont cru en lui sur la
parole d'autres croyants. La valeur religieuse et morale de ce travail peut confirmer celle de l'Évangile prêché par Jésus: elle ne peut faire que le travail de la tradition soit l'Évangile même dans la réalité de sa manifestation. Cependant ce n'est qu'à travers la foi qui l'a recouvert, protégé et transfiguré, que l'on peut maintenant saisir l'Évangile.
Pour en venir aux détails, la notice concernant Jean-Baptiste est historique en substance ; mais, selon la source et dans la réalité, Jean a été le précurseur de Dieu ou du jugement divin, non du Messie personnel; c'est la tradition qui a fait de lui le précurseur de Jésus, et €'est Mare qui lui fait annoncer le baptème chr'tien !. La description du baptème du Christ doit être antérieure à Marc; mais ilest probable que la tradition n’a connu d'abord que le simo)le fait, et que l'idée de la consécration messianique a créé le récit; de même pour la tentation, qui interprète le séjour au désert ?. Le retour en Galilée pour la prédication du règne, la vocation des premiers d'sciples sont des morceaux de tradition authentique; de même le récit de la prédication à Capharnaüm, la guérison opérée sur la belle-mère de Simon. les premiers empressements de la foule et la retraite de Jésus. Encore est-il que la guérison du démoniaque est un récit tendancieux, tourné en argument de messianité * ; que l'indication générale concernant les guérisons de possédés ‘ a le même caractère, et que l’histoire du lépreux, avec sa conclusion, double celle du démoniaque avec ses conséquences Ÿ. Il faut sans doute en rabattre beaucoup sur le témoignage que les possédés sont supposés rendre d'abord à la messianité de Jésus 5, et voir dans les deux guérisons spéciales de démoniaques ? l'expression accentuée d’un même fait que la tradition et l’évangéliste ont tourné après coup en argument messianique. L'histoire du paralytique doit être fondée sur un souvenir traditionnel, mais elle est aussi développée en preuve, et il est assez vraisemblable que tout ce qui concerne la rémission des péchés et le pouvoir du Fils de l'homme altère la physionomie réelle de l'incident au profit de la polémique chré-