TROISIÈME PARTIE
Noé, où se trouve la première source achetée parla ville de Paris pour l’alimentation de l’aqueduc de la Vanne.
La source de Noé qui fournit six mille mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures, sort delà craie blanche delà Champagne. Elle jaillit au milieu d’un bassin en maçonnerie. Avant de tomber dans la Vanne, et tout près de, son point d’émergence, elle fait tourner, par sa chute, un moulin de quatre chevaux de force, qui a été acheté parla ville en même temps que les sources. C’est une eau éminemment limpide, agréable et fraîche.
A une demi-heure de marche du village de Noé, après avoir traversé de belles plaines en culture, on arrive au village de Theil, où se trouve la source de ce nom, qui peut fournir vingt mille mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures, c’est-à-dire environ le sixième de la quantité d’eau qui alimente aujourd hui la capitale. La source est reçue, dès son émergence, dans un magnifique bassin de quarante mètres de côté, creusé au pied d’un joli coteau et entouré d'une plantalio/i de saules. Cette
belle pièce d’eau faisait autrefois partie d’un grand domaine appartenant à la famille de Serilly, trésorier des finances au dix-septième siècle, et plus tard à la famille de Beaumont. La ville de Paris a acheté, au prix de 120,000 francs, celte source, dont l’altitude est de 66 mètres au-dessus du niveau de la Seine. Elle met en action deux moulins* celui de Theil et celui de la Madeleine, qui ont été également achetés par la ville.
Au sortir du village de Theil, si l’on quitte la grande roule, on s’engage dans un sentier qui court à travers les champs crayeux, cl l’on arrive à la source de Saint- Plülbert, que la ville a achetée au prix de 20,000 fr. , et qui débite un volume d’eau presque égal à celui de la source de Theil. Sainl- Philbert. n’est pas un village, mais un pauvre et vieux moulin, dont la roue démantelée et immobile, pend tristement au bord de la maison. Autour de celle plaine humide, l’eau se montre et court de tous côtés. La plus grande partie de cette eau va se perdre dans le marais avant de se rendre à la Tanne, et n’est par conséquent d'aucune utilité. Rien ne
peut donner une idée de la fraîcheur et du goût agréable de l’eau de la source de Saint-Philbert; sa fraîcheur est telle que c’est à peine si l’on peut y maintenir la main pendant quelques minutes. Le 20 août, jour de l’excursion que nous avons faite aux sources de la Vanne, pour nous assurer de visu de l’état de ces cours d’eau, la température de l’air étant de 22°, la température de la source de Sainl- Philberl était de 11°. Celte eau marque seulement 18° à l’hydrotimètre. L’altitude de Saint-Philbert est de 64 mètres au-dessus du niveau de la Seine.
Si l’on remonte le coteau, pour descendre dans la vallée de Yareilles, on traverse le ruisseau porduit par la source de ce village, propriété de la commune, et après une demi-heure de marche, à l’entrée d un bois d’aunes et de peupliers, on rencontre, au bord de la roule, la source de Chijrv, aujourd’hui propriété de la ville de Paris, et qui fournira six mille mètres cubes d’eau par vingtquatre heures. En ce pays privilégié, les eaux vives et fraîches sortent pour ainsi dire sous les pieds.
Négligeant ces richesses, traversons le village de Chigy, donnons un coup d'œil en passant à la jolie rivière de la Yanne, et repr enons la route de Sens à Troyes.
A une lieue de Chigy, dans la vallée de l’Alain, on coupe cette rivière, pour arriver à la petite ville de Villeneuve-l’ Archevêque, distante de Troyes d’environ dix lieues.
C’est au delà de Yilleneuve -l’Archevêque, à deux lieues de celte petite ville, que se trouvent les trois sources d ' Armentïères qui doivent fournir à l’aqueduc futur de la Yanne son plus précieux et son plus pur tribut. Les sources d’Armentiôres sont situées au milieu d’un vallon solitaire, dans lequel on descend en laissant à gauche la route de Troyes. La ferme d’Armentières se présente d’abord aux regards. C’était autrefois, sans doute, une abbaye, bâtie au fond d’une vallée productive. Ses murs épais, des meurtrières, aujourd'hui fermées, une pieuse inscription ( Deus ucljutor et custos.) tracée au front du monument, montrent que ce fut là la résidence de quelque riche congrégation qui