ACTION THÉRAPEUTIQUE
L’action thérapeutique est-elle mieux connue?
Ici encore des renseignements précieux ont été recueillis, il importe d’en tenir compte.
Sous ce rapport, les eaux d’Aulus ont leur légende. D’abord, elles possèdent un avantage qui les distingue de beaucoup de leurs concurrentes ; elles n’ont point été connues au temps des Romains, aussi ne se trouve-t-il aucune ruine qu’on puisse attribuer aux envahisseurs de la Gaule.
On raconte, au contraire, que la vertu de ses eaux fut découverte seulement vers 1823. A cette époque, des soldats de l’armée française furent échelonnés le long des Pyrénées. Un de ces postes était commandé par un jeune lieutenant nommé Darmagnac, lequel, dit l’iiistoire, à la suite de maladies rebelles et mal conduites, se trouvait dans un état presque désespéré. Une vieille femme du pays, Ma Bonuo, lui parla des eaux dont elle avait prédit les succès ultérieurs. Le lieutenant en but, puis il fit creuser un large fossé autour de la source afin de prendre des bains. Au bout d’un mois le malade était guéri et donnait son nom au ruisseau bienfaisant qui lui avait rendu la jeunesse (f).
• L’auteur que je viens de citer n'ayant pas dit quelles étaient les maladies (rebelles et mal conduites) dont souffrait le jeune lieutenant, il est impossible de savoir s’il convient de
(1) Y. Aulns-les-Bains et ses environs , par Adolphe d’Assier, p. 9.
rapporter à ce premier succès la réputation d’Aulus pour le traitement de la syphilis constitutionnelle. Toujours est-il que cette grande diathèse paraît être celle sur laquelle l’action thérapeutique de celte station a été le mieux déterminée.
Toutefois, ce n’est pas seulement contre la .syphilis que les eaux en question se sont montrées très efficaces. Les affections herpétiques, l’eczéma surtout, y sont merveilleusement modifiées; on a indiqué aussi les éruptions arthritiques et scrofuleuses comme rentrant dans le cercle où les eaux d’Aulus exercent une bienfaisante action. Au reste, la présence d'élément sulfureux, de l'arsenic, de l’iode, du chrome, rend parfaitement compte de pareils succès.
On a donné une autre explication des guérisons de la syphilis par les eaux d’Aulus. Le L r Garrigou fait remarquer que ces eaux réussissent surtout chez les sujets qui ont,été.soumis à.un traitement mercuriel dont ils ont abusé, f)ans ce cas, ce serait l’action éliminatrice du métal, dont l'organisme est saturé, à laquelle il faudrait rapporter la.guérison. En fait, on triompherait ainsi de la maladie mercurielle et non de la syphilis (l). Il y a ici une distinction importante à établir, distinction à laquelle l’antique réputation des eaux de Luçbon est largement intéressée.
En dehors de l’efficacité des eaux d’Aulus sur les affections cutanées, il faut relater leur action également énergique sur les maladies de l’appareil digestif. Ici tout uu ensemble fie symptômes s’est montré heureusement modifié, surtout cétte forme de la dyspepsie, qui s’accompagne d’engorgement du foie, même de la rate, de constipation, d’hémorroïdes, toutes souffrances dont les réactions psychiques sont nombreuses et qui entraînent avec elles l’hypocondrie, la faiblesse, le dégoût du travail, etc.
Vient ensuite l’obésité. Une èau purgative et diurétique ne pouvait manquer d’être recommandée en pareil cas. Le D r Alriq constate que ce fut avec succès, et il cite des observations où le malade a perdu pendant la cure plus de 30 livres. Chose à noter, ce serait surtout lorsque l’obésité se lie à la
(1) V. Parallèle des eaux minérales de France et d'Allemagne, par Ernest Barrault, p,
goutte et au rhumatisme que l'action curative aurait été le plus accentuée (1).
On ne s’étonnera pas maintenant que les memes eaux aient été employées avec succès contre l'arthritis et la gravelle, ces | formes d’une seule et même diathèse.
En résumé : les affections cutanées, surtout les syphilides, les dyspepsies accompagnées d’engorgement des glandes viscérales etde ce cortège de symptômes que les Allemands appellent la vénosité, l’arthritis sous ses formes diverses de douleurs, de gravelle, de migraine peut-être, à coup sûr d’obésité, tel est le cercle qui se trouve tracé dès aujourd’hui autour des eaux d’Aulus.
Si l’on tient compte des éléments minéralisateurs, on pensera qu’une pareille délimitation devra s’étendre» Des eaux qui renferment de l’arsenic, du chrome, de la lithine, du fer, dn cuivre, de nombreux sulfates alcalins, etc., doivent répondre encore à d’autres indications que des recherches ultérieures feront connaître.
Le grand point sera de déterminer d’abord les grandes diathèses auxquelles les eaux d’Aulus répondent exactement, puis de fixer les formes morbides quelles modifient d’une manière; durable. En poursuivant cette double recherche, on reconnaîtra qu’il y a dans l’action de ces sources une puissance directe et spécifique, dont les propriétés purgatives et diurétiques sont insuffisantes à rendre compte.
(4) De l’action des eaux d’Aulus dans le traitement de l’obêstlé, par la D» Alriq,
4603 — Impriment de Poisay — S. Lejay et G'*.