TROISIÈME PARTIE
ne sont pas mieux partagés. La mère de famille, absorbée elle-même par ses occupations, a-t-elle le temps de descendre sa cruche à la cave pendant l’hiver, ou de puiser, en été, l’eau du puits, pour y faire rafraîchir le liquide qui sort de la conduite publique? Reste, il est vrai, le filtrage à domicile; mais il ne se pratique pas toujours, et lorsqu’il se pratique sur des eaux prises aux bornes-fontaines de la rue, qui n ont pas déjà subi une première préparation aux fontaines-marchandes delà ville, comme c est le cas dans les ménages pauvres, il exige pour 1 entretien des filtres des soins minutieux qu’on ne peut guère attendre de pauvres ménagères accablées de travail. Un filtre n’opère pas sur l’eau par une vertu magique; il ne sert pas indéfiniment. Si, tous les mois, on n’a pas le soin de détacher la pierre filtrante, de la brosser, de la nettoyer à fond, si on 1 abandonne pendant plusieurs mois sans y toucher, le filtre devient une nouvelle cause d’infection. En effet, les impuretés, les souillures restées a l’intérieur de la pierre poreuse, provoquent la putréfaction des matières organiques contenues
dans les eaux; de sorte que ces filtres ajoutent ainsi à l’insalubrité qu’ils ont pour but de combattre. Il est bien connu que les eaux sortant des fontaines de la ville sont toutes consommées par la classe riche. Les ouvriers de Paris ne boivent que de mauvaise eau, de l’eau telle qu’elle arrive par les conduites publiques, et il en sera de même tant qu’on distribuera à Paris de l’eau de Seine, c’està-dire une eau qui doit être soumise, avant d’ôtre bue, à une préparation quelconque.
Le projet de l’édilité parisienne a donc un caractère éminemment populaire et philanthropique; voilà pourquoi il mérite, selon nous, encouragement et sympathie. L’amélioration du sort des classes pauvres est dans les aspirations et les désirs de tous; mais il ne faut pas s’en tenir à des vœux stériles; il faut agir, il faut que la science et l’humanité se mettent à l’œuvre de concert. On a compris la nécessité d’assainir le logement du pauvre, de lui fournir de l’air respirable, d’élargir les rues, d’ouvrir des squares , ou jardins publics; est-il besoin de rappeler que, pour le pauvre, une